Zesau – De Dicidens à D.E.L, l’entretien « 10 Bons Sons »

À bien y regarder, le parcours de Zesau, témoigne de plusieurs choses : la rue comme source inépuisable d’inspiration, une certaine longévité, un rythme de sorties relativement régulier, une liste de featurings pharaonique, quelques classiques du rap français dans sa besace et, chose rare, une envie de croquer le micro comme au premier jour, vingt-cinq ans après ses débuts. De ses premiers pas dans le rap à Vitry à son nouvel album D.E.L paru chez Ambition Music, en passant par les épopées Dicidens et Bad Game et quelques collaborations marquantes, retour sur un parcours aussi singulier que foisonnant.

1 – Dicidens – « Les gosses » (maxi Les Gosses, 1999)

Premier album, premier maxi même ! C’est un des premiers morceaux qu’on ait enregistré pour l’album des Dicidens. On devait avoir dix-sept ou dix-huit ans à l’époque. C’est un des premiers textes qu’on ait écrit, et le premier thème qui nous était venu à l’esprit c’était les gosses, parler de la jeunesse des cités. C’est le premier maxi, sorti en vinyle, et le premier extrait de l’album qu’on préparait.

A quel moment vous vous rencontrez, Koriaz, Nessbeal et toi ?

Koriaz je l’avais rencontré très jeune, je devais avoir douze ans. Le destin avait fait qu’on s’était déjà croisés dans notre vie, en tant qu’enfants, avant de faire le groupe Dicidens. On s’est ensuite recroisés, et lui avait Nessbeal pour connaissance. Il me l’a présenté parce qu’il rappait déjà dans son quartier, et on a monté un groupe ensemble.

Vous n’êtes pas de la même ville, toi tu es de Vitry, Nessbeal de Villiers Sur Marne…

Oui, Nessbeal était d’Hautes Noues à Villiers Sur Marne, et Koriaz était de Bagneux, mais il habitait à Villiers. C’est comme ça qu’il a connu Nessbeal et toute la bande.

A cette époque vous sortez deux maxis, avec « Les gosses » et « Tu peux pas test » / « Criminogène » en 1999, l’album arrivera plus tard, mais on y reviendra après.

2 – Rohff, Sefyu, Zesau & Dry – « Baiser » (compilation Talents Fâchés, 2003)

C’est le son « Baiser » avec Rohff, Sefyu, Dry… C’est un morceau qui était sur la compil’ Talents Fâchés 1. C’est Ikbal, le petit frère de Rohff qui m’avait invité sur le projet, un mec de Vitry comme moi. C’était la première fois qu’on m’invitait sur un projet pour un featuring assez important. C’était la première fois que j’écrivais en studio, pour poser directement après. C’était une première, ça m’a marqué. C’est aussi un de mes sons classiques, qui m’a fait évoluer. C’est un morceau important. Tu l’as bien choisi.

Là tu poses avec Rohff, Dry, plus tard on pourra te retrouver aux côtés d’AP, Rim’K… Quels étaient tes rapports avec la Mafia K’1 Fry à cette époque ? On sent que sans faire partie du collectif, tu fais partie de l’entourage de par le fait que tu viens de Vitry.

En fait, comme tu dis, on était dans le même entourage. Eux c’est une génération un peu au-dessus de moi, ils étaient un peu plus âgés, et traînaient avec les grands frères du quartier, mes grands. Je les connaissais par la force des choses, sans vraiment traîner avec eux ou être leurs potes puisque j’étais plus jeune. J’étais avec ceux de ma génération. C’est les grands qui étaient avec eux et qui ont vu la naissance de la Mafia K’1 Fry, qui m’ont un peu aidé à me lancer dans la musique et à faire mes premiers concerts.

Je les voyais partir en studio pendant que je rappais dans ma chambre. On les a suivis de loin et petit à petit ils ont vu qu’on était là, qu’on était sérieux, et on a intégré quelques projets. J’ai invité Rim’K et AP sur mes albums et ainsi de suite. En tout cas c’est la ville, donc tout ce qu’ils ont fait nous a fait du bien à nous, les jeunes de la ville. On a suivi le truc.

