L’Skadrille, l’interview « 10 Bons Sons »

13or & Nitro, la lame et la massue, Chacha et Tah Sah, 13&16, 13or & 16ar, Youssouf (qui deviendra même Ghettoyouss) et Pedro. L’Skadrille, l’un des binômes les plus techniques et emblématiques des années 2000, a accepté de revenir sur 10 titres marquants (et plus) de sa discographie, du collectif C2 La Balle à Warner en passant par Première Classe. Il fallait bien, a minima, 2h40 de discussion, des dizaines de « à l’époque » et quelques nouveaux passe-passes de légende pour se remémorer les bons moments, avec DJ Roc J en invité surprise.

Commençons par vos blases : d’où viennent-ils ?

13or : Dans un premier temps, c’était 13or et Nitro. Ça c’était sur « Mack 01 ». Et 16ar il arrive quand, juste après hein ?

16ar : Je ne sais plus du tout ! Mais moi je sais qu’il y a un synchronisme en tout. Je l’ai vu sur un mur, l’inspiration et ça a fait « Boum » ! Comme si un ange l’avait graffé pour moi (rires de 13or). C’est que ça. Evidence. Donc je décide de me rebaptiser 16ar.

Comment et quand vous rencontrez-vous ?

13or : On se rencontre très tôt, mais on ne se connait pas depuis la maternelle. Le 31 mai 1996 (écouter le son « Le fabuleux destin ») j’organise un petit concert dans ma ville. J’ai plein d’amis qui habitent dans son quartier à Meudon, ils viennent, la soirée se passe super bien, il y a des mecs de partout et bizarrement pas une embrouille. 16 passe de son côté, moi je passe du mien. La petite anecdote, c’est quoi ? C’est que je perds, c’est quoi j’ai perdu ?

16ar : Ton Tatoo !

13or : C’est mon Tatoo à l’époque ! Et le frérot il me le retrouve. De là on commence à discuter, échanger par rapport à nos origines sénégalaises (16ar coupe)

16ar : Normalement, un autre, il lui aurait piqué !

13or : C’est sûr ! Et de là, quelqu’un qui te rend tes affaires tu peux lui faire confiance directement. Et depuis ce moment-là on ne s’est pas lâché. Toute la carrière.

Donc vos origines sénégalaises…

13or : (il coupe) On échange, beaucoup de points communs, chacun bosse dans son coin, pourquoi ne pas monter un groupe ? Et tout s’enchaîne très très très vite.

16ar : Je précise: à cette époque-là, Monsieur 13or était la star de son gang, le chef de son équipe de rappeurs. Ils s’appelaient le « Hold Up », mais ils étaient vénères, ils chantaient « Je cours, je cours, dans la grande cour », mais c’était vénère mec !

Vous aviez quel âge ?

13or : On devait avoir 15-16 ans.

Et vous organisiez vous-même les concerts ?

13or : Ah ouais ! On n’avait pas le choix. On est des chercheurs. Je faisais du son, j’avais besoin de passer sur scène, très vite on était dans la débrouille, tu vois ? Et ça nous a suivi toute l’histoire.

Tu enregistrais déjà ?

13or : Pas encore. On allait chez un pote à nous qui s’appelle DJ Sauce. Il nous faisait des petites instrus, on kickait chez lui, on était une grosse équipe de mecs qui rappaient, on se débrouillait.

16ar : Moi c’était avec Val Fleurino. Val Fleurino c’est Less du Neuf, c’est nos parrains. Et moi en fait j’ai commencé tout au départ avec un petit reuf d’un des mecs de Less du Neuf, Vazquez. Il me dit « Je rappe, il y a un concert dans le stade, est-ce que tu voudrais pas faire partie du truc ? ». Moi, je lui dis « Je ne sais pas rapper, qu’est-ce que tu m’racontes ? ». Il me dit « Mais non, t’inquiète… » De là, Vazquez m’écrit un texte parce que je ne savais pas écrire. Je le rappe, tout le monde kiffe et dit « Merde ! Tu devrais faire ça ! » C’était à l’époque où j’habitais à Meudon, donc il y avait le Beat 2 Boul, Lunatic, qui venaient chez nous. Je me rappelle de Booba qui faisait des salto sur la scène…

13or : On a grandi parmi les meilleurs gros !

16ar : Ils m’ont mis dedans. Ensuite, j’ai rencontré 13, c’est là que ça a commencé à s’accélérer.

Je disais donc, vos origines sénégalaises vous ont rapproché. Pourtant, dans le livret de l’album “Nos vies”, chacun a son maillot (13or porte le maillot du Mali, 16ar celui du Sénégal).

