Novembre, c’est le mois où outre atlantique, on compte les jours avant Thanksgiving, et on s’échauffe pour un Black Friday national qui empire chaque année un peu plus. Pendant que le pays (et nous aussi sur le vieux continent) s’enfonce dans des nuits qui tombent à 17h, le rap US continue, lui, de carburer comme si de rien n’était, imperméable au froid et aux files d’attente.
Armand Hammer & The Alchemist feat. Pink Siifu – Crisis Phone
Quatre ans après HARAM, déjà produit par The Alchemist, Armand Hammer s’associe à nouveau au producteur le plus en vue de l’underground US pour un album complet. Particulièrement étrange, son instru joue ici sur une batterie rebondie et une succession de samples qui emmènent à une résolution angélique, puis à une plongée dans les abysses. Cet aller-retour incessant convient parfaitement aux plumes elliptiques du binôme dont l’écriture est faites d’éclairs, même si Billy Woods parvient à joindre les deux bouts dans son couplet qui fait figure de storytelling masqué. Les deux hommes font même des références qui font plaisir en évoquant Onyx et EPMD. On ne sait définitivement jamais dans quoi on se lance en appuyant sur play avec Armand Hammer… – Jérémy
MAVI – Typewriter feat. Kenny Mason (prod. Lil Chick)
Après le très bon Shadowbox sorti en 2024, MAVI dévoile The Pilot, une longue mixtape en prélude à son album First In Flight, prévu pour 2026. Au menu, quatre invités de marque : Kenny Mason, MIKE, Smino et le bon vieux Earl Sweatshirt (sur un morceau déjà révélé en mai dernier). Côté production, on navigue entre drumless, trap mélodique efficace et ambiances plus classiques. Même si le projet aligne plusieurs tracks très cool, “Typewriter” avec Kenny Mason sort clairement du lot, grâce à son instrumental hypnotique (le cello y joue pour beaucoup) mais aussi à la parfaite alchimie entre les deux rappeurs, chacun apportant son énergie et sa truculence (même si je trouve Kenny Mason stratosphérique). Et cocorico, c’est quand même Lil Chick à la prod’ ! – Clément
Hus KingPin – CECIL GHOST RAVE (prod.Twelvebit)
Extrèmement productif, le rappeur originaire de Brooklyn Hus KingPin continue sa run 2025 avec son 7ème projet, et encore sans compter la série de remix Macapella. Portishus 2 est donc sorti le 18 novembre dernier, 4 ans après le premier opus. Un album très dense, aux morceaux assez courts et aux ambiances sombres et poussiéreuses. On retrouve en invités l’ancien prodige Shyheim (ça ne nous rajeunit pas), le très bon beatmaker et rappeur SmooVth, le légendaire MF Grimm ou encore l’indéboulonable Conway the Machine. Un projet qui sent fortement le bitume et les studios brumeux. Et dans ces 20 morceaux, il y a « CECIL GHOST RAVE » avec son arpège anesthésique et cette voix éthérée qui apporte ce côté creepy mais très plaisant. Dommage que ce soit si court. – Clément
Tha God Fahim – Reigning Victor
Le rappeur et producteur originaire d’Atlanta poursuit son rythme effréné de sorties, de quoi faire passer Boldy James ou Curren$y pour des amateurs. Rien que ce mois-ci, il a sorti trois projets. Ultimate Rapper Guillotine 5000 est une mixtape, ou un long EP, composée de neuf tracks qui, comme la plupart de ses sorties, sont auto-produites. Des boucles soulful à l’infini, diggées un peu partout : BO de vieux films, gospel, soul, dessins animés, musique asiatique, et j’en passe. Une sorte de MF DOOM avec le maillot des Hawks. Le morceau retenu ici, “Reigning Victor”, déploie une ambiance de fin de film de samouraï, sur laquelle Tha God Fahim crache son éternel feu : pas de refrain, juste un 32-barz sorti avec les tripes. Une formule qui fonctionne toujours. – Clément
Danny Brown – Book of Daniel (prod. Quadeca)