3 – Dicidens feat. Lunatic – « De larmes et de sang » (album HLM Rezidant, 2004)

« De larmes et de sang ».

Je sais qu’il a été enregistré avant, mais l’album sort en 2004.

En fait on avait enregistré l’album en deux parties. On avait fait une première partie en 1999, une session de quinze jours au studio Twin à Porte de la Villette, un studio assez coté à l’époque. Comme on a fait deux sessions, ça a tardé à sortir. Durant la deuxième session on avait enregistré ce morceau avec Lunatic, qui faisait partie de l’entourage des personnes qui dirigeaient le label dans lequel on était avec Dicidens. (Paire d’As, ndlr) On a donc fait un morceau avec eux, qui aujourd’hui est devenu un classique. Il est resté jusqu’à maintenant. Il faut savoir que morceau-là, à la base, je ne l’aimais pas, j’ai eu du mal à poser dessus. (rires) J’aimais pas ce morceau-là, j’aimais pas l’instru ! Et au final c’est devenu un classique.

C’est une des dernières apparitions sur un morceau extérieur de Booba et Ali ensemble.

Exactement, et un de leurs seuls featurings ensemble avec un autre groupe.

A cette époque-là tu réalises aussi l’instru de « Sans rature » sur l’album de Booba.

Exactement, une instru que j’ai faite sur la Playstation 1 en mode « les moyens du bord ». Historique.

Quand on cherche le crédit sur cette instru on tombe sur ton vrai nom, elle n’est pas signée Zesau.

Oui, c’est mon nom et mon prénom.

Pour finir avec l’épopée HLM Rezidants, j’ai lu quelque part que le label 45 Scientific avait eu un rôle dans la sortie du projet.

Ils étaient en train de monter un label de distribution indépendante, un peu comme Musicast plus tard. C’était des pionniers dans ce domaine, avant ça tu devais forcément aller voir les maisons de disques, ou bien tu vendais tes albums dans la rue. C’était le premier label indépendant en distribution, donc oui ils nous ont aidés à obtenir un assez bon contrat avec Sony. Ils nous ont un peu aidés, et en même temps un peu foutus dans la merde. (rires) Mais ça fait partie de l’histoire.

D’un point de vue contractuel ?

Ouais, ça ne nous a pas aidés en vrai. Ça nous a aidés sur le moment au niveau de l’exposition, mais ça ne nous a pas aidés dans la suite de notre carrière.

4 – Zesau – « M.E.S rime » (Street album Bad Musik, 2008)

C’est « M.E.S rimes », issu de mon premier projet solo. En fait le groupe a un peu explosé, et quelques temps plus tard je suis parti en solo. J’ai sorti mon premier street album qui s’appelait Bad Musik, pour lancer mon album. « M.E.S rime » est aussi mon premier clip en solo, dans ma cité, avec les gens de ma cité, à raconter la vie de ma cité et mon quotidien.

Je trouve que cette street tape permet de recoller les morceaux, de rappeler que Zesau faisait partie de Dicidens, mais qu’il a un parcours en solo. C’est une bonne carte de visite à ce moment-là.

C’était la première carte de visite, on avait bien fait le boulot.

On se rend compte sur ce projet que tu as fait une quantité astronomique de morceaux hors Dicidens, et elle préparait le terrain pour Frères d’armes.

Exactement. J’avais justement préparé mon album en amont, mais on essayait d’avoir une stratégie. Je ne voulais pas sortir Frères d’armes n’importe comment, j’y avais investi beaucoup de moi-même. Je me suis donc dit qu’il fallait sortir un street album avant histoire de préparer le terrain et que les  gens sachent que je suis en solo et que je vais sortir un album. Donc je voulais sortir Bad Musik juste avant. Mais le projet initial, important pour moi, c’était vraiment Frères d’armes.

Dans ce street album, il y a aussi le morceau « La rue elle voit tout », qui pour moi sonne comme un morceau d’album.

Pourtant ce morceau je l’ai un peu fait à l’arrache. J’étais au studio, je faisais deux morceaux en même temps, je passais de l’un à l’autre. Celui-ci je l’ai écrit en une fois, puis je l’ai partagé en deux. Si tu l’as ressenti comme ça ce n’était pas calculé, c’était vraiment à l’instinct.

