Rencontre avec XLR (Darryl Zeuja, Oner, Skelta et Juxebox)

Le groupe XLR est issu de la réunion de Darryl Zeuja (1995), Juxebox, Oner et Skelta (NCA Crew). Alors qu’ils ont sorti leur album et commencé leur tournée, dans le cadre du festival « Terre hip-hop » organisé par le Canal 93 à Bobigny, Le Bon Son est allé à leur rencontre de XLR. Les quatre membres du crew nous ont accueillis en loge dans une ambiance super détendue et on a pu discuter sons, concerts, album, projets et urbanisme dans la « rue du bon son ».

LE BON SON : Pour ceux qui ne vous connaissent pas, pourriez-vous vous présenter d’abord en tant que crew et ensuite individuellement ?

Darryl Zeuja : XLR est composé de Skelta et Oner (NCA Crew), Juxebox (RDBS) et moi (1995). On a sorti l’album « Rue du Bon Son » en Décembre 2013 et on est en tournée  actuellement dans toute la France avec une dizaine de dates dont la première est ce soir à Bobigny.

Skelta : Membre du NCA Crew avec Oner depuis 1997, un peu un groupe de l’ombre même si on a sorti pas mal de tapes à l’époque. Notre premier album qui a été distribué date de 2005 et s’appelle « Diseurs d’images ». A la base on était trois avec Drag.One mais il a arrêté le rap.

Darryl Zeuja : j’avais même écouté leur dernier album quand j’étais plus jeune ! C’est comme ça que j’avais eu une première connaissance de ce qu’ils faisaient. Drag.One était de mon quartier donc c’est comme ça que s’est faite la connexion entre Oner, Skelta et moi. Puis il y a Juxebox qui traîne dans le coin aussi en train de gratter des trucs ! (rires)

Juxebox : Je suis beatmaker et ingé-son. Je viens de Montpellier à la base, je suis arrivé sur Paname vers 2006-2007. J’ai connecté le NCA crew par le biais d’autres MC’s avec lesquels je travaillais. J’ai de suite accroché avec leur style « paris-sud », du coup je suis resté dans leur entourage. Comme Oner était aussi beatmaker et ingé-son en autodidacte, on s’est retrouvé surtout sur les techniques de son et à partir de là on a créé Rue du Bon Son lui et moi.

Darryl Zeuja : Rue du Bon Son est à la base le nom du collectif, du duo d’ingénieurs Oner et Juxebox. Ce nom définissait bien le style et l’ambiance dans laquelle on était, on leur a volé leur nom et on l’a mis sur le titre de l’album ! Quant à moi, je suis membre du crew 1995. J’ai monté mon label JLC Records quand j’ai sorti mon EP solo Alias Darryl Zeuja en février 2012. Du coup, comme Oner et Juxebox sont des ingés son et des beatmakers sur mon label, on a fait cet album d’XLR qui représente bien JLC Records !

LE BON SON : C’est le kiff et vos parcours musicaux qui vous ont réunis ?

Darryl Zeuja : Je savais qu’on partageait les mêmes influences étant donné qu’ils faisaient partie des influences que j’avais. Je suis allé enregistrer Alias Darryl Zeuja dans leur studio. C’est comme ça que nous nous sommes connectés, on a posé ensemble (ndlr : sur le son Trouve-moi), on était dans le même délire. Le plaisir de faire de la musique est ce qui nous a réunis, humainement et artistiquement.

Oner : On s’est vraiment connecté pour l’album solo de Darryl. On a fait un morceau ensemble qui n’était pas sous le nom de XLR. C’était le plaisir sans trop penser à l’avance. La musique avant tout, tout le reste est venu ensuite.

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LE BON SON : Vous êtes ici dans le cadre du festival organisé par le Canal 93 ? C’est la première fois que vous y venez et c’est votre première date en tant que XLR. Comment s’est passé le contact ?

Darryl Zeuja : je suis déjà venu au Canal 93 avec 1995. On a un tourneur qui s’appelle Bleu Citron, je lui ai dit qu’on lançait la tournée avec XLR. Les organisateurs cherchaient des gens pour faire le festival. Ils nous ont contactés et nous ont invités en tant que XLR. Ce sont les premiers à nous avoir invités et ça fait plaisir puisqu’on s’est lancé un peu comme ça.

LE BON SON : Vous êtes en tournée « Rue Du Bon Son Tour ». Des dates que vous attendez tout particulièrement ?

Darryl Zeuja : Marseille ! ça va envoyer, c’est à l’autre bout du pays ! Déjà qu’on ne nous connait pas en bas de chez nous alors aller jouer là-bas ça va être marrant. Après il y a Genève. Jouer à l’étranger ça fait toujours plaisir, le fait de passer une frontière pour aller rapper. Mais en vrai, on attend toutes les dates avec impatience.

