À l’instar de l’an dernier, la rédaction opte pour un format plus épuré qu’auparavant : un bilan en dix chroniques d’albums ou d’EP, alors même que ces formats sont régulièrement remis en question.
Youssoupha – Amour Suprême

Organique, sans featurings, avec des influences afro, gospel ou, plus largement, de musique noire américaine… À de nombreux égards, Amour Suprême rappelle Polaroïd Expérience, paru en 2018, mais avec cependant quelques nouveautés : plus lumineux, sans aucune recherche de hits dans la forme, il se veut aussi davantage en phase avec son époque dans le discours, puisqu’on y retrouve un Youssoupha qui a pris le temps de réfléchir sur de nombreux sujets. De fait, il n’hésite pas à afficher ses doutes ou ses regrets dans un exercice d’introspection réussi, notamment sur « Faire mieux », « Zequin Theory » ou « Dieu est grande » – trois des sommets d’un album globalement court, puisqu’il ne comporte que douze titres. La forme, mélodieuse, lumineuse et cohérente, se marie à merveille avec le discours apaisé du mari et père de famille qu’il est devenu, et favorise clairement la réécoute de l’album. Et puis, techniquement, le lyriciste bantou n’a rien perdu de sa verve ni de sa technique (cf. sa performance sur Capitale Du Crime Radio de La Fouine), il est même plus en forme que jamais dans cet exercice de rap à thème, et a su trouver l’équilibre entre déconstruction et démonstration, entre rap et mélodie, entre introspection et prise de hauteur. Enfin, le caractère orchestral de la production confère à Amour Suprême une dimension intemporelle, laissant présager une bonne tenue de l’œuvre dans le temps. L’avenir nous le dira, mais il y a fort à parier que ce disque se hissera haut dans le classement de sa discographie. Quant à la reprise du titre du troisième album solo de Rocca, loin de constituer un écueil, elle apparaît ici comme un clin d’œil assumé et respectueux. – Olivier
Palmarès 2025 de Olivier
| Beatmaker : Neophron Oubli : Kery James Couplet : 2ème couplet de « Dieu est grande » de Youssoupha Concert : IAM au Stade Vélodrome Découverte : Femtogo Podcast : Les sorties du four | 5 morceaux : Ptite Soeur & Femtogo – G. MCKENNA Vald – Paradis perdu Flynt – Histoires vraies Souffrance – Le repos des braves Yvnnis feat. So La Lune – Mal aimés |
Souffrance – Hiver Automne

Après l’enchaînement de ses trois derniers albums qui avaient tous eu une reconnaissance assez dithyrambique de la fine fleur de la critique du rap indé et une petite incartade au boom-bap avec le projet estival de trois titres sur des prods très électro, c’est pas peu dire que le retour du rappeur de Montreuil était attendu et ses auditeurs se demandaient à juste titre s’il allait pouvoir maintenir la barre aussi haute qu’il l’avait installée tout au long de ces cinq dernières années. Et Souffrance a fait mieux que ça, il l’a mise encore plus haute. Treize titres, un chiffre porte bonheur, sur l’album Hiver Automne qui a logiquement accompagné notre sortie d’hiver et notre début de printemps à coup de grandes claques auditives. Il a su s’entourer de très bons beatmakers, certains habitués comme son collègue de l’uZine TonyToxik ou Max Kdch avec qui il a déjà travaillé sur ses anciens projets. Mani Deïz ou Chilly Gonzales viennent apporter leur pierre à l’édifice pour notre plus grand bonheur. En terme de featurings aussi, Souff a su s’entourer sans faire du remplissage. Chaque feat apporte un plus au projet, chacun à sa manière, le retour de Soprano sur du gros boombap, la vibe nonchalante et imagée d’Isha qui se mêle étonnamment bien au flow plus énervé de Souffrance, enfin la finesse et la technique de Jewel Usain fait merveille et nous fait regretter que ce rappeur soit aussi rare. Sur les treize titres Souffrance continue à se raconter, à nous parler de son amour pour cette musique mais avec un recul bien cynique, presque nihiliste « Y a rien qui va changer, même si tu rappes pendant onze minutes trente ». Il n’hésite pas à tenter des choses comme sur le morceau « Tango », où à rapper au kilomètre comme il sait le faire, toujours avec la qualité et l’attitude qu’on lui connaît. Bref, Souffrance continue son run impeccable et personne, à part lui peut-être, peut dire où il s’arrêtera. – Rémi
Palmarès 2025 de Rémi
| Beatmaker : Madizm & Kyo Itachi Oubli : Bakari Couplet : Bavaz sur « Hyènes » Concert : Okis à la Halle Tropisme à Montpellier Découverte : 32 Podcast : PMU | 5 morceaux : Sheldon – Toxique Asinine – Meute de loups Infinit’ – Cortège Rob – Movie LTA feat. JP Manova – Antithèse |
Isha – Drôle d’oiseau

