15 minutes. C’est ce que nous accordera Rocé pour cette interview réalisée à l’occasion d’un concert organisé au Connexion à Toulouse avec l’Asocial Club. Dur d’aborder la discographie de Rocé en si peu de temps, tant elle est riche et étalée dans le temps. Nous avons donc sélectionné 10 titres, entre son premier morceau enregistré et l’outro de son dernier album, Gunz N’Rocé. 10 titres qu’il a commentés, décortiqués ou simplement évoqués, dissertant à l’occasion sur des thèmes plus larges. 15 minutes aussi brèves que denses, Top départ :

1 – Respect

Rocé : Mon premier morceau, qui date de 1996 ou 1997. Invité par Manu Key et Different Teep sur leur album, ils ont eu la générosité de m’offrir un morceau pour moi tout seul. Ils avaient écouté le morceau, et comme il l’avaient kiffé ils m’avaient invité. Donc voilà ça remonte… C’est la première époque.

2 – De ta haine à ma haine

Rocé : Mon deuxième morceau, sorti chez Espionnage. C’était le deuxième maxi “Espionnage”, le label de DJ Mehdi, rest in peace. Que te dire sur ce morceau ? C’était la fraîcheur d’une époque, il avait été remis sur la compilation Groove donc ça avait fait un bon buzz.

3 – 113, Rodriguez Nº12 & Rocé – La vérité blesse

Rocé : Beau projet, Première Classe c’était une belle compilation de rap français, qui a bien vieilli. Pour moi c’est un bête de morceau ! On avait kiffé le faire, et mon couplet je le fais encore sur scène, je le kiffe. C’était encore une belle époque, j’crois, vers l’année où est sorti mon premier album. [C’était en 1999, l’année où Rocé enregistrait son premier album, ndlr]

Le Bon Son : La connexion avec 113 s’était faite comment ? Par DJ Mehdi ? Tu les côtoyais depuis longtemps ?

Rocé : On se connaissait déjà parce que j’ai grandi dans les mêmes coins. Après comme tu as pu voir, Première Classe c’était des connexions des fois évidentes et d’autres fois beaucoup moins. Donc de toute façon la question ne se posait pas.

4 – Fabe feat. Rocé – La prochaine fois

Rocé : Je ne pourrais plus te dire comment j’ai connu Fabe, ça remonte… Ça s’est fait de manière assez naturelle, et le morceau c’était vraiment du feeling. Et puis c’était une époque où de toute façon les choses se faisaient vraiment par feeling, on savait qu’on était dans une magie, dans une dynamique assez riche, et que ça allait peut-être pas durer…

Un tout petit peu avant il y avait eu un autre feat. avec la Scred, avec Koma sur son album Le réveil. Il y avait des affinités particulières à cette époque-là ?

Rocé : C’est pareil que pour les sons précédents. C’était peut-être aussi des âges qui voulaient ça, où tu passes ton temps à traîner entre rappeurs, à freestyler, à faire des trucs, à se croiser, à parler, à bouger ensemble…. Paris est petit. Tous ces rappeurs que tu me cites viennent de Paris et sa banlieue. Paris Sud pour mes premiers morceaux, d’où je viens, et puis Paris la ville c’est là où j’ai continué de grandir. Les choses se sont faites sans se poser de question si tu veux. Tous ces morceaux que tu me cites ont bien vieilli. Quand je vais en publier un sur les réseaux sociaux, les gens qui connaissent pas vont être assez impressionnés, et penser qu’il vient de sortir.

5 – Pire que la fiction

Rocé : Son de mon frère DJ Ismael, morceau du premier album, avec sur le premier couplet un beatbox d’un pote, Nocif. Et puis tout à la fin du morceau, Riton à la basse. Comme je te disais, à l’époque c’était assez riche en idées et en ambitions. Morceau extrait du premier album Top Départ.

Le Bon Son : Quand tu dis que c’était assez riche à l’époque, c’est que tu trouves qu’aujourd’hui on ne retrouve pas forcément la même richesse ?

Rocé : Si si, mais disons que les choses vont être calculées aujourd’hui. À l’époque ce n’était pas le cas. Aujourd’hui c’est même des fois beaucoup plus riche. Ce n’est pas parce qu’il y a des basses et un beatbox qu’on a chamboulé le truc. Mais des fois c’était juste parce qu’un pote squattait dans le studio que tu le prenais, tu lui faisais faire un truc… Les trucs se faisaient comme ça, sans qu’on les théorise. On ne rentrait pas dans la théorie du truc, alors qu’aujourd’hui on est beaucoup moins léger par rapport à tout ça. Il y a déjà je ne sais pas combien de livres qui sont sortis sur le rap, je ne sais pas combien de mecs qui en chopant la trentaine, ou après un disque d’or, ont commencé à faire leurs propres analyses. Du coup tout le monde commence un peu à théoriser un peu tout ça, et c’est plus dur de retrouver ce feeling qu’il y avait à l’époque.

Le Bon Son : Tu parlais du beatbox en intro, c’est vrai que sur les premiers couplets de tes morceaux, la mélodie met souvent du temps à partir. C’est quelque chose qui définirait un peu ta musique ?

