Réussir à choisir, parmi les nombreux sons que nous a livrés l’année 2015, dix morceaux qui soient représentatifs de notre rédaction, a été encore une fois cette année le résultat d’un vote serré. La pré-sélection en comportait une soixantaine, c’est dire si le vote qui s’en est suivi a eu du mal à livrer un verdict clair. Toutefois, les modalités de vote choisies au préalable ne pouvant souffrir d’aucune contestation, chacun d’entre nous n’a pu que convenir que le résultat final semble représentatif d’une année qui aura connu son lot de bons sons.

On pourra souligner que les sélections individuelles étaient assez différentes de cette sélection collective. Pour des raisons qui tiennent à notre format rédactionnel, il nous est malheureusement impossible de laisser à chaque rédacteur le soin de donner ses coups de cœur personnels. De la même manière, il est impossible de rendre justice à tous les artistes qui auraient mérité d’être dans cette sélection, et notamment pour la grande qualité de certains projets. Toutefois, nous ne choisissons pas un projet mais un seul et unique son par artiste, et aussi frustrant que cela puisse paraître, c’est souvent l’originalité et la surprise qui priment. Ajoutons que les artistes qui nous ont marqués et qui ne sont pas dans ce top, ce sont ceux que vous pouvez retrouver tout au long de l’année sur notre site, dans nos sélections mensuelles ou dans nos interviews et chroniques, et dans tous ces articles que l’on souhaiterait écrire sans pour autant l’avoir fait. On continue le boulot en 2016.

(10) Lomepal – Avion malaisien (prod. Stwo)

On vous a pas mal parlé de Lomepal cette année chez Le Bon Son. La sortie de Majesté au printemps ayant été sublimée par quelques titres phares, dont cet « Avion Malaisien ». Pour faire suite à son EP Seigneur, le MC originaire de Paris a frappé un grand coup. Car on aurait tout autant pu choisir « La Marelle », ou « Majesté » pour illustrer la richesse de cette sortie. Mais ce track est celui qui a le plus tapé dans le coeur des rédacteurs. Stwo, ce producteur qui sévit dans un style à mi-chemin entre hip-hop et future bass, nous livre ici une nappe planante. Il y adjoint un beat en forme de rythme cardiaque. Un encéphalogramme sur lequel Lomepal saupoudre son spleen, son regard sans fard sur son monde. Des rimes touchantes de réalisme. On se sent flotter sur cette instru, comme emporté par la lucidité de ces quelques vers. Si vous attendez avec impatience les prochaines sorties de Lomepal, on vous suggère de patienter avec son interview réalisée par nos soins en mai dernier. [rédacteur : Maxime]

Lire aussi : Interview de Lomepal

(09) Médine – Démineur (prod. Proof)

La sortie surprise au mois de mai d’un E.P. appelé Démineur aura permis à Médine de remettre les points sur les “i” dans cette année 2015. La tournée qui s’en est suivie aura été d’une grande originalité et ceux qui auront mis les pieds dans le camion ne peuvent qu’en garder un excellent souvenir. Parce qu’alors que le discours du rappeur Havrais semblait s’être adouci avec l’album Protest song, la sortie d’un titre comme “Don’t laïk” au début de l’année avait eu le mérite de le remettre sur les voies de la provoc’. Mais c’est surtout ce son, “Démineur”, qui aura retenu notre attention sur cet E.P. Il trouve une résonnance particulière dans les événements de cette année et les diverses réactions de la classe politique française qui s’en sont suivies. Le diagnostic que pose Médine est clair. On ne peut qu’espérer que l’album qui doit arriver sera dans la continuité de ce que Médine a pu nous annoncer ici. [rédacteur : Costa]

Lire aussi : Interview de Médine // Chronique de Démineur

(08) Ali – Dialogue (prod. Grim Reaperz)

