10 bons clips, deuxième édition !

L’année 2014 aura été plus chargée en clips de qualité sur la seconde moitié de l’année, à croire que tous ceux qui gravitent autour du milieu hip-hop ont pris conscience de cette nouvelle rubrique au cours de l’été. Blague à part, le niveau est intéressant, les copies rendues sont variées et le choix fût d’une vraie complexité. Il s’en est fallu de peu que cet article se transforme en « 20 bons clips », vraiment. A noter également quelques déceptions, comme les clips peu envoûtants de l’attendu Karlito, les vidéos non satisfaisantes de l’Asocial Club pourtant entourés de Tcho, ou le morceau « Le Chant des hommes saouls » de Furax qui aurait mérité un clip plus abouti, à la hauteur de l’intensité du titre.

Lino – Suicide commercial (Tefa et Suther Kane Films)

Difficile de trancher entre « Wolfgang » et « Suicide commercial » ! Une chose est sûre, Mr Bors maitrise à la perfection son image dans les clips comme l’avait déjà rappelé notamment « Un mal pour un bien » au premier semestre. Si le premier réalisé par Kub&Cristo sous la direction artistique de Lala Sy annonce à merveille l’album « Requiem », le second est un chef d’œuvre du genre clip de rap. Ça faisait bien longtemps qu’un tel clip –au budget certes conséquent- n’avait pas vu le jour, et l’on se réjouit de cet enchaînement logique où aucune image ne trouve pas son utilité. Classes, précises, les métaphores rappées par Lino sont sublimées par des mises en scène, des bonnes références et un travail net sur les couleurs. Le « suicide commercial » se veut sobre, sanglant, élégant et trash, et l’on tire notre chapeau à Tefa et Suther Kane Films pour ce résultat très réussi. Un vrai bon clip pour un gros son, avec en clin d’œil la présence de Sofiane, Vald & Doudou Masta.

Neko – Un mec pas sûr de lui (Arès et Neko)

Les Caennais ont fait le boulot en interne. Neko et Arès, deux membres de La Mine d’Or, ont mis en lumière la triste « vie de sale chien » d’un « mec pas sûr de lui ». Cette personnification du manque de confiance en soi parlera à beaucoup, d’autant que le résultat filmé est probant, totalement en adéquation avec le texte et la prod. Le protagoniste est bon acteur, impassible quelle que soit la situation ou l’environnement, et que l’on sent comme coincé dans un mal-être ineffable. En se fondant dans la masse, il évite de se confronter à son soi-même interne et ne laisse rien transparaitre même à ses proches. Glaçant.

Casseurs Flowters – Des histoires à raconter (Greg&Lio)

Brillant. Comme pour Lino, le budget est ici primordial, mais ne garantissait pas un résultat pour autant. Au travers de ces nombreux plans qui défilent presque trop vite, ce clip est une illustration minutieuse du projet du duo Caennais. En jouant sur les rythmes (accélérations, ralentis, superpositions, dédoublements, transparence…), les réalisateurs apportent une fraîcheur inédite à un clip de rap, et s’octroient le luxe de truffer le tout de références cinématographiques que les collègues de Clique vous détaillent avec aisance. Des histoires à raconter, c’est bien. De belles histoires à voir et revoir, c’est mieux.

NDLR : l’excellente interview de l’Abcdrduson à lire pour en savoir plus sur les réalisateurs Greg & Lio

Lomepal et Doum’s – Enter the void (Mohamed Chabane & Adrien Lagier / L’ordre Collectif)

Réalisé de main de maître par Mohamed Chabane & Adrien Lagier de L’Ordre Collectif, le clip de Lomepal décrit avec dynamisme et virtuosité « une simple fête à Paname », en 2014. Caméra constamment en mouvement, ce plan-séquence stoppé à la mi-clip rend au spectateur un sentiment lugubre paradoxal aux paroles, notamment grâce à un grain sombre qui nous plonge dans une nuit noire. La seconde moitié de la vidéo contraste clairement, en proposant un jeu entre l’accélération du flow de Lomepal et le slow motion sur les images. Bel hommage au film homonyme, et mention spéciale pour l’évocation du « poumon d’or » cher aux Inconnus.