Isha n’a plus rien à prouver à personne si ce n’est à lui-même. Sa trilogie La Vie Augmente l’a fait rentrer dans le cœur et surtout les oreilles d’un grand nombre d’auditeurs de rap français qui l’ont même installé à une très haute place, qu’il mérite, dans leur classement. Et pourtant ces trois dernières années ont été contrastées pour le rappeur bruxellois. Un premier album, Labrador Bleu, accueilli en demi-teinte par la critique et une bonne partie de ses auditeurs qui n’ont pas retrouvé le Isha de LVA. Puis une collaboration avec Limsa d’Aulnay sur le premier opus de Bitume Caviar qui pour le coup a cartonné et avec lequel ils ont pu tourner dans toute la France. Avant de revenir avec son pote du 9-3, Isha a voulu nous montrer qu’on avait eu tort de douter de lui et il a sortie Drôle d’oiseau avant le début de l’été. Alors on connaît Isha, il ne nous a pas proposé des sons estivaux pour guincher sur les plages du Lavandou. Non, on est sur du sombre, de l’intime, presque de l’impudique, mais toujours avec de l’attitude, pas des rimes ultra techniques mais qui installent une ambiance et nous projettent les images directement dans le cerveau. Bref du Isha comme on l’aime. Deux featurings seulement, Dinos qui fait du Dinos, et Green Montana son acolyte de Bruxelles, mais c’est vraiment sur les solos que la personnalité et le rap d’Isha prennent toute leur place. Sur des morceaux comme « Un dernier café à Cergy » ou « F*** le mainstream » on retrouve le Isha de LVA et c’est ce que ses auditeurs attendent. Profitez d’Isha, de sa fragilité, des doutes qu’il exprime; de son recul et de sa vision sacrément lucide sur l’industrie musicale, parce que comme il le dit sur son feat avec Green, « Ils ont compris qu’j’suis plus là pour très longtemps, J’vais juste marquer les esprits encore une fois, après ça, j’m’arrache ». Il a déjà arrêté le rap, espérons qu’il ne mette pas ses menaces à exécution. – Rémi
Cheval Blanc – Pauvre avec des goûts de luxe

Déjà présent l’an dernier dans notre bilan annuel avec son Inspecteur Cheval, le détective préféré de ton détective préféré a remis son trois-quarts et ses gants pour repartir à l’aventure. Cette fois-ci, ça se passe à huis-clos, lors d’une réception donnée au manoir Goldstein. C’est donc en dix titres que le plus raffiné des gentlemen va nous raconter sa vie de pauvre aux goûts de luxe, entouré de deux invités d’exception, eux aussi grands marqueurs de l’année 2025. Le premier convive n’est autre que Jungle Jack, grand épicurien, amateur de cognacs et de cigarettes (mais pas que), fraîchement arrivé du 20ème arrondissement de la capitale. Second et dernier commensal : GAL, alias le jeune beur de la Fontaine, passionné d’œufs d’esturgeon et de canidés, tout juste débarqué de sa chouette bicoque face au lac, à Tanger. En cuisine, les meilleurs traiteurs du territoire sont réunis : Bagdadi, Johnny Ola, Marty Santi et Pibé. À noter que notre hôte, Cheval Blanc, met lui aussi la main à la pâte, en parfait homme de goût. Le menu est maîtrisé et nous fait voyager gustativement : trap élégante et drumless, soupçons de violon majestueux et samples coquets. Après le dessert, il vous sera proposé les meilleurs cafés des plus grands torréfacteurs, accompagnés d’une crème de châtaigne triée sur le volet. Pour digérer, un neuf trous vous attend, à savourer avec un whisky tourbé Alfred Giraud. Un banquet pour fins gourmets du rap, où le luxe n’est pas ostantatoire mais s’impose discrètement, le monocle bien en place et la montre glissée sous la manche (Patek ou Flikflak selon les budgets). Un disque qui te rappelle que même si tu manges des pâtes, tu sais reconnaître un grand cru quand on t’en sert un verre. – Clément
Palmarès 2025 de Clément
| Beatmaker : Neophron Oubli : Martin Gal Couplet : Femtogo & Ptite Soeur – Geiger Counter Concert : Mairo à La Cabane (Toulouse) Découverte : Ditz | 5 morceaux : H JeuneCrack – Hustleuse LeDouble – J’savais trop quoi dire Flynt – Histoires vraies Mairo – Antidote ou venin Misa – 44′ |
Femtogo – Francs-Tireurs Partisans

