10 Bons Sons en novembre 2019

Comme chaque début de mois, l’heure est au bilan du précédent autour de dix morceaux de rap français qui ont retenu notre attention.

Le 1er novembre : Noruff – « Dark (K)night »

Skud et Safir, qui composent le duo Noruff, officient ensemble depuis une décennie. Adeptes d’un rap « à l’ancienne mais pas dépassé », toute en assurance, et empreint du son Paris Nord dont ils sont originaires, ils sortent des projets à intervalles réguliers depuis 2011. Si les deux derniers en date sont disponibles sur les plateformes de téléchargement, Clébards sans maître est paru le 1er novembre sous la forme d’une unique piste YouTube, sans autre forme de promotion. Une surprise de très bonne facture, composée de 15 tracks dont une ode au graffiti, « Dark (K)night » à ranger aux côtés des incontournables du genre. – Olivier

Le 14 novembre : Taipan – « Au bout de la nuit » (Prod. Leo Petit)

La nuit a souvent été une égérie de choix pour stimuler l’inspiration (peut-être plus que le jour d’ailleurs). C’est ce thème qu’a retenu Taipan pour refaire parler de lui après un an d’abstinence et l’excellent EP P.A.N. 2, sorti en octobre 2018. Dans ce titre, il évoque sa relation avec la nuit, ses souvenirs de fin d’après-minuit. Son style laidback fait mouche, ses parties chantées ne gâchent rien, bien au contraire. Surtout, il faut apprécier l’usage d’oxymores en pagaille, figure de style adaptée à ce moment de la journée où l’on voit clair dans le noir (« parce qu’on est plein dans nos têtes, parce qu’on est seul dans la foule » ; « le jour où tout ce que je fais la nuit sera légalisé mon casier judiciaire devient curriculum vitae »). Alors il est vrai que le thème nocturne est quelque peu oublié au fil du morceau, à croire que la nuit fasse divaguer, mais on s’en fout, tant Taipan régale sur ce bon son. – Chafik

Le 21 novembre : Ol’Kainry & Dany Dan – Badass (Prod. Dave Daivery)

Parce que Dave Daivery à la prod. Parce qu’Ol & Dan sont un des duos les plus magiques de l’histoire du rap français. Parce que cet inédit transpire fort le hip-hop, qu’il figure sur un EP sorti de nulle part et est en soi une super belle surprise pour les aficionados. Parce que la vie s’est corsée et qu’ils ne sont plus des gosses ! – Antoine

Le 29 novembre : Rizla feat. Seyté – Au bout du monde (Prod. NOX)

Rien de mieux qu’un magnifique clip pour appuyer la sortie d’un album. C’est le cas du morceau « Au bout du monde » du rappeur Rizla, extrait de son deuxième album Mauvais rêves sorti le même jour. Un des membres les plus discrets de La Smala a choisi d’inviter son compère Seyté pour un morceau doux et nostalgique. Sur une jolie boucle de guitare de Seyté himself et sans aucune structure rythmique, les deux acolytes belges se dévoilent et s’expriment sur le temps qui passe, sur les échecs comme les réussites. Un joli spleen bruxellois qui rappelle forcément les derniers travaux de « Colin » Seyté et qui nous donne envie d’écouter le reste du projet. – Clément

Le 22 novembre : Raphael – Un homme reste un homme

Busta Flex, Driver, Eloquence, Manu Key, Dany Dan… Quelques très beaux noms qui appartiennent au patrimoine du rap français sont au casting de la compilation de Ziko C2LABALLE Vol.2… 23 ans après le premier volume. Et parmi les belles surprises, on tombe sur un nouveau morceau inédit de Raphael, membre de La Cliqua, que l’on avait plus entendu depuis très longtemps. Il pose comme à la bonne époque, rappelant son classique en solo « Mon paradis », pour les plus curieux du web qui tomberont dessus. – Antoine

Le 29 novembre : SCH – Interlude

S’il a su s’imposer avec un personnage singulier et une voix atypique, SCH semble en ce moment plus libre que jamais. Rooftop, paru le 30 novembre et annoncé comme un album, a clairement été l’occasion de sortir du cadre imposé par l’histoire racontée dans JVLIVS et le deuxième tome à venir. Le mot d’ordre semble avoir été « plaisir » pour la confection de ce disque, que ce soit dans le choix des featurings (avec le Ghota du rap), l’usage de l’autotune (avec des tentatives réussies comme sur « Ça ira »), ou dans les moments de rap pur, qui viennent souligner aux sceptiques les qualités d’écriture et de kickage d’SCH. Dans cette catégorie quelques morceaux sortent, comme « Cervelle » ou « Interlude », qui n’a d’interlude que l’absence de refrain. – Olivier

