10 Bons Sons italiens en 2020

Non ce n’è Coviddi ! ” Si vous lisez cet article, et suivez un peu l’actualité en langue italienne, vous avez sûrement vu passer ce mème moqueur issu d’un micro-trottoir sur la Toile. Une phrase qu’on pourrait associer au rap transalpin, jamais touché dans sa créativité et sa profusion de bons projets sortis entre confinement, stress et incertitudes quotidiennes tout au long de ces 365 derniers jours. Ghali, à l’image de Dinos chez nous, a largement abusé en rééditions de son album DNA pour se maintenir en haut des charts et éclater le maximum de records. Gemitaiz, Guè Pequeno, Emis Killa & Jake La Furia, tha Supreme, Lazza et le Dark Polo Gang notamment se sont montrés en grande forme. Nombreux sont les MC’s napolitains à avoir sorti des projets solides (Vale Lambo, Peppe Soks, etc.) et Gianni Bismark a sorti de loin le meilleur album de l’année (évidemment en deux temps, réédition oblige). Retour en musique sur 2020 en Italie.

1 – Nicola Siciliano – Semp cu me

Le Napolitain n’a que dix-huit ans et déjà une page Wikipedia en construction. Après deux bonnes années à apparaître sur les projets des copains ici et là, Nicola Siciliano a sorti à l’été 2020 son premier projet solo Napoli 51 : primo contatto. Il a écrit quatorze titres qui lui ressemblent, et qui ressemblent aux Scugnizze issus du tristement célèbre quartier de Secondigliano, emplis de drames, de fierté et de rêves d’évasion comme en témoigne le titre de l’album faisant référence à la base militaire américaine Area 51 souvent à l’origine de récits fantastiques. Soutenu et mis en avant par le « grand frère » Enzo Dong, inspiré par PNL, Co’Sang & Pop Smoke, il a réalisé un album varié, aux sonorités très actuelles (autotune omniprésent), 100% en dialecte. Accompagné d’une réédition de douze titres le 30 octobre, sur laquelle déjà plusieurs collaborations prestigieuses (Vegas Jones, Nitro, Clementino, Rocco Hunt). Parfait pour l’écouter sul motorino.

2 – Giulia Molino, Lele Blade & Hal Quartièr – Cchiù Fort’

La Napolitaine Giulia Molino a frappé fort pour lancer sa chaîne Youtube. Un clip studio réunissant ses compatriotes Lele Blade et Hal Quartièr, et une balade amoureuse évidemment chantée en dialecte parthénopéen. La jeune (vingt et un ans) s’est fait remarquer cette année au festival de San Remo, très suivi en Italie, terminant le concours sur une belle demi-finale. Son tout premier EP sorti au printemps a déjà trouvé son public malgré une direction artistique difficile à suivre, ses titres passant d’un format chanson à un morceau rap, puis d’un titre rock à d’autres beaucoup plus pop. Toujours est-il qu’avec ce tremplin télévisé, Giulia est devenue dès le début de sa carrière l’une des artistes à suivre et dont on devrait beaucoup entendre parler en 2021.

3 – Claver Gold & Faith – La maggior parte 

Actif depuis la fin des années 2000, Claver Gold, natif de Ascoli Piceno sur la côte adriatique, est une voix précieuse parmi les rappeurs italiens. Très attaché à la mélodie depuis ses débuts, il écrit des textes poétiques, personnels, et auxquels les auditeurs s’identifient facilement. « La maggior parte » est issue du projet du même nom qui regroupe ses plus beaux succès en version revisitées et remasterisées, ainsi que quelques inédits. Un vrai bon album de rap, marquant par sa voix grave si délicate, son style d’écriture unique et ses choix de prods très riches en instruments. 

4 – Geolier – Sorry

Lui aussi est originaire de la cité parthénopéenne. Lui aussi est un rappeur très en vogue. Lui aussi est atteint de la “rééditionite” aiguë (trois versions en l’espace de dix-huit mois). Mais lui a un pseudo français ! Et il le doit au fait qu’il voulait initialement se renommer Secondino (geôlier en italien) mais le terme désignant aussi les habitants de Secondigliano, ce qu’il est, il a opté pour un terme univoque. Agé de vingt ans, il jouit déjà d’une belle popularité depuis deux ans et plusieurs singles qui ont tous cartonné immédiatement. Avec son premier album Emanuele, entièrement produit par le génial Dat Boi Dee, conduit principalement par ses histoires d’amour et quelques tentatives gangsta rap, il réussit à l’exploiter dans la durée et obtenir une première certification de disque d’or. Un nom que l’on retrouve en featuring sur la plupart des projets marquants de l’année. A suivre de près.