13or : Parce qu’il y a un mélange. Quand tu connais l’histoire, c’est deux pays qui ne faisaient qu’un juste avant la séparation. C’était le même pays. Mon village malien, du côté de ma mère, il est à la frontière. Ça veut dire que tu traverses le fleuve, tu arrives au Sénégal. C’est les mêmes cultures, c’est exactement le même délire. C’est pas la même langue, mais c’est des pays où il a plusieurs ethnies, du coup mon ethnie, les Soninkés, tu en trouves au Sénégal et au Mali. Les Wolof tu en trouves en majorité au Sénégal mais tu en as aussi au Mali. Par exemple, à Bamako, le quartier où ma mère habite, ça s’appelle « Oulofobougou », ça veut dire « le quartier des Wolof », tu vois ce que je veux dire ? Donc c’est un mélange de ces deux cultures-là qui a fait qu’on se retrouve, c’est des trucs en plus qui viennent se goupiller par-dessus le feeling qu’il y a entre nous deux.

16ar, ta présence sur le morceau de Manu Key « Quai 54 » feat Booba, Zoxea, Oxmo Puccino & Dany Dan » signifie que tu étais plus basket que foot, non ?

16ar : On a tous fait du basket. En fait il y avait une première culture, tu te rappelles ? Au début, on était très américanisés quand on était jeunes. On était dans la culture Michael Jordan, donc je jouais en tirant la langue. Mais la vraie culture street, elle est football. Donc je suis plus football, mais si tu me testes au basket…

13or : Je vais te casser ta cheville ! (rires)

1 – L’Skadrille – Le rêve (EP « Mack.01 L’Impact Du Son ») 1997

La première rencontre importante pour votre carrière, c’est Ziko ?

16ar : Le patron !

13or : Ça aussi, il y a une petite histoire derrière. Plus jeune, avant cette rencontre-là, je vais à un magasin de disques qui s’appelle LTD. J’avais même pas les moyens d’acheter des skeuds, j’allais juste les regarder les bacs. Un jour, le mec de LTD, qui est Francky Montana, qui est allé chez Générations après, met un disque et dit « Hey, le petit, il rappe ! » Il savait que je rappais. Ce jour-là, je rappe et il s’avère que Ziko est là et enregistre ce petit freestyle, et ça se retrouve dans une mixtape. Après, je re-rencontre Ziko via Jean-Pierre Seck qui nous le présente: « Il y a un mec qui cherche des gars à produire ». « Allô 16 t’es où ? Viens on va faire une petite audition pour Ziko. » On y va, direct il voit la dalle et le potentiel, et hop on bosse ensemble.

16ar : Je t’explique comment ça se passe, parce qu’il faut que les jeunes le sachent : ce n’est plus comme aujourd’hui. On se retrouve dans un endroit, comme là (NDLR : interview réalisée dans un bar du 20ème arrondissement), et ils nous disent « Freestyle ! », et il nous regarde. On doit freestyler et ils décident si oui ou non. Nysay, comment ça s’est passé ? On était là avec Ziko, debouts, la même chose ! Initiation. Rapper. il y avait plusieurs groupes, et tout le monde rappait. Et après, il dit : « C’est Nysay que je prends ! » C’est comme ça que ça s’est passé.

Le freestyle qui a été enregistré est sur quelle mixtape ?

13or : Une des toutes premières mixtapes à Ziko, je ne sais pas comment elle s’appelle mais c’était bien avant C2 La balle. C’est une petite interlude dans une K7 qu’il avait fait.

16ar : Premier morceau sur la compile de DJ Enuff, le DJ de Notorious BIG. C’est quand même quelque chose !

13or : Et ouais, c’est ça notre premier vrai titre « Le rêve » ! On répète quelques morceaux dans la chambre à Ziko, mais à l’époque, c’est Bam’s qui était la première artiste qu’il devait lancer du label. Elle se retrouve sur cette compile-là, elle est en studio, nous du coup on nous dit de passer. C’était réel ! Le mec qui faisait la compile nous dit « Rappez ! », 16 et moi on fait le freestyle « pa pa pa pawww ». Le mec le lendemain nous rappelle « Venez faire un morceau ». On avait pas de morceau réellement. On va, on enregistre le titre, et ça a été une explosion !