Esprit collectif – La conscience (Chaz Shandora)

La conscience, incarnée tour à tour par les piliers du groupe « Esprit collectif », prend en ce début d’année 2015 une tournure dramatiquement d’actualité. L’expression manichéenne de « ces voix dans ma tête » est intelligemment tournée par Chaz Shandora. Taf peu réjouissant, petits trafics, recherche d’emploi vaine, les raisons qui poussent parfois à la déraison sont multiples, et l’on tente ici tant « bien » que « mal » d’avancer, de vivre. Une lassitude recolorée par un message d’espoir vivifiant, et une prod de Clem Beat’z aux petits oignons.

Vald – Shoote un ministre (Suther Kane Films)

Décidément, la boite de prod Suther Kane Films (se/nous) fait plaisir ! Il faut dire qu’il y a matière avec ce missile de Vald. Un véritable Tomahawak au cours duquel il évoque sa folie destructrice et sa violence spontanée, s’amusant d’un ministre visiblement drogué (déjà mort ?) et incapable d’agir par lui-même. Le message est clair et s’apparente à un soubresaut de rap engagé en voie de disparition dans le hip-hop : « Si tu veux tuer quelqu’un, shoote un ministre ». Les images, elles, tantôt drôles, tantôt provocatrices, ne laisseront personne indifférent et permettront au MC d’atteindre son but : faire parler de sa musique sur un sujet idoine.

KLX – Virtuel (Stéphane Kurdyban)

Un beat qui monte crescendo, une dénonciation de la société de consommation et un panorama assez complet du monde virtuel que nous offrent nos connexions à Internet. Telle est la mission accomplie de KLX, rappeur originaire de Montbéliard, qui s’efforce de balancer un portrait concis de notre époque sur un format utilisé avec audace. En à peine plus de deux minutes, les quotidiens de millions d’humains sont passés en revue et tournés en dérision. Nouvelle preuve qu’avec un budget moindre, on peut appuyer et renforcer le contenu d’un morceau. Et rendez-vous sur « Youporn où [on] baise la Terre entière » !

Caballero – Ne m’en voulez pas (François Dubois & Julien Desmet)

Caba est bon sur piste. Mais que dire de ce clip ? Véritable story-telling aux allures de court-métrage, dans lequel notre lyriciste belge évoque une relation homme-femme type, tranchant entre le réalisme cru et la poésie subtile, jonglant entre naïveté amoureuse aveuglante et anti-sentimentalisme. Puis vient la « loi du lingot », une histoire de l’argent fascinant, l’argent régissant notre société et notre quotidien. Une sorte de digression de son propre opinion sur le pouvoir des billets et du sexe, comme pour dresser le majeur face aux commentateurs qui critiquent son discours.

Katana – Faz terminale (Slob Design)

Si le clip « Tout a changé » et son débit ahurissant d’images chocs a également marqué le semestre, nous avons retenu « Faz terminale ». Pour son ambiance mortuaire, pour son décor effrayant, pour les efforts de maquillage réussis et la symbolisation évidente de l’apocalypse rappée par Katana. Et pour la prod de génie, une nouvelle fois signée Char. Le talentueux Slob Design démontre ici qu’il n’est pas seulement à l’aise dans la réalisation de pochettes d’album, en opérant pour Le Gouffre avec une vista et une acuité très justes.

« Tu veux un bon conseil ? Cousin, reste au village ! »

Mer2Crew feat. L’Hexaler & Lacraps – Vie D’Malade (Deal 2 Com)

Magnifique ! Evidemment, il faut avoir vu le film « Sin City » pour apprécier à sa juste valeur le travail et le contenu des images montées par Deal2Com. Sur une perle jazzy de Subotai, le crew montpelliérain –épaulé par Ali Lacraps et L’Hexaler- déambule dans un décor mi-réel mi-comics, représentant la ville du péché comme le film homonyme. Et au bout du « conte », les vies d’malades s’avèrent rassurantes : on a les mêmes. Mention « spatiale » pour le couplet de Tekilla.

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