Les tristes cloches de la rentrée ont retenti des deux côtés de l’océan Atlantique. D’un côté, les candidats à la prochaine élection présidentielle ont défilé devant le syndicat des patrons tandis que de l’autre des rappeurs ont fait des chansons. Ceci est un résumé fidèle et exhaustif du mois de septembre 2026.
AZ Chike – God’s favorite (prod. IsThatTrey & Low the Great)
Parmi les rookies venus apporter de la fraîcheur sur le GNX de Kendrick Lamar, on retrouvait notamment AZ Chike. Le californien a fait le choix de prendre son temps et vient de sortir son premier album en major, presque deux ans plus tard. No rest for the wicked apparaît comme un album soigné et sincère, sur lequel on retrouve par ailleurs deux fois Tyler, the creator. Mais ce ne sont pas les featurings qui y apparaissent le plus marquant, mais bel et bien des morceaux solos comme cet incisif « God’s favorite ». La sonorité de la prod’ a quelque chose du néo-LA, celui de Mustard et YG, et AZ Chike y apparaît en pétard. Le flow est affuté, menaçant, le refrain bien efficace. On est sur un gros morceau de rap, en mode seul contre tous, au cœur d’un disque où il aura su varier les ambiances en conservant une cohérence. – Jérémy
Zukenee – 50 plus 50 (prod. rodneyy)
Le programme de Blunts & blades est simple, résumé dans son titre et sur sa cover. Amateur de médieval et de gros joints, Zukenee est venu manier l’épée dans un état second.Thématiquement, il reste proche de thèmes trap (sexe, violence, rap, drogue), mais tout dans son esthétique a quelque chose d’halluciné, comme en témoigne le bruitisme de la prod’ de « 50 plus 50 ». Adjoint à cela, on retrouve un pont dissonant qui vient se superposer à son couplet, et quelques phases assez osées… Zukenee fait partie des quelques descendants de la trap (on imagine bien l’influence de Gucci Mane) dont le style déconstruit apparaît comme maîtrisé, même si l’on est assez clairement sur un goût acquis. – Jérémy
Ovrkast. Knock feat. Samara Cyn & Mavi
Alors que Outkast (ou plutot la société qui gère leur marque) poursuit en justice le rappeur et producteur Ovrkast pour contrefaçon de marque et concurrence déloyale (les blases se ressemblent trop apparement), le petit prodige d’Oakland continue de nous régaler. Après le single « Play this » sorti en mai et très récemment le morceau « Pane », Ovrkast. continue le teasing de son prochain opus avec un titre qui réunit l’incroyable Samara Cyn et le plus discret mais toujours très remarquable Mavi. L’album s’appelle Striking et sortira le 9 octobre. – Clément
Awon, J Ferra & Confidence – Thankful
Awon compte une discographie très fournie et sa particularité c’est de faire des projets en binome avec un producteur dédié. Après Phoniks, Linkrust ou encore HighJohn, cette fois ci le rappeur fait équipe avec non pas un mais deux producteurs : Confidence et J Ferra. The Process est le résultat de ce trio, un 15 titres très costaud, avec peu de featurings (on note la précense de Ill Conscious) et aux accents bien evidemment NY Golden Era. Le morceau choisi ici en est le parfait exemple, un son old school avec des touches plus modernes, et un Awon au top de sa forme. – Clément
Wynne – Hold my purse (prod. Conductor Williams)
Originaire de la ville du numéro 0 le plus clutch de la NBA (Portland pour ceux qui ne suivent pas le ballon orange), Wynne est une rappeuse active depuis 2016 qui compte plusieurs EPs, une flopée de singles et (hélas) un seul album, sorti en 2019 et intitulé If i may.. C’est d’ailleurs avec ce dernier qu’elle s’est fait un petit nom dans le paysage rap de chez l’Oncle Sam. En 2024 elle collaborait pour la premiere fois avec celui que les québécois appellent William le conducteur pour que deux années ils remettent le couvert ensemble. Au programme : drumless soulful et barz, quoi demander de plus ? – Clément