Finalement Frères d’armes ne sort qu’en 2011, et entre temps tu auras sorti un autre street album, Drive By Musikk. Pourquoi avoir attendu si longtemps ?

Comme je te disais, sur Frères d’armes j’avais vraiment investi beaucoup de choses, de temps, d’énergie, de choses ma vie, de mes potes… Je ne voulais vraiment pas gâcher la sortie. Mais en vrai, avec le recul, je n’aurais pas dû me prendre la tête et j’aurais dû le sortir directement, parce qu’avec le recul il y a des albums sur lesquels on était un peu en avance. Même HLM Rezidants on a mis cinq ans à le sortir. Imagine si on l’avait sorti cinq ans avant… On était en avance en vrai. A chaque fois les albums ont cinq ans de retard. Et le fait qu’ils soient encore actuels à leur sortie, c’est une performance. Certains sont même encore d’actualité maintenant.

5 – Zesau feat. Despo Rutti – Le langage des pierres (album Frères d’armes, 2011)

« Langage des pierres », avec monsieur Despo Rutti ! C’est un morceau du double album Frères d’armes, et c’est un des featurings que je voulais faire. On arrivait à une période où les rappeurs ne dégageaient rien en fait. Ils venaient, ils rappaient, ils enchaînaient des rimes, des phrases, mais rien ne se dégageait de leur personnalité. Despo était un artiste qui sortait du lot, c’est un des rares mecs qui ait ramené quelque chose à cette musique, comme il en arrive tous les cinq ou dix ans. C’est comme Nessbeal, ou Niro aujourd’hui, qui ont chamboulé cette musique. Ils n’ont pas juste fait un petit passage, un petit hit pour qu’on ne se rappelle plus d’eux quelques années plus tard. Quand Despo est arrivé, ça se voyait qu’il avait un vrai bagage, des choses à dire, c’est quelque chose que j’ai beaucoup apprécié. Je ne le connaissais pas, je suis en entré en contact avec lui et je l’ai invité sur mon album. Il est venu et a ramené sa patte.

La première chose qui frappe à l’écoute du morceau, c’est le beat, et ses coups de bâton.

C’est ça. De toute façon Despo et moi on a un petit côté torturé, c’est un peu comme ça qu’on voit notre vie, on se mange des coups, mais on continue, et on va jusqu’au bout du son, jusqu’à la dernière mesure. Ça représente bien ce qu’on est et ce qu’on a voulu faire passer à travers le morceau. C’était une instru de Mooch qui bossait beaucoup avec Frenesik, le label de Rim’K.

Si on regarde l’ensemble de tes featurings, on se rend compte que tu as un palmarès assez impressionnant, de Lunatic à Rohff, en passant par Despo, Freeze Corleone, Le Rat qui est présent sur cet album, la Mafia K’1 Fry… Il y a encore des gens avec qui tu n’as pas encore fait de featuring, mais avec qui tu te verrais bien collaborer ?

Toujours. Moi j’aime bien essayer de mettre en lumière des artistes, des talents. Quand il y a des nouveaux qui rappent bien, j’aime bien les faire participer à des projets ou participer aux leurs. Quand quelqu’un amène quelque chose, j’aime bien collaborer avec. Mais maintenant les featurings c’est du temps, de l’énergie, ce n’est plus comme avant. Je ne me verrais pas aller courir à droite à gauche pour aller en studio 48 heures, etc. Passer ma vie à faire ça non, ce n’est plus comme avant.

Ton parcours a débuté il y a plus de vingt ans, mais tu as toujours tenu à t’actualiser au gré des évolutions du rap. Est-ce que c’est le fait d’être en contact les nouvelles têtes t’aide dans ça ?

Je pense que ce qui me permet de continuer c’est le travail, c’est comme le sport. Si je travaille régulièrement je serai toujours performant. Je pense que je vais continuer à l’être longtemps, sans me jeter des fleurs. Je te le dis sincèrement, si je travaille je continuerai à évoluer, à être dans les temps, et essayer de tout arracher.