5 – Mr. Phil & Mac Myc – Passare oltre

Rome peut aussi compter ses plumes sûres. Mr. Phil fait partie du paysage rap italophone depuis les années 90’s et rares sont ceux qui n’ont jamais entendu son blase jusqu’à aujourd’hui. DJ de formation, beatmaker par évolution, il s’est progressivement tourné vers le micro pour sortir un premier album en 2004. Actif depuis sans prendre vraiment de pause, alternant placements de prods et featurings, il a sorti cette année une beat tape, deux EP et quelques singles dont ce très sérieux « Passare oltre », sur lequel on retrouve Mac Myc, oldtimer lui aussi et digne représentant de la région de Ligurie. L’insatiable kicker, adepte des visuels trash et des sonorités rock / horrror show, sait aussi exprimer egotrip ou révolte sur des BPM traditionnels.

6 – Samurai Jay – Lacrime

L’heure du premier album est arrivée. Samurai Jay, natif lui aussi de Naples, a versé ses très attendues Lacrime deux ans après le trois titres Promesse qui portait donc bien son nom. Treize pistes salées, la plupart produites par le beatmaker napolitain Dat Boi Dee, et sur lesquelles on retrouve en featuring quelques beaux noms du rap italien (Guè Pequeno, Geolier, Rkomi). Le jeune rappeur (vingt-deux ans) a cherché un équilibre entre rap dur, vibes cloud plus légères et titres festifs s’apparentant fortement à de la zumba. S’il revendique son amour pour sa ville (cf. “Napoli”), ce qui est intéressant chez lui est justement son positionnement hors du commun, lui qui fait le choix de ne pas rapper en napolitain comme la plupart de ses amis et concurrents. 

7 – Chicoria – Spostate

Également romain, également quadragénaire, Chicoria défend vaillamment son idée du rap depuis plus de deux décennies. Des valeurs pro-lutte des classes, de l’humour, de la technique, un message primordial. Sur « Spostate », son nouveau single sorti en fin d’année qui annonce l’album Servizio Funebre 2 pour 2021, il réjouit ses auditeurs les plus fidèles avec des punchlines sorties du cœur “Cent années que je chante contre les flics (…) cent années de militantisme et toujours pas suffisant” et un clip qui illustre sous forme de jeu vidéo (très GTA dans le style) ses combats perpétuels. 

8 – Quel dal Formai – Ag n’era da Quei

Accordéon et dialecte mantouan sont au menu d’un projet atypique venu du nord de l’Italie. Quatre titres égrenés au cours de 2020 et une première impression d’un rap différent, désireux de « valoriser le dialecte, les histoires du pays et les contes des générations passées et au-delà, en utilisant le langage du rap » comme l’indique la page Facebook. Le rappeur cagoulé débute sa carrière en l’axant d’emblée sur quelque chose de singulier, un positionnement drôle et sincère qui fait déjà parler de lui dans sa région. Le visuel du single (cagoule réalisée en Grana Padano) et les images du clip renforcent l’esthétique décalée de celui qui préserve pour le moment son anonymat et dont l’acronyme (QDF) n’est pas sans rappeler des mystérieux rappeurs français à la popularité mondiale…

9 – Skillzbrother – Metti che

Nex Cassel, rappeur légendaire originaire de Caorle, au nord de Venise, et (très) actif depuis les années 1990, a livré une boucle boombap idéale pour les Skillzbrother. Ce groupe, formé par Corrotto et Eazyfunkyshit, est basé à Milan. L’un comme l’autre n’en sont pas à leur coup d’essai, mais c’est bien un premier opus en commun qu’ils ont dévoilé en septembre, au nom un poil cliché et très à la mode chez les producteurs de série TV : Family Business. Les dix pistes, virulentes, énergiques, passent vite (moins d’une demi-heure de son) et s’écouteraient volontiers en concert si le COVID le permettait… 

10 – Sfera Ebbasta, Geolier et Shablo – M’manc

Geolier et Sfera Ebbasta ont répondu positivement à l’appel du DJ star italo-argentin Shablo. Les 25 millions de vues à date indiquent que les auditeurs étaient au rendez-vous de cette connexion Naples-Milan, l’un des tubes de l’année. Surprenant et pourtant vrai : depuis 2015 et nos premiers articles sur le rap italien, nous n’avions encore jamais évoqué l’un des trois noms les plus importants de la Botte (avec Ghali et Capo Plaza probablement). Sfera Ebbasta, star sans frontière, originaire de Lombardie, n’est plus un artiste à présenter. Son quatrième album Famoso vient de sortir et l’on y retrouve des sons calibrés pour le grand public, des marques américaines clinquantes en invités, des moyens stratosphériques qui permettent de viser constamment plus haut et plus loin. Et à propos de la starification mondiale du rappeur aux cheveux rouges, je vous conseille cette réflexion journalistique intéressante et profonde dans la langue de Dante sur l’éphémérité de son puissant succès.

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