Le mois de mai 2026 a été particulièrement généreux en belles sorties. Fidèles à notre mantra, nous avons donc une nouvelle fois dû faire des choix pour ne retenir que 10 Bons Sons.
Le 1er mai : Huitballe – Amazon feat. Okis (prod. GOTNOTIME)
On vous en parlait lors de notre édition du mois de mars : Huitballe a depuis sorti son EP Faux Semblants, entièrement produit par GOTNOTIME. Comme ses précédents opus, le projet comporte peu de morceaux : cinq titres seulement, avec un unique featuring assuré par ce bon vieux Okis. Une connexion inattendue qui ravira tous les amateurs de découpage de fin limier. De l’Allier à Lyon, il n’y a qu’un peu plus de deux heures de route, en espérant que cet itinéraire soit souvent emprunté à l’avenir. Pour le reste, on souhaite que Huitballe poursuive la très belle run qu’il a entamée l’an dernier. – Clément
Le 3 mai : La Hyène – Phénix (prod. All in Beatz)
En décembre 2024, La Hyène envoyait le morceau « Véritables guerriers » pour signer son retour sur lequel il se livrait sur le cancer qui l’avait éloigné des micros, et sur la lutte perpétuelle qu’il devait désormais mener. En attendant l’album est son premier véritable projet depuis. Il y apparaît toujours plus radical et jusqu’au-boutiste dans ses combats, qu’ils soient sociétaux ou internes. « Phénix », le titre qui vient en clôture, est terriblement intimiste. La Hyène s’y livre sur son rapport à la vie et à la mort, sur l’impact que sa maladie a sur ses proches, sur le dialogue entre le présent, le passé, le futur… Sur cette boucle de piano mélancolique, son écriture se fait souvent crue et directe, même si elle est parfois ponctuée d’images fortes. Une confession comme on en entend rarement. – Jérémy
Le 6 mai : Zek – Kalash iranien (prod. Zek & Aguirre)
C’est toujours un plaisir d’entendre ce bon vieux Zek, qui vient justement d’apparaître sur Le Bon Son pour une longue interview rétrospective. En conclusion de son nouvel EP, il livre « Kalash iranien », un morceau qui reprend le sample de « Carrelage italien » d’Alpha Wann, d’où le titre en miroir. Zek et Aguirre en font une mixture plus puissante, le sample y apparaît boosté, les batteries plus violentes. De quoi inspirer Zek pour partir dans un long couplet à l’esprit freestyle empli de phases rigolardes. On sait qu’il maîtrise ce genre d’exercices, mais ici, tout apparaît plus facile que jamais pour lui. Savourons bien Grand Luxxxe vol.1 car les suites arrivent… – Jérémy
Le 8 mai : Ol’Kainry feat. Jieska – Nibar Bar (prod. Black P)
Ol’Kainry est tellement un roi sans couronne qu’il n’est même pas classé dans la catégorie des rois sans couronne ! Faut-il rappeler que le lascar en est à près de 30 ans de carrière et un vingtaine de projets en groupe, en solo, en duo, en trio, qu’il est à l’origine du meilleur feat rap FR / rap US, sans oublier qu’il est devenu un observateur de choix intervenant dans tout un tas de podcasts. Sûrement que l’impossibilité à le classer ne lui a pas rendu service, mais le rappeur du 91 fait partie des poids lourds ce rap jeu. Étant donné le nombre de sorties marquantes ce mois-ci, on pourrait craindre que Boug Dyf Legacy passe inaperçu, alors qu’il s’agit là encore d’un très bon album d’Ol’Kainry. Grosse direction artistique, cohérence dans le propos, les flows, vision affûtée sur notre époque, sur le rap (d’hier et d’aujourd’hui), prods assurées pour moitié par Just Music Beats, morceaux conceptuels, feats prestigieux. Difficile d’ailleurs de ne sélectionner qu’un seul titre à chroniquer. Notre regard s’est néanmoins porté sur « Nibar bar » en référence à ce cher Al Bundy et à la série « Marié, deux enfants », faisant l’éloge de ce refuge pour tout homme éprouvé en fin de semaine. Si dans l’album Ol’Kainry a aussi rendu hommage à The Wire dans le titre « Omar », on a hâte qu’il se penche sur Kelly Kapowski ou Scully dans un futur projet. – Chafik
Le 13 mai : Urde – Cuirassé
Un rappeur qui peut placer « béhaviorisme » et « Ulrich Ramé » dans le même couplet doit forcément mobiliser notre attention. Ça fait 3-4 ans que les sorties du rappeur habitant à Bruxelles font preuve d’une originalité et d’une régularité qui forcent le respect. Urde propose un rap à la fois ultra classique et plein d’inventivité, que ça soit sur le fond avec donc des rimes où il va chercher des références ou des mots avec lesquels peu de rappeurs ont l’idée de rimer, mais aussi sur la forme avec des prods, souvent réalisées par ses soins, où ses influences entre rap ultra-classique, électro et rap américain (notamment la scène de Détroit) amènent une originalité et une diversité extrêmement rafraîchissante. Sur « Cuirassé » extrait de l’album Il pleut des sourires, Urde rappelle aussi qu’il sait prendre position dans son rap « Nique un polo sur le logo, y a le marteau et la faucille », un atout de plus non négligeable dans sa manche. – Rémi
