10 Bons Sons US en mai 2021

Tandis que les vaccins affluent, que les températures grimpent et que les gens préparent leurs funestes vacances à Argelès-sur-Mer, la course aux titres de l’été est enclenchée, pour le meilleur et pour le pire.
Voici donc notre injection de Pfizer de rap US en mai 2021.

Rick Hyde, Heem & 38 Spesh – Load Up

Sans vouloir faire offense aux comparses du membre le plus jeune de Griselda, ses collaborations avec la Black Sopranos Family ne sont pas les plus intéressantes à mettre à son actif. Nous avons toutefois trouvé un certain intérêt dans ce Trust the Sopranos, entièrement produit par l’inénarrable 38 Spesh. Et ce, outre « Spineless », qui mobilise le sens de la formule de l’immense Paulie Gualtieri, puisque nous avons préféré mettre en avant la mélancolie se dégageant de « Load Up », où Rick Hyde et Heem volent la vedette à Benoît le boucher, qui n’apparaît même pas sur le morceau.  – Xavier

DMX feat. The LOX & Swizz Beats – That’s my dog (Prod. Swizz Beats & AraabMuzik)

Au début du mois d’avril, l’annonce du décès de Earl Simmons alias DMX a bouleversé la scène hip-hop mondiale, bien au-delà de sa base du Yonkers. C’est pourtant dans cette périphérie newyorkaise désœuvrée que s’ouvre Exodus, le dernier album du légendaire Dark Man X, qui nous arrive bien malheureusement, à titre posthume. En guise d’hommage introductif, ce sont les pontes de feu Ruff Ryder qui ont été réunis, avec le trio des Lox, également Yonkersonians, mais aussi Swizz Beats, accompagné par AraabMuzik (dont on sent bien la touche au niveau de l’ambiance inquiétante) à la production. Et c’est peu dire que cette équipe fait honneur au défunt. RIP. – Xavier

Tee Grizzley – Quit Trappin (Prod. Helluva Beats)

Nouvelle sortie de l’un des pontes de Detroit en la personne de Tee Grizzley. Son Built for whatever ne réinvente pas le genre, mais demeure une nouvelle pièce plus que solide dans la scène contemporaine de la ville fantôme, et on sent que l’American Express a chauffé pour garnir le disque de têtes d’affiches plus ou moins recommandables (on notera néanmoins la présence posthume de King Von). C’est pourtant, comme souvent, un morceau solo que nous avons choisi d’extraire de cet ensemble, avec ce très bel exemple de reproduction sociale qu’est « Quit Trappin », produit par Helluva Beats, l’un des principaux architectes sonores du difficilement descriptible style de Detroit. – Xavier

Evidence – All Of That Said (feat. Boldy James)

Après avoir dévoilé deux extraits de son prochain album Unlearning Vol.1, à venir à la fin du mois de juin, Evidence remet le couvert avec un troisième morceau intitulé « All Of That Said » et en featuring avec l’hyperactif Boldy James. Evidence fait (comme souvent) le point sur le chemin qu’il a parcouru depuis toutes ces années. Sur un morceau quasiment dépourvu de drums, les deux emcees croisent le fer en toute simplicité, laissant les avions les survoler… Comme un symbole.
Le projet sortira le 25 juin et compte deux-trois featurings alléchants : de Conway en passant par l’anglais Murkage Dave ou encore le rappeur/producteur/skateur/égérie Navy Blue. Le rendez vous est pris, le rendez vous épris, bien évidemment. – Clément

Mach-Hommy – The 26th Letter (Prod. Denny LaFlare)

Le 21 mai 2021 est sorti Pray For Haiti de Mach-Hommy, ce qui sera sans aucun doute un des albums de l’année. Pour ceux qui l’ignorent, Mach-Hommy est un rappeur assez mystérieux et énigmatique originaire de Haiti et actif depuis 2004. Il a sorti pas moins de dix sept projets/mixtapes/EPs/LPs (dix huit en comptant Pray For Haiti) et a collaboré avec des artistes comme Earl Sweatshirt, The Alchemist, DJ Muggs, Knxwledge ou encore August Fanon. Initialement issu en partie de l’écurie Griselda, il s’était rapidement brouillé avec Westside Gunn. Rabibochés depuis peu (par l’entremise d’un certain Jay-Z ?), Westside Gunn est présent sur l’album pour accompagner le récent « boom » de Mach-Hommy qui devrait enfin passer un palier avec cet album (dont le titre n’est pas sans rappeler le Pray for Paris du même Westside Gunn), dans la continuité des morceaux de qualité de plus en plus impressionnante lors de ses dernières sorties.
Bref, vous l’aurez compris, comme tous ses acolytes, Mach-Hommy est un crack et il le prouve sur son nouvel ovni. Que ce soit par les prods toutes aussi incroyables les unes que les autres, les textes précis et ultra efficaces, jusqu’aux thématiques de l’album (la diaspora haïtienne, la reconstruction après le tremblement de terre de 2010, le traitement hypocrite des médias), en passant par la cover très Basquiat de Victor Hugo Orozco et Noah Leigh ; le projet de Mach-Hommy est une masterclass qui s’inscrit dans le renouveau du rap east-coast insufflé par Griselda et répond à sa prophétie annoncée sur son projet Haitian Body Odor en 2017, à savoir son élévation et sa réussite. – Clément