Your Old Droog – Bread & Butter (prod. Cartune Beatz)
Ce bon vieux Droog a quelque peu ralenti sa productivité phénoménale depuis quelques années. Bread and Butter n’est que son deuxième LP depuis 2022, année durant laquelle il en a publié pas moins de 7 (!). Peut-être l’esprit occupé par l’invasion de son pays d’origine, l’Ukraine, bien qu’il ne soit pas particulièrement vocal sur le sujet, ni que la thématique n’occupe une place particulière dans sa musique. Car sur ce point, YOD est un Newyorkais aussi pur que l’on puisse l’être. Et ce dernier album le prouve encore, des sonorités à l’écriture. On retiendra particulièrement le titre éponyme de l’album, soulful et mélodieux, où le MC se remémore l’enfance et la débrouillardise. – Xavier
Skyzoo & Apollo Brown – Keep it close
L’automne est là, les températures se refroidissent, et quoi de mieux que le grain réchauffant et les boucles confortables de ce bon vieil Apollo Brown pour accompagner la morosité des journées brumeuses. Luxury Tax, où derrière les machines, il accompagne Skyzoo. Le MC de Brooklyn, 43 ans au compteur, continue d’empiler les albums solides – le second avec Apollo Brown, dix ans après The Easy Truth – bien écrits et bien produits, au point d’avoir une discographie proche de la perfection dans son registre. Evidemment, on n’attend rien de révolutionnaire dans la production d’Apollo Brown, mais le caractère générique de ses productions prend tout son sens lorsqu’il accompagne un rappeur de cette trempe. On vous met « Keep it close », où Skyzoo nous parle d’amour qui dure dans le temps. – Xavier
Tee Grizzley – Orphan (pcanrod. Alex Made this Beat, Baso, BlastyBeatz, ProdbyRahkim & TnTXD)
Le bulldozer de Detroit poursuit toujours sur la même ligne éditoriale ; vie de rue, violence, trafic de drogue et tutti quanti, et ce avec une régularité qui ne semble pas faiblir. La série des « Robbery » se poursuit à nouveau sur They Forgot, mais ses albums ont également d’autres morceaux, et on voulait quand même faire honneur à Tee Grizzley dont la carrière ne se résume pas à cette série. Ainsi de « Orphan » et sa production criarde teintée de tragisme, morceau plus personnel sur son enfance et les traumatismes qui l’accompagnent. – Xavier
Tae Tha Truth & Mozzy feat. Sy Ari Da Kid & Boosie Badazz – Started Out
10 ans après Tapped In, Trae Tha Truth et Mozzy sont toujours des rappeurs actifs et en on profité pour être Still Tapped In. Leurs voix si différentes, si distinctes et si complémentaires s’associent à la voix pas moins unique de Boosie Badazz et au refrain très mélodique et contemporain de Sy Ari Da Kid. Chacun des couplet revient succinctement sur l’adversité rencontrée pour passer des environnements difficiles où ils ont grandi jusqu’à obtenir quelque chose, ce qu’ils sont aujourd’hui. Le piano qui accompagne l’ambiance est aussi cliché que bienvenu. – Wilhelm
That Mexican OT feat. OC Chris – I Can’t (prod. Markhoes, ShaferProducerGod & tanaland)
Le Mexicain sorti du Texas porte son héritage toujours aussi haut et fort dans « I Can’t », single de rentrée plutôt appréciable. Sur une batterie lente et une guitare électrique qui pue le sud de ce curieux pays, le rappeur s’étonne de la façon dont on lui adresse la parole – sans doute ne s’adresse-t-il pas directement aux lecteurs du bons sons, tenus en haute estime dans la raposphère. Après un refrain rappé et un couplet entêtant brillamment chanté, c’est au tour d’OC Chris de prendre le micro qui a besoin de quelques mesure avant d’entrer en état de flow et s’accorder à l’atmosphère du morceau. – Wilhelm