Entretien avec Guezess, fierté du rap bordelais

Actif sur la scène rap hexagonal depuis une quinzaine d’années, Guezess vient de sortir cette année un nouveau projet intitulé Toujours du noir aux pieds. L’occasion pour nous de revenir sur son parcours entre Paris, Nice et Bordeaux , sur son aventure au sein du mythique label Néochrome et sur son style marqué boom bap qui tend aujourd’hui vers de nouvelles sonorités.

Tu es originaire de Bordeaux mais tu as également vécu à Paris et Nice. Peux-tu nous expliquer ton parcours de vie ?

Je suis né à Bordeaux jusqu’à mes sept ans. Ensuite mes parents se sont séparés et je suis parti vivre sur le bassin d’Arcachon en primaire. J’y ai fait mes années de collège. Je suis revenu à Bordeaux et mon père s’est installé sur Paris. Je l’ai suivi un petit peu avant de revenir faire mon lycée en Gironde. Par la suite, je suis parti vivre à Nice. Depuis 2012, je suis de retour à Bordeaux mais je monte régulièrement à la capitale pour voir ma famille et l’équipe du label.

Quand as-tu commencé à t’intéresser au rap ?

À la fin de la primaire j’écoutais Mc Solaar, Ménélik. Ma mère écoutait du rap américain. J’ai commencé à écrire à la fin du collège. Au début je faisais exclusivement des freestyles d’impro. J’ai rencontré un mec qui m’a poussé à écrire des textes à ce moment-là. Vers 2005, j’ai commencé à enregistrer mes premiers morceaux.

Quelle est la première chanson importante que tu as enregistrée dans de bonnes conditions ?

J’allais chez DJ Nedu à l’IREM (Institut Régional d’Expressions Musicales). J’ai enregistré mon premier morceau important pour la Brakatape de Kata en 2006. La compilation est sortie en 2010 car cela avait pris du temps vu le nombre important d’artistes invités.

Cela correspond à l’époque où tu es parti vivre à Nice. Tu as connecté rapidement des rappeurs de la scène locale à ton arrivée ?

 J’ai rencontré rapidement les gens du collectif La Détente composé de beatmakers et de rappeurs. C’est Wiskedjak qui a produit mon morceau « Donner de l’amour ». C’est le premier morceau que j’ai clipé dès mon retour sur Bordeaux en 2012. 

Ensuite tu apparais sur la mixtape Microbes du label Néochrome. Comment t’es-tu retrouvé sur cette compilation ?

La connexion s’est faite par le rappeur Saado. J’avais des sons qui trainaient sur Skyblog et sur Myspace. J’avais un Facebook personnel mais pas de page artiste. Les gens du label ont réussi à entrer en contact avec Saado via sa chaine Youtube. Ils lui ont dit qu’ils étaient intéressés par ses sons et qu’ils essayaient aussi d’entrer en contact avec moi. Je suis monté sur Paris pour les rencontrer. On a fait le morceau « On tient le coup » pour la compile en featuring avec Saado et Dilem. Puis, nous avons décidé de partir sur du développement avec la parution de mon EP Que du noir aux pieds

Dès que la compilation est parue, tu as profité de la visibilité pour sortir ton projet ?

Exactement. Ils m’ont proposé de m’aider. Je leur ai dit que je n’avais pas de structure, pas de moyens, pas de studio. Ils ont été assez satisfaits des retours et on continue à travailler ensemble actuellement.

En combien de temps as-tu préparé Que du noir aux pieds ?

Cela a été assez rapide. J’avais pas mal de couplets déjà prêts. J’ai dû écrire trois nouvelles chansons seulement. Je suis monté sur Paris deux week-ends par mois pendant trois mois. On avait enregistré une quinzaine de titres avant de n’en sélectionner finalement que sept. 

Comment avez-vous travaillé avec Néochrome. Ils t’ont accompagné dans la direction artistique ?

Nous avons travaillé en équipe avec une bonne direction artistique. Les visuels, la pochette, les morceaux, les thématiques, on était sur des thèmes assez sociaux qui tournaient autour de mon univers. Après, il y a eu des changements au sein du label ce qui a un peu ralenti la suite. 

