Un nouveau mois s’est écoulé en 2026 et les États-Unis s’imposent déjà comme un sérieux challenger au titre du pire pays de l’année, dans la parfaite continuité de sa son oeuvre générale. Certains citoyens s’y démarquent un peu plus positivement que d’autres, notamment avec de la musique. Voici donc notre sélection de 10 bons sons de rap US, sortis en février.
Billy Woods – Funny Games feat. Fatboi Sharif (prod. August Fanon)
On retrouve Billy Woods en ce début d’année avec “Funny Games”, un morceau à l’atmosphère aussi étrange que funeste. Initialement sorti à Halloween 2025 sur l’album gowillog (entièrement produit par August Fanon), uniquement dispo’ sur Bandcamp, le titre refait surface quelques mois après Mercy, l’excellent projet qu’il signait avec son complice E L U C I D (sous la bannière Armand Hammer) et The Alchemist. Ici, le rappeur new-yorkais s’acoquine avec Fatboi Sharif le temps de quelques barz, de quelques notes de thérémine et d’un clin d’œil aux films glaçants de Michael Haneke. Bref, si jamais les deux zigotos frappent à votre porte pour réclamer des œufs… faites comme si vous n’étiez pas là. – Clément
Coyote, B-Real, Sick Jacken, The Psycho Realm – Whippin’ Cream (prod. Statik Selektah)
Coyote est un duo de frères (LadiesLoveGuapo et Ricky Blanco) de Los Angeles avec un style très à l’ancienne, qui tendrait presque vers la vibe east coast des années 90-2000. Après une année 2025 assez chargée avec deux projets longs (une mixtape et un LP) et une ribambelle de singles, le duo poursuit son rythme soutenu aux côtés notamment du toujours très bon producteur Statik Selektah. Pour leur 4ème single de l’année, ils convient la légende B-Real ainsi que son groupe d’adoption, The Psycho Realm. Et le résultat est très cool. – Clément
Sideshow – Martyr most high (prod. Alexander Spit)
Si vous êtes friands de rap indé, vous avez probablement déjà entendu la voix de Sideshow, que ce soit auprès de Mike, de Niontay ou de The Alchemist. Basé en Californie, Sideshow vient de sortir un riche album de 32 titres où se fusionnent de nombreuses influences. Sur ce titre à la rythmique escarpée, ce dernier se confie sur la répression de ses envies de violence et ses efforts pour être un homme meilleur, par la lutte contre ses péchés. Il parvient adapter son flow à cette production quelque peu arythmique pour créer un effet de monologue intérieur, avec tout ce que ça comporte d’arrêts, d’accélérations et de ralentissements. Un drôle de titre, très sincère, à l’image de son interprète. – Jérémy
Baby Keem – Highway 95 part.2 (prod. Baby Keem, Scott Bridgeway & Ojivolta)
Cinq ans après The melodic blue, Baby Keem sortait enfin, en ce mois de février, son second album. « Highway 95 part.2 » est d’ailleurs la suite d’un morceau qui figurait sur la version deluxe de son premier opus. Avec un flow chantonné aux accents douloureux, Baby Keem se livre sur une enfance faites de fugues et de nuits dehors pour échapper à une famille abusive, et notamment à son oncle. Le morceau parvient à la fois à être catchy et très intimiste. L’aspect exutoire y apparaît transcendé. Ca$ino est empli de morceaux marquants et se pose pour le moment comme l’un des disques de l’année. – Jérémy
Larry June, Curren$y & The Alchemist – Spiral Staircases
Après le très bon Life Is Beautiful aux côtés de 2 Chainz, le rappeur pantouflard préféré de ton rappeur pantouflard préféré, Larry June, collabore une nouvelle fois avec tonton ALC pour un EP de 7 titres intitulé Spiral Staircases. La recette reste largement la même, à la différence près que c’est Spitta Andretti, aka Curren$y, qui remplace le rappeur de College Park. Pour le reste, on retrouve les sempiternelles références au luxe, à la verdure et aux choses « simples » de la vie. Des épicuriens, on va dire. C’est sûr que c’est plus facile quand on monte son escalier en colimaçon pour aller glander à l’étage (ça veut déjà dire qu’on a un étage, et en plus, un escalier). – Clément
Mickey Diamond & Big Ghost Ltd. – Matthew 7:15
Après la série des Gucci Ghost, le duo infernal semble reparti sur une nouvelle série de tapes thématiques autour du monde animalier. Wolf Tickets en décembre 2025, et maintenant Black Sheep en février, avec encore une cover inspirée de Basquiat. La voix de dark crooner de Mickey fait toujours merveille sur les boucles poisseuses du gros fantôme, comme sur ce « Matthew 7 :15 » dont les lyrics ne sont sans doute pas dans la bible. – Xavier
Ransom, Boldy James & Nicholas Craven – Leather Sandals
Tombée du ciel, l’association Ransom et le duo Boldy James/Nicholas Craven a pourtant tout de l’évidence, même si elle ne prend finalement la forme que d’une mise en bouche de 20 minutes. Le Canadien, très productif depuis le début de l’année, n’a rien perdu de son flair pour les boucles hypnotiques, qualificatif auquel il faut ajouter le classieux pour ce « Leather Sandals », aux textes vaporeux et au fumet de la cuisine locale. – Xavier
REASON feat. Deante’ Hitchcock – On your own (prod. Kofo & Rascal)
L’ancien rookie de TDE désormais loin de la prestigieuse école angeline a lancé son année 2026 par l’annonce d’un album sur les rails et du clip de « Don’t play with my heart », rapidement suivi en février par la sortie d’un EP de 3 titres éponyme. Au menu, de l’introspection et de la catharsis, qui donnent à entrevoir un album qui se devra d’être la véritable démonstration qu’il est un grand rappeur et qu’il n’avait rien à envier à ses anciens comparses. – Xavier
Sada Baby – Messiah (prod. Faided)
Rares sont les rappeurs qui ont su mélanger les coups de pression et les rythmes entrainant comme Sada Baby au sein de même morceau. « Messiah » ne s’inscrit qu’à moitié dans cette tradition puisqu’entre la première et la dernière note, il est peu probable que vos hanches se meuvent – mais chacun fait ce qu’il veut. Il est déjà plus probable que votre nuque soit prise de mouvements frénétiques à mesure que la grosse caisse parfaitement mariée à une basse aux tendances funk vous percute percute et que le rappeur de Détroit vous hurle dessus. – Wilhelm
Brother Tom Sos – DIOR DUAS
Remarquable sur les derniers disques de Westside Gunn, Brother Tom Sos sortait le 4 titres Doors No Man Can Shut le mois dernier. La recrue de l’escouade de Buffalo reprend des codes esthétiques que nous connaissons bien (de la pochette à la production) et y ajoute sa touche. Outre des couplets rappés très corrects, un talent de chant s’impose comme évident et est extrêmement bien utilisé. Le disque étant court, il serait dommage de se limiter à un seul morceau. Toutefois, si un sordide personnage vous collait l’acier froid d’une arme à feu sous la tempe en vous sommant de citer un seul et unique morceau, criez immédiatement « DIOR DUAS » et vérifiez que vous n’êtes pas sous l’influence de substances hallucinogènes. – Wilhelm