10 Bons Sons en février 2026

Février n’aura peut-être pas été le mois le plus prolifique de l’année, mais il a largement de quoi satisfaire les amateurs de rap sous toutes ses formes. Entre nostalgie assumée des années 2000, rencontres inattendues entre générations et sorties plus confidentielles mais particulièrement inspirées, les dernières semaines ont offert leur lot de morceaux marquants. Retour sur quelques titres qui ont retenu notre attention.

Le 6 février : AMK feat. Franglish – G-Life (prod. Ken&Ryu, Narcos & Skyjee)

Clip en noir et blanc, silhouettes en cuirs larges, apparition d’OGs tels que Passi, Driver, Pit Baccardi, Dosseh ou Mac Tyer, le tout porté par une boucle de piano entêtante… AMK mise pleinement sur la nostalgie pour raconter la ghetto life, dans une esthétique années 2000 revendiquée, avec notamment la référence au « Many men » de 50 Cent dans le refrain imparable signé Franglish, particulièrement inspiré sur ce « G-Life » . Tout porte à croire que les deux acolytes ont grandi au son du rap de cette décennie, transformant cette parenthèse rétro en véritable réussite plutôt qu’en simple exercice de style. – Olivier 

Le 6 février : Lino & Osirus Jack – Alchimiste (prod. Rim’s & Stefio)

Les apparitions de Lino étant plutôt rares, on se précipite dessus dès qu’elles surviennent, d’autant plus quand il s’agit d’une collaboration inattendue à l’image de ce featuring avec Osirus Jack. La production sombre et pianotée est à la jonction de l’univers des deux artistes. Chacun y boxe avec son style, cryptique et acide pour Osirus, guerrier et spirituel pour Lino. On pourrait se dire qu’après tout, chacun livre sa prestation sans tendre la main à l’autre, mais pourtant comme le titre l’indique (« Alchimiste »), les deux matières se révèlent l’une et l’autre, et le regard sceptique d’Osirus complète l’œil de l’aigle de Lino. Le titre est à retrouver sur la version étendue de la compilation Boîte noire. – Jérémy

Le 12 février : Solomando – Pluie d’étoiles (prod. Nars Baks)

EP trois titres d’une durée de sept minutes, Promesses d’une lumière de Solomando est néanmoins dense, et se réécoute volontiers, tant pour se délecter de son sens de la formule (« J’écris à la lumière de l’univers en expansion« ), que pour vérifier qu’on n’est pas passé à côté d’une des nombreuses références que contiennent ses textes, ou tout simplement apprécier le travail de sampling de Nars Baks. Paru seulement deux mois après un autre trois titres intitulé Promesses d’un visage, ce projet ressemble au début d’une série qui devrait se poursuivre en 2026, on reste branché. – Olivier

Le 13 février : Aketo – Apéro et vacances (prod. Dar, Luzi et Zaki)

Troisième opus pour le collectif de producteurs suisses Grand Bazaar, ce nouvel épisode est encore riche au niveau des productions et du casting des artistes invités. Dar, Luzi et Zaki ont encore bien rempli les étales de leur épicerie avec de bons produits internationaux (Lary Kidd, Obia le Chef pour la partie québ ou encore JeanJass et Caballero) et d’excellents produits locaux également (Le Double, Bavaz, Sti et PAPI TeddyBear). Un casting aux petits oignons parmi lequel le toujours très bien conservé Aketo. L’ancien membre de Sniper vient encore une fois prouver à tout le monde que peu importe le nombre d’années de rap qu’il cumule, il s’amuse toujours autant à envoyer des flows chelous et décomplexés sur toutes les prods qu’on lui propose. – Rémi

Le 13 février : Stony Stone – Sur un banc (prod. Lucky)

Le sens de la mélodie de Stony Stone fonctionne à chaque fois sur les tympans de votre serviteur. L’utilisation de l’autotune n’affecte en rien la mélancolie qui se dégage de son dernier son « Sur un banc », les couplets rappés nous rappellent que Stony n’en est plus à son coup d’essai et qu’il maîtrise son karaté. La production aux influences méditerranéennes de Lucky, avec sa petite guitare nous enfonce encore plus dans l’univers du rappeur marseillais. Sur le fond Stony continue de nous raconter sa vie, son quotidien fait de hauts et de bas. A l’image des supporters du club de la cité phocéenne, Stony est toujours à cheval entre le soleil et les larmes. – Rémi

Le 20 février : L’Ami Caccio feat. Hermano Salvatore – CE Shit (prod. Just Music Beats)