Francs-Tireurs Partisans est le sixième projet de Femtogo et le quatrième en collaboration avec l’excellent producteur belge neophron. Sorti au début du mois de février, ce nouvel EP sonne comme un vrai point de bascule pour Femtogo. Exit la « warfare music », les productions plus expérimentales, les références aux guns et aux OST de Call of Duty ; re-bonjour les instrus plus classiques, le boom-bap bien 90 BPM, les boucles bien diggées. Femtogo avait jusqu’alors un alter ego, Baby Hayabusa, beaucoup plus mélancolique, et désormais on dirait bien qu’il l’a fait sortir de l’ombre. Le rappeur se livre frontalement, évoquant la solitude de son enfance, sa dysthymie ou encore ses pensées suicidaires.
Si l’introspection ressort beaucoup dans cet EP, Femtogo reste aussi fidèle à son ADN, cultivant son côté anti-système, nourri de références politiques, culturelles et historiques. Le titre du projet fait notamment référence au mouvement de résistance du Parti communiste français créé en 1941, tout comme le morceau « Mme Riffaud », qui renvoie lui aussi à cette période. Avec ce projet, Femtogo se place à l’exact opposé du rap Rolex / voiture : il rappe pour les prolétaires, pour les humbles, sans fioriture, presque à nu. Une sincérité brute qui prendra encore plus de sens quelques mois plus tard avec l’ovni Pretty Dollars Corpse, collaboration déroutante entre lui et Ptite Sœur, où cette démarche jusqu’au-boutiste s’affirme pleinement. Un projet à part, hors cadre, qui montre déjà la capacité du duo (voire du trio, puisque neophron produit une grande partie de l’album) à casser les formats et explorer des zones moins balisées. – Clément
Veust – Plaza Hotel

Veust nous gratifie depuis un quart de siècle de couplets, de morceaux, d’EP, de haute volée, mais nous attendions toujours un album à la hauteur du talent du bonhomme. Plaza Hôtel est ce projet tant espéré. En effet, en moins de trente de minutes, il vient mettre tout le monde d’accord en marquant l’année 2025. La principale nouveauté – et donc différence avec le passé du jeune vétéran – est l’entourage qui l’accompagne, que ce soit le label Demain [Pias] mais surtout le binôme de Grandbazaar. Dar & Luzi apportent une direction musicale (enfin) au niveau de l’écriture et de l’interprétation du golgoth (le duo suisse a par ailleurs brillé aussi auprès de Sameer Ahmad cette année). En outre, la présence d’extraits du classique The king of New-York amène des respirations et références bien senties. Pour ce qui est de la plume de l’Azuréen, elle demeure plus technique que la plupart de ses congénères, Veust n’ayant son pareil pour déverser punch et barz sur instru. Nous ne résistons pas au plaisir de citer certaines phases qui ont retenu notre attention : « Je n’aime pas l’homme, j’suis misanthrope, que du sale mis en strophe, J’suis un requin venu pour les dauphines de Miss Saint Trop’ » « On peut rien faire avec un SMIC, à part l’augmenter », « J’aimerais remercier mes khos, mes scélérats, j’leur souhaite le Maybach Exelero etcetera », « Elle veut que je crache le liquide comme un Jet-ski », entre autres. Plaza Hotel comporte aussi parmi les excellents morceaux de 2025, que ce soit « Vanessa », « Smic » sans parler de « Scorsese / De Palma », à coup sûr meilleure collab’ entre Veust et Infinit’, qui en ont pourtant réalisé une bonne dizaine en près de quinze ans. Enfin, avec Plaza Hôtel, Veu-Veu représente une nouvelle fois brillamment le 06 qui aura produit du bon son ces douze derniers mois, avec Inf’, Zmaïl, Gak, Jazon Voriz ou encore Zippo. – Chafik
Palmarès 2025 de Chafik
| Beatmaker : JeanJass Oubli : Sameer Ahmad Couplet : Casey sur « Enfant de Gaza » Concert : IAM au Stade Vélodrome Découverte : Al-Walid Podcast : Les 1001 vies de Sign | 5 morceaux : BEN Plg – Béni Relo – Esclave qui sait lire Keroué feat. Jungle Jack – Logo Doré Flynt – C’est pas mon style Youssoupha – Nouveau Karaté |
Oumar & Madzim – Tommy & Jamy

