20 Bons Sons US en juillet-août 2023

Contrairement à notre chère francophonie, la période estivale aux states est un véritable bordel de sorties. En deux mois on a eu droit à un nouvel album de Travis Scott, un de Nas, des morceaux de A$ap Rocky, Snoop Dogg, Denzel Curry, Nicki Minaj, Quavo, du Cardi B, du Young Thug et même du Lupe Fiasco… Retour sur l’été en 20 bons morceaux.

Valee feat. Twista – WTF (prod. Harry Fraud)

Voilà une drôle de collaboration 100% Chicago. A ma gauche, Valee, et son flow chuchoté, parfois presque marmonné et qui se joue des attentes de l’auditeur en forçant sur le trait sur les répétitions, en marquant des pauses à la césure ou en rallongant excessivement ses lignes (« Yo bitch is, one, two, three, four, five, six, seven days a week inside »). A ma droite, le vétéran Twista et son fameux fast flow (quelle entâme de couplet !) qu’il sait aussi ralentir à l’occasion pour le rendre le plus chantonnant. Les deux jouent du contraste entre leurs styles sur une production hypnotique d’Harry Fraud dont le sample semble tout droit sorti d’un jeu-vidéo. – Jérémy

Mick Jenkins feat. Freddie Gibbs – Show & Tell (prod. Berg & VNSN)

Mick Jenkins continue d’enrichir une discographie déjà bien solide et collabore ici pour la première fois avec Freddie Gibbs. D’un ton tranchant et convaincu, le rappeur originaire d’Huntsville se défoule sur les journalistes et affirme sa culture du travail et sa lente maturation le menant à plus de patience (c’est justement le titre de l’album). Comme toujours, Freddie fait parler la poudre avec son débit soutenu et ses allitérations qui ont l’air de ne jamais prendre fin, prenant tout de même le soin d’aérer son couplet avec un ralentissement le temps d’une pause drumless. C’est Mick Jenkins qui vient conclure le morceau dans une confession à la limite du spoken word et sur une ambiance jazzy. Les deux artistes ont beau avoir des styles très différents, ils parviennent à se rejoindre sur leur envie de prouver. – Jérémy

Giggs feat. Diddy – Mandem (prod. Louis Aura)

Petit détour du côté de Londres suite à la sortie du nouvel album de Giggs, quinze ans déjà après son premier. Il s’est passé bien des choses depuis et l’on retrouve désormais le rappeur déambulant dans la ville au côté de Diddy dans un clip qui prend son temps, à l’image du flow de Giggs, posé mais autoritaire. Avec ses lourdes drums et son clavier venu d’outre-tombe, la production de Louis Aura crée une ambiance bien sombre, et s’aventure même dans le fantastique et l’horrorifique avec un étrange sample d’envahisseurs extraterrestres  qui survient ça et là. Le slow-flow de Giggs vient rajouter à la menace. On sent qu’il ne vient pas parler pour ne rien dire. C’est sans doute le terrain artistique qui lui convient le mieux, car les tentatives d’ouverture de Zero Tolerance ne sont pas toutes des réussites. – Jérémy

Vel Nine – Phases (prod. NugLife)

L’année 2023 était pour l’instant assez discrète concernant les sorties de Vel Nine, rappeuse qu’on suit depuis plusieurs années déjà. La native de Baldwin Park en Californie aura attendu le mois d’août pour nous régaler non pas d’un EP mais d’un album entier en colloboration avec le producteur NugLife. Intitulé Nina et composé de 15 morceaux, le projet nous offre un jolie voyage au parfum soul et groovy. Les productions de NugLife sont aux petits oignons ; tantôt drumless, tantôt grisedelsque, parfois trap, la panoplie est totale. Sur ces sucreries, Vel9 fournit une copie impeccable, modèlant son flow facilement, toujours en trouvant les mélos qui font mouches. Bref, un album qui se sirote comme un succulent milk-shake avec quelques gouttes de bourbon. – Clément

