10 Bons Sons en septembre 2021

Si le rap francophone est un désert aride et sec au mois d’août, il devient en septembre semblable à la Comté de Tolkien, luxuriant et verdoyant. Parmi ce torrent de mots et de pensées qui inonde notre bonne vieille terre du milieu, voici dix morceaux qui nous ont captivés.

Le 16 septembre : Zesau feat. Benjamin Epps – Nominé (prod. Niglo)

Zesau (lire notre récente interview) sait recevoir. Quand il invite Benjmin Epps à venir partager le micro sur « Nominé », il lui offre un instru sur mesure, qui n’aurait pas juré sur l’album des Dicidens, et qui fait figure d’OVNI dans un album qui fait la part belle aux basses 808 et aux sonorités actuelles. De fait, Coup classique démontre encore une fois la constance de Zesau dans son aptitude à se mettre à jour, même après vingt-cinq ans de rap. Sur « Nominé », les voix aux tonalités opposées des deux rappeurs se complètent bien, et font honneur à la mélodieuse production de Niglo (qui a notamment travaillé avec Rohff dans les années 2000). – Olivier

Le 23 septembre : Jazzy Bazz – P-Town Blues (prod. Wavyvaye & Rithier)

Une année s’est écoulée depuis la dernière fois que nous avions entendu Jazzy Bazz tout seul. Depuis il y a eu Private Club, projet collectif le réunissant avec Esso Luxueux et Edge qui a débouché sur un 11 titres sortis en avril dernier. Quoi de mieux pour se rappeler à son bon souvenir que de faire un petit passage chez Colors avec qui plus est, un inédit des plus savoureux. On le sait depuis bien longtemps mais c’est pas plus mal de le rappeler : Jazzy Bazz ne fait qu’exceller, surtout quand il s’agit de rapper la mélancolie. Il nous l’avait bien dit jadis « c’est quand j’ai du spleen que j’peux déclencher du style » et il le prouve encore une fois, après toutes ces années, après tout ce chemin parcouru. Sur une instrumentale nostalgique aux quelques notes calfeutrées, Jazzy Bazz fait le point, ressasse le passé et nous délivre un texte intense et puissant. Masterclass -ou classe de maître dans notre bonne vieille langue de Molière- tout simplement. – Clément

Le 24 septembre : Veust – Alligator (prod. Tofaus)

Veust est de ces rappeurs qui accomplissent leur plein potentiel sur le tard, une fois débarrassés de tous les questionnements liés à la carrière. Depuis quelques temps déjà il nous abreuve d’albums et d’EP de haute tenue, brillant systématiquement lorsqu’il est invité. Sur « Alligator », il démontre une nouvelle fois toute sa palette : le charisme au micro est élevé, les schémas de rimes désarçonnent et quelques images impriment bien la rétine (« Je profite du Covid pour plus jamais leur faire la bise », « Longtemps que j’ai pas prié j’ai les genoux qui craquent », etc.). Veust a trouvé la recette et parvient à enchaîner des phases hyper-techniques avec de gros entrelacements de rimes sans jamais perdre de vue le contenu. – Jérémy

Le 9 septembre : Loto feat. Riski – Paname donc oui

Étonnante alchimie que celle que l’on découvre entre le rookie Loto et l’ancien Riski. Les deux hommes partagent le même goût de l’écriture elliptique. Sur « Paname » donc oui les images et les références sont mixées à haute vitesse. Certaines sont directes, d’autres font écho à des choses très précises (« Plus grosse que Vincent Gallo » probable référence au film The Brown Bunny, « Tu vois la scène, j’suis à gauche de Riski comme le FN » qui renvoie au morceau « Un parisien comme toi » de Riski). Cet amour du tour de passe-passe crée un morceau paradoxalement fragmentaire mais riche. On vous invite à écouter Prêt pour l’argent 2 pour creuser un peu le début de discographie prometteur de Loto. – Jérémy

