10 Bons Sons en mai 2024

Le rap francophone a connu de belles sorties ce mois-ci, mais a aussi malheureusement perdu deux surdoués du genre. RIP Nikus Pokus. RIP Dontcha Flex.

Le 15 mai : Butter Bullets – « Cantona à Manchester »

Après un album paru l’été dernier, Dela et Sidisid récidivent déjà avec la sortie de Chateau. Les prises de position et le rap du dernier cité font souvent polémique, mais comme on dit, c’est sur le terrain que l’on doit juger les joueurs. Cantona lui-même, qui a donné son titre au morceau, a souvent déclenché des scandales, mais il a toujours répondu présent lors des matchs. Voilà un parallèle qui colle parfaitement à la musique de Butter Bullets. Dela a ici dégotté un de ces samples obsédants qui donnent envie d’activer le mode répétition. Sidisid ouvre le feu sur une phrase choc avant de dérouler son amalgame de références pop et rap pointues, de Beanie Sigel à Silkk the Shocker. – Jérémy

Le 31 mai : Hugo TSR – « Aviator » (prod. Art Aknid)

2005, 2008, 2012, 2017, 2021, 2024… Depuis presque 20 ans, les albums d’Hugo TSR se succèdent, et la direction reste la même, loin des tendances. Cela a été évoqué à plusieurs reprises dans nos colonnes, ou dans notre podcast dédié à son oeuvre, son originalité réside dans sa faculté à occuper le même sillon depuis le début, à ne pas changer sa recette musicale, sans pour autant lasser son public, puisque les disques d’or commencent à tomber depuis 2017. Son nouvel album, La pluie, ne déroge pas à la règle, et Hugo y dépeint le réel à sa manière, sans filtre, de manière crue, avec encore et toujours le débit configuré pour être backé en concert, comme sur les 3’35 de rap sans refrain que contient l’égotrip « Aviator » en ouverture de l’album. – Olivier

Le 24 mai : Osirus Jack – « OSS » (prod. C2S & Abdellah694)

Après Nibiru et Nouvelle ère, inutile de dire que le nouvel album d’Osirus Jack faisait partie des grosses attentes de l’année. La trilogie entamée en 2019 se conclue avec un projet toujours aussi sombre, crytique et compact. Le violon dramatique d’OSS accompagne parfaitement le texte apocalyptique d’Osirus qui tisse des liens en admirant le monde en plein effondrement. Comme d’habitude les références historiques et mystiques pleuvent sur la production dans une atmosphère bien paranoïaque où le flow syncopé et nasal du rappeur est toujours aussi tranchant. Pour les amateurs, l’album sera défendu durant une tournée nationale cet automne. – Jérémy

Le 31 mai : SCH – « Les hommes aux yeux noirs » (prod. Geo On The Track)

En sortant le Prequel de sa trilogie JVLIVS à la place du troisième volet, SCH a joué de façon maligne avec les perceptions du public sur sa musique, tenant compte des critiques sur ses sorties récentes (Autobahn en premier lieu, trop injustement descendu par le tribunal des réseaux sociaux), mais aussi des éléments de sa musique qui ont poussé ses fans à le suivre depuis A7. En jouant avec ses propres références, tout en proposant un contenu raccord avec le rap de 2024, il est venu ajouter du ciment à sa légende, avec un album cinématographique à souhait, comme sur « Les hommes aux yeux noirs », et son instru péplumesque. Texte sombre, interprétation habitée (mention spéciale au deuxième couplet), refrain autotuné… L’heure est venue de renouer avec le public de l’ère pré – « RS4 Gris Nardo ». – Olivier

Le 28 mai : Lary Kidd feat. Loud – « Oui Monsieur« 

Avouons-le, nous négligeons trop la scène québécoise. Nos cousins d’Amérique manient la langue de Molière avec des flows new-yorkais, à l’image de Lary Kidd, que nous avions rencontré en 2021 (lire notre interview ici). Sur le morceau « Oui Monsieur », Lary et Loud lâchent un passe-passe plein d’attitude et enchaînent les rimes travaillées pleines de franglais. Cet egotrip fait mouche, les deux compères rappellent que leur longévité parle pour eux et on aime notamment le premier couplet tout dany danesque. Allez jeter deux oreilles sur l’album Le cheval blanc de Napoléon, Lary shoot ça comme Bird ! – Chafik

Le 3 mai : Rhama Le Singe feat. T-Sky – « Double uppercut » (prod. Esteban Dupuis)

