10 Bons Sons US en mai 2026

Entre retours attendus, confirmations éclatantes et curiosités plus inattendues, cette semaine offre un joli panorama de ce que le rap peut proposer en 2026. D’Ovrkast. à Isaiah Rashad, en passant par Freddie Gibbs, Bladee ou Action Bronson, voici notre sélection pour le mois de mai qui vient de s’écouler.

Ovrkast. – Play This

Après le très bon album While The Iron Is Hot, sorti il y a tout juste un an, Ovrkast. s’est montré plutôt discret. Il faut dire que ce projet a dû lui demander un travail colossal, lui qui produit la majorité de ses morceaux, et qu’il est parfois bon de prendre le temps de savourer après un tel accomplissement. « Play This » n’est ainsi que son deuxième titre inédit depuis la sortie de l’album, mais il s’inscrit parfaitement dans la continuité de ce que l’on observe chez lui depuis deux ans : en plus d’être un producteur d’exception, le rappeur originaire d’Oakland, désormais installé à New York, ne cesse de progresser et confirme qu’il fait partie des artistes les plus passionnants de sa génération. – Clément

Jay Worthy, L.E.$ & Premo Rice – The Big 3

Il y a eu le big 3 des bulls de Chicago de 96 à 98, celui des spurs de San Antonio de 2003 à 2016 ou encore celui du heat de Miami époque Lebron James et il y a celui de Compton, composé de Jay Worthy, L.E.$ et Premo Rice.
Après avoir spammer la fin de l’exercice 2025 avec le dyptique Once Upon A Time en featuring avec qui vous voulez, la moitié du duo LDN DRGS Jay Worthy en avait encore sous le pied puisqu’il transforme son projet en tryptique avec la sortie de Once Upon A Time : The Soundtrack et sa flopée d’invités tous aussi innatendu les uns que les autres. Au menu : Mozzy, Payroll Giovanni, 9th Wonder, Method Man, Shyheim, A$ap Twelvyy, Boldy James, Rome Streetz ou encore Evidence (et je n’ai pas cité tout le monde). Un projet très dense et très cool qui ravira les vieux puristes comme les newcomers et le morceau choisi ici plaira aux aficionados de vibes G-Funk. – Clément

Bladee – Under my Umbrella (prod. Whitearmor)

Le nom de Bladee n’a jamais été apposé dans nos colonnes. Probablement trop « soundcloud rap » pour nos goûts, le suédois a en effet de quoi désarçonner. Si on acclimate un peu ses oreilles à son style, il y a pourtant de quoi s’y attarder, et son dernier album, Sulfur Surfer, a quelque chose d’assez dense sous ses atours d’accumulations de chansonnettes. Sur ce morceau, Bladee cherche son identité, tout en admettant que ce qui le rend spécial est de la minimiser. La production électronique de Whitearmor a quelque chose d’onirique, le refrain autotuné semble irréel, comme un retour en enfance. Une inquiétante étrangeté se dégage de ce titre comme de l’ensemble de l’album. – Jérémy

Action Bronson feat. Meyhem Lauren – MANDEM (prod. Action Bronson & Harry Fraud)

Le temps ou Action Bronson était considéré comme un sous-Ghostface est désormais loin. Le fantasque rappeur du Queens brille depuis longtemps par ses choix de prods, et son style humoristique presque surréaliste. Sur « MANDEM », il partage le micro avec Meyhem Lauren, son acolyte de toujours. Bronson dépeint de multiples scènes de bagnoles tel un héros de film d’action de série B, Lauren part dans un voyage psychique en rîmes entrelacées. Comme souvent, le scénario offert par les deux hommes est loufoque, mais on se laisse porter par le style. Cette nouvelle livraison du plus bon-vivant des rappeurs cainris vaut le détour.– Jérémy

Ankhlejohn & Vdon feat. $ha Hef – Monyun

Malgré la proximité naturelle de leurs univers respectifs, c’est la première fois qu’Ankhlejohn et Vdon collaborent à deux sur un long-format intégral. Inutile de dire que le mariage entre les boucles infernales du Don et le rap d’échappé d’asile du XIXe du New-Jersiais est aussi malsain en pratique qu’il ne l’est sur le papier. Et parmi les rares invités parvenus à se glisser dans ce groupe d’entraide, c’est avec un plaisir certain que l’on retrouve sur « Monyun » ce vieux $ha Hef, récemment sorti de prison et que l’on n’avait pas eu le plaisir d’entendre depuis. – Xavier

AZ – We Made it (Outro) (Prod. Ron Browz)

Depuis son retour à l’aube des années 2020, AZ n’a pas cherché à se donner un autre rôle que celui du marchand de nostalgie. C’est encore plus flagrant aujourd’hui puisqu’il semble avoir décidé de ne plus se donner la peine de nommer ses albums autrement que comme des suites de son classique Doe or Die. Cela dit, on n’est jamais mécontent d’entendre son empreinte vocale toujours juvénile malgré ses 54 ans sur des boucles soulful et vibrantes. Et on trouve toujours de quoi manger sur les albums. Ici, c’est notamment le cas de l’outro, « We made it », sur laquelle AZ prend une intonation qu’on lui connaît rarement, quasiment au bord des larmes. – Xavier

Freddie Gibbs – Immigrants (prod. Boi-1da)

Prêt à sortir une version allongée de son très bon album You Only Die 1nce, sorti fin 2024, Gangsta Gibbs a emballé 3 morceaux des 10 nouveaux pour nous mettre en appétit dans un EP 3 titres, sorte d’amuse-bouche. Les 3 morceaux sont excellents, mais le rappeur de l’Indiana nous prend aux tripes dès les premières mesures et sa voix qui s’éraille à mesure qu’il déverse son premier couplet, plutôt long, plutôt intime, est parfaitement assortie au sample de voix qui sert d’élément mélodique principal. – Wilhelm

Future & Tyla – Game Time (prod. Cirkut)

Aussi funeste soit l’organisation d’une coupe du monde en partie sur les terres du très Amish Abraham Lincoln Burrows, c’est aussi l’occasion d’un single de Future et Tyla qui n’a pas l’air plus authentique que le teint de l’actuel résident de la Maison Blanche. Pourquoi le morceau figure dans cette sélection ? Eh bien, déjà, le rappeur y fait une allusion à sa très chère codéine (malgré un lexique visiblement limité à 15 mots par le chauve Suisse-Italien-Libanais le plus détestable du monde du foot en personne) et la chanteuse salut directement la France en mentionnant les escargots (on prend ce qu’on peut). C’est aussi, pour être honnête, terriblement entêtant. – Wilhelm

Luh Tyler – Spell (prod. dracomadeit)

Luh Tyler a sorti son cinquième long format en ce mois de mai – Destined for Greatness. Le Floridien soufflait sa vingtaine bougie en février dernier. il transformait le générique culte d’une série essorée par Martin Bouygues 4 plus tôt – « Law & Order ». Son flow est reconnaissable parmi mille par son détachement, son flegme et sa fougue. Là où d’autres crieraient, Luh Tyler semble simplement poser sa voix depuis le fin fond d’un fauteuil très confortable, en contrôle absolu. Aucun cri attendu toutefois sur « Spell », où les accords de piano et la basse lancinante accompagne à merveille la voix du rappeur, mais aussi les vagues de chaleur et les viandes blanches. – Wilhelm

Isaiah Rashad – SUPAFICIAL (prod. Blake Straus, Henry Was, Julian Sintonia, KTC, Mihji Grey, Nicolas de Porcel, The Antydote & Keem the Cipher)

Cinq ans c’est long dans la musique aujourd’hui, mais il y a un petit nombre de rappeurs qui peuvent se permettre d’espacer autant leurs albums. Isaiah Rashad, réputé pour faire une musique qui dure, en fait partie. Son It’s been awful sera à nouveau un disque qui sera décortiqué sur le temps long. On y retrouve notamment ce superbe titre où se superpose différentes couches, avec des nappes planantes, une batterie bien mise en avant, des cuivres en fond et j’en passe. De quoi expliquer l’armée de producteurs crédités sur le morceau. Côté rap, c’est tout aussi versatile, entre variations de flow et chant, le tout regroupé dans une structure assez complexe où Isaiah nous fait part d’une histoire d’amour en confiant ses envies de tomber le masque et de sortir de la superficialité. On vous invite à savourer ce nouvel album du rappeur du TDE qui vaut clairement le détour. – Jérémy

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