6 – Zesau – « DIRTY.N.T.R.O » (album Dirty Zoo, 2012)

C’est l’intro de Dirty Zoo ça ! C’est un projet sur lequel j’avais voulu amener un concept. En fait j’avais rencontré un beatmaker qui s’appelle D. Boy Glyphe, un mec du 91. Il avait une touche très dirty, alors que ce n’était pas encore la mode, ce n’était pas rentré dans les mœurs. Mais dans le 9.1. ils étaient déjà dans ces bails du Sud des Etats-Unis depuis longtemps. Glyphe avait cette vibe et j’ai kiffé. Je lui ai proposé taffer un album ensemble, qui soit autant le sien que le mien. Il a fait toutes les instrus, et on a pensé le truc ensemble. Je l’ai appelée Dirty Zoo parce que c’était vraiment un projet dirty. J’étais un des premiers à officialiser la mode du dirty, à me lancer dedans et en faire un album complet. Ça a même un peu lancé Glyphe qui petit à petit a fait d’autres choses, dont des gros titres avec Niska et d’autres gens. Je suis content que ça ait marché pour lui, et que ça lui ait un peu mis le pied à l’étrier, c’était un peu le but du projet aussi.

Il sort très peu de temps après Frères d’armes, qui est très différent. Là on sent que tu prends un courant, le dirty en l’occurrence, et que tu y vas pied au plancher.

Voilà, exactement. Et puis j’aime bien essayer de cadrer un peu mes projets, avoir un concept du début à la fin, un fil conducteur. Et là ça tombait bien.

7 – Zesau – « Marche arrière » (compilation Marche arrière, 2013)

C’est Marche arrière ça.

Exactement.

C’était sur le projet du Gouffre, une compil indépendante, qui a très bien marché, avec pas mal d’artistes. On venait, et on posait un couplet / refrain. J’avais fait ce petit morceau qui est pas mal du tout.

J’avais trouvé ça intéressant de te retrouver sur une instru  qui ramenait à l’époque des Dicidens, alors que tu es plutôt du genre à vivre avec ton temps.

Peu importe ce que je vais faire, la base restera la même, c’est du rap. Les meilleurs rappeurs, même aujourd’hui, c’est des mecs qui ont une base rap, qui connaissent la science de base. Plus tu connais la science de base, plus tu as des chances d’être très fort. Tu prends Ninho, on peut dire ce qu’on veut, c’est un mec qui a une bonne base rap. Pareil pour Jul, Gims, Niro… Donc quand on doit revenir à ça, on sait faire, il n’y a pas de problème. On a un éventail de possibilités qui va du boom bap à la trap, la drill, etc. Plus on a cette base, et plus on est susceptible de faire la différence.

Comment s’est faite la connexion avec Char du Gouffre ?

Ça faisait un moment qu’on se croisait, et un jour il m’a appelé pour leur projet parce qu’il savait que le Zes’ était opérationnel pour pousser les projets de tout le monde, et aller poser son petit couplet.

8 – Zesau feat. Niro – « Premier ballon » (album 20ZO, 2015)

« Premier ballon » en featuring avec Niro. C’est un morceau de mon album 20ZO. Quand tu regardes bien, sur chaque album il y a une évolution, un changement, ce n’est jamais la même chose, jamais le même Zes’. C’est un peu ce que je recherche. Ce n’est pas que mon rap se dénature, puisque comme je te disais je connais encore mes bases, mais je n’aime pas faire la même chose ou reproduire les mêmes projets. J’aime évoluer, tester les nouvelles techniques. C’était un peu une carte de visite pour dire que j’étais toujours là, toujours dans les temps. Et encore une fois j’ai mis un peu de temps à le sortir, alors que j’étais grave en avance quand j’ai commencé ce projet-là parce que j’ai fait des types de morceaux que des mecs n’avaient jamais faits quand je l’ai commencé. Le temps qu’il sorte, les mecs avaient sorti des trucs comme ça. Je sens les tendances arriver en donc j’anticipe. Mais des fois je mets trop de temps à sortir, et je me retrouve noyé dans la masse.

Tu avais sorti En attendant DMZ un peu avant, dans la même veine. Et sur ces projets, j’ai senti que comme pour Dirty Zoo avec le dirty, tu as pris le son trap de cette époque, et tu y es allé à fond sur tout le projet.