Il aura fallu attendre cinq ans entre l’album Le Rassemblement d’Ali et son nouvel opus intitulé sobrement Que la paix soit sur vous sorti au début de cette année 2015. Lorsqu’un artiste est présent depuis plus de vingt ans sur les devants de la scène nationale, on est en droit de s’interroger sur sa capacité à se renouveler ou à ne pas produire « l’album de trop ». L’excellent extrait « Art » diffusé courant 2014 et produit par Dj Stresh laissait entrevoir que ce nouvel album allait être à la hauteur de l’attente que pouvait susciter la durée d’un quinquennat. Le titre « Dialogue » se veut fédérateur, rassembleur et reflète pleinement l’idée d’apaisement présente en fil rouge sur l’ensemble du disque. La production électrique de l’équipe des Grim Reaperz permet de sublimer la sage parole du membre de 45 Scientific en lui apportant une force supplémentaire. Enfin, nous souhaiterions mettre en exergue la dernière phase de la chanson: « Ni de l’Ena ni de Sciences Po, j’ai partagé les bancs avec X-Men et les Sages Po ». Cet hommage à son école formatrice a clairement marqué les consciences des auditeurs de rap français en cette année 2015. [rédacteur : Jordi]

Lire aussi : L’interview d’Ali // La chronique de “Que la paix soit sur vous”

(07) La Gale feat. I.N.C.H, Al’Tarba & Yoman– Chiens galeux (prod. I.N.C.H. et Al’Tarba)

Salem City Rockers est le nom que La Gale a choisi pour la sortie de son deuxième album. Paru le 2 octobre en France, ce projet est également celui de deux beatmakers bien connus de nos lecteurs : Al’Tarba et I.N.C.H. La réunion de ces trois personnages donne à l’album des couleurs atypiques, nourries d’influences trip-hop, punk et de rap bien crade. Nous avons droit sur “Chiens galeux” à un featuring avec Yoman et les deux beatmakers, l’une des lourdeurs de l’album, dotée d’un refrain configuré pour le live. Avec Al’Tarba et I.N.C.H. au micro, le son dispose d’une couleur atypique dans l’album et est celui qui ressortit du vote de la rédaction. La Gale s’impose comme l’une des figures marquantes d’un rap français alternatif aux couleurs plus punk. [rédacteur : Olivier]

Lire aussi : L’interview de La Gale // La chronique de Salem City Rockers

(06) Alpha Wann – Playoffs (prod. Diabi)

Alpha Wann fonctionne selon un schéma productif constant : aux parutions régulières de projets, en groupe ou en solo, s’ajoutent des freestyles ponctuels distribués çà et là en guise d’exercices de style, principalement sous forme d’égotrip. Une formule stable donc, mais en permanente évolution dans son ensemble. Qu’il semble loin, désormais, le MC taxé de « pomper Dany »… Les projets de groupe ont en effet laissé place à un premier EP solo à la touche bien plus personnelle, que ce soit au niveau des instrumentales, des thèmes ou des flows. Quant aux freestyles occasionnels, auparavant posés sur d’antiques faces B, ils tranchent dernièrement par leurs ambiances modernes. L’émergence du label Don Dada Records n’est sans doute pas étrangère à ces évolutions, de par l’osmose certaine entre les artistes qu’il rassemble.

Tout cela nous amène à ce freestyle « Playoffs », paru en novembre dernier. De l’aisance technique, un fond propre et fidèle à ce que le MC raconte depuis un moment, et surtout beaucoup de style, le tout orchestré par une production agressive de Diabi (75ème Session). De bon augure avant Alph Lauren II, disponible le 15 janvier prochain, dont on ne doute pas qu’il constituera l’aboutissement (provisoire) d’un cheminement artistique cohérent. [Rédacteur : Manu]

(05) Néfaste – La routine (prod. Slim Guesh)

Après s’être fait remarquer avec sa Poignée de Punchlines en mai dernier, le membre du groupe RSKP a sorti cet été Premier pas, un EP pressé en édition limitée aussi varié que cohérent, en forme de carte de visite. Bon rimeur, son sens de l’interprétation, ses placements et son goût prononcé pour les boucles mélodieuses lui ont permis de se démarquer et de figurer dans ce top 10. D’ailleurs quoi de mieux qu’une boucle efficace pour un morceau intitulé “La routine”, assurément un des temps forts du projet produit par Slim Guesh. A suivre de près… [rédacteur : Olivier]

(04) Swift Guad – Paris, mon amour (prod. DJ YEP)