16ar : Ah non, non, t’as oublié ! Il y a 3 étapes : la première étape, on freestyle, il dit « Je veux vous sur le freestyle de la compile », on freestyle sur la compile, il pète un câble et il dit « Je vire un morceau, je vous veux ! »

13or : C’est vrai, j’avais oublié… Tu vois, un peu ? C’est l’histoire du morceau avec 2Fray de La Brigade.

« Premier morceau sur la compile de DJ Enuff, le DJ de Notorious BIG. C’est quand même quelque chose ! »
16ar

Vous pouvez revenir sur ce son ? (C2 la balle corporation feat Tony Fresh, Bam’s, Ziko, Nysay)

13or : Ça c’est « C2 la balle », c’est le freestyle de notre maxi. Il y a tout le monde. Donc on enregistre avant « Le rêve », qui est un morceau charnière pour notre carrière, parce que quand il sort, ça explose chez Générations et dans tous les médias spé. Du coup, ça nous donne une légitimité et une place. De là, on arrive à décrocher un deal chez PIAS pour le premier maxi Mack 0.1 et ce morceau-là il vient clôturer avec tous les artistes du label. 1997 je pense, hein ?

Ce morceau, c’est une idée de Ziko ?

13or : Exactement. C’est lui qui charbonne. Nous on le regarde, on exécute. Sur chaque album, à l’époque, il y avait toujours un « crew track ».

En combien de temps vous aviez bossé ce maxi ?

13or : Ca s’est enregistré très vite. On avait rien, on n’avait pas de matière.

16ar : Je précise que DJ Roc J vient d’arriver ! (NDLR : pendant l’interview)

13or : On ne s’en rend pas compte. Tu sais, nous, c’est un kif hein ! On faisait de la musique pour le kif, on se retrouve dans un truc comme ça, tout nous tombe dessus. On ne faisait pas du rap pour avoir du succès, on se faisait kiffer avant tout. Quand je vais voir Ziko, j’ai envie de faire du peura, quand on nous donne notre premier billet grâce à la musique, t’es fou, moi je suis choqué !

16ar : Entre temps, dans le fil de notre évolution, on a rencontré Kamel d’Alliance Ethnik. C’était à l’époque de la Coupe du Monde 1998. Il veut nous produire, on se dit « Quand même c’est du lourd ! » Ça ne se passe pas malheureusement… Ensuite, on rencontre Cut Killer bien après. On lui fait écouter le morceau « Bons moments », et il dit « C’est de la merde » !

13or : Je ne me rappelle même pas de ça !

DJ Roc J : Ah je m’en rappelle !

16ar : On lui dit « OK, pas de soucis. » Sauf qu’aujourd’hui on sait tous que « Bons moments » a fait un tube. Donc quand je regarde tout ça, je relativise en fait sur les avis, même des professionnels. Ça me dit : « S’il n’y a pas une porte qui s’ouvre là, essaye l’autre porte, parce qu’on ne sait jamais… » Voilà c’est tout, je voulais en venir à Cut… t’as fait le bouffon négro !

Vient ensuite en 1998 le morceau « On doit l’être » qui se retrouve en maxi produit par DJ Tal ainsi que sur sa compilation Plaidoiries, repris ensuite par le sample Groove mixé par Cut Killer et la K7 Nique la musique de France.

13or : Donc c’est une compile, on fait un morceau, il tue. On nous propose de faire le maxi derrière. A l’époque c’est pas : on prend un morceau, on le met avec l’instru et l’a capella. On a fait l’original, et il y a même d’autres versions, des versions alternatives, des instrus différentes, donc ça nous aide à aiguiser notre style. Ça tombe super bien, on dirait que c’est planifié, qu’on avait une feuille de route.

2 – L’Skadrille – Génération cash (Vinyle 2 titres) 1998

Dans la foulée, il y a Illusions perdues sur Néochrome, puis ce son…

13or : Ah t’as une liste bien établie (rires)

DJ Roc J : Ça me dit quelque chose…

16ar : « Génération cash » ! Tellement lourd !

DJ Roc J : C’est sur quoi ça déjà ?

13or : C’est pas un de nos maxis ça ?

C’est un vinyle 2 titres où figurent « Mon rap » et « Génération cash ».

Les 3 : Aaah !

DJ Roc J : C’est le premier extrait de Dangereux 2001.

13or : Premier long format qu’on enregistre, à l’époque on signe chez Première Classe. On a un putain de buzz dehors, on a fait juste le premier à ce moment-là [des deux volets Première Classe].

16ar : Je sais qu’on tournait avec Pit mais je ne sais pas si c’était à l’époque. C’était après le CD qu’il avait fait là, le jaune… Ghetto ambianceur !

