Les coulisses de 13 Au Carré racontées par Relo et Gino

Les projets communs sont trop rares dans le rap. Et lorsque deux rappeurs qui ont des choses à dire s’associent, nous tendons forcément l’oreille. Relo et Gino, qui incarnent une certaine scène de la cité phocéenne, sont à l’origine du projet 13 au carré. L’occasion pour nous de les rencontrer et d’aborder les coulisses de sa conception, le travail en duo, le rap marseillais, Pone, le tout au centre social Les Olives, dans le 13ème arrondissement.

Évoquons les débuts de ce projet. Comment est née l’idée de faire un EP ?

Relo : Gino, ça fait longtemps que je voulais faire des morceaux avec lui. Je l’avais déjà sollicité à l’époque de « Marseille en vrai REMIX », il y a trois-quatre ans, mais il avait alors cessé le rap et il avait décliné.

Gino : Je sortais de mon album Ground Zéro et de ma carrière que j’ai terminés en bordel en 2014. Aller en studio, c’était une tannée à la fin, une contrainte. J’avais atteint un niveau de dégoût du rap inégalable. J’attendais trop du rap, j’ai raté plusieurs trains par ma faute. A la sortie de l’album, j’ai dit à tous ceux avec qui je travaillais que j’arrêtais le rap, j’en avais marre. Le rap avait trop nuit à ma vie privée, à ma famille. J’ai plus perdu que gagné et même si je n’ai jamais ça fait pour ça, à un moment, il y a une réalité, tu ne peux pas faire ça pour le fun ad vitam aeternam. C’est un investissement. Et ma femme arrivait à saturation. Peu de temps après, Relo m’appelle pour « Marseille en vrai remix », avec R.E.D.K., Keny Arkana, Kalash L’Afro… Et Relo, c’est un gars de mon entourage proche, que je connais depuis les débuts, donc j’aurais accepté mais j’avais atteint un niveau de ras-le-bol trop important.

Après coup, tu n’as pas regretté d’avoir décliné l’invitation puisque le morceau a très bien tourné, en est à près de 500 000 vues.

Gino : Je n’ai aucun regret. Je suis super content que le morceau ait bien tourné mais si je n’y suis pas c’est que je ne devais pas y être. Peut-être que ma présence aurait fait du mal au morceau. Peut-être que le morceau a marché parce que j’y suis pas aussi. L’histoire fait que j’ai refusé pas par manque de respect, mais parce que je ne me sentais pas, je n’en avais pas envie. Le temps est passé, je me suis remis à écouter mes collègues. On a un groupe Whatsapp où ça envoie les nouveautés, où les gars balancent leurs morceaux en sortant du studio… De mon côté, je continuais d’écrire des punchs à droite à gauche et il m’a de nouveau appelé.

Relo : Je l’ai de nouveau invité pour le remix d’un morceau et il était ok pour un 12 mesures. Et il n’a rien perdu de sa superbe (sourire), il n’a pas cherché à inventer, il a fait du Gino comme j’aime, avec des punchs, un côté revendicatif. J’avais des prods à disposition, je lui ai proposé de faire quelques sons, comme ça, juste pour le kiff et il était partant. Première instru que je lui fais écouter, c’était « 13 au carré » et ça matche direct. Très rapidement, c’est devenu une évidence qu’on allait faire un projet dans lequel on rappe.

Gino : De fil en aiguille, on a pris une séance, puis deux, puis trois… 13 au carré est sorti très rapidement.

Relo : C’était lors de notre première séance. On venait de faire « Nuit d’hiver », il nous restait du temps. On avait quelques notes, on a écrit en studio, en 1h30 c’était réglé. On a laissé le morceau tel quel, malgré les deux-trois petites erreurs qu’il pouvait comporter, ça garde le côté très spontané du projet.

Gino : On avait trouvé un studio où on réservait par plage de six heures, financièrement on partageait tout. Moi je n’avais plus de contacts pour les prods. Relo gérait tout au niveau logistique. Je n’aurai pas pu espérer mieux pour un retour, même si je n’avais pas prévu un retour. Ça s’est fait naturellement parce que revenir tout seul, je ne l’aurais jamais fait. Là, on se retrouvait en studio, à deux, on passait une après-midi entre collègues, comme si on allait jouer au foot, sauf qu’on rappait. En fait, j’ai retrouvé les délires du début.

Relo : On voulait s’amuser et ne pas se prendre la tête, avec nos femmes, avec notre entourage. On se faisait une séance par mois et on ressortait à chaque fois avec deux morceaux.