Zombie Juice – Pistolas

Des années que je n’avais pas écouté l’ami Zombie Juice, membre de l’éternel groupe Flatbush Zombies. Le trio de Brooklyn peine à donner un digne successeur à leur incroyable Vacations In Hell sorti en 2018, et chacun des membres du crew semble se concentrer sur une carrière solo. Mais voilà que notre amie Jus de Zombie a sorti en avril dernier un projet assez cool : Love Without Condition, accompagné de son compère Meechy Darko, The Underachievers ou encore Curren$y. Quelques mois plus tard, le natif de la grosse pomme nous dévoile « Pistolas », un morceau aux allures de freestyle. Un bon drum break, une boucle entétante de xylophone (ou vibraphone, je ne sais pas, je ne suis pas spécialiste des percussions) et voilà que ça rappe fort, que ça rappe bien. – Clément

Don Trip feat. Starlito – The outsiders

Voilà un duo qui fait toujours mouche, d’autant plus lorsqu’ils abordent un registre introspectif et mélancolique. Ce n’est pas pour rien si Don Trip invite Starlito sur quasiment tous ses projets solos. La mort n’est jamais trop loin dans ce morceau où l’argent fait figure d’obsession, car il est conçu comme instrument de survie. Don Trip le poursuit pour nourrir sa famille, famille qui est également vue comme un pilier pour Lito qui confie avoir des problèmes de confiance et de peur de l’abandon. Bref, ça rappe à coeur ouvert et les voix des deux compères (également auteurs de plusieurs projets communs) s’opposent bien l’une à l’autre, du côté criard de Don Trip à l’aspect plus profond de Starlito (« Smoke so much It changed my voice »).  – Jérémy

Danger Mouse & Jemini the Danger – Me

Parmi les surprises de l’été, on retrouve un album commun entre Danger Mouse et Jemini the Danger, resté dans les tiroirs depuis vingt ans. Les premières sorties du producteur sont sous ce nom étaient en fait ses collaborations avec le rappeur. Depuis, il a complètement explosé et on a pu le voir aux côtés de Gorillaz, de MF Doom, au sein du duo Gnarls Barkley ou encore avec Black Thought l’année dernière. Jemini de son côté s’est fait plus que discret, puisqu’il n’a rien sorti de nouveau. C’est un plaisir de réetendre ce talentueux MC comme en témoigne ce morceau ou son flow virevoltant fait mouche sur une prod’ à la batterie puissante et au clavier entêtant. Pas le temps de respirer sur ce morceau qui vire à la démonstration et où les deux hommes ne nous laissent pas une seconde de répit. – Jérémy

Lord Apex – Blessings (prod. Pops & Crooklin)

A la fois nostalgique et moderne, Lord Apex continue de distiller pépites sur pépites. L’anglais prouve à chaque son qu’il n’a pas de style musical attitré. Aussi à l’aise sur de la drill, de la trap, du boom-bap ou des sonorités plus électroniques, le rappeur de Londres délivre constamment de la qualité. Sur le morceau qui nous intéresse ici, Lord Apex a choisi une belle instrumentale boom-bap oldschool, assez dirty et avec quelques envolées cuivrées. Côté texte, pas besoin d’être un grand linguiste pour comprendre que le rappeur célèbre et évoque l’évolution de son art. Une introduction en bonne et due forme à ce qui semblerait être son prochain opus, intitulé The Good Fight. A suivre. – Clément

DJ Muggs feat. Ghostface Killah & Westside Gunn – Sicilian Gold

Pas moins de 23 ans après le volume 2 (sans compter l’intermède Dia del Asesinato sorti en 2018), DJ Muggs ferme sa triptyque Soul Assassins. Avec une nette mise à jour des invités, même si anciens et plus jeunes se mélangent à merveille sur ce volume. On retiendra tout particulièrement ce chassé-croisé entre le tueur à tête de fantôme et l’un des porte-étendard du dépoussiérage de ce genre de sonorités au cours des années 2010 dont nous avons énormément parlé ici, Westside Gunn. Mais entre Evidence, Domo Genesis, Boldy James ou encore Roc Marciano, il y a largement à boire à manger sur la compilation, pour autant que l’on aime la batterie qui cogne et les samples obscurs. – Xavier