LE BON SON : Du coup, puisque c’est votre première date, ma question sur l’accueil du public tombe à l’eau… (rires) Mais quelle importance la scène a-t-elle pour vous ?

Oner : C’est sur scène où on va vraiment avoir la réaction des gens.

Skelta : c’est une autre manière de faire vivre l’album que par un média comme internet ou bien dans un lecteur MP3. Au moins, les gens nous entendent en vrai.

Darryl Zeuja : Nous-mêmes on redécouvre le disque parce qu’on ne l’a pas joué en live. On travaille les enchaînements et on découvre les morceaux qui rendent bien ou moins bien. On a qu’une hâte c’est de montrer ça aux gens afin de voir ce que ça vaut.

LE BON SON : Vous faites les choses en grand puisque je note que même Konspi est là ce soir (ndlr : présent dans la loge lors de l’interview) !

Darryl Zeuja : Vu que sur l’album il a fait le refrain de « Je ne rêve jamais » et qu’il était chaud de venir ce soir pour voir le concert, on lui a proposé et il était chaud de rapper ! C’est en famille XLR !

Skelta : On a fait un feat avec un cain-ri également mais c’était un peu plus compliqué pour le faire venir ! (rires)

LE BON SON : Votre album Rue Du Bon Son est sorti en décembre 2013. Quel accueil lui a-t-il été réservé et quels retours avez-vous eus ?

Oner : Les retours ont été positifs. Aucun avis négatif. C’était une bonne surprise pour tout le monde. On l’a travaillé de notre côté sans forcément prévenir les gens qu’on allait sortir un album donc c’était tranquille, on n’a pas eu de pression.

Darryl Zeuja : En termes de promo, c’était un truc underground, un peu sous-marin. C’était pour le plaisir donc on n’a rien calculé.

Oner : On a commencé par les enregistrements et il y a eu ensuite pas mal d’heures de mixages. Ça a été très long.

LE BON SON : C’est donc Juxebox et Oner qui ont fait les enregistrements et le mixage. Quant au mastering, vous l’avez fait ailleurs ?

Darryl Zeuja : On l’a fait A la source, c’est un vrai studio de professionnels. On voulait prendre notre temps et ne pas trop se lancer une deadline. On a eu quelques galères et au moins six mois d’arrangements.

Oner : On a fait une étape enregistrement / mixage de nos propres voix et après on a appelé les musiciens. On a du refaire les arrangements puis encore du mixage derrière !

LE BON SON : Vous avez clipé certains morceaux, Je ne rêve jamais, Aujourd’hui et Elle ? Comment les avez-vous choisis ?

Darryl Zeuja : C’était des morceaux où on était tous dessus et qui définissaient le mieux ce qu’il y avait dans l’album. Ils nous inspiraient bien au niveau du clip et n’étaient pas tous dans la même émotion. On voulait proposer un éventail de ce qu’il y avait dans l’album ! J’en profite pour passer le big up à Théo Sauvage qui a réalisé Je ne rêve jamais et Elle avec nous, et puis Le Garage pour Aujourd’hui. C’était un travail d’équipe. Il y a un quatrième clip qui se prépare mais c’est encore à l’état de projet !

LE BON SON : Du coup, vos prods sont assez jazzy et vraiment musicales. De quelle manière avez-vous procédé ? Y a-t-il plus de compositions ou de samples ?

Oner : un peu des deux. Une base de samples et beaucoup de compos !

LE BON SON : Les sons de l’album sont principalement produits par Oner et Juxebox.

Juxebox : Une grosse partie sont de nous, douze sur les seize ! Deux autres sont de H-O-Time et Mario (avec lesquels Darryl Zeuja bosse sur son label). C’est un peu au coup de cœur, on a travaillé avec eux pour le plaisir de bosser avec d’autres.

« l’idée était de faire un album super musical avec des arrangements de fous ! On voulait que les gens entendent autant la musique que les paroles, que les deux soient au même niveau. »

LE BON SON : Vous avez également fait venir des musiciens ?

Juxebox : Ouais pas mal de musiciens. Saxophoniste, guitariste, bassiste, clarinettiste et même une chanteuse. Le but était de remanier les prods au point où les gens ne savent plus s’il s’agit d’un sample ou d’une compo

Darryl Zeuja : Dès le début, l’idée était de faire un album super musical avec des arrangements de fous ! On voulait que les gens entendent autant la musique que les paroles, que les deux soient au même niveau.

Skelta : Il fallait laisser de la musique entre les couplets ! C’est d’ailleurs assez drôle quand on nous dit que le saxophoniste est trop fort sur ce passage-là alors qu’il ne joue pas et qu’il s’agit d’un sample…

Juxebox : C’est pour ça qu’on s’est pris la tête sur les extraits de films à choisir. Ça fait partie de la réalisation d’un album, il faut prendre des extraits qui mettent en valeur.