13or : Du coup, on se dit Première Classe c’est le label qui fonctionne à l’instant T, ils vont pouvoir nous fournir les musiques qu’il faut.

Vous êtes la première signature du label ?

13or : Après Pit, ouais. On était la première signature extérieure de PC ?

16ar : Ouais !

13or : Il y a que Pit Baccardi, Neg’Marrons.

16ar : Mais ils étaient pas sur Première Classe ! Pit il en faisait partie, il était producteur.

13or : Oui, oui, ses disques sortaient chez Hostile.

16ar : Nous, on était les premiers produits de PC. Ils se sont tous associés. Et donc là où on s’est fait leurrer, c’est qu’on a cru qu’en s’associant avec eux, on serait en maison de disque. Après ils nous ont dit « Non, nous c’est PC, ça n’a rien à voir avec le reste ».

Ils étaient distribués par qui ?

13or : Pour les compiles PC, ils étaient distribués chez Hostile.

DJ Roc J : Et vous c’était chez Night & Day ?

13or : Non, chez Chronowax.

16ar : Distribution ! En clair, c’était eux qui nous produisaient. Ils faisaient des concerts, des choses comme ça, avec 13or on disait « Mais pourquoi on y est pas, puisque vous nous produisez ? » Alors à un moment, on s’est regardé, on a pris nos cliques et nos claques, on s’est dit « Si ces putains de black y arrivent, je ne vois pas pourquoi nous on ne va pas y arriver. » Et on a fait notre truc. On a fait Extazik avec Youssouf, on a monté notre structure, on a dit « Là, on va s’occuper de nous-mêmes ! » Attention ! Je ne leur en veux pas, au contraire je les remercie parce que franchement ils nous ont fait du bien, mais c’est aussi grâce à eux qu’on a repris nos esprits pour pouvoir faire ce qu’on fait.

DJ Roc J : Moi, j’étais encore extérieur au groupe, j’avais vu la sortie, je kiffais le groupe et tout. Et je me rappelle d’un truc, c’est qu’ils avaient sorti Tandem en même temps et c’était une opération commerciale parce qu’ils prenaient des pubs avec en haut le visuel de L’Skadrille et en bas le visuel de Tandem. C’est un truc de mecs de labels indés en vrai, quand tu réfléchis. Mais eux (13or et 16ar) j’imagine très bien le truc : il y avait des grands Pit Baccardi, des Neg’Marrons qui avaient fait des 200 000, DJ Poska qui sortait des compiles à 200 000. Tu arrives là, tu as l’impression d’être en Champions League et on te dit « Bah nan, va t’entrainer sur un terrain de CFA ! » C’est quoi le délire ? Je m’en rappelle parce qu’on a commencé à bosser ensemble à la sortie de ça, ils étaient déterminés ! Ils avaient pas sorti de projet depuis 2001, Extazik c’est 2004… Il y avait une de ces attentes… De toute façon je m’en rappellerai toute ma vie de ça. Le projet qu’on a sorti regroupait tout : du talent, le buzz, ça faisait longtemps… Involontairement ils s’étaient faits rares. Quand c’est arrivé, c’est simple : on est partis en tournée avec un mec qui avait fait 50 000 avec une mixtape (NDLR : Sinik). Et j’ai des gens aujourd’hui encore, comme Soso d’Onlypro pas plus tard que la semaine dernière, qui me disent que pour eux, c’est le plus gros classique de rap français qu’il a dans sa discographie.

16ar : Beaucoup de gens me disent ça. Effectivement, c’est presque si la rue me parle plus d’Extazik que du reste.

13or : Mais gros, moi aussi ! Les gens me parlent plus d’Extazik. Ils me parlent souvent de « Bons moments » mais à chaque fois ils me parlent d’Extazik.

DJ Roc J : « Bons moments » ça a été du mainstream en fait. Ça a été un truc hyper bien réalisé, parce qu’il y avait beaucoup de sincérité, c’est des gens qui se connaissent, qui s’apprécient. On a fait un clip simple, au quartier.

16ar : Réalisé par Mokobé.

DJ Roc J : Mais Extazik c’est autre chose.

16ar : C’est pur. En clair, Extazik c’est une histoire comme dans les films. On vient de très en bas, on a dit « Les frères, comment on va faire ? » Et chacun met une bille. On commençait de 0, on prend 2 billes, de 2 billes on en fait 4, de 4 on en fait 8 etc. C’est comme ça que ça s’est fait.