Un autre titre sur Paris, une énième ode à la capitale. Mais cette fois, et à la différence de certains hymnes simples et nombreuses dédicaces ronflantes, le Swift a sorti sa technique la plus fine, tranchant dans le vif avec une poésie sans faille. Il cisaille une boucle jazzy des plus envoûtantes, en usant à outrance de jeux de mots fondés sur les noms des stations de métro de la Ville Lumière. Un résultat détonnant, renforcé par le clip original réalisé par L’Indis. Car en effet, cette déclaration d’amour à des allures de session « 4 vérités » et la dulcinée du Narvalow en prend aussi pour son grade. 4’05 du Montreuillois pour dépeindre une réalité tant diurne que nocturne, et surtout nous rappeler que « Paris, c’est pas une chanson de Zaz ». [rédacteur : Antoine]

Lire aussi : La chronique de Vice et Vertu vol. 2

(03) Seth Gueko – Titi parisien (prod. Hits Alive)

« Je ne m’attendais pas à ça », « Il m’a vraiment surpris » ou bien encore « Il a mis la barre très haute ». Telles sont les réactions ultra-positives entendues ci et là ou lues maintes fois sur les réseaux sociaux après la sortie de Professeur punchline, le dernier album du Gueko. Car dedans, entre morceaux trap et gouaille plus festive, se cachent quelques exceptions introspectives dont l’excellentissime « Titi parisien » que d’aucun n’aura manqué. Une balade dans Paname qui fait office d’OVNI tellement on avait perdu l’habitude d’entendre Seth Guex sur ce format, une surprise géniale et un pari réussi, qui devrait d’ailleurs rester comme l’une des toutes meilleures chansons de la discographie du rappeur exilé en Thaïlande. Cette pépite d’or accouchant par la suite d’un clip d’une élégance à la hauteur de l’audio, puis d’un remix bien senti avec les MCs parisiens Nekfeu et Oxmo Puccino, couplant ainsi trois générations de kickeurs histoire de boucler la boucle d’un concept sans fausse note. [Rédacteur : Antoine]

(02) Anton Serra – P’tit con (prod. Oster Lapwass)

Ce furent deux sons avec Anton Serra qui se trouvèrent dans notre sélection finale. “P’tit con” arriva en tête devant “Portraits”, occasionnant la disparition du son avec Lucio Bukowski de ce top final. La Plume et le Brise-Glace, dont les deux titres sont extraits, s’impose comme l’un des projets phare du rap indépendant de cette année 2015. Mais il y a des sons qui, au milieu de nombreux sons de qualité, sortent du lot car ils ont quelque chose en plus. “P’tit con” fait partie de ces sons qui marquent de par leur justesse, quand derrière la singularité d’une histoire anodine se découvre l’universelle expérience de l’absence, du souvenir et de l’enfance. Sur une magnifique instrumentale d’Oster Lapwass, Anton Serra nous livre un témoignage rare, authentique, qui s’inscrit comme l’un des morceaux les plus touchants de l’année. [rédacteur : Costa]

Lire aussi : L’interview “10 Bons Sons” de Lucio Bukoswki

(01) Vîrus – Marquis de Florimont (prod. Banane)

Plus de deux ans après le bouleversant Faire Part, Vîrus a décidé de remettre le bleu de chauffe pour un nouvel EP de quatre titres en cette fin d’année qu’il trouvait probablement trop ensoleillée. Et c’est avec son projet le plus difficile d’accès que le Rouennais signe son retour. Les textes sont encore plus finement ciselés, les productions encore plus en phase avec les textes et l’ambiance encore plus caverneuse. Vous vous douterez bien qu’il n’a pas été aisé d’extraire un titre d’un ensemble aussi dense, et c’est “Marquis de Florimont” qui a fait l’unanimité au sein de la rédaction. On y retrouve tout ce qui nous fait considérer Vîrus comme un des (si ce n’est l’) artistes les plus accomplis du paysage français actuel ; phrases à sens multiples, cynisme, humour noir, mots valises, mais aussi une construction chirurgicale, le morceau étant découpé en tranches de huit mesures alternant les états d’addiction et d’abstinence, dans un parallèle mince entre l’alcoolisme et l’amour destructeur. Un chef d’œuvre qui se place assez largement devant la concurrence en 2015. [rédacteur : Xavier]

Lire aussi : L’interview “10 Bons Sons” de Vîrus // La chronique de “Faire-part” et “Huis-clos”

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