Gino : Relo a vraiment été partageur parce qu’il n’a pas été calculateur, à se garder des prods pour son album solo. Je l’ai senti tellement investi dans le truc que je me devais de ne pas l’être à moitié, de faire les meilleurs couplets que je pouvais. Le mot d’ordre a été de se dire les choses, dans l’intérêt du morceau, du projet. Je le considère vraiment comme mon ami donc il n’y a pas d’ego avec lui, je ne suis pas en train de faire un feat avec Pierre, Paul ou Jacques. Si ça ne va pas, on se le dit.

Ce travail en duo semble très kiffant, mais j’imagine qu’il comporte aussi son lot de de contraintes, de compromis. Comment vous vous êtes ajustés, mis d’accord sur le choix des prods voire sur le contenu des textes de l’autre, vu que vous avez l’habitude de travailler en solo ?

Gino : En fait, rien n’est grave. Ce que tu viens d’évoquer est arrivé sur le morceau « Valkyrie ». A la base, ce n’est pas un morceau solo. Au départ, j’avais écrit un 32 mesures, mais Relo me dit qu’il n’est pas emballé par cette prod et il me pousse à en faire un morceau. On est partis sur ça mais je lui ai dit que ce serait bien qu’il apparaisse. On arrivait à trouver une solution à tout. C’est la première fois que je posais sur une topline d’un autre. C’est la première fois que ça m’arrive et je pense que tu ne peux pas le faire avec n’importe qui. J’ai fait tout un tas de feats dans ma vie, mais cette osmose, c’est la première fois que je la trouve. Les gens jugeront mais je pense qu’on a réussi à la trouver.

Relo : Vu qu’on vient de la même école, on n’a pas du tout galéré pour les prods. On est à l’écoute de l’autre aussi. Alors que par moments, je voulais qu’on retravaille un morceau, Gino, peut-être du fait qu’il a arrêté pendant quelques temps, préférait qu’on l’envoie comme ça, sans se casser davantage la tête. Pour avoir déjà été en groupe, j’avais peur au début de devoir faire un maximum de concessions, d’autant plus que j’ai été en solo pendant un moment. Et dès la première session, ç’a été très fluide, sans prise de tête. Le morceau « 13 au carré », c’est 48 mesures. On ne s’est pas dit « est-ce qu’on ne devrait pas faire des 16 mesures plutôt ? », non, on s’est fait plaisir. Si tu regardes bien, dans le projet, il n’y a pas forcément de structure évidente. Le remix de ce morceau fait 6 minutes par exemple. Au départ pourtant, j’ai proposé des 8 mesures. Puis, faut être honnête, le titre « La loi de la calle » est sorti et on a augmenté le nombre.

Gino : Pendant la conception du projet, j’étais dans la peau du mec qui revient et qui n’a que ce projet sur le feu. Je ne prends aucun risque. Que ça sorte ou pas. Je suis dans les meilleures conditions. (Parlant de Relo) Parce que je le vois charbonner et que je vois le travail qu’il fait pour son album, mon but était de ne pas le parasiter. Je me suis calé sur son calendrier pour la sortie du projet. On s’est fait confiance et ça nous a donné, personnellement, ça m’a donné une confiance que je n’ai jamais ressenti précédemment. Je savais que si j’allais trop loin dans la bêtise, il allait me dire : « Oh frérot, tu inventes ». Les choses se sont faites naturellement. On dirait que les planètes étaient alignées pour qu’on fasse ce qu’on aime. D’ailleurs, je ne pense pas faire un projet solo après parce que j’ai peur de ne pas prendre autant de plaisir.

Pendant la conception du projet, vous aviez en tête des albums communs entre deux MC’s ? Dany Dan & Ol’Kainry ? Joe Lucazz & Eloquence ? Akhenaton & Faf Larage ? Soprano & R.E.D.K. ?

Relo : On n’a réfléchi à rien ! (rires) Gino faisait son retour, moi, je faisais une pause dans la prépa de mon album.

Gino : Je dirai plutôt Freeman & K-Rhyme le Roi, parce que c’est Marseille, parce que Freeman et Karim c’est deux potos avant d’être deux artistes à part entière, c’est des mecs d’en ville.

Relo : (Il coupe la parole) Et nous on est du 13ème arrondissement, on a la même mentalité ! Et c’est aussi ce qu’on a voulu mettre en avant, un peu comme la Mafia K’1 Fry qui mettait en avant Orly-Choisy-Vitry. Je connaissais le 94 avant même d’y avoir mis les pieds ! Parce qu’on raconte tous les mêmes galères, les mêmes choses.