Czarface & MF Doom feat. Del the funky Homosapien – Jason & the Czargonauts (prod. The Czar-Keys)

Issu de la dernière livraison du très régulier trio composé d’Inspectah Deck, Esoteric et 7L, accompagné cette fois de feu Doom, ce morceau dense et sans refrain permet aux quatre rappeurs d’envoyer une grosse leçon de technique, les multi-syllabiques tombant en cascade. La production hypnotique, et ses samples qui semblent tout droit sortir de vieux films de science-fiction, offre un carcan idéal aux textes imagés de cet étonnant quatuor, chacun baignant dans sa petite constellation de références, qu’elles soient scientifiques ou cinématographiques. Un beau morceau de bravoure issu de Super what ?, et sans doute l’un des derniers projets complets du regretté MF Doom. CZARFACE & DOOM been pro-mask before Corona hit. – Jérémy

Bugzy Malone – Skeletons (prod. Blinkie)

Sur « Skeletons », le débit de Bugzy Malone est posé, la diction calme et clinique. Une apparente maîtrise de ses émotions qui contraste avec le côté grimey des paroles. Bugzy revendique sa solitude (« I could have got the phantom but I wanted two doors ’cause I prefer solo »), évoque son passé, la prison, tournant avec habileté autour du lexique de la mort et de ses apparitions réelles ou fantasmées. D’apparence minimale, ce morceau composé d’un unique long couplet instaure une ambiance glaciale avec une grande réussite. Un titre à retrouver sur le dernier album du rappeur de Manchester : The Resurrection. – Jérémy

Dark Lo & Harry Fraud feat. Boldy James – Missing Summers

Harry Fraud continue son run monumental de ces derniers mois avec cette fois l’excellent mais très (trop) confidentiel Dark Lo. L’alchimie est totale et les productions aux petits oignons poussent le rappeur à se calmer un peu – par rapport à ce qu’il a l’habitude de faire. Alors que la qualité du disque est très homogène, un morceau aurait dû sortir son épingle du jeu : « Vultures ». Tout était parfait jusqu’à l’entrée catastrophique d’AR-AB, qui savait pourtant rapper aux dernières nouvelles. On a donc préféré se tourner vers « Missing Summers » avec un Boldy James qui brûle tout ce qu’il touche depuis son retour. – Wilhelm

Peter Rosenberg feat. Method Man, Raekwon et Willie the Kid – Next Chamber (prod. Graymatter)

Homme de radio, champion à la WWE (oui oui, le catch) et surtout DJ, Peter Rosenberg a réalisé son propre album en invitant des rappeurs d’exceptions sur les instrus qu’il voulait. Sur le deuxième single promotionnel « Next Chamber », il accueille, tenez vous bien, Method Man, Raekwon et Willie The Kid. Pour être très clair, on peut à peu près dire que c’est le meilleur morceau du Wu depuis bien des solstices et la présence de Willie The Kid ne vient qu’embellir le reste. – Wilhelm

Ransom feat. Lloyd Banks – Gluttony (prod. V Don & NLCK)

Très plébiscité ces derniers mois, Ransom continue donc de battre le fer tant qu’il est brûlant. Pour l’heure, il s’attaque aux sept péchés capitaux dans Se7en – stylisé comme dans vous savez quoi. Dès le premières notes, le céleste V Don et NLCK offrent à Ransom et Lloyd Banks une ère de jeu aussi sombre qu’inquiétante, pleine de toiles d’araignées mais sans le moindre toboggan. Les voix qui sortent des buissons ne rendent sûrement pas l’atmosphère moins lourde. – Wilhelm

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