Le 6 novembre : Sadek – Roulette russe 7 (Prod. Cello)

Pour le plus grand plaisir des amateurs de freestyle, Sadek a décidé de se relancer en mode « roulette russe » en début de mois et de poursuivre une série commencée il y a plusieurs années. Bonne nouvelle car l’exercice réussi plutôt bien au Dyonisien qui se promène dans un genre qu’il peaufine à force d’exploration et d’audace au fur et à mesure de ses apparitions. On a retenu la 7ème, petite ogive bien pesée, produite en toute franchise par un Cello peu subtil mais efficace. Les punchlines coulent de source, l’ensemble respire le naturel en nous cassant les dents. C’est tout ce qu’on demande. – Sarah

Le 8 novembre : Prestige (ATK & Ul’Team Atom) – Mélancolique anonyme

Prestige c’est d’abord une histoire d’amitié entre les groupes ATK et Ul’Team Atom qui débute en 1998. Les affinités entre les deux équipes, respectivement issues de l’est parisien et des Ulis, les amèneront à former un collectif ensemble, jusqu’à enregistrer un projet en 1999 qui finira par sortir en digital en… 2008. L’histoire est belle parce que Prestige, malgré les embûches et les années qui passent, est capable de se retrouver régulièrement, même deux décennies plus tard. Parmi les temps forts de cette collaboration on pense à « Depuis on est resté amis » (morceau d’Ul’Team Atom présent sur l’album Hommage à Fredy K en 2009), au fait qu’ATK invite l’équipe des Ulis à réaliser ses premières parties depuis leur retour en 2018, ou encore à la concrétisation d’une véritable sortie commune, L’Âge de bronze, un EP cinq titres paru le mois dernier. Le morceau « Mélancolique anonyme » constitue le sommet de ce projet, et réunit la grande majorité des protagonistes qui prennent un plaisir évident à (re)croiser le micro tous ensemble. – Olivier

Le 29 novembre : Dinos – On meurt bientôt (Prod. BBP, Osmanov & Twenty9)

Un an seulement après la réédition de son premier album Imany, Dinos est back dans les bacs, lui qui avait pourtant mis si longtemps à sortir son premier LP. C’est logiquement, pour qui l’écoute régulièrement, que l’album s’ouvre sur une référence à Booba, lui qui a profondément marqué Dinos et qui a souvent porté une attention particulière à ses intros (notamment sur Mauvais ŒilTemps Mort ou Panthéon). Plus que jamais, Dinos nous livre un « puzzle de mots et de pensées ». Le morceau « On meurt bientôt » lance l’album et son auteur semble avoir privilégié une musique (encore) plus spontanée, personnelle, en mode scarlatitude ; sa mélodie des quartiers pauvres en somme. S’il s’adresse à l’enfoiré qu’il y a dans son miroir, il n’hésite jamais à être très transparent sur ses états d’âme : « J’suis à terre mais j’suis pas tombé » ; « j’suis à deux doigts d’tout baiser (…) j’suis à deux doigts d’tout arrêter » ; « j’ai beaucoup changé mais j’suis le même ». Ces pleurs du mâle annoncés dès l’intro montrent que Jules ne joue pas de personnage. Très lucide sur sa position dans le rap et sur le game actuel, Dinos nous propose, sur un air de piano, une chanson triste, qui se réécoute, à l’image de Taciturne– Chafik

Le 27 novembre : Cenza – L’éclipse

Quel kif ! Nos lecteurs fidèles le connaissent depuis longtemps, et ne nous auraient peut-être pas pardonné de ne pas le mentionner dans les 10 bons sons du mois ! Un album « West Coast » risqué et très bien assumé en janvier, puis un album « East Coast » au pied du sapin la même année : Cenza est l’un des rappeurs qui maitrise le mieux le rapport productivité / qualité / concepts. « L’éclipse » est le 4ème extrait de l’album Retour au temple du Montreuillois, produit par lui-même (et quelle prod !), qui sortira le 20 décembre en indé, comme d’habitude. On ne change pas L’uZine qui gagne. – Antoine

Balao – Freestyle 4 (prod Lucci)

Cela fait plusieurs mois que nous suivons le travail de Balao, rappeur du collectif North Face Records aux côtés de Bekar et Salek. Après avoir sorti un solide EP intitulé Or pur l’an passé, le MC nordiste vient de publier un freestyle par semaine sur Instagram depuis le 31 octobre. Le quatrième de la série a particulièrement attiré notre attention. Sur une prod de Lucci, fer de lance de la nouvelle génération de beatmakers, Balao y fait preuve d’une aisance technique et d’un flow insolent pour nous offrir une minute d’egotrip efficace. – Jordi

> Ecouter Balao

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