Alors qu’aucune balle ne semble vouloir se décider à nous débarasser du chef des fous, il semble que le blocage du détroit d’Ormuz ait impacté jusqu’à la production de rap, qui s’est montrée particulièrement maigre en ce mois d’avril. On a quand même réussi à se décarcasser pour vous trouver quelque chose à vous mettre sous la dent.
Marlon Craft – Unapologetic (prod. Dan Edinberg & Kevin Theodore)
Marlon Craft a sorti au début du mois son quatrième album studio, trois ans après son dernier projet Homecourt advantage vol.2 (sans compter les compilations). Le rappeur biberonné au jazz et au basket a donc sorti The Internet Killed the Neighborhood, un 13 titres sans aucun featuring et en grande partie (si ce n’est en totalité) produit par Dan Edinberg et Kevin Theodore. L’album explore la vision de son rappeur sur une époque bouffée par les réseaux et les faux-semblants, le tout avec les ingrédients habituels du baller : refrains chantés, couplets bien kickés et ambiances groovy et jazzy tout le long du disque. Et puisqu’il fallait choisir un seul morceau, j’ai jeté mon dévolu sur « Unapologetic » avec ses violoncelles et sa contrebasse (bien que le morceau soit sorti dans une série de singles un mois plus tôt.). – Clément
Curren$y, Wiz Khalifa & Harry Fraud – Smoke N’ Pray
Curren$y et Harry Fraud c’est tout le temps synonyme de qualité, c’est implacable. Alors quand les deux trublions sont rejoint par un autre grand aficionados des herbes médicinales, c’est banger assuré. Les deux rappeurs avaient d’ailleurs déjà sorti Roofless Records For Drop Tops : Disc 1 au début du mois, un opus produit entièrement par ce bon vieux Cardo. Et la mise est doublée puisque le volume 2, entièrement produit par Harry la Fraude est venue ponctuer la fin du mois d’avril. Si le projet est presque un sans faute et comporte des excellents morceaux, « Smoke N’Pray », sa guitare électrique et son piano aux faux airs de « Big Ego’s » de Dre remporte la palme du meilleur morceau du 8 titres. Après tout c’est assez simple, fumons et prions. – Clément
Ankhlejohn &V Don feat. Crimeapple – King, Pawn & Rook
Dans la catégorie des Harry Fraud et The Alchemist, j’ajouterais bien V Don. Je trouve toujours que ses instrumentales sont au poil, les samples bien diggués, les drums bien marquées et les atmosphères uniques. Alors quand on le retrouve aux côtés du formidable Ankhlejohn et de l’étonnant Crimeapple, ça promet. Petit sample de guitare assez doux, deux 32 barz bien énervés pour faire contraste : c’est simple et ça marche. Parfois faut pas chercher plus loin. Pour le reste, rendez vous le 13 mai pour Everything beautiful died early.– Clément
Blu & Exile feat. Fashawn – Hard times
Blu a bossé avec certains des meilleurs producteurs américains, mais son association avec Exile, son compère de toujours, garde une saveur particulière, peut-être parce qu’on les a entendu grandir ensemble. L’ambiance est jazzy, et presque étonnement positive pour ce titre où Blu, Exile et Fashawn (une autre figure importante de l’underground californien) se confient sur leurs misères de jeunesse, qu’elles soient pécuniaires ou affectives. Ces atmosphères lourdes les ont visiblement renforcé, comme en témoigne le gimmick du refrain : « Ain’t no way you’re takin’ this one from me ». Ça kicke, ça chantonne, et l’outro cuivrée apporte ce qu’il manquait de blues pour compléter l’ambiance.– Jérémy
Stu Bangas & A.G – Skywalker
Originaire de Boston, Stu Bangas est un producteur reconnu pour son travail avec des figures issues de l’underground plus ou moins hardcore (Ill Bill, Apathy, Blacastan…). Sur ce nouvel album, il se met au service d’A.G, le légendaire rappeur du crew D.I.T.C. L’ancien n’est plus à son prime mais son flow posé fonctionne bien sur cet égotrip où l’on relève quelques belles rimes. Son refrain aérien dans lequel il prétend marcher dans les airs pose l’ambiance : on sent qu’André le géant prend plaisir dans ce qu’il fait, à la cool. Ce ne sera sans doute pas le morceau le plus révolutionnaire de la sélection, mais cette sortie fort confidentielle fera toujours plaisir aux fanatiques du D.I.T.C. – Jérémy
Meek Mill – 600 racks (prod. Lor, Delo & Jayco)
Cela faisait un petit moment que Meek Mill n’avait pas retenu notre attention, il aura su le faire à deux reprises en avril dernier. D’abord avec « 600 racks » puis avec le très bon freestyle « In my eyes ». Nous avons gardé le premier, qui nous rappelle les fondamentaux qui nous ont fait aimer Meek Mill dès le départ : son alternance entre egotrip et souvenirs amers et peut-être surtout son énergie débordante. Bien aidé par une basse immense et une jolie mélodie de flûte, le rappeur de Philadelphie, bientôt quadragénaire, n’a toujours pas perdu de son venin. – Wilhelm
Statik Selektah & 2 Chainz – Pops
« Pops » est, comme le titre l’indique, un touchant hommage de 2 Chainz à son défunt père. Statik Selektah a samplé, sans chercher à le dissimuler un seul instant, le magnifique « Dance With My Father » de Luther Vandross, et ajouté une base rythmique approprié pour que le rappeur d’Atlanta puisse nous ouvrir son coeur et revenir sur son enfance et les derniers instants partagés ensemble. C’est toujours un peu quitte ou double avec ce thème, soit vous y êtes insensible, soit il vous touche et « Pops » devrait très bien faire le travail. Il semble par ailleurs que le morceau préfigure un album commun, que l’on ne bouderait pas mais sur lequel on ne sait, pour l’heure, que très peu de choses. – Wilhelm
Jenevieve feat. Freddie Gibbs & SALIMATA – Flight Risqué (prod. Elijah Gabor)
La chanteuse de soul/R&B Jenevieve nous livrait ce mois-ci une version retravaillée de « Flight Risk », morceau présent sur son EP sorti en 2025. Si ce remix apparaît dans notre sélection, ce n’est pas un usage excessif de notre libre arbitre mais bien pour les excellents couplets de Freddie Gibbs, qui trouve toujours parfaitement ses aises sur ces sonorités (et sur à peu près toutes les sonorités possibles, d’ailleurs) et SALIMATA. On regrettera néanmoins les goûts terrifiants de cette dernière en terme de cuisine. – Wilhelm
DJ Muggs & T.F. – Don’t Call me Lucky
Habitué de ses compilations, T.F. n’avait jusqu’alors jamais eu le privilège de se voir produire un album entier par l’inénarrable DJ Muggs. C’est désormais le cas avec Don’t Call Me Lucky, accompagné d’un casting 5 étoiles (Roc Marciano, Rome Streetz, Ghostface Killah…). On retrouve les fondamentaux de la musique de DJ Muggs : drums puissants cédant parfois leur place à des samples vocaux de soul, boucles courtes et vibrantes, et même si on le savait déjà, la voix nasillarde de T.F. s’y associe avec merveille. On vous met l’intro éponyme mais l’ensemble du disque vaut largement le détour. – Xavier
Action Bronson feat. Lil Yachty & Paul Wall – Triceratops (prod. Action Bronson & Daringer)
Cela faisait un moment que l’on n’avait plus vu ce bon gros Action Bronson, lui qui se fait désormais plus discret entre ses LP. En ce mois d’avril, c’est au cœur d’une association pour le moins inattendue, accompagné de Lil Yachty et Paul Wall, qu’il est venu annoncer Planet Frog, son 9ème album solo, déjà sorti depuis. Les prestations inégales de ses comparses ne gâchent pas la gouaille et la bonhomie du rappeur d’origine albanaise, ni le plaisir de retrouver cette couleur musicale flottante, presque inspirée d’un jeu vidéo vintage. – Xavier