10 Bons Sons US en juin 2021

Les mois de juin et de juillet sont chaque année le théâtre des plus grosses orgies musicales avec une ribambelle de sorties, avec pour chacune d’entre elles le même et unique but : délivrer LE morceau qui fera notre été. Voici donc ce que nous avons retenu.

Mick Jenkins – Truffles (Prod. Renzell & Monte Booker)

On peut dire ce qu’on voudra à propos de Mick Jenkins, mais personnellement, j’ai très rarement été déçu par les morceaux clippés du rappeur originaire de Huntsville. Son esthétique, l’écriture de ses clips, sa lumière, son cadrage… Bref, vous l’aurez compris, je suis un grand fan de l’univers cinématographique et de la patte de Mick Jenkins.
Une année s’est écoulée depuis son dernier EP Circus et à part quelques petites apparitions de-ci de-là (sur un morceau avec Kaytranada par exemple) Mick Jenkins s’est fait discret, comme toujours. Le revoilà donc en ce début d’été, bottes aux pieds et chiens en laisse, prêt à aller chercher quelques truffes dans les bois. Blague à part, le morceau « Truffles » est rempli comme à son habitude, d’une certaine quantité de punchlines très goûtues que vous saurez très probablement apprécier à leur juste valeur. – Clément

Skyzoo feat. Raheem DeVaughn – Something to believe in (Prod. M31RK)

Régulier et infatigable. À 38 ans, Skyzoo continue de délivrer des albums nombreux et qualitatifs. All the brilliant things est son 10ème en 15 ans de carrière, et le MC de Brooklyn ne fait pas dans la musique fast-food. Gregory Taylor est une force tranquille. La plume est toujours soignée, le flow précis, et l’instrumentalisation impeccable. Sur sa dernière sortie, ce sont les cuivres qui prédominent, comme sur ce « Something to believe in », où Skyzoo nous offre encore un long couplet comme on les aime, dans la finesse d’écriture qui le caractérise. – Xavier

Larry June – Organic Respect (Prod. DVME)

Encore un album pour l’infatigable Larry June. Le rappeur de San Francisco en est à sa 12ème sortie depuis 2019. Et la formule reste sensiblement la même : une ligne de batterie très g-funk (on retrouve notamment Cardo dans les crédits), une nonchalance naturelle et un ton grisailleux, qui convient parfaitement au début d’été que l’on vit. Idéal pour un road trip le long de la Manche en Normandie par exemple. Sur « Organic Respect », le titre éponyme de l’album, la Californien se montre un peu plus menaçant, avec pour le coup, une véritable instrumentale de gangsta rap. – Xavier

Tyler, The Creator – Massa (prod. Tyler Okonma)

La production évolutive et élégante de ce « Massa » est une petite merveille. On démarre sur un simple batterie-basse sur lesquels viennent se greffer divers éléments à tour de rôle (du piano jazzy au chœur). D’abord rétrospectif, le morceau s’attarde sur les premiers succès de Tyler dans une réalité crue et avec une certaine richesse de détails qui font tout le sel de ce texte. Le second couplet démarre lui sur un bel enchaînement contemplatif avant de peu à peu filer vers la rage et la paranoïa. Comme souvent, l’interprétation est ici l’un des gros points forts de Tyler qui parvient parfaitement à faire muter ses intonations au gré des évolutions de l’instrumental. L’un des plus beaux moments du versatile dernier album de l’artiste californien. – Jérémy

Juicy J – Talking to god feat. Henry AZ (Prod. Juicy J)

Avec son piano funeste et son long refrain sous forme de mantra, ce morceau issu de la réédition de The hustle continues a quelque chose d’hypnotique. Juicy J livre un couplet sombre et appliqué qui vient renforcer l’aspect entêtant voir obsédant du titre. Henry AZ a lui quelque chose de plus aérien, comme s’il n’était pas entièrement revenu de sa transe. Les deux hommes baignent en tout cas dans un étrange alliage entre mystique et hustle et font ici preuve d’une vraie complémentarité comme en témoigne ce second refrain sur lequel leurs voix se mêlent. – Jérémy