Rocé : Bien sûr. Je pense faire partie des premiers mecs à avoir fait des morceaux “autouroutes”, sans spécialement de refrain, ou avec juste une phrase qui se répète. Ou bien des morceaux qui soient dans l’évolution au sein du même morceau : l’évolution du son, de la vitesse, de l’interprétation (de plus en plus énervée par exemple). J’ai fait ça sur mon album sorti en 2001, mais prêt depuis 1998. Donc voilà, ça fait partie de moi.

6 – On s’habitue

Rocé : C’est peut-être mon morceau le plus connu. Prod de DJ Mehdi qui m’avait proposé plusieurs prods, et c’est celle-ci que j’avais voulue. J’avais du mal à écrire en studio et poser en deuspi. Là je m’étais bien pris la tête sur ce morceau, et arrivé en studio c’était un peu compliqué avec le sample qui rentre… DJ Mehdi a eu cette idée de le faire venir lentement, de me dire : “Tu vas rapper juste sur le beat au début“. Et puis petit à petit on s’est dit qu’on allait le garder parce que ça faisait chanmé, et voilà, le morceau s’est fait comme ça. Même si je me suis pris la tête sur le texte, le morceau a été fait en deuspi à l’arrache. On n’était pas sûr du résultat avant que ça sorte, on l’avait trop fait tourner en boucle, on savait plus.

Un morceau qui reste gravé, qui a souvent fini dans les tops des morceaux préférés des gens, et qui est un bon truc auquel m’accrocher. Je le fais toujours sur les lives, et puis on va dire que c’est le peut-être le point central de ma carrière.

7 – Ma saleté d’espérance

Rocé : On arrive en 2006. Un morceau de l’album Identité en crescendo. Plus mature, plus posé dans le flow, avec des textes qui sont arrangés d’une manière différente. Sur ce morceau-là j’ai pris un gros sample, le label flippait par rapport aux droits. J’ai pris Gonzalez qui avait bien kiffé le morceau de rejouer le piano. Donc on a foncé là-dessus, il est crédité sur l’album même s’il n’apparaît pas en feat. Et puis le morceau dit ce qu’il veut dire : “saleté d’espérance”.

8 – Si peu comprennent

Rocé : 2010, L’être humain et le réverbère. Ce morceau, vu le succès qu’il a eu, je pense qu’il a fini par être compris. Il fait un résumé de comment le rap est récupéré de manière médiatique, comment on en fait un espèce de truc qui arrange les contextes politiques. On préfère appeler les choses du slam, et parler d’un certain rap et jamais d’un autre. Et puis à partir du moment où tu fais un rap sans vulgarité, sans dire de gros mots et qu’on se rend compte que tu n’es pas si con que ça, on part du principe que tu es d’accord avec une certaine manière de voir les choses alors que justement tu la combats. Donc c’est un peu ça ce morceau.

9 – Assis sur la Lune

Rocé : 2013, album Gunz N’Rocé. Là on est dans le futur, dans les laboratoires de la NASA, assis sur la Lune. C’est un morceau pour tous les gens qui ont du mal avec la concentration, qui sont trop dans leur monde, dans leurs rêves, qui sont des asociaux, un peu trop dans leur tête. C’est ce qu’on m’a souvent reproché sur toute la période de ma scolarité, et même après dans le monde du travail ou dans ma vie de tous les jours. Ça valait bien un morceau.

10 – Magic, feat. Manu Key

Rocé : Ça boucle la boucle. Dernier morceau de Gunz’n’Rocé. Ce sont eux [Different Teep, dont faisait partie Manu Key présent sur le morceau, ndlr] les premiers à m’avoir appuyé quand j’ai commencé à Orly. Et puis Mehdi ensuite a pris le relais pour mon premier album. Manu Key prépare un album intitulé “Magic” en hommage à DJ Mehdi avec beaucoup d’artistes. Donc moi ça m’a valu le nom de mon morceau tout simplement, en invitant Manu dessus, et en finissant l’album là-dessus.

Le Bon Son : Ce soir tu es là pour le concert de l’Asocial Club, est-ce que tu peux nous dire quelques mots sur le collectif et le projet ?

Rocé : Le projet je n’en dirai pas plus, il faudrait poser la question à tout le collectif. Après, pour le concert de ce soir, c’est un plateau qui nous réunit tous, sur lequel ce n’est pas chaque rappeur qui va faire de manière hermétique son propre projet, c’est vraiment un projet commun. On va faire certes des morceaux que les gens connaissent déjà, d’autres que les gens ne connaissent pas, des surprises, c’est vraiment un plateau commun.

Le Bon Son : On parlait de boucler la boucle, mais es-tu en train de travailler un autre projet ?

Rocé : Toujours. Je suis assez lent dans mon processus de création donc je crée tout le temps. Et puis là j’écris, j’écoute beaucoup de choses. Je fais les prods, je rappe, j’écris, je produis, donc il faut que j’avance, et donc en ce moment j’écoute beaucoup de choses pour m’inspirer.

Gunz N’ Rocé : disponible depuis le 4 mars. iTunes / Fnac / Deezer

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