Rick Hyde feat. Fuego Base – PTSD (Prod. Chop La Roc & Rare Scrilla)

On est toujours intéressés par les aventures solo des membres de la Black Soprano Family. Rick Hyde est d’ailleurs parmi ceux s’étant le plus distingués ces dernières années. Avec Lupara, Ricky continue sur la lancée de ses précédents essais, avec des opus courts et percutants. Sur « PTSD », il est accompagné d’un autre membre de la honda, Fuego Base, mais c’est surtout la boucle des deux beatmakers que l’on a trouvé remarquable, tantôt mélancolique, tantôt country-folk selon l’instrument. Outre celle-ci, on notera les couplets solides des protagonistes, plus dans la force brute que dans la subtilité. – Xavier

Ransom & Nicholas Craven – American Made

C’est le retour du meilleur duo contenant au moins un canadien depuis Terrance & Phillip. Si la série des Deleted Scenes, comme indiqué dans le nom, est composée des chutes de studio des Directors Cut, ils n’en demeurent pas moins d’excellente facture, et les boucles de Craven s’associent quoiqu’il arrive à merveille aux placements précis de Ransom. Un bon exemple en est « American Made », l’ouverture de ces 5 titres, mais le tout ne durant que 14 petites minutes, on vous encourage vivement à aller tâter l’ensemble. – Xavier

Knucks – I Suppose feat. Larry June (prod. Kenny Beats)

Quand deux rappeurs qu’on apprécie énormément joignent leur force, ça ne peut que donner qu’un formidable morceau. Enfin du moins, en général et c’est le cas du track qui nous intéresse ici. L’anglais Knucks a fait équipe avec ce bon vieux Larry June sur une prod’ de l’inévitable Kenny Beats pour une connexion Londres-San Francisco-Greenwich des plus chatoyantes. L’instrumentale est assez discrète et laisse suffisamment de place pour les deux emcees de kicker proprement et à Larry June de nous régaler avec un refrain tout mignon tout léger dont lui seul a le secret… Des connexions US / UK comme ça on en demande d’autres. – Clément

Earl Sweatshirt – Sentry feat. Mike (prod. The Alchemist)

Bordel tous les mois c’est pareil. Tous les mois je suis obligé de mentionner soit Earl Sweatshirt, soit The Alchemist, soit de temps à autre, les deux. Faut dire que les deux zigotos sont très actifs cette année, en particulier The Alchemist qui enchaine les projets avec des rappeurs, quand il ne prend pas le micro lui même.
Les deux compères avait d’ailleurs teasé un album collaboratif officiel depuis des années, Alchemist déclarant en début d’année qu’un projet avait déjà été publié sur youtube sous un faux nom (on attends toujours le fin mot de cette histoire). Bref, « Sentry » est le premier et dernier extrait du projet commun Voir Dire (expression couramment utilisée par les avocats et les juges pour évaluer la capacité des jurés potentiels à agir de manière honnête et impartiale lorsqu’ils travaillent sur un cas particulier) vu que les deux loustics ont choisi de sortir l’intégralité du projet sur Gala Music , une plateforme de streaming basée sur les NFT. J’attendrais la release sur les autres plateformes pour écouter l’intégralité du projet (ou un bon gros téléchargement) mais en attendant je tourne en rond sur le morceau ci dessous. – Clément

Sha Hef & Nicholas Craven – Public Enemy

On pourrait ergoter des heures sur les choix de samples irréprochables de Nicholas Craven ou sa science de la boucle aussi simple qu’efficace. On peut aussi saluer son carnet d’adresse et sa capacité à faire briller les rappeurs avec qui il bosse, en particulier sur un disque entier. Sha Hef, qui nous avait annoncé son absence pour raisons judiciaires via « Last Day Out » il y a déjà de longs mois, a su tirer profit de la collaboration et, bien que l’association soit évidente, ce petit pas de côté par rapport à ses sorties des dernières années est une réussite totale. – Wilhelm