Nous nous impatientions de retrouver Oumar qui s’était fait bien rare depuis le printemps 2023 et son dernier projet Trauma 3, mais il faut croire que le bougre prend son temps de vivre et de maturer pour proposer une musique consistante. Peut-être faudrait-il relativiser cette « attente » de deux ans et demi, le public du rappeur du Havre étant assez réduit et cette faible audience malheureusement explique aussi en partie ce « retrait ». Toujours est-il que le voilà de retour avec l’album Tommy & Jamy, en compagnie d’un Madizm en grande forme aux manettes. Dans ce projet conceptuel, inspiré d’une certaine manière par la série Power, Oumar se sert d’un univers fictionnel pour balancer ses vérités mûrement réfléchies, tout en conservant un aspect brut de décoffrage, qu’il évoque les Macron, l’acquittement de policiers ou la vacuité de la nouvelle génération. Ne vous y méprenez pas, il n’est pas qu’en mode sourcil froncé non plus puisqu’il sait distiller ci et là une pointe d’humour qui fait du bien (« A l’aube on croise les frères mus’ et les junkies » ; « Que Dieu préserve nos mif des reufs de Paul Pogba »). Autre point fort, tout au long des huit pistes, on voyage dans le temps (des nineties à aujourd’hui) et dans l’espace (de LA au QB, de Barbès à Marseille), au travers d’innombrables clins d’œil pour les connaisseurs. Surtout, si nous nous plaignons souvent que la musique des rappeurs manque d’incarnation, de personnalité, ce reproche ne peut être fait à Oumar. Plus qu’à l’homme, nous avons affaire au mordu de rap, tombé dedans à son adolescence et qui a passé sa jeunesse à se tuer aux classiques (US et FR) de cette culture. C’est ainsi que son karaté parle à ceux qui savent qu’une interview avec une pelle est forcément légendaire, qui cherchent à chaque match à faire un ciseau acrobatique des couilles, qui n’oublient pas que certains ont vécu trois-quatre ans sans eau chaude. Certes, Oumar propose une musique pas faite pour des millions de personnes mais des centaines (ou plutôt quelques milliers) et à vrai dire tant mieux. Ceux qui le savent l’écoutent. – Chafik
Mairo – La fiev

Très en vue depuis quelques années, le rappeur suisse Mairo sortait son premier véritable album en 2025. A la production, son collaborateur de longue date, HOPITAL, se charge de l’entièreté du travail. Les deux compères nous embarquent dans un voyage auditif où l’on sillone entre les genres. On passe ainsi de l’électro abrasive de « Dope » à la rythmique drum’n’bass de « i.think », de l’aspect jazzy de « paramount » au pur boom-bap de « température ». Sur « minuit », l’album vire même dans des sonorités rock avec un gros solo de guitare en outro. Partout, Mairo excelle avec un flow tout terrain et des refrains surprenants, et c’est là l’une des dimensions les plus agréables du disque : il y a un vrai plaisir à découvrir comment Mairo va aborder chacune des rythmiques qui lui sont proposées. L’amour de la musique déborde dans les sonorités, celui du rap déborde dans les lyrics. C’est du rap qui parle parfois de rap, mais sans jamais tomber dans l’aspect scolaire, surement parce qu’à côté de cela, Mairo a aussi tout un versant introspectif et aborde son parcours et ses luttes (souvenirs d’enfance, regrets, etc.) en disséminant aussi des moments plus légers. Sur l’aspect personnel, c’est « La patte brisée » qui surprend le plus. Ce n’est pas le morceau le plus punchy mais son premier couplet plus général sur la famille, qui ouvre sur un second plus direct où il évoque sa mère avec un switch de prod’, en font un titre désarmant. Fourmillant de trouvailles musicales, de flows en tout genre et de moments incisifs, La fiev se pose comme un album complet, à la fois désarçonnant et tellement évident. On ne le savait pas, mais il fallait que ça existe. – Jérémy
Palmarès 2025 de Jérémy
| Beatmaker : JayJay & Hologram Lo’ Oubli : Skefre Couplet : Huntrill – 30 jours après (premier couplet) Concert : Infinit’ au Rex (Toulouse) Découverte : Bob Marlich Podcast : Music sounds better with us | 5 morceaux : Infinit – Top 3 Jeune LC – Dans le 10 Jungle Jack & JeanJass – Dyonisos Mairo – fight4GE Tuerie – Bruno |
Jeune LC – Coton blanc argent sale