Je pense qu’on est nombreux à connaitre la géographie parisienne et ses 20 arrondissements grâce au pera.

Relo : Oxmo disait qu’il kiffait lorsque les rappeurs citaient les noms de rues parce qu’il avait l’impression de marcher avec eux.

Flynt a fait ce style de morceau.

Gino : (S’adressant à Relo) Il nous a envoyé un message d’ailleurs, j’ai oublié de t’en parler, pour nous féliciter. Tu vois avec ce projet, on est vraiment à la croisée des chemins : j’ai reçu un message de Flynt et Relo de Soso Maness. On est entre ces scènes-là, pourtant on pourrait penser qu’il y a un monde de ouf entre Soso Maness et Flynt, mais nous on pourrait faire un morceau avec eux. Pareil, j’ai fait un morceau avec Le Rat Luciano et Flynt, que je n’avais jamais sorti et que j’ai mis dans ma retro tape. On pourrait penser que ces deux gars sont à l’opposé mais en fait, ils ont les mêmes codes, la même culture.

A l’écoute du projet, j’ai été surpris de ne pas trouver de passe-passe entre vous deux.

Gino : Depuis la première séance, on se dit qu’il fallait faire un passe-passe et tu sais quoi, les choses font qu’on ne l’a pas fait (sourires). Je ne saurais même pas t’expliquer pourquoi mais ce que je peux te dire, c’est que les morceaux qui sont sur le projet ne sont pas les seuls qu’on a faits. A la base, on voyait un projet avec 15/16/17 titres puis on s’est dit pourquoi ne pas prendre la température avec un volume 1 et si c’est cool, essayer d’enchainer avec un volume 2, voire un volume 3. Parce qu’on a de la matière, on a tenté des trucs très actuels, avec du vocoder, qu’on n’a jamais faits, du type Jul. Au final, on s’est dit que vu l’émotion qu’on ressentait dans « L’été au quartier », « 13 au carré », « Pone », on allait proposer ce qu’on sait faire dans un premier temps et après, on verra. L’histoire fait qu’il n’y a pas de croisé parce que les morceaux ne s’y prêtent pas.

A l’écoute du projet et pour détourner la phase de Luciano qui faisait « une musique pas faite pour cent personnes mais pour des millions », j’ai l’impression que la vôtre n’est pas faite pour des millions de personnes, mais quelques centaines, des milliers.

Relo : Quand Luciano dit ça, c’est fin 1990, le rap n’est pas ce qu’il est aujourd’hui. Ceux qui aimaient le rap étaient des gens contestataires. Aujourd’hui, nous, on fait du rap pour ceux qui nous ressemblent. On est aussi proche d’un Alonzo que d’un Jazzy Bazz. On reste nous-mêmes. On est d’une école où le texte, la forme sont indissociables, où on représente les quartiers Nord, les quartiers populaires. C’est par la force des choses qu’on s’adresse à des centaines, à des milliers de personnes. On est en indépendants, la vraie indépendance (il appuie sur le mot « vraie »), pas celle où tu produis ton album et après il y a de grosses structures derrière qui diffusent. C’est le prix à payer de l’indépendance, ton régulateur c’est ta poche.

Gino : Le premier truc que je me suis dit au début du projet : « Surtout, ne fais pas de couplet, de morceau pour les rappeurs. Rappe pour le public ». Cette erreur que j’ai commise par le passé, je ne voulais surtout pas la reproduire. Le but était de parler aux gens. Je le dis dans « 13 au carré » : « On part perdant, alors on prouve et on les fait taire, ça paye pas mais on continue tant qu’on fédère ». Je ne sais pas si tu as prévu de poser la question, mais pourquoi on a fait une telle pochette ? (Relo et Gino ont proposé au public de leur envoyer un selfie qu’ils intègreront sur leur pochette). Pour faire participer les gens. Le remix du morceau « Pone » ? (Relo et Gino ont invité qui veut à envoyer un couplet qui serait intégré au morceau originel) Pour faire participer les gens. C’est un projet qu’on veut inscrire dans le partage. Le public à qui tu fais du bien ne sait pas que lui aussi te fait du bien.

Rentrons davantage dans le projet en abordant le titre « L’été au quartier », qui pourrait être le dernier volet d’une trilogie avec « Un été à la cité » du Minister Amer et « Quand j’serai grand » de Fabe ; vous avez pensé à ces morceaux durant sa conception ?