13or : On l’a envoyé, il n’y avait pas de distrib, il y avait rien. On l’a sorti, on a dit « Comment on va faire ? » On a pressé des exemplaires, Ju aussi était motivé, il a dit « Je vais aller en distribuer aux Puces, et on va voir ce que ça donne ». Ça part de vraiment rien, la mixtape n’est même pas mixée.

DJ Roc J : Cette expérience-là, ça m’a fait dire que le talent, il fait tout. Je vendais des mixtapes chez Poska, je faisais le mec au téléphone. Un jour, un mec m’a appelé et m’a dit « T’es avec L’Skadrille ? Je veux leur mixtape ! » Il nous en a acheté 300, on a fait de l’argent avec ça et tout est parti. Et là, même chose quand on a repressé, c’est un mec qui m’a appelé, il a kiffé, et bam on a eu notre deal chez Musicast.

16ar : On en vendait même dans la street !

DJ Roc J : On était de vrais débrouillards. Tu sais quoi ? On a fait la première partie de 113, ils vendaient pas de t-shirts, nous à tous les concerts on vendait des t-shirts. C’était la débrouille, mais t’es entrepreneur en même temps.

16ar : On devrait en faire un film, parce qu’aujourd’hui même moi j’ai le recul de ça. Ça vient d’en bas. Beaucoup de rappeurs peuvent parler d’autoproduction mais ils ont été signés. Qui a été autoproduit, vraiment ? PNL peut-être. Tu peux me parler de qui tu veux, Booba il s’est pas auto-produit. Bon, nous, on est venus, on a fait comme dans les films. Pourquoi on dit « Trafic de music » ? L’intro elle explique tout. C’est la vérité de A à Z. Tout le monde le ressent, c’est pour ça qu’Extazik a tout cassé.

On est passés un peu vite à Extazik. Je voulais revenir sur votre passage de C2 La Balle à PC : comment le prend Ziko ? Dans quelles circonstances se fait ce départ ?

13or : Je ne me rappelle plus des circonstances exactes mais ça s’est fait sans bruit, sans heurt. On n’a pas claqué la porte de chez Ziko, tu vois ?

16ar : Je le vois encore !

13or : C’est qu’on arrivait à un moment dans notre carrière où il fallait upgrader le truc. On avait besoin de passer à un niveau supérieur, de faire notre album, d’avancer. Et ça stagnait avec Ziko. Il avait du mal avec nous, avec les artistes qu’il avait, du coup on a pris nos cliques et nos claques. Quand on a senti que c’était compliqué, on s’est dit qu’on allait avancer autrement.

En signant chez PC, le but est de vivre de la musique ?

13or : Non, c’est même pas vivre de la musique. C’est « on va avoir de plus grosses musiques, on va vraiment muscler notre jeu pour pouvoir faire l’album que le public attendait ». Un vrai format long, et on avait besoin de gros producteurs, ils avaient les meilleurs à l’époque : il y avait Djimi, Pone de la Fonky Family… C’est ce qu’on voulait. Ça a pris beaucoup trop de temps, on nous a proposé des choses qui ne nous correspondaient pas en vérité.

3 – L’Skadrille – Nos coeurs saignent feat. Marginal Sosa, T.Killa (Compilation « Première Classe ») 1999

L’Skadrille : C’est les prémices !

13or : C’est le premier morceau qu’on a fait avec PC. C’est de là que l’aventure est née avec eux. On est partis au studio, on nous a dit qu’il y avait un morceau à faire avec Marginal et T.Killa. On l’a enregistré le soir de la victoire de la France pendant la Coupe du Monde, je m’en rappelle parce que les gens nous disaient « Wesh ! Vous êtes des oufs, vous regardez pas le match ?! » Tellement on kiffait la musique, on était au studio en train d’enregistrer. Pourtant moi j’aime le ballon, tous les deux on aime le ballon. On ne se rendait pas compte de ce qu’il se passait dehors. Par rapport à la compile, c’est un down tempo. Il y avait beaucoup de morceaux d’ambiance, de gros morceaux. On a fait un morceau avec un thème, et voilà. Ça sort sur le premier volume de PC qui explose tout, du coup on a signé avec eux, on avait envie de faire le taf avec eux.

A partir de ce moment, le nom L’Skadrille est donc visible dans les bacs dans toute la France. Pourquoi ce blase d’ailleurs ?

13or : C’est par rapport à nos origines, le S pour Sénégal, « quadrille » le terrain. En plus, une unité d’avions qui avance en même temps, c’est un terme assez militaire, une rigueur, une manière de travailler, et ça allait avec l’état d’esprit du moment.

16ar : D’ailleurs je passe une grosse dédicