[Chronique] Action Bronson – Mr Wonderful

Talentueux, charismatique, déjanté… au propre comme au figuré, Action Bronson a illuminé la scène hip-hop US ces dernières années.

Qualificatifs et louanges se sont même renforcés à l’approche de la sortie de Mr Wonderful, le 23 mars dernier. Son troisième album studio déjà. Un engouement pour le rappeur du Queens qui a aujourd’hui dépassé le cadre du hip-hop.  On l’a même vu dans le Late Night Show de David Letterman, sur CBS. Effet de mode ? Effet de la signature sur la major Atlantic Records ? On a tendance à dire que non, tant le bonhomme a fait l’unanimité jusqu’à présent, dans son style, dans sa personnalité, comme dans l’exécution rapologique.

Un mois après sa sortie, ce Mr Wonderful vient-il confirmer la tendance ?

La première réassurance, c’est que Bronsolino s’est derechef accointé avec ses producteurs favoris. Party Supplies, la moitié des mixtapes Blue Chips, Statik Selektah co-signataire de Well Done (2011), ou Alchemist chef d’orchestre de Rare Chandeliers (2012), sont tous présents.

Mais très vite, la présence d’autres producteurs tels Mark Ronson, Omen ou Noah « 40 » Shebib laisse perplexe. Pourquoi ? Parce que si ces producteurs font dans le hip-hop, parfois assez édulcoré, ils servent aussi dans la soupe musique pop. Beyoncé, Usher, Drake, Alicia Keys… Où que vous les classiez, ce ne sont a priori pas les références qu’on attend des beatmakers pour mettre en musique le génie d’Action Bronson. Et puis on se demande où est parti Harry Fraud et sa « musica » si singulière qui collait à merveille à notre barbu favori. Passée cette prise de position, on appuie vite sur « lecture » pour juger sur pièces. Après tout, les titres déjà sortis nous avaient mis l’eau à la bouche, et «Easy Rider» constituait le numéro 1 de notre top US 2014.

Finalement, cet album est bordélique au possible. Ça change d’influences, jonglant du rock au hip-hop mélancolique, en passant par le blues. Les fans de la première heure ne seront pas surpris par cette apparente désorganisation, Action est fantasque et c’est aussi en ça qu’il est adulé.

Parfois cette folie, ce soupçon d’excentricité, ne suffit pas à faire apprécier un morceau, même si on comprend la démarche et qu’on s’en amuse. Par exemple, en ouvrant sur «Brand New Car», Mr Wonderful pourra agacer avec ce piano entêtant, à la limite de l’exaspérant. Il est néanmoins vrai que sur ce track Bronsolino démontre à nouveau sa facilité à rapper sur à peu près n’importe quelle sonorité. À ce niveau, c’est sans doute le meilleur rappeur américain du moment. Et cet egotrip d’introduction sert au moins à annoncer qui est le boss du rap jeu dans la Grosse Pomme :

« Trust you me, Gotham’s safer now
But there’s always a new joker in town
Ready to smoke you with that pound
But when he shoots it, the flag says « BANG! » and everybody laughs » – Terry

«Crois moi, avec moi Gotham (NYC) est plus sûre maintenant
Mais y’a toujours un nouveau Joker en ville
Prêt à te fumer avec ce flingue
Mais quand il tire, y’a juste écrit « Bang! » sur le drapeau, et tout le monde se marre»

Heureusement, à deux ou trois morceaux et interludes plus que dispensables, la suite est bien plus musicalement excitante. « The Rising » fait le taf. On se sent bien avec les basses gonflées d’un soupçon d’écho de Statik Selektah et le débit de Big Body Bes, le cousin d’Action qui rappe comme Rick Ross. En mieux. Peu à peu, Mr Wonderful prend du corps. Rien à voir avec le physique du principal protagoniste. Comment ne pas kiffer « Terry »,  la balade hip-hopo-épicurienne de cet album signée Alchemist : virée en Z3, bonne bouffe Thai, séjour à Amsterdam, régalades de chutes de rein dans son penthouse… Action Bronson c’est comme un remix 21ème siècle du flegme de Big Lebowski, de la tchatche de Dom Juan, du flow de Cyrano, de la classe de Franck Lucas.

Folie aussi sur «Actin Crazy». Que dire de l’instru et de la puissance de cet orgue ? Si on le jouait comme ça à l’église du coin, j’irais y shaker mon booty tous les dimanches matins. On avait sans doute sous-estimé plus haut la faculté des producteurs 40 et Omen à pénétrer l’univers d’Action Bronson. Et si vous pensiez avoir vu le MC au paroxysme du kitsch, du déjanté, du décalé sur l’excellent et psychédélique «Easy Rider», révisez votre copie. L’abracadabrant, le délirant, le jouissif, le puissant sont poussés encore plus loin avec «Actin Crazy». Il y a lui et le reste du monde. Tous derrière et lui devant comme disait l’autre.

Au détour de ce Mr Wonderful, on se régale encore de morceaux comme «Baby Blue» featuring Chance The Rapper, autre ex-rookie MC qui a le vent en poupe. À la baguette sur ce titre, Mark Ronson y est cette fois bien meilleur que sur l’introduction de la galette. Ouf. Un peu plus tard, Party Supplies balance avec talent quelques notes de piano sur le superbe «A Light In The Addict». Il n’y oublie pas un léger grattage de guitare de temps à autres pour sublimer le tout et accompagner le refrain tout en spleen de Black Atlass . « I nearly lost my mind »  nous sussure le chanteur canadien. Si on s’en tient aux meilleurs morceaux de cet album, perdre vos esprits est effectivement ce qui risque de vous arriver.

Oui, Mr Wonderful regorge de chefs d’oeuvres à inscrire au Panthéon du rap («Easy Rider», «Actin Crazy» ou «Terry»). Et accompagnés des autres bonnes pistes citées, on frôle la perfection. Il est juste dommage que de légers écarts atténuent un peu cette impression. L’interlude ou «Brand New Car» agacent, et «Falconry» ou «Galactic Love», pas forcément mauvais, nous coupent quand même l’élan en plein kiff.

Malgré ça le personnage Action Bronson est intact. Plus en verve que jamais, il est encore là-haut, sur cette autre planète et domine ses congénères MC avec la décontraction et la bonhommie qu’on lui a toujours connues.

Pour vous procurer Mr Wonderful ça se passe ici ou chez n’importe quel bon disquaire.

Date de sortie : 23 mars 2015 // Label : Atlantic Records – Vice Records

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