Relo : « L’été au quartier » c’est mon morceau préféré du projet. Il a une trop belle histoire en plus. Corrado nous envoie une prod que je trouve trop belle, avec une âme et un sample de Donell Jones, que j’apprécie tout particulièrement. Avec Gino, pendant qu’on collectait les thèmes qu’on voulait évoquer, j’ai proposé l’été au quartier. Mais plutôt que de parler des barbecues, de la plage, des boites, on est partis sur le contre-pied, sur l’ennui. Je voulais parler des étés où je restais à Marseille, soit deux ans sur trois, quand on n’avait pas les congés bonifiés, ces semaines où le championnat est terminé, où il n’y a pas d’Euro ou de Coupe du Monde et où tu suis le mercato via des sites à la con, même si tu sais que l’info est fausse, faut que t’en parles avec les collègues (sourires).

Gino : T’en as toujours un qui va te sortir qu’on a vu Agüero chez Lorenzo. (célèbre coiffeur marseillais) (Rires)

Relo : C’est vraiment mon morceau préféré. Avec le refrain aussi. Ce qui est important dans ce projet, c’est qu’on a été entouré par des personnes positives. On a pensé à rejouer une partie de la prod et comme Fredo Labo Klandestino est très fort à la guitare, on s’est rapprochés de lui, en plus, il vient du même quartier que Gino. Puis il nous a proposé d’emmener plus loin encore le morceau grâce à une de ses copines qui a fait « The Voice » en lui faisant faire des voix.

Gino : Le but et la difficulté première du morceau c’était de décrire « rien », parce qu’on s’emmerde. Je me suis mis à noter tout un tas de bouts de phrases. Et puis, ce genre d’ambiances, ça fait plus de dix ans que je ne les ai plus vécues. Donc j’ai procédé par flash : les condés qui passent, on est assis sur le muret, l’autre il fume, l’autre ne fait que mentir, l’autre était en garde à vue en Birk’, l’autre va acheter du shit en Espagne et s’arrête à la Jonq… Fallait réussir à parler de l’ennui, mais en même temps du partage qu’on vit, des bons et des mauvais moments.

Relo : Même si ça ne concernait pas l’été et que la forme j’avais moins aimé, c’est un peu comme le morceau de L’Skadrille et Sniper « Bons moments ». J’avais bien aimé ce message.

Vous êtes connectés à la scène marseillaise, sur le projet, vous citez A.K.H., Sopra’, Jul, vous avez fait le posse cut « 13 au carré rmx » : je ne sais pas si on peut vous appeler l’underground organisé mais vous faites partie d’une autre scène marseillaise dont j’aimerais que vous me parliez, qui est dynamique, qui se mélange, que ce soit sur votre projet donc, mais aussi invitée dernièrement par Swift Guad, sur Catenaccio avec L’ami Caccio, Tony la famille, Alziino, sans parler des Zamdane, JMK$.

Relo : Tu as dit le terme : autre scène. Moi, je ne me considère pas dans l’underground. C’est juste qu’il y a plusieurs musiques à Marseille. Nous on est dans un créneau, qui n’est ni meilleur ni moins bien qu’un autre. Le morceau « 13 au carré remix », on l’a fait qu’avec des gens qui ne rendent pas fou. On est dix sur le morceau ! On pouvait craindre que ce soit un bordel à organiser, mais on n’a choisi que des gens sûrs. On a enregistré très facilement, le clip aussi a été très simple à tourner parce qu’il ne s’agissait que de personnes respectueuses. Tout le monde était présent, à l’heure, sauf Boss One qui était à l’étranger. Le clip sort le jeudi 17 février, la veille de la sortie officielle du projet. Bref, on est dans un courant qu’on cherche à développer et vu que l’énergie est bonne, la musique l’est aussi. Quand on rentre en playlist sur Deezer, on est contents parce que Soumeya rentre en même temps.

Gino : On est ravis de la réussite d’un projet comme 13 Organisé même si on n’est pas dedans, parce que c’est Marseille. Je pense que dans le rap, beaucoup de choses dépendent du fait d’être au bon endroit au bon moment. Après il y a son destin, son travail, sa carrière, qu’il faut accepter. Aujourd’hui, je suis serein même si ma musique n’est pas faite et écoutée par des millions. Pour la petite histoire, quand on va tourner le clip de « 13 au carré », je retourne mon armoire, je me prends la tête sur comment je vais m’habiller, je retombe dans mes travers d’avant. Ma femme est rentrée dans la chambre et m’a demandé ce que je faisais. En lui disant que je ne savais pas comment m’habiller pour le clip, elle m’a demandé comment je me serai habillé aujourd’hui s’il n’y avait pas le clip et m’a poussé à m’habiller ainsi. Tout simplement. Je suis ce que je suis. Un daron de famille, avec trois enfants, mon petit ventre, j’approche la quarantaine et je fais du rap. Ça te va, tant mieux, ça te va pas, écoute les autres (rires).