Ta mixtape Face B sort trois ans après. Pourquoi le choix de ce genre d’instrus ?

À l’époque je collaborais avec des beatmakers mais qui faisaient des prods qui ne me permettaient pas forcément de sortir de gros titres. J’ai donc décidé d’exploiter des Face B. L’artiste Relo avait déjà sorti ce genre de projet au sein du label. Granit, le producteur de Néochrome, m’a encouragé à me tourner vers ce genre d’opus. Il est sorti sur le site Haute Culture en téléchargement gratuit. Les premiers jours, il a assez bien tourné, notamment avec l’élan amené par les clips, mais malheureusement le site a sauté au bout d’une semaine. L’EP s’est retrouvé englouti. On a réfléchi à une autre alternative mais cela a pris du temps. J’ai donc décidé de le publier sur Soundcloud sept ou huit mois après. Ce sont les clips qui ont majoritairement marqué les gens: « Cœur noirci », « Ramène le titre » et « Soleil noir » en featuring avec Skaze. 

Pour les clips, avec qui as-tu bossé à l’époque ?

J’ai pas mal collaboré avec Maroh et Söze pour le premier projet. Également avec Tony Danza (Sadik Aksen) de Néochrome notamment pour « Un son brut » qui est celui qui a le plus tourné. Pour Face B, j’a travaillé essentiellement avec l’équipe de réalisateurs Rec 709 qui collabore avec Néochrome. 

Considères-tu Face B comme un projet de transition en attendant le récent Toujours du noir aux pieds ?

C’était une manière de faire patienter les gens avec des morceaux de qualité mais qui n’étaient pas exploitables commercialement parlant. Pendant ce temps, j’ai mis beaucoup de morceaux de côté pour être sûr d’avoir une sélection finale au top. J’ai vraiment mis mon grain de sel pour ce nouveau projet et je me suis totalement immiscé dans la direction artistique. La couleur est un peu plus claire par rapport au premier mais on peut noter une certaine continuité. 

Tu as souhaité sortir un disque moins sombre, une facette de toi qui collait plus à ta personnalité ?

Totalement, il colle peut-être plus à mon image. Aussi, lorsque tu écris des morceaux, tu es conditionné par les instrumentales et cela joue aussi sur ta vie. Les instrus mélancoliques te mettes dans un certain « mood ». Je sais que c’est pareil pour les auditeurs. La musique a le pouvoir de donner de la force, de l’euphorie, de la tristesse. J’avais plus envie de délivrer un message de combat, de force, plutôt que de tristesse. 

Ton processus d’écriture a-t il évolué ces dernières années ?

Je suis quelqu’un qui écrit beaucoup. J’ai toujours fait des morceaux new school mais disons que ce qui a plu au label était mon côté boom bap des 90’s. J’ai réussi à leur montrer que je pouvais faire de bons morceaux sur d’autres styles d’instrus. Ils ont été convaincus et me font confiance. S’il y a des bangers, on les gardera. Écrire des morceaux aux sonorités plus actuelles est un exercice différent. La manière de structurer, de transmettre des émotions. On laisse plus de place à l’énergie et au jeu d’interprétation. La punchline a plus de place. Il faut que le texte soit moins dense. C’est un exercice qui n’est pas facile. Je prends plaisir par la suite à revenir sur du boom bap. 

Toujours du noir aux pieds s’affirme donc dans la continuité du précédent Ep mais avec une certaine ouverture.

Lorsque nous avons commencé à penser le premier EP, la directrice artistique m’avait proposé l’idée d’un disque en deux volets. Sur le second, il fallait lui donner un nouveau souffle. Il y a eu pas mal d’invités et c’est un projet un peu plus coloré. Je l’ai enregistré sur Paris mais cela a pris un certain temps. Les morceaux les plus récents ont un an et demi mais les plus anciens datent de l’époque de Face B. Le clip de « Drakkar », le titre qui clôture le disque, sera le dernier à sortir. 

Le morceau « Briller » illustre bien cette idée de nouveau souffle tant au niveau de la prod que de l’nterprétation.