LE BON SON : En live, c’est Juxebox qui se colle aux machines ?

Juxebox : Ouais, tout simplement je rejoue les prods, même si sur certaines j’ai ajouté des arrangements en plus qu’il n’y avait pas sur l’album. Je me suis pris la tête à rajouter des instruments en studio, des synthés, des petits coups de brass ou de clavs. Même de la compo en direct live histoire d’ajouter une touche réelle.

Oner : Il y avait des gens qu’on ne pouvait pas inviter donc il a fallu refaire la structure des morceaux et les réadapter. De fait, ça donne un petit truc en plus. On ne se contente pas de faire du copier-coller, il faut que ça vive !

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LE BON SON : Vous avez appelé votre album « Rue Du Bon Son ». Qu’est-ce que pour vous un bon son ?

Oner : Un bon son, c’est un son où même si tu fais quelque chose, tu es attiré par le son. Tu vas te retourner sur le son et dire que c’est lourd.

Darryl Zeuja : C’est difficile comme question… je dirais que c’est un son qui te paraît naturel, comme si tu l’avais déjà entendu. Tu te lèves et tu te dis que ce son est trop chaud. Mais il y en a tellement et tous différents dans des styles divers. Juste un bon son c’est un son qui te parle direct ! C’est savoir ce qu’est la musique et c’est un état d’esprit.

LE BON SON : Vous semblez avoir des influences de nombreux courants. Qui habite dans votre « Rue du Bon Son » ?

Juxebox : Tellement de groupes différents ! On est ouvert à tout !

Darryl Zeuja : Il y a bien quelques cain-ri qui y ont une maison de vacances.

Juxebox : Certains n’y viennent pas souvent. Ils arrivent pour un album et ils en repartent.

Darryl Zeuja : Nan mais tu vois le cain-ri qui sort jamais ces poubelles et ça pue jusque dans nos studios. (rires) Ça fait longtemps que je l’ai pas vu. Il y a des rats partout. Les mecs sont un peu irrespectueux mais on les laisse là quand même, parce que ce qui compte, c’est que tu fasses du bon son. Le squat est gratuit si tu fais du bon son, on s’arrangera et on se serrera ! Peu importe ton style, il y a du jazz, de la soul, de la funk, du rock.

Juxebox : On peut garder une rythmique de rock pour l’adapter sur un son de jazz ou même d’électro!

Darryl Zeuja : nan mais balance des noms. Il faut du concret ! Fais du name-dropping ! Perso, je dis Le rat Luciano qui habite juste en-dessous de chez moi.

[Dans la cacophonie qui s’ensuit, on peut distinguer : Shurik’n, ATK. Puis NoFX. Etienne de Crecy. Hifi, Gil Scott-Heron, Prodigy (le groupe), Keith Reading, La Cliqua, Beasty Boys, Octobre rouge, The Crusaders, Bob James, Saïan Supa Crew, X-men.]

Juxebox : ça commence à faire des noms. C’est la banlieue du bon son ! (rires)

LE BON SON : Le futur pour vous, c’est quoi ?

Darryl Zeuja : Encore plus de dates de concert si possible. Continuer jusqu’à la fin de l’été sur la scène. Faire tourner le disque et faire kiffer ceux qui vont venir pour nous et pour les autres. Passer un bon moment ! Après, il y a plein d’autres projets sur le label JLC Records : une compil’ qui se prépare pour la rentrée prochaine. Pour ma part, un projet intitulé InnerCity avec Hologram’Lo qui s’annonce pour mai-juin. « La rue du bon son » [le duo de beatmakers que forment Oner et Juxebox] prépare un album instrumental.

Juxebox : On fait les choses doucement. On n’est pas pressé.

LE BON SON : Principalement des projets individuels. En ce qui concerne XLR, un second album ?

Skelta : On marche toujours au feeling. Le disque vient juste de sortir. Il faut laisser mûrir. On verra ensuite !

Darryl Zeuja : C’était une bonne expérience et c’était chaud. On va défendre notre album. On reste aussi des artistes solos donc le but est de construire un truc logique où chacun puisse avoir son temps de parole. Puis je suis chaud pour qu’on se retrouve dans 10 ans au Stade de France !

Juxebox : Au PMU en face (rires).

LEBONSON : Un petit mot pour clore l’interview ?

Darryl Zeuja : Quoi de neuf les gangsters ? Venez nous voir en concert, XLR c’est du lourd ! Puis pour clore l’interview : Blaow Blaow Blaow ! Et un big up à Terre hip-hop pour l’invitation et au Bon Son pour l’interview, parce qu’entre Bon Sonneurs on se comprend !

Crédit photos : Astrée Angot

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