Chaque mois, c’est la même rengaine pour nous : quel(s) morceaux chroniquer ? Si nous avons particulièrement apprécié les projets de Martin Gal (assurément dans notre top 2026 en fin d’année), de Grandbazaar, de Blaze 5TH et Tetris Syzif (sacrées prods), le Grünt de PLK aussi (Infinit’ les gars), en terme de morceaux, notre attention s’est portée sur le « JBL » de Kéroué et sur « CE Shit » de L’Ami Caccio. Bien qu’il soit un régulier de nos colonnes, nous nous sommes résolus à le remettre en avant. En effet, la cohérence de la D.A., la productivité du bonhomme (un 9 titres de bon goût est sorti… le mois dernier) et le casting nous a quelque peu poussé à le sélectionner. Retrouver le barbu en compagnie de son acolyte de toujours Hermano Salvatore, avec lequel ils forment le groupe Grande Instance, avait de quoi de nous plaire, qui plus est avec Just Music Beats aux manettes. Au final, un titre plein d’attitude, de crottes de nez balancées tous azimuts, de jeux de mots, un refrain aux petits oignons, sur l’instru minimaliste mais ô combien lourde de Buddah Kriss et Oliver. On imaginerait bien un EP de cette fine équipe. – Chafik

Le 20 février : Martin Gal & Double Diamond feat. Caballero & JeanJass – Jeune Scorsese

Martin Gal et Double Diamond livraient ce mois-ci une suite à leur EP Sous surveillance paru l’an dernier. Sur ce 9 titres, on retrouve un unique featuring avec Caba et JeanJass. La production y est grinçante et tout ce beau monde croise le micro dans une ambiance qui se veut cinématographique (la référence à Scorsese n’est pas gratuite). Le ton pincé de Martin Gal, couplé à son refrain énumératif cadrent parfaitement l’ensemble. Les flows sont froids, contemplatifs, provoquant la condensation sur des quais à l’atmosphère glaçante. Chacun dans leur personnage, les trois protagonistes livrent une composition qui leur est fidèle pour un morceau abouti, empli d’images et de références. On vous invite à aller écouter l’intégralité du nouvel EP de Martin Gal, Sous haute surveillance. – Jérémy

Le 22 février : JohnF*ckingNada – Arthur Rimbaud

Puisque la thématique à l’air de se porter vers les poètes et écrivains complètement fonscar sous opioïdes (vous le constaterez juste en-dessous), le trucudent JohnF*ckingNada alias le boeuf semblait être le choix parfait pour ouvrir cette parenthèse. Après une année blanche en 2025, l’underdog sort sans vraiment prévenir le 8 titres JOHNATTACK, entièrement auto-produit. Bien que très homogène, l’introduction intitulé « Arthur Rimbaud » sort assez facilement du lot, avec son sample de violon très élégant et son groove trapshit ultra efficace. John (si on peut l’appeler comme ça) découpe tranquillement, histoire de nous rappeler que bien que très discret, le boug sait y faire. – Clément

Le 26 février : Tipi Mobb & Agusta – Audio dope seller

Le duo du Tipi Mobb s’associe à un autre duo : Le Seize et Eskondo, alias Agusta, pour un EP 8 titres aux forts accents de drogues. Intitulé Haschichin Club (en référence au club des Hashichins fondé par le docteur Moreau de Tours ou des imminents artistes de l’époque comme Théophile Gautier ou Charles Baudelaire étaient conviés à venir tester opium et hashich), le projet, bien qu’assez court, oscille entre petite trap downtempo, drumless et boombap bien fumeux. Les bons morceaux ne manquent pas, comme les deux solos des membres du Mobb, mais la dernière track a des effluves encore plus enivrante. – Clément

Le 27 février : Mani Deïz & Éloquence – Hiver

Figure emblématique de la production des années 2010, Mani Deïz marque son retour en solo avec l’EP Instincts, amorcé fin 2025 par le très bon single « Pêche à la truite » aux côtés d’Okis et Leo SVR. Le projet se clôture sur le titre « Hiver », une collaboration avec Éloquence, figure historique du rap d’Évry dont la longévité et la carrière forcent le respect. Mani Deïz y assure la double casquette de beatmaker et de rappeur. En quittant l’ombre des machines, il livre un couplet poignant sur la perte d’êtres chers, offrant avec Éloquence une introspection profonde qui capture la grisaille et le désenchantement de cette saison. – Jordi

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