Membre de la Droogz Brigade, Rhama Le Singe est le deuxième à (enfin) entamer sa discographie en solo (en tant que rappeur), un an après Sad Vicious. Ce dernier a sorti une mixtape au format XL en 2023, alors que Rhama a opté lui pour un EP, Monstre, après avoir envoyé deux mixs rétrospectifs pour lancer sa chaîne YouTube. Il faut dire qu’il compte plus de deux décennies de rap au compteur, et des couplets dont on se rappelle, de par son écriture à la fois fluide et complexe (souvenez-vous, l’aussi excellent qu’abstrait « Bâton de fer », son titre solo sur Projet Ludovico), faite d’images et de tournures de phrases venues d’une autre planète. Une écriture qu’il met au service de l’égotrip sur le bien nommé « Double uppercut », en duo avec un autre toulousain, T-Sky, pour un passe-passe de haute-volée, sublimé par les interprétations respectives des deux participants. – Olivier

Le 12 mai : Hologram Lo’ & Huntrill – « Le biff et moi »

Un peu plus de deux ans après un premier EP commun très court (trois titres), le producteur et co-fondateur de l’écurie Don Dada Hologram Lo’ et le rappeur Huntrill nous partage Replica 2, la suite directe du premier opus. Huit titres feutrés où le rappeur, tout en nuances, se dévoile sans trop en dire. Comme à l’accoutumée les productions de Hologram Lo’, aux BPM lents, sont très soignées, et installent une ambiance des plus vaporeuses. Un EP très réussi, a l’image du morceau choisi ici. – Clément

Le 31 mai : Stick – « Salle des illustres » (prod. Zenghi)

A bien y regarder, Stick a toujours clamé Toulouse, même avant son premier album paru il y a dix ans. En intitulant son nouvel album Capitolium, entièrement produit par le beatmaker toulousain Zenghi, et avec une photo du haut du bâtiment en guise de pochette, il enfonce le clou encore un peu plus. Logiquement, de nombreuses références à la ville rose parsèment l’opus, et quoi de mieux pour introduire l’album qu’une « Salle des illustres » (en référence à une galerie prestigieuse du bâtiment), pour un égotrip musclé qui vient rappeler que le rappeur n’en est pas à son coup d’essai, et qu’il n’a pas son pareil quand il s’agit d’éclabousser la concurrence. « Distanciation sociale avant tous ces bails de virus. / Devrait y avoir ma gueule peinte dans la salle des illustres. » – Olivier

Le 3 mai : Djimi Finger & Benjamin Epps – « Beat Hit »

Producteur légendaire et figure incontournable de l’époque dorée du Secteur Ä, Djimi Finger s’apprête à sortir un nouveau projet, dont la sortie est programmée pour le 5 juin. Composé de neuf titres, Beat Hit affichait déjà une tracklist alléchante dès le 13 mai. Aux côtés de Lino, on retrouve des artistes en plein essor tels que Souffrance, Benjamin Epps ou encore le jeune et talentueux Syme, managé par Djimi Finger lui-même. Le premier extrait du projet est son titre éponyme sur lequel s’illustre à merveille le rappeur de Libreville. Sur une instrumentale détonante aux sonorités new-yorkaises, Eppsito nous livre un egotrip poignant et rend hommage à ses prédécesseurs en mentionnant des œuvres marquantes de l’histoire du rap français. Une collaboration intergénérationnelle remarquable qui, on l’espère, sera la première d’une longue série. – Jordi

Le 8 mai : FiligraNn feat Nazbrok Jaynaz – « Fibrose » (prod. Nazbrok Jaynaz)

Il y a des morceaux qu’on aurait aimé ne pas entendre, des retours qu’on imaginait différents. Le Québécois FiligraNn, fondateur de la ligue de battle rap Word Up, nous avait reçus en 2019 à MTL (lire notre interview ici) et depuis il s’était fait très rare jusqu’à la sortie du titre « Fibrose ». Rémi se met à nu dans ce track dans lequel il révèle être atteint par cette maladie, en abordant les craintes et questionnements qui le parcourent, sans être misérabiliste mais au contraire, combatif, lucide, quasi impudique, et on imagine que l’écriture et l’enregistrement du morceau ont été chargés émotionnellement. Dès que la prod de Nazbrok Jaynaz débute, Fili attaque du mic, avec une rage de dire et un instinct de survie qui mettent les poils. Force à lui ! D’ailleurs un EP devrait arriver. Les choses se passent ! – Chafik

Retrouvez également ces morceaux sur nos playlists Spotify et Deezer :

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