Effecitvement. Le beatmaker s’appelle Score 16. Il a l’habitude produire des ambiances plutôt sombres. Il m’a envoyé cette instru et j’ai bien aimé les sonorités. Je l’ai d’abord maquetté dans un petit  studio à Bordeaux. J’ai commencé par le refrain et j’ai souhaité m’orienter vers un message positif. J’ai gratté un couplet et j’avais invité mon pote Scaze dessus. Lors de l’enregistrement à Paris, il n’a pas pu venir donc j’ai dû le faire en solo. Quand je l’ai écrit, j’ai pensé à ma petite sœur qui me demande d’envoyer des messages plus positifs et de faire des morceaux plus joviaux.

Tu chantonnes même sur le refrain. C’est quelque chose qui ne doit pas être évident pour un artiste issu du boom bap comme toi.

Pour beaucoup de gens qui me connaissent, cela a été surprenant car ils n’ont pas l’habitude de m’entendre dans cet exercice. Mais même avant Néochrome, je me suis toujours amusé en studio à chantonner. C’est quelque chose dans lequel je suis à l’aise. Même les producteurs n’étaient pas convaincus à la première écoute de cette chanson. L’ingé son a bien aimé et a souligné qu’il y avait une certaine vibe. Par la suite, tout le monde a été partant pour que « Briller » devienne un single clipé. Sur le morceau « PLT », il y a même du vocoder. 

Sur le projet, il y a plusieurs invités dont L’affreux Jojo du Gouffre. Comment s’est faite cette connexion ?

Il habite dans le même secteur que mon daron à Paris, dans le 20ème. De plus, la première fois que Le Gouffre est venu en concert à Bordeaux, c’est nous qui l’avions fait venir avec Tounss. On avait bien accroché et on était restés en contact. 

La production de concerts est quelque chose que tu affectionnes particulièrement ?

Pendant un temps j’aimais bien produire. Cela me permettait de rencontrer des artistes et d’être en première partie. J’ai organisé le concours de freestyle Fight Club, nous avions invité Taïpan en showcase. Avec Fhat-R nous avions aussi fait venir Al’Tarba.

Avec Fhat-R, vous avez d’ailleurs collaboré sur le morceau « On est comme ça » de ton premier EP. 

À l’époque je traçais pas mal avec Tragik et Salazar. Pour la fête de la musique on avait passé la soirée avec Fhat-R et son équipe. On avait eu l’idée de partir sur un gros freestyle filmé. Je venais juste de commencer à collaborer avec Néochrome. Finalement, il a préféré que l’on fasse un morceau ensemble. Vu qu’on en avait marre de ne pas être invités sur les premières parties, on a décidé de produire des évènements hip-hop.

Es-tu déjà en train de préparer un autre projet pour la suite ?

J’ai déjà un autre projet de prêt. Je l’ai terminé au même moment que Toujours du noir aux pieds. Il devrait sortir dans l’été, je dois encore cliper quelques morceaux. Il est beaucoup plus condensé, avec des titres plus costauds. J’ai essayé d’améliorer les visuels. Cela fait plus d’un an que je suis en train de bosser dessus. On devrait enchaîner assez vite. Il est quasiment mixé et masterisé. La tracklist est prête. Dès que j’aurai une date, je balancerai des extraits. Il devrait voir le jour avant août si tout se passe bien. Il est produit par Grato, toujours la même équipe. En attendant, des petits freestyles dans la lignée de la série « Empreintes » vont voir le jour.

Tu vis dans le quartier populaire des Capucins à Bordeaux. Quels sont les autres rappeurs issus de ce coin ?

C’est le secteur 33800 et il y existe de nombreux talents. Les jeunes de la gare sont chauds, notamment Chamal et Grizzla. Il y a aussi Rakam du groupe L’armée de morts, Kata, Fils du béton…

Sens-tu une nouvelle émulation de la nouvelle génération sur Bordeaux ?

Les jeunes ont vite compris qu’avec internet, l’important c’est l’unité. L’unité et les collaborations donnent de la visibilité ce qui est primordial à notre époque. Je pense qu’ils sont totalement dans le vrai.

Le mot de la fin ?

Toujours du noir aux pieds est toujours disponible. À très vite pour la suite.

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