Dark Lo & V Don feat. Benny The Butcher & Duffle Bag Hottie – White Plate

Depuis sa mise derrière les barreaux, Dark Lo peut compter sur le soutien indéfectible de V Don. Le producteur new-yorkais, insensible à toute forme de fatigue, a donc fini de concocter la suite de leur précédente collaboration : Charlie Pope 2. Encore une fois très solide, ce fut aussi l’occasion de se rapprocher à nouveau de l’écurie BSF, représentée par Benny et le moins connu Duffel Bac Hottie qui délivrent, respectivement, un excellent couplet et un refrain un peu surprenant chez Dark Lo mais très réussi. – Wilhelm

Babyface Ray – My Thoughts 4 (prod. SpaceTheWizard)

L’un des visages principaux de Détroit revenait aux affaires cet été, après deux albums hivernaux de qualité impeccable. Avec « Summer’s Mine », il ne renie aucunement sa personnalité et son identité musicale mais va chercher des mélodies plus chaleureuses. « My Thoughts 4 » est l’illustration parfaite de cette ambition ; continuant une série vieille de presque 6 ans, la boucle est assurément moins triste que les trois précédentes mais le rappeur est au moins tout autant introspectif qu’à l’accoutumée. Parfois, il pleut l’été. – Wilhelm

Nas & Hit – Boy feat. 50 Cent – Office Hours

Soit l’entente entre Nas et Hit-Boy s’embellit plus vite que le bon vin, soit l’avenir s’annonce radieux pour les modestes épicuriens que nous sommes. Tâchons de ne pas nous hâter Magic 2 aux quatre (!) précédents, mais il faut bien reconnaître que la qualité est encore une fois au rendez-vous et cette seconde jeunesse d’Esco a de quoi ravir. Les deux lascars, généreux, se permettent même d’inviter un petit jeune qu’on appelle 50 Cent sur le morceau que nous avons retenu, « Office Hours ». – Wilhelm

Maxo Kream feat. Key Glock – Bonecrusher (prod. Tez Beats)

Très solide depuis quelques années, Maxo Kream n’a pas posé ses congés cet été. Après un single bête et méchant (mais surtout bête) avec Bfb Da Packman en juin, il conclut le mois d’août avec un single bête et méchant (mais surtout méchant) avec Key Glock. Certes, ce dernier n’a pas le goût d’être un bon hôte mais il ne refuse jamais une bonne invitation et connaît les bonnes manières. Si l’atmosphère pesante de « Bonecrusher » ne vous convainc pas d’elle-même, l’infatigable et gargantuesque basse et les menaces constantes feront le boulot. – Wilhelm

Fredo feat. Tiggs da Autor – Scoreboard (Prod. Show N Prove)

Petit crochet par nos amis anglicans, avec le MC de Kilburn qui a profité de l’été pour publier son 4ème album solo, Unfinished Business, sorti à la mi-août. Nous aurions pu être tentés par l’intro-fleuve (9 minutes !) aux allures d’autobiographie, mais finalement un peu trop vue et revue dans sa thématique et sa structure. En ce sens, Fredo continue de montrer sa singularité par rapport à la scène de sa ville, restant dans des sonorités très conventionnelles (voire, quelque peu datées), s’appuyant avant tout sur une certaine intensité vocale que l’on ne retrouve pas chez ses homologues. Sur « Scoreboard », le refrain de Tiggs da Autor fait également montre des racines caribéennes de Fredo, sa mère étant originaire de la Barbade. – Xavier

Yo Gotti – 1st Hunnit Bands (Prod. Yung Dee & VSONTHABEAT)

Plutôt discret ces dernières années, le rappeur de Memphis a déboulé dans le mois d’août avec sa mixtape Gangsta Grillz, agrémentée des cris de DJ Drama. Au menu, une dizaine de titres qui ne révolutionnent rien, mais qui plairont aux amateurs du genre. Petite particularité, l’album est publié en deux faces, la deuxième contenant les mêmes morceaux mais sans l’émouvante participation de DJ Drama. Libre à vous de vous plonger dans celle que vous préférez. On retrouve des duos avec le vieux comparse Moneybagg Yo, ainsi que – plus surprenant – Rich Homie Quan, le tout sur des productions trap des plus classiques. – Xavier

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