« L’automne est le printemps de l’hiver » disait jadis notre ami Albigeois Toulouse-Lautrec. Les arbres qui se déshabillent, les gens qui se rhabillent et la pléiade de sorties musicales qui vont bien avec ce mois formidable symbolisant la rentrée, la fin des vacances, la crépuscule de l’été, les derniers souffles chauds… Enfin bref, le mois de septembre est terminé, place à notre sélection mensuelle des 10 bons sons US.

Homeboy Sandman – Bus (A Rhyme) (Prod. Onra)

La bonne surprise du mois, c’est la présence du parisien Onra à la production de ce son du New-Yorkais Homeboy Sandman. Les deux artistes ne se sont pas rencontrés, la connexion s’est faite par Twitter après les compliments du second quant aux beats du premier. Les voilà donc à s’associer chez Stones Throw, la maison de PeanutButter Wolf.

Dans un registre finalement pas si loin de ses Chinoiseries, Onra construit une instru légère, enivrante, et à la fois presque mélancolique. Elle accompagne idéalement Sandman dans ses périples en bus dans la ville de New-York. Le réseau MTA (pour Metropolitan Transportation Authority) qu’il connaît par coeur pour avoir habité le Queens, le Bronx, Brooklyn, Lower East Side… Posé dans les sièges fatigués des lignes sans fin de la Big Apple, l’ancien instit’ du Queens témoin privilégié du New-York sans carte postale, gratte ses rimes.

Conway – Just Gangsta (No Mercy version ) (Prod. Mil)

Pas un mois ne se passe sans que l’on se fasse fracasser les oreilles par un des membres de la team Griselda. Que ce soit avec WestSide Gunn ou son frangin Conway, on finit par manquer de superlatifs, mais on ne se lasse pas devant la productivité des MC’s de Buffalo. Surtout quand ils choisissent aussi bien leurs instrus. Cette fois la délicieuse mise en musique n’est ni du fidèle Tommy Daringer, ni d’Apollo Brown, mais du français Mil. Il signe ce « Just Gangsta » d’une main de maître et Conway finit le boulot, à l’aise. Sortie officielle prévue le 14 octobre via le mini EP Bullet. Ce sera chez Effiscienz, le plus américain des labels parisiens, qui  produit encore une fois un gros nom US, après Edo G ou Roc Marciano (entre autres).

Isaiah Rashad – 4r Da Squaw (Prod. FrancisGotHeat)

The Sun’s Tirade, sorti le 2 septembre est déjà l’un des albums marquants de cette année 2016. La galette est de grande qualité, et l’apparent chill de ce titre en est un des meilleurs extraits. Isaiah Rashad  y parle à la fois de la relation parent-enfant (la « squaw » désignant sa mère) et des besoins simples de la vie. « If i pay my bill i’m good » nous dit-il. Vous remarquerez qu’il se trimbale tout au long du clip avec un compte équilibré au-dessus de la tête. En mode détente, avec un kid qui pourrait être son fils, Rashad vit là avec ses moyens, et il y kiffe les plaisirs modestes.

Ab-Soul feat. Da$H- Huey Knew (Prod. Willie B)

Après un début d’année assez discret (seulement trois morceaux en 2016) Ab-Soul frappe fort en ce mois de septembre avec non pas une, mais deux apparitions (on en reparle plus bas). Et ce premier morceau est plus qu’une figuration ou un featuring… Sur une prod de Willie B, on retrouve notre rappeur chevelu préféré en compagnie de Da$h pour une connexion East/West. Beat sale, sample démoniaque, on connait la chanson, ça roule tout seul. La seule question qu’on se pose c’est : à quand un nouveau projet ?

Danny Brown feat. Kendrick Lamar, Ab-Soul, Earl Sweatshirt – Really Doe (Prod. Black Milk) 

On l’attendait de pied ferme ce nouveau projet de Danny Brown. Trois ans après son dernier opus, le rappeur originaire du Michigan a enfin sorti son Atrocity Exhibition. Et quoi de mieux que d’inviter la crème (enfin une partie de la crème) du rap West Coast sur ce qui est probablement le meilleur morceau de l’album. On retrouve donc l’incontesté et incontestable Kendrick Lamar, le perforant et performant Ab-Soul et le petit prodige (plus si petit que ça) Earl Sweatshirt. Ça rappe sale, ça rappe sec. Dommage que tous les morceaux ne soient pas à ce niveau-là.