Voilà, t’as capté. C’est le truc en gros. Faire du son à l’ancienne je sais le faire. Si j’avais fait du Zes’ époque Dicidens jusqu’à maintenant, peut-être que ça aurait plu à un certain public, et que j’aurais tout niqué. Mais personnellement ça ne m’aurait pas enrichi musicalement, ça m’aurait ennuyé. Je sais le faire en vrai, je peux revenir à des trucs grave à l’ancienne comme sur Dicidengereux qui vient de sortir (projet commun avec Koryaz, paru le 27 novembre, ndlr). On sait le faire, mais ça ne m’intéresse pas vraiment. J’aime évoluer à chaque projet, et y aller à fond, pied au plancher comme tu disais.

J’ai aussi choisi ce morceau parce que voulais un morceau avec Niro dans la sélection. Vous travaillez ensemble depuis quelques années maintenant, tu sors ton nouvel album sur Ambition Music, son label.

Avec Niro on s’est rencontré dans des radios, on se croisait souvent il y a une dizaine d’années. On a un peu la même personnalité, on est des vrais mecs de cité, avec un vécu qui n’est pas forcément un vécu de cité, mais avec des parcours familiaux compliqués. Lui et moi on a beaucoup de points communs. Au début on ne se parlait pas, limite on se regardait en mode « t’es chelou », mais en vrai on est pareils. On se croisait souvent, on ne se parlait pas trop, on avait à peu près les mêmes personnalités, et finalement on s’est super bien entendus. On se poussait, on se donnait des conseils. On a partagé plein de choses lui et moi, avant même de signer ensemble. Logiquement, quand j’ai voulu sortir de l’indé et signer sur un label, Niro m’a parlé du sien qu’il était en train de monter, on a parlé, et on a fait cet album ensemble. (D.E.L, paru le 11 décembre, ndlr)

9 – Zesau – « En l’air » (album de Niro Mens Rae, 2018)

« En l’air » !

Il est sur un album de Niro, sur lequel il t’a laissé un titre solo.

Oui, mais si tu réécoutes bien il l’a aussi fait pour tous les autres artistes du label, puisque tu trouves des titres Nino B et Koro. C’était histoire d’envoyer une carte de visite aussi. C’était pour les gens et le public qui ne nous connaissaient pas, et qui nous ont découvert par là. Il y a des gens qui nous découvrent tous les jours, malgré vingt-cinq années de musique.

Sur ce morceau, on retrouve un délire plus aérien que sur 20ZO.

Ouais. J’aime beaucoup ce morceau, et comme je te disais, on continue à évoluer, on aime la musique ! S’il n’y avait que de la variété aujourd’hui, j’en ferais si ça se trouve. J’aime la musique, j’aime chanter, j’aime écrire, donc peu importe le mouvement, je l’aurais fait.

10 – Zesau feat. Freeze Corleone & Stavo – « Anarchie » (compilation CDL, 2020)

Ça c’est « Anarchie », sur CDL. C’est un morceau que j’avais pour une compil que je prépare avec des structures indépendantes. Ça n’a rien à voir avec mon album, et ça ne sortira pas non plus sur le label de Niro, mais il a beaucoup fait parler cette année. Il m’a un peu mis en avant auprès des petits jeunes qui ne me connaissaient pas et qui suivaient beaucoup l’actu de Freeze Corleone. Le clip a pas mal tourné, donc on était content, ça a aussi fait parler de la compil qu’on va sortir, Carré dans l’angle. Je l’ai mis en bonus dans mon album qui sort chez Ambition, dans une version remix, pour laquellle on a juste changé la prod et le beat, et qui donne un peu une autre couleur au morceau.

Tu es à l’origine de cette compil ?

Oui, et à l’origine de cette combinaison. C’est même moi qui ai choisi de faire le mélange entre Freeze et Stavo. Freeze c’est un jeune qui a les codes, le respect, l’attitude, je trouve que c’est un petit à mettre en avant. Stavo c’est un mec de cité comme moi, un vrai, un mec entier, j’aime beaucoup sa personnalité. Ça part toujours d’une démarche humaine avant que ce soit simplement musical. Stavo comme Freeze ont beaucoup de talent, et ça fait une super combinaison. Au début, mon entourage doutait de la combinaison, on me disait de peut-être faire un morceau à part avec chacun, et finalement la combinaison a bien marché, chacun a ramené son style, et franchement j’apprécie beaucoup ce morceau.

Tu en parlais, et c’est vrai que sur les réseaux sociaux, suite à l’annonce de la combinaison, beaucoup de jeunes auditeurs de Freeze ou de 13 Block se demandaient qui tu étais, ce qui a aussi provoqué des réactions de ton public.

Et ils ont finalement été agréablement surpris ! En vrai ça fait plaisir de voir qu’il y a plein de gens qui ne nous connaissent pas, ça veut dire qu’il y a encore du travail et plein de choses à faire ! On va y aller à fond, leur montrer de quoi on est capable.

Après D.E.L., d’autres projets sont programmés ?

Bien sûr, on va continuer à envoyer des projets, c’est le but de cet album. Si derrière ça on ne fait rien, ça n’aura servi à rien. Le but c’est de continuer, de travailler. Tout ce qu’on veut c’est travailler, faire ce qu’on aime, se donner à fond, et peut-être sortir d’autres talents. On est fait pour ça, donc il n’y a pas de raisons qu’on ne le fasse pas et qu’on ne nous laisse pas notre place. C’est ça le but. On ne demande pas à être millionnaires, à devenir des stars.

Tu as sorti un autre morceau cette année, « Sheesh », qui n’est pas présent sur D.E.L, mais annoncé comme un extrait de Bad Game Vol.1.

C’est un projet pour remettre au goût du jour la mentale qu’on avait avant sur mon label solo qui s’appelait Bad Game justement, sur lequel j’avais sorti tous mes albums : Bad Musik, Drive By Musikk, Frères d’armes… On avait un peu une mentalité de débrouillards, que je voulais un peu remettre à l’honneur, en mettant en avant plein d’artistes qui ont cette mentalité de rap de rue. Il y a des gens qui ont encore un peu honte de dire qu’ils sont des mecs des cités, de la rue. Moi je n’ai pas de honte, je suis très fier de ça, et je sais que j’en ai tiré beaucoup de bonnes valeurs, et pas seulement celles que les gens veulent faire croire. Je suis très fier de la rue, très fier d’avoir construit ma vie avec tous ces principes-là. Je trouve que ce sont de bonnes valeurs, malgré tout ce qu’on peut penser. Ces valeurs de guerriers, de débrouillards, de battants sont celles que je retiens de la rue, et je les mettrai toujours en avant. Donc « Sheesh » c’est dans le projet Bad Game Vol.1, ce sera du rap de rue, et ça va sortir dans quelques temps.

Cette année on t’aura pas mal entendu entre Dicidengereux le mois dernier, ton nouvel album, les extraits de tes compilations…

On va être là, on bosse. On est rappeurs, producteurs, on est un peu tout. Au bout de vingt-cinq ans de rap on a de l’expérience, que ce soit musicalement ou dans le business. On va mettre à l’œuvre tout ce qu’on sait faire et tout ce qu’on connaît.

En faisant cette sélection, j’ai l’impression que tu n’avais jamais vraiment arrêté de faire du rap. Est-ce que tu as fait des pauses durant ces vingt-cinq années ?

Dans ma vie de rappeur, j’ai dû arrêter deux fois vraiment. Juste avant de reprendre avec Niro j’avais arrêté pendant une pige, j’en avais marre de ne côtoyer que des gens qui me parlent de rap, d’un tel qui a dit ça, etc. Je suis parti travailler, m’occuper de mes enfants. J’ai vécu une autre vie, j’ai rencontré d’autres gens qui me parlaient d’autre chose, et ça m’a fait du bien. J’en avais un peu marre de ce monde-là. J’ai arrêté deux fois, pour encore mieux revenir, et frapper encore plus fort.

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Olivier LBS

Doyen et autocrate en chef de cette incroyable aventure journalistique. Professeur des écoles dans le civil. Twitter : @OlivierLBS

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