C’est un riff de guitare mélodique qui vient ouvrir ce nouvel album de Danny Brown. Au fil des envolées autobiographiques de Danny, divers éléments se joignent à cette guitare pour rendre la plus production de plus en plus chorale. Assagi, avec son ton nasillard caractéristique, Danny Brown rappe avec un flow posé, sur un long couplet unique où il revient sur son parcours, l’air apaisé. C’est en fin de morceau que la batterie rentre finalement pour une outro symphonique ou Quadeca vient prêter sa voix. La construction de ce premier morceau de Stardust reflète parfaitement l’esprit des lyrics avec son esprit progressif. Une pierre de plus à l’édifice. – Jérémy
Conway The Machine feat. Roc Marciano – Diamonds (prod. Conductor Williams)
Il y a 10 ans, Roc Marciano adoubait Conway sur Reject 2, album encore référence dans la discographie du Buffaloan. De l’eau a coulé sous les ponts, mais les deux hommes sont encore aussi agiles avec un stylo qu’avec un micro. C’est donc en rappelant son voisin de la capitale de l’état New-Yorkais que la Machine annonce un album à venir à la mi décembre, sur des cuivres grinçants et faussement désaccordés par l’actuel producteur phare de Griselda Records. Les énormes égos des deux rappeurs se mêle dans un passe-passe tout à fait délectable. – Wilhelm
Stove God Cooks – Goat Stamp (prod. Okpetre)
Les rappeurs mentent. Les rappeurs mentent dans leurs morceaux, mais certains mentent également quand ils annoncent leurs albums. Depuis l’excellent Reasonable Drought, sorti en 2020, Stove God Cooks s’est largement imposé comme un rappeur majeur de la scène underground New-Yorkaise, que ce soit pour les flows, les punchlines et les mélodies assez entêtantes. En cette fin d’année il s’illustre dans un autre registre : le mensonge puisqu’il ne sortira visiblement jamais son foutu album – et aussi les productions triomphantes, comme on disait autrefois, avec « Goat Stamp » et son refrain hypnotique. – Wilhelm
Ransom & Conductor Williams – Clairvoyance
Les mauvaises langues diront que l’on parle toujours des mêmes rappeurs quarantenaires (voire plus) dans cette sélection, et ce n’est pas ce morceau qui leur donnera tort. Après n’avoir pas réinventé la roue avec DJ Premier, l’homme aux placements d’orfèvre envoie, avec The Uncomfortable Truth, son 4ème opus de l’année, le 3ème en collaboration complète avec un rappeur ou un producteur. Et le beatmaker avec le meilleur tag du circuit étant l’architecte sonore principal du son Griselda des dernières années, c’est effectivement ce type d’ambiance que l’on retrouve sur ces 8 titres et un peu plus de 20 minutes. On vous met toutefois « Clairvoyance », intro musclée qui tranche un peu avec le reste. – Xavier
Che Noir & 7xvethegenius – Not Me (Prod. Chup)
Association de deux des plus illustres découpeuses de l’underground récent, Desired Crowns ressemble tout à fait à ce à quoi l’on peut s’attendre. Les deux emcees font ainsi l’étalage de leur complémentarité, mais également de leurs signes distinctifs (l’ancienne de Drumwork étant par exemple plus portée sur la chanson). L’alchimie fonctionne sur l’ensemble de l’album, bien aidée par une production aux petits oignons. On vous met le clip de « Not Me » pour vous faire une idée, mais n’hésitez pas à écouter l’ensemble. – Xavier
A$AP Ferg feat. Hunter BDM – Dem boyz (prod. Lex Luger & Taavi Haapala)
Rien de tel qu’un morceau bien régressif pour conclure cette sélection. Derrière les machines, Taavi Haapala et le mythique Lex Luger concoctent une production martiale qui flirte avec le crunk, pour un titre où la moitié du contenu consiste en un refrain à gimmicks. Les échanges avec la voix féminine sont efficaces, notamment sur ce deuxième couplet très minimaliste. Un certain Hunter BDM, presque inconnu au bataillon, vient conclure le titre en parvenant à préserver la flamme. On ne fera pas d’analyse lyricale sur ce titre, et on se contentera du petit shoot énergétique. – Jérémy