Mick Jenkins feat. Ravyn Lenae – Communicate  (Prod. Kaytranada)

Le mois de septembre a été aussi chargé que cet été et il a fallu choisir, notre choix s’est porté sur le premier album de Mick Jenkins. Oui premier album, figurez vous que les précédents (je le dis parce que je viens de l’apprendre) opus n’étaient que des mixtapes. Sorti sur le label Cinematic (Joey Bada$$, Pro Era, Smoke DZA, Va$htie…), The Healing Component est à la hauteur de l’étiquette « premier album ». Mick Jenkins a fait appel à pas moins de onze producteurs (Kaytranada, IAMNOBODI, Sango, Atu, Rascal, THEMpeople, BadBadNotGood, Dpat, Monte Booker, Cam’Obi, Dee Lilly) qui défilent derrière les machines pour donner une touche unique au projet. Un peu dance, un peu abstract, un peu chill, l’album s’écoute facilement et on se retrouve à se balader avec le chicagoan en dodelinant de la tête… Preuve en est cette huitième piste featuring Ravyn Lenae.

Apollo Brown & Skyzoo feat. WestSide Gunn & Conway – Basquiat On The Draw

Cette sélection représente fièrement le Michigan. Après Danny Brown c’est Apollo Brown qui a sorti un album. Bon, le producteur se faisait beaucoup moins discret que son collègue rappeur, il a quand même sorti 4 projets en deux ans… comme un beatmaker hyperactif. Accompagné de Skyzoo, Apollo Brown a donc sorti The Easy Truth, un cocktail puissant qui mêle les instrumentales atypiques du producteur de Detroit au rap brut et sans complexe de Skyzoo. Le morceau phare de l’album est sans conteste « l’hommage » à Jean-Michel Basquiat, featuring WestSide Gunn et Conway (dont on vous parle juste au dessus). Un petit extrait d’une interview en guise d’intro, des couplets incisifs et un refrain plus qu’efficace… Ça parle de basket, de peinture et de hip-hop, on n’en demandait pas tant.

Lloyd Banks feat. Prodigy & Vado – Seniorities (Prod. Mr Authentic)

Absent depuis la sortie de sa dernière mixtape Halloween Havoc 2 sortie en novembre dernier, l’éternel homme de l’ombre du G-Unit a frappé fort en ce début de dernier trimestre 2016 avec une nouvelle mixtape qui n’est pas loin d’être l’un des meilleurs projets gratuits de l’année outre-Atlantique. Toujours accompagné de sa voix particulière, de son flow incisif et de sa capacité à découper n’importe quelle sorte de production, son All or nothing : Live it up est en fait une suite à Failure’s no option sorti il y a trois ans. Sur le mélancolique Seniorities, Banks s’offre un casting impressionnant conviant l’ancienne moitié de Mobb Deep et le fils caché de Cam’ron qui n’en finit plus de s’imposer comme une des plus grosses pointures de Harlem.

Meek Mill, Pusha T & Priscilla Renea – Black Moses

En parallèle au biopic évènement de Nat Turner, The birth of nation, une compilation de titres inspirés du film est sortie le 30 septembre. Elle réunit différents artistes rap et R&B tels que Ne-Yo, Gucci Mane, Lil Wayne, Nas ou encore The Game. Nous avons choisi d’en extraire ce morceau réunissant deux valeurs plus que sûres de ce jeu ainsi que la chanteuse Priscilla Renea, déjà apparu aux côtés de maintes pointures. Les deux mc’s qui n’ont pas forcément l’habitude de collaborer pour un morceau font ici preuve d’une belle complémentarité thématique : King Push, en bon admirateur d’Emile Zola, raconte la germination des idées révolutionnaires dans l’esprit des esclaves tandis que Meek Mill dresse un parallèle avec l’époque actuelle où le système et les idéologies n’ont selon lui changé que de manière superficielle.

Dave East feat Cam’ron – S.D.E. (Prod. Mr Authentic)

Elle est là la nouvelle star du rap game. Actif depuis près de six ans avec des mixtapes gratuites, le MC d’East Harlem devrait vraisemblablement être la nouvelle signature de Def Jam alors que son Kairi Chanel s’impose comme une des grosses sorties de cette fin d’année. Doté d’un casting impressionnant (Fabolous, Cam’ron, 2 Chainz, Beanie Sigel au micro, Cardo, Mr Authentic ou encore Tha Jerm à la production), elle devrait enfin dévoiler tout le talent du bonhomme à ceux qui ne le connaissent pas encore. Et c’est symboliquement « SDE » que nous avons choisi d’extraire, puisqu’il a une vraie allure de passage de témoin entre le king d’Harlem et son héritier le plus solide. Le titre est d’ailleurs une référence au second album de Cam’ron (Sports, Drugs, Entertainant).

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