Triste retour des fêtes de fin d’année avec la disparition de deux figures familières de nos colonnes. D’abord Dooz Kawa, qui nous avait accordé sa toute première interview en 2013, avant de nous retrouver quatre ans plus tard pour un entretien croisé avec Davodka, et que nous avions recroisé par la suite, au gré de concerts et de sorties d’albums. Nous avons également perdu Cälbo, légende du duo mythique Ärsenik. Nous l’avions rencontré une première fois en 2013 aux côtés de Lino et des 2Bal, puis fin 2019 avec son frère pour une interview 10 Bons Sons spéciale Ärsenik, un groupe régulièrement mis à l’honneur dans nos dossiers rétrospectifs. À des parcours et des échelles différentes, ces deux artistes étaient des incontournables pour notre équipe de rédaction. Nos pensées vont à leurs familles et à leurs proches. Qu’ils reposent en paix.
Le 5 décembre : Isha & Limsa d’Aulnay – Trafics locaux
Dans le rap français, rares sont les projets estampillés « volume 1 » à connaître une suite. Dans le cas d’Isha et Limsa, c’est seulement un an et demi après un premier Bitume Caviar qui aura marqué les esprits qu’ils ont remis le couvert. Il est toujours difficile de passer après un classique (même s’il est peut-être encore un peu tôt pour attribuer ce qualificatif au premier volet), d’autant plus lorsqu’il s’agit d’une suite, et l’ombre du volume 1 plane quelque peu à l’écoute de ce nouvel album commun. Forcément un peu moins spontané, ce disque ne comporte cependant aucun déchet, et l’alchimie comme l’émulation sont toujours au rendez-vous, notamment sur « Trafics locaux » et son instru capricante. – Olivier
Le 5 décembre : Abd Al Malik x Matteo Falkone feat. Kulturr, Pit Baccardi, Youssoupha, Just Shani, Soprano – Sine qua non
Si nous avions évoqué la musique d’Abd Al Malik dans certains dossiers thématiques (10 Bons Sons sur la ville de Marseille, 10 Bons Sons sur l’Islam), cela fait longtemps que nous n’avons pas eu l’occasion d’aborder ses sorties récentes, le bonhomme se faisant plutôt rare musicalement. Mais il serait erroné de croire que l’ancien leader du groupe strasbourgeois NAP chôme, puisqu’il a réalisé la série 9.3 BB, écrite par sa compagne Wallen et s’apprête le 14 janvier à sortir son deuxième long métrage, avec Furcy, né libre. Pour annoncer ce film évènement sur le combat d’un homme au temps de l’esclavage, Abd Al Malik, son acolyte de toujours Matteo Falkone et son frère à la prod se sont entourés d’un casting XXL pour ce posse cut réussi. Celui-ci réunit ancienne et nouvelles générations autour du slogan malheureusement toujours d’actualité « Pas de justice pas de paix » : Pit est décidément en jambe, Youssoupha dans la lignée de son très bon album Amour Suprême (« J’suis dénigré : esclave. Moi chez eux : immigré, eux chez moi : expat »), Sopra n’en loupe pas une pour rappeler le rappeur qu’il est, Kulturr amène une vibe entêtante, Just Shani est vraiment à suivre, Matteo Falkone tape juste quant à Abd Al Malik, il associe fond et forme. Un album arrive avec entre autres Lino, Oxmo, Sam’s, ou encore Ministère A.M.E.R. On se dit d’ailleurs que le parcours et la discographie d’Abd Al Malik mériterait une interview en 10 Bons Sons… – Chafik
Le 12 décembre : Dosseh, Lino & Pit Baccardi – Red Bull Spirale #01 (prod. Nectar S)
Pour Red Bull, Dosseh, Pit Baccardi et Lino ont délivré un freestyle (enregistré et mixé en studio, puis performé en live pour une capture vidéo), dans lequel les deux premiers ont livré un huit mesures, laissant le soin au membre d’Ärsenik de conclure avec un douze millimétré dont il a le secret. Dosseh et Pit sont frères, Pit et Lino ont tutoyé les sommets avec le Secteur Ä, et Lino et Dosseh ont partagé le micro à de nombreuses reprises, en freestyle ou en posse cut : rien de surprenant, donc, à les voir découper ensemble. A l’écoute de la performance de Monsieur Bors, difficile aussi de ne pas se frotter la tête et de ne pas regretter que le troisième album solo de Lino, tarde tant à sortir. Avec « Un premier crime au microphone » en 1995, un premier disque solo en 2005, puis un second en 2015, une nouvelle sortie en 2025 aurait eu de l’allure. Forcément, difficile de ne pas penser à son frère Cälbo et son départ prématuré il y a quelques jours, une perte immense pour le rap français, qu’il puisse reposer en paix. – Olivier