Personnage mystérieux, auteur de nombreux EP et de sons isolés, parfois retirés des plateformes pour mieux être recompilés sur des bootlegs, le Jeune LC a généré un petit culte autour de sa personne, de par ses méthodes de production d’abord, mais aussi et surtout via ses textes ancrés dans une certaine géographie parisienne dans lesquels il déroule sa philosophie de rue. Nous n’attendions plus vraiment d’album de sa part, et l’annonce de cette sortie fut donc surprenante. D’emblée, l’on retrouve tout le style du Jeune LC, mais il ne s’agit pas d’une simple ressucée de ses précédents morceaux : le personnage a évolué. Dans Coton blanc, argent sale, la rue se reflète en Jeune LC, et Jeune LC se reflète dans la rue, et ce jusqu’à la fusion. Mais le rappeur y apparaît transformé, en lutte contre ses vieux démons, ce qui donne un album avec des relents d’obscurité, certes, mais surtout avec l’envie de lutter contre. C’est une musique de combat intérieur exprimée dans une géographie bien définie, celle d’un Paris nord personnifié, où l’on lutte contre des fantômes s’extirpant des trottoirs crevassés. Son flow magnétique et sa diction claire s’expriment sur des productions finement choisies, avant tout caractérisées par leur batteries qui claquent et leurs basses bounces (« G original », « Dans le 10 », « North side »,…). Les samples vont chercher des mélodies entêtantes (« Dans ma ville », « Autour de minuit », le sample vocal de « Bricks ») mais aussi des aspects plus nocturnes et rêveurs (« Univers ») voir de la funk 80’s sensuelle (« Nuit d’été »). Jeune LC y exprime ses travers et ses envies de devenir meilleur, entre vice et vertu. D’abord pratiquant d’un rap de hustler, le rappeur parisien a retransformé cette énergie dans le combat intérieur, avec une volonté de s’aligner au mieux avec ses valeurs, de créer une ligne droite du corps à l’esprit. Sans déchet, Coton blanc argent sale apparaît comme un ensemble cohérent, l’aboutissement de nombreuses années de travail. – Jérémy
Flynt – Mr Julien

Depuis quelques années, Flynt semblait avoir disparu des radars. Pourtant, la parution du morceau « Encore chaud » fin janvier annonçait la sortie inattendue de son nouvel opus, Mr Julien. Le choix de ce premier single, tout comme la présence de JeanJass à la production, étaient loin d’être anodins. Ils laissaient entrevoir une direction artistique mûrement réfléchie, ainsi que l’espoir de voir naître un album à la hauteur du talent du MC du 18ème arrondissement, nombre d’auditeurs étant restés sur leur faim après Ça va bien s’passer. Le résultat final est une réussite totale. Fidèle à son mode de vie, Flynt rappe son quotidien sans artifice ni fioriture. Celui d’un homme bientôt quinquagénaire, père de famille, évoluant dans une société traversée de contradictions. Un quotidien marqué par une réflexion permanente, parfois torturée, mais toujours guidée par des principes auxquels il ne déroge pas. Cette sincérité transparaît aussi bien dans ses textes que dans ses choix musicaux. Les liens familiaux complexes, l’éducation financière, l’indépendance artistique ou encore les contraintes du salariat sont autant de thématiques abordées avec justesse et sensibilité. Triées sur le volet, les productions du duo Double Diamond et de JeanJass plongent l’auditeur dans un univers cinématographique, dans lequel Flynt semblerait passer d’une promenade nonchalante dans un Paris grisonnant à des instants suspendus, chez lui, dans une apparente banalité. À travers Mr Julien, Flynt livre bien plus qu’un simple retour : il propose une photographie honnête de l’âge adulte, rare dans le paysage rap actuel. Un disque qui interroge la place du rappeur mature, mais aussi celle de l’auditeur, invité à se reconnaître dans ces fragments de vie ordinaires mais chargés de sens, devenus matière artistique. – Jordi
Palmarès 2025 de Jordi
| Beatmaker : Double Diamond Oubli : Femtogo Couplet : Sameer Ahmad – Bon chance (1er couplet) Concert : Dano – Razzmatazz Découverte : Tisma Podcast : Merci le Merch | 5 morceaux : Souffrance – Les moyens Okis – La faute a pas de chance Martin Gal & Double Diamond – Rideau Ben PLG – Béni Veust feat. Zek – Arachide |
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