Le 10 septembre : Josué & Lpee – Très très loin

La balade automnale ne pouvait être plus douce. A2H à la boucle, Josué pour le thème et Lpee en invité, proposent ensemble un titre chill, hors format, à l’image de ce premier projet de Josué. Ecrit sans être lourd dans le propos, moderne sans être une copie de ce qui se fait aujourd’hui dans le rap, « Béni » est un condensé frais de 13 titres qui font du bien au moral. Jeune et positif, Josué, dont nous vous parlons depuis déjà trius ans, s’inscrit dans la lignée des rares MC’s qui proposent une musique qui leur ressemble, sans jamais chercher à ressembler untel, et c’est en ça une première victoire, une différence gage de qualité. – Antoine

Le 10 septembre : Ichon – L‘ennui

Lui aussi se cherchait. Lui aussi a fait tomber plus d’une barrière dans sa quête musicale. Ichon vient de sortir la réédition de son album Encore + pour de vrai le mois dernier, et le moins que l’on puisse dire c’est que la cover rappelle immanquablement la sortie de FLIP de Lomepal. Si le maquillage et les codes couleurs ressortent visuellement, ce que l’on retient surtout au Bon Son c’est la musique, et cette fois, il semble qu’Ichon a trouvé SA musique. Une couleur multicouleur, croisement de chanson française, de rap et de funk. Le Bon Gamin s’éclate et ça se ressent. Les productions de Dabeull, Sofiane Pamart, PH Trigano ou Loubensky lui vont comme un gant, et l’on se régale même lorsqu’il chante son ennui. – Antoine

Le 3 septembre : Sopico – Slide

Trois accords et une mesure méchamment battue à la seconde, électrisent d’emblée. Un flow cadencé, presque automatique, sert des rimes frappantes et bien pesées. Sopico sait décidemment taper là ou ça fait mal, clouant sans vergogne tout ce qui traine sur sa portée. Placements, silence, subtilité des effets, il nous offre un mélange décapant qui nous envoûte. Abruti par les vibrations des cordes, nos cœurs se mettent au diapason de ce beat assené sans pitié. Quand le morceau s’arrête, on est bouche bée, une persistance dans l’oreille. Woua. – Sarah

Le 10 septembre : Noss feat. Sheryo, Souffrance & Freko Ding – Supercherie

Ce casting de Tontons Flingueurs, c’est le meilleur hommage que le rap français pouvait rendre à Jean-Paul Belmondo. Le nouvel album du meilleur « talent fonsdé » de France, Noss, arrivant en octobre, décision a été prise de teaser avec un authentique morceau de kickage à la mode de chez nous. « Supercherie », antiphrase par excellence, ramène l’auditeur par le col à ses premières émotions provoquées par ATK ou Anfalsh à la fin des années 90s, et renouvelées par L’uZine de nos jours. Entièrement produit par Misère Record, Sale ganache sera à boire chaud, dès le matin, en réveil en gueule de bois. Parole d’avertizeur. – Antoine

Le 16 septembre : Swift Guad & Ol’ Zico – F***ed up (prod. Mani Deïz)

Durant de longues années, les auditeurs de rap indé ont attendu le premier projet en solo d’Ol’Zico mais en vain. Après l’excellent album Martyrs Modernes (2016) en collaboration avec Nefaste, Pejmaxx et Mani Deïz, le voici de nouveau sur le devant de la scène pour notre plus grand plaisir. Avec Terrain Miné, opus en commun avec l’insatiable Swift Guad et le beatmaker des Kids of Crackling, les amateurs de boom bap pourront se délecter de quinze morceaux disponibles à partir du 15 octobre. Malgré les années passées, les deux MC’s semblent toujours aussi passionnés et déterminés. D’authentiques activistes. – Jordi

Le 30 septembre : Heskis – Burn Out (prod. Just Music Beats)

Cela fait maintenant quatre ans que le EP GG Allin d’Heskis est sorti. Depuis, l’ex-membre du collectif 5 majeur n’a fait que quelques apparitions notamment sur la mixtape Paris L.A Bruxelles d’Alchemist. Avec ce nouveau single, le Nantais revient en force avec un clip à la lumière tamisée mis en images par l’équipe de Slasher qui a récemment collaboré avec Coelho . Et pour une production fracassante, qui de mieux que Just Music Beats pour marquer les esprits ? Il ne reste plus qu’à attendre patiemment la date de sortie du nouveau projet d’Heskis. – Jordi





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