Le 12 décembre : JWP/BC feat. Relo & Akhenaton – Ostatni z gatunku : Les derniers de l’espèce (prod. Just Music Beats)
Si le rap français s’exporte en Europe et dans le monde, ne sont pas seulement concernés les territoires francophones. En effet, d’autres régions du monde sont touchées et depuis plus longtemps que l’ère du streaming et de la zumba. La Pologne fait partie de ceux-là et nous en discutions par le passé avec Tymek Kalicinski qui était tombé notamment dans le rap marseillais dans les années 90 (lire notre interview ici). Le groupe polonais JWP/BC qui a l’habitude des combinaisons internationales (les gars ont quand même à leur tableau de chasse des feats avec Sean Price, Freeway, Black Moon, Smif N Wessun !) s’est offert une collab avec Akhenaton & Relo. Pour ne rien gâcher, le titre est produit par Just Music Beats, reprend le même sample que « Marginale musique » de la FF et se conclut par quelques scratches bienvenus. Résultat, une passe d’armes dans laquelle on a certes la confirmation que Relo affute décidément ses rimes tranchantes, qu’AKH est toujours combatif mais surtout que le rap en polonais mérite qu’on y jette deux oreilles. – Chafik
Le 12 décembre : Joey Larsé – Mocassin à gland (prod. 8mds72)
Cela fera bientôt dix ans que nous avions interviewé Joey Larsé et DJ Yep à l’occasion de la sortie de leur EP commun Confortable. En septembre dernier, le Montreuillois basé à Bordeaux dévoilait « Yaboy », première collaboration avec le label Big Scoop Records qui annonçait l’arrivée imminente d’un nouveau projet. Pour clôturer l’année 2025, il revient avec « Mocassin à gland ». Produit par 8mds72 (anciennement Yepes), le morceau nous plonge dans le quotidien de Joey Larsé et confirme, une fois encore, sa maîtrise. Des phases toujours bien senties, portées par une nonchalance assumée et une écriture précise qui lui sont propres. Toujours avec du style. Paire de mocassin à gland. Élégance oblige. – Jordi
Le 12 décembre : Tchiki’O – Le cigare d’Oxmo (prod. Madizm)
Des featurings de haute qualité parcourent ce troisième volet de Rhodium, mais c’est bien l’un des morceaux solo qui aura le plus retenu notre attention. L’atmosphère cinématographique de « Le cigare d’Oxmo » a quelque chose d’enivrant. Tchiki’O et Madizm y prennent le temps de poser une ambiance, lente, tragique. La référence à Oxmo n’est d’ailleurs pas anodine, car le morceau évoque volontiers les morceaux les plus « mafieux » du Pucc’. Tchiki’O y conserve toutefois pleinement son identité, avec une écriture soignée et un flow bien lesté, moins foufou que celui d’Oxmo. Le sample central du titre a quelque chose de grandiose, évoquant plus le début de la chute que l’ascension. Tchiki’O et Madizm posent ici une très belle ambiance. – Jérémy
Le 12 décembre : Skefre feat. Huntrill – Les 2 voleurs du Louvre (prod. Malek Ben Becher)
Cette connexion entre Skefre, l’une des révélations de l’année, et Huntrill, le punchlineur le plus en vue du moment, avait attiré l’attention du public dès l’annonce de la tracklist de Capitaliste 2. C’était d’autant plus le cas que le titre évoque le surprenant casse du Louvre survenu quelques semaines auparavant. Résultat ? Le ton narquois et arrogant d’Huntrill entre en parfaite connexion avec l’imprévisibilité de Skefre. La combinaison de leurs adlibs et de leurs gimmicks alliée à l’outro de Pierre-Jean Chalençon (quel pays !) a quelque chose d’assez jouissif. Le divertissement à son meilleur. – Jérémy
Le 15 décembre : Shien – Bigger splash feat. Celestino (prod. Anbuu)
Aussi discret que talentueux, Shien nous partage « Bigger Splash », un extrait de son prochain projet du même nom. Après son EP 5 titres Rockwell, sorti en mars dernier, le rappeur de la 75e Session s’accompagne cette fois-ci de Celestino.