Relo : Avant, je ne pouvais pas mettre la même paire dans deux clips différents. Maintenant, je me fous de ça d’autant que notre musique s’y prête. Je veux que tu te concentres sur les paroles. Notre public s’en balance de notre manière de nous habiller. Pour d’autres artistes, ça compte, mais pas pour nous. Il faut être en osmose avec sa vie.

Gino : Plus jeune, j’écoutais X-Men, je ne connaissais pas leur tête. Il n’y avait pas de clip. Luciano pareil. Je suis enfant de divorcés, mon père vivait dans le 13ème et ma mère au Panier, le même quartier que le Rat ; je le voyais tous les jours, je ne savais pas que c’était lui qui rappait dans la Fonky Family. Sa musique me touchait et le voir n’a rien changé.

Tu parlais de la F.F., j’aimerais qu’on parle du morceau « Pone ». En le faisant, vous êtes-vous dit que vous alliez le contacter ? Pourquoi même ne pas lui avoir demandé de produire le morceau ?

Relo : L’histoire est très simple. Dans notre panel de prods, celle-ci sonnait trop Pone. Je le contacte en lui demandant si on pouvait l’utiliser. Il regarde si elle est disponible et on se rend compte que ce n’est pas lui qui l’a réalisée. Gino avait une phase (« On voit la vie avec les yeux de Pone ») et après il disait qu’au lieu de rendre hommage aux morts, faisons-le quand ils sont vivants. Ça nous a poussés à faire ce morceau sur les gens qui se battent au quotidien. Quand on lui a envoyé, il l’a surkiffé.

Gino : Et puis Pone donne tellement de force à tellement de monde. C’est un exemple. Il a marqué notre jeunesse, notre vie, le rap, un peu comme DJ Mehdi. Son histoire inspire et touche plein de monde. Ça montre qu’une vie avec la maladie est possible. On voulait lui rendre hommage à notre échelle. Et la prod, c’est donc Nef, un gars buté par la Fonky qui l’a faite. Elle est uptempo, entrainante, qui fait que le morceau tu peux l’écouter dans ta voiture bien que les paroles soient profondes. Il a sa particularité même s’il est assez court, c’est juste deux 16 mesures avec un refrain basique. Au-delà de la profondeur des textes, dans l’intention on y est. Et c’est ce que je répétais régulièrement à Relo, même si tel ou tel truc n’est pas parfait, on arrive avec de bonnes intentions. Pour moi, ce morceau, dans l’intention, c’est le meilleur. Je finis mon couplet en disant : « C’est plus que du rap, c’est la vraie vie, c’est Marseille Nord, c’est la lucarne d’Evry ». Des trucs qui nous rassemblent quoi. Relo a une phase merveilleuse aussi : « Les jours de Janaza, on prie sur des City ». Rien que j’en parle, j’ai les frissons. C’est la vraie vie.

Relo : Et certains disent : « Ils prient sur des stades, on n’est plus chez nous. » La réalité, ce sont des gens qui ont perdu un proche, qui font une prière pour qu’elle soit acceptée, pour le bien de leur mort. Certains sont déconnectés du monde dans lequel on vit.

Vous finissez sur un posse cut et vous avez même mis des instru à la fin du projet, un délire très hip-hop

Gino : Sur ma mixtape 1313, j’avais laissé des instrus à la fin, dans mon album « Ground Zéro », j’avais fait deux gros remixes. Ça a toujours été ma pratique et je sais qu’avec Relo on est sur la même longueur onde. J’ai commencé à rapper sur des vinyles, sur « Mama Lova » d’Oxmo, sur « Sans rémission » de la Fonky, sur « Il fait chaud » de Passi. Je me dis que si des jeunes ont envie de se lancer, faut leur proposer des instrus et puis la boucle est bouclée. C’est symbolique.

Relo : Pareil pour la cover, on se cassait la tête pour en trouver une qui nous corresponde. Un jour, Gino en cherchait une et il tombe sur la pochette de « Bad Boys de Marseille » avec toutes les photos. On s’est dit qu’on allait faire un truc 2.0 et on a demandé aux gens de nous envoyer des selfies. Pour le remix de Pone pareil, on a proposé aux gens de nous envoyer un couplet, tout en se demandant « Est-ce que les gens vont payer un studio pour s’enregistrer ? ». On a dû recevoir 25 ou 30 couplets au final et même des rappeurs marseillais !

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