RetcH & V Don – Sound Like

Quelques temps avant son incarcération, RetcH a confectionné un projet avec le bourreau de travail qu’est V Don. L’atmosphère horrifique et le mix cru de « Sound Like » pourraient difficilement mieux coller à un rappeur qu’à ce drôle de personnage du New Jersey. Ce deuxième  extrait dudit disque nous confirme deux choses : on ne devrait pas être déçu par Gone ‘til Autumn et il faudra trouver bien plus que des barreaux pour empêcher V Don de sortir des disques avec d’excellents rappeurs. – Wilhelm

Bfb Dapackman feat. Sada Baby – Big Bertha (prod. Caasi)

Bfb Dapackman est un très bon rappeur tout droit sorti de Flint. Vous savez sûrement qu’il n’est pas le seul. Pour autant, L’Homme Paquet a le cruel avantage d’être particulièrement amusant et d’arriver à savamment mélanger cet humour à son rap. Petite mise en garde, cet humour est très absurde et loufoque. Pléthores d’invités jonchent les pistes de Fat Niggas Need Love Too avec plus ou moins de succès (Whiz Khalifa ? Vraiment ?), mais nous retiendrons « Big Bertha » avec Sada Baby parce que sa folle énergie se marie parfaitement à l’univers de son hôte. Et c’est rigolo. – Wilhelm

Evidence feat. Murkage Dave – Won’t Give Up The Danger [Prod. Mr. Green]

Il y a un peu plus d’un an, Evidence ouvrait la première page d’un nouveau chapitre musical avec un single portant le nom de son nouvel album, Unlearning Vol. 1. Sur ce morceau exploratoire, Mr Slow Flow y annonce la couleur : l’ambiance est terne, la piste instrumentale rachitique et le propos est entièrement freestylé, presque parlé. Marqué par le décès inattendu de sa femme, le membre de Dilated Peoples entame une phase de déconstruction de ses acquis pour mieux guérir de sa blessure. Et sa peine s’entend dans l’inconfort de se mettre à nu – un processus salutaire dont les fruits se retrouvent entièrement dans « Won’t Give Up The Danger ». Lentement, on y voit une sorte de paix se dessiner dans le chaos à mesure que se déroulent les couplets. – Christophe

Lloyd Banks feat. Roc Marciano – Early Exit [Prod. Rxnway]

Le 4 juin dernier, l’ex-G Unit mettait fin à sa traversée du désert en dévoilant son premier album en 10 ans, The Course of the Inevitable. Tout du long de cette tracklist se dessine un nouveau terrain pour Lloyd Banks. Les productions gonflées aux stéroïdes laissent ici place à des ambiances tantôt baroques, tantôt fantomatiques, voire anxiogènes, toutes ponctuées à merveille par sa voix éraillée et son flow constant. Sur « Early Exit », Lloyd Banks déroule le tapis rouge pour Roc Marciano dont la voix sonne comme si elle émergeait d’outre-tombe. Cette collaboration avec le parrain du boom-bap renaissant est toute à propos pour un rappeur ayant contribué à définir une nouvelle ligne de conduite pour le rap. – Christophe

Vince Staples – Law Of Average (Prod. Reske & Kenny Beats)

Très discret depuis quelques temps, Vince Staples n’avait jusque-là participé qu’à quelques featurings : Pusha-T, Divine, AllBlack ou encore The Juicebox. Le natif de Long Beach a pris son temps depuis son dernier single « Hell Bound (Ad 01) » sorti en 2019. Et on comprend pourquoi lorsqu’on écoute son quatrième album studio, sorti il y a peu. Entièrement produit par ce bon vieux Kenny Beats, l’album intitulé très sobrement Vince Staples, raconte de nouvelles choses, avec de nouveaux points de vues et « une autre vision de lui-même ». Pour résumer, Vince Staples a vieilli. Le rappeur a mûri et perçoit d’autres choses qu’à un certain âge, ce qui jusque là parait tout à fait dans le cours des choses. Son esthétique visuelle est toujours aussi soignée et l’univers qu’il explore toujours original et singulier.
On ne peut donc que vous conseiller d’écouter les 9 autres morceaux du projet. – Clément

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