Sur une très belle prod’ d’Anbuu, à mi-chemin entre une drumless cinématographique et une trap énergique, portée par une lead légèrement nostalgique, les deux rappeurs crachent un feu grégeois qui, en ces temps glacials, saura nous réchauffer à coup sûr. Rendez-vous le 8 janvier pour le projet de Shien. Et pour celles et ceux qui, comme moi, découvrent Celestino, l’EP 2 titres Paire polo assortis et l’album g ENCORE besoin de sensations n’attendent plus que vous. – Clément
Le 18 décembre : Okis feat. Léo SVR – Pêche à la truite (prod. Mani Deïz)
Toujours enclin à partager des titres avec la fine fleur du rap lyonnais, de Tedax Max à ses gars sûrs municipaux que sont Rowtag et Matox en passant par le old timer Casus Belli, Okis croise le micro ici avec Leo SVR. Deux rappeurs que l’on pourrait qualifier de la nouvelle génération même si leurs deux univers musicaux sont assez éloignés. Et pourtant le temps d’une chanson, Léo vient rapper sur le terrain d’Okis, à savoir les prods de Mani Deïz et force est de constater qu’il s’en sort très bien. L’instrumentale drumless du O.G du 91 est bien plus lente et comporte beaucoup moins d’éléments rythmiques que les prods sur lesquelles pose Léo d’habitude, mais ça ne le perturbe pas. Au contraire, il y gagne en intelligibilité et en fond. Pour Okis l’alchimie est moins surprenante, le duo nous ayant sorti une trilogie crémeuse qui aura marqué l’année 2025. En tout cas la nouvelle scène du 6-9 se porte bien, merci pour elle. – Rémi
Le 20 décembre : Perso – Maestria (prod. MichaelAngelo)
Si comme le dit l’adage, ce qui est rare est cher, Perso doit valoir une blinde. Le rappeur marseillais, tout en attitude et en rimes de luxe, revient un an et demi après son projet Éminence Grise avec un morceau, « Maestria » qui porte bien son nom. Membre du groupe Le Turf avec Avicen, Perso rappe sa supériorité et sa vision du rap avec une facilité et une éloquence dignes des plus grands. Il enchaîne sur le morceau des phases à double sens, des références assez pointues le tout sur une production de MichealAngelo, beatmaker de Boston. Une prod simple et efficace, avec un sample bien lancinant accompagné d’une rythmique très saccadée qui accentue le côté bien hypnotisant. « Pendant que tu gaspilles ton avance, moi je prends mon time, graille d’la quarantaine, toujours dans mon prime » nous dit Perso vers la fin du morceau, et effectivement, on a l’impression que l’âge lui donne plus de certitudes et d’assurance que de doutes, ce qui est plutôt une bonne nouvelle pour, on l’espère, de futurs projets. – Rémi