Notre premier dossier, consacré à l’année 1996, fête déjà ses dix ans. Le dernier en date, dédié à 2006, vient rattacher les wagons entre le dossier 1993 (réalisé en 2023) et la série qui s’étend jusqu’à la rétrospective consacrée à 2015 (parue en 2025). En une décennie, ce sont donc vingt-trois années de rap que nous avons patiemment disséquées à travers vingt chroniques à chaque étape, autant de casse-têtes pour déterminer qui devait figurer ou non dans la sélection.
Revenir sur ces années, ce n’est pas seulement faire œuvre de nostalgie. C’est mesurer ce qu’elles ont légué au rap français à travers des esthétiques, des carrières, des fractures et des héritages encore visibles aujourd’hui. Ces dossiers rétrospectifs sont parmi nos articles les plus lus, les plus régulièrement consultés. Conçus pour offrir un aperçu d’une année en particulier, leur ambition première était de proposer une sélection mêlant incontournables et coups de cœur de la rédaction et, par la même occasion, au travers d’encarts, de mettre en lumière certains courants ou phénomènes propres à l’époque concernée. Avec ce recul de dix, vingt ou trente ans, l’épreuve du temps nous a permis de réhabiliter certains albums, comme d’en reléguer d’autres dans les marges, non sans laisser échapper, évidemment, un ou deux oublis involontaires et impardonnables. À l’aube de ce travail collectif, qui embrasse une période traversant plusieurs âges d’or, des premiers disques des pionniers du genre à l’ère du streaming et à la frénésie de sorties qui l’accompagne, quelques remarques et réflexions se sont imposées à nous.

Le format de nos chroniques, autour de 300 mots, choisi afin de ne pas rendre le dossier indigeste, a peut-être constitué la plus grande difficulté pour la vingtaine d’auteurs qui se sont échinés à chroniquer ces 450 disques. Difficile de tout dire en si peu de mots ; c’est pourquoi certains albums ont également eu droit à des articles à part, afin de laisser libre cours à l’inspiration qu’ils suscitaient (pour des disques tels que Temps Mort, Brut de femme ou encore X raisons, chroniqués par Sarah).
Dans les dossiers les plus anciens, nous avons rencontré des difficultés à dater précisément certaines sorties. Par exemple, la parution de la version cassette d’Explicit Dixhuit, ne disposant d’aucune date officielle, a constitué un véritable casse-tête : elle variait selon les magasins, en fonction des passages des producteurs venus les déposer. Entre les témoignages des principaux protagonistes et ceux de certains lecteurs, nous n’avons pu trancher s’il s’agissait de la fin 2001 ou du début 2002.
Les pages de publicité annonçant des sorties, présentes dans ma collection de magazines d’époque, comportent des dates qui nous ont permis de trancher certaines divergences de datation selon les sources, comme ce fut le cas pour Jeunes, coupables et libres des X. Mais le litige le plus tenace entre nos lecteurs et nous fut celui autour de Si Dieu veut de la Fonky Family. S’il est aujourd’hui bien établi que l’album est paru en 1998, il demeurait 1997 dans l’esprit de nombreux auditeurs, c’est d’ailleurs l’année indiquée comme date de production sur la pochette. C’est après enquête auprès de la maison de disques, de membres du groupe et dans la presse spécialisée, que nous avons finalement pu trancher pour 1998. Cette investigation menée dans l’urgence a même donné lieu à un article dédié.
Le premier dossier comportait déjà les pochoirs « année » de notre graphiste historique Manu, pochoirs essentiels à l’identité du site depuis nos débuts. Ce procédé marquera la signature de tous nos dossiers suivants, appliqués à partir de l’année d’après à une photographie d’une sélection de CD de l’année concernée.
Comptabilisant plus de 45 000 lectures, notre dossier sur l’an 2000, paru il y a cinq ans, constitue le plus lu de nos dossiers, et l’un des articles les plus consultés du site dans son ensemble. Qualité de la production, présence de Mauvais Œil, bug de l’an 2000… Il nous est difficile d’expliquer un tel score, malgré le bel enthousiasme qu’avait suscité la sélection au sein de la rédaction. Les années 1998 ou 2015, pourtant considérées comme cultes, se situent loin derrière.
La préparation en amont de la liste des vingt disques à chroniquer suscite chaque année de grands débats au sein de la rédaction, d’abord parce que nos sensibilités ne sont pas les mêmes, ensuite parce qu’il manquera toujours de la place pour certains coups de cœur. Personnellement, la douleur qu’ont constitué les sacrifices du Jour Pi de Pyroman et Neda ou La Technique du globule noir de Kamnouze pour le dossier 1999 reste vive. Réserver certains albums à chroniquer peut parfois être une guerre de rapidité (comme ce fut le cas pour 1998 – une pensée pour Chafik, recruté dans notre équipe juste après la publication du dossier -, 2001 ou 2015) ; à l’inverse, il est parfois difficile de trouver des preneurs pour certains disques importants (et dans ce cas, c’est souvent votre humble serviteur ou Jérémy qui s’y collent).
Nous ne l’avions pas vu venir, mais l’année 2001 est peut-être celle qui a suscité le plus d’enthousiasme au sein de la sélection. Rarement citée comme une année incontournable, la préparation du dossier (contenant, entre autres, des disques majeurs de Salif, Oxmo, Saïan Supa Crew, Tandem…) nous a donné envie de prolonger le plaisir au travers d’un podcast, le premier d’une liste finalement assez courte. Pour l’instant.
Quelques années, globalement celles de la décennie 1990, ont également bénéficié de mix dédiés, réalisés par Clément et l’auteur de ces lignes, uploadés sur SoundCloud mais aussi YouTube, avec des centaines de milliers de vues pour certains d’entre eux. Mais, rattrapés par les droits d’auteur (notamment à cause des morceaux d’IAM, disons-le), certains se sont retrouvés supprimés de la plateforme au logo rouge et noir. Une grande frustration qui nous a quelque peu freinés dans l’envie de réitérer sur les dossiers suivants. L’ensemble des mix réalisés par nos soins restent cependant disponibles sur SoundCloud.
Chaque sélection comporte son lot d’impasses, de sacrifices, de disques qui n’ont pas pu y figurer. Un ou deux véritables oublis se sont glissés dans l’ensemble… que nous avons discrètement corrigés avec le temps.
L’amour que la rédaction porte pour cette musique fait que l’exercice de l’analyse avec dix, vingt ou trente ans de recul continue de nous enthousiasmer. Ces dossiers sont souvent l’occasion de réunir toute la rédaction, même Xavier et Wilhelm qui se consacrent désormais au rap US. Vous pourrez continuer à compter sur nous pour analyser de la même manière les années postérieures à 2015, qui seront traitées à mesure que se succéderont leurs dates anniversaires, ainsi que le début de la décennie 1990, qui reste à chroniquer. Le combat continue.
Un grand merci aux lecteurs et assidus de nos réseaux qui nous ont envoyé, suite à nos appels, des projets confidentiels en format numérique absents de YouTube, des plateformes de streaming et plus globalement d’internet, que nous avons ainsi pu récupérer et chroniquer. Salutations toutes particulières à mon frère Manu et ses pochoirs, ainsi qu’à tous les participants à ces dossiers : Clément, Xavier, Jordi, Antoine, Wilhelm, Manu B, Jérémy, Chafik, Sarah, Toan, Costa, Rémi et Maxime, en espérant que je n’oublie personne. – Olivier
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