Le 22 mai : JeanJass – Boombap mi amor
Le retour du rappeur le plus nonchalant du rap jeu belge. JeanJass propose son cinquième projet solo, Les champs de sacsplastique dont est extrait « Boombap mi amor » dans lequel il déclare sa flamme à ce style qu’il affectionne tant. Sur une instrumentale ultra classique qu’il a lui-même composée, il montre à quel point c’est facile de le faire pour lui. Cette nonchalance dans le flow rajoute à cette impression de facilité, et même si on a parfois l’impression qu’il pourrait justement être trop simpliste, il suffit de se pencher sur ses placements, ses rimes et son sens de l’instru pour comprendre que l’art du Double J est bien plus complexe qu’il n’y paraît. Et à titre tout à fait personnel, le talent du carolorégien s’exprime d’autant plus clairement quand il n’a pas son acolyte bruxellois à ses côtés. – Rémi
Le 28 mai : Seth Gueko – Le chevalier blanc (prod. Maj Trafyk)
Pour l’introduction de son nouvel album, Seth Gueko (lire notre interview « 10 Bons Sons ») s’appuie sur une production de Maj Trafyk à la fois épique et résolument boom bap. Un morceau dont le sample évoque immédiatement l’univers des animés japonais qui ont probablement bercé l’enfance de Nicolas Salvadori. Sur « Chevalier blanc », pas de refrain ni de détour : du rap, du rap et encore du rap, conclu par une session de scratches qui annonce la direction artistique de l’album. Comme beaucoup d’artistes avant lui, Seth Gueko n’a finalement pas tenu sa promesse de ne plus sortir d’album après son dernier en date, Mange tes morts, paru en 2022. Mais à l’écoute de morceaux comme celui-ci, difficile de lui en vouloir. – Olivier
Le 29 mai : MISA – Même le fer fatigue (prod. Elie Gaillard, Julien Chevé & Mateo Bonette)
Plus d’un an après son excellent EP Portail Blanc, le rappeur marseillais d’origine algérienne donne enfin de ses nouvelles avec le single « Même le fer fatigue ». Au programme : une 808 bien énervée, des drums percutantes, un léger sample et quelques notes de synthé. Un décor idéal pour mettre en valeur un Misa en grande forme, porté par un flow acéré et une voix cassée (un peu moins qu’à l’accoutumée, je te l’accorde). On en veut encore. – Clément
Le 29 mai : Mehdi Miklo & Relo – La partition des sourires (prod. Itam)
Parmi la multitude de très bons projets ce mois-ci (Zek, JeanJass, Ol’Kainry, Seth Gueko), deux ont été particulièrement surprenants. Substrat du parisien Secro Star (dont on vous avait parlé l’an dernier ici) qui est dans une forme assez impressionnante, mais surtout Les premières debout de Mehdi Miklo et Relo. Il faut dire que cette sortie est restée secrète jusqu’au mois de mai, que Relo mène sa carrière de bien belle manière et que Mehdi Miklo, un rappeur marseillais, est sous-estimé à nos yeux. Cette association qui fonctionne à merveille est des plus pertinentes tant les deux semblent de la même école, sans être de la même génération. La tracklist est très cohérente : deux interludes, un solo chacun, quatre duos tandis la dernière piste voit nos deux olympiens croiser le mic avec Tedax Max et Aketo. Si le projet est conforme aux normes marseillaises, notre attention s’est portée sur « La partition des sourires », avec sa chorale d’enfants (des quartiers Nord ?), ses couplets bourrés d’allitérations, d’assonances, de vérités bien balancées et ses images marquantes. La suite ? On imagine que Mehdi Miklo va battre le fer tant qu’il est chaud (bien aidé par l’équipe Only Pro), tandis que Relo devrait sortir un nouveau projet en commun (après le très bon 13 au Carré avec Gino), avec Akhenaton cette fois. – Chafik
Le 29 mai: 2L & Costa – Jeunes et cons (prod. Lilpute)
Depuis la fin de l’année 2025, le média Shades, anciennement connu sous le nom de Raplume, propose une série de cyphers mettant en lumière des artistes émergents. Pour cette troisième édition, ce sont 2L et Costa qui sont à l’honneur. Nous avions déjà évoqué la rappeuse parisienne dans notre sélection mensuelle de décembre 2024. Depuis son passage remarqué dans Nouvelle École fin 2025, elle poursuit son ascension sans jamais dévier de ses convictions. De son côté, Costa connaît lui aussi une belle dynamique. Porté par la sortie, le mois dernier, de son nouveau projet Pourquoi on a cassé la vitre ?, le rappeur parisien semblait tout désigné pour partager le micro avec 2L, tant leurs univers et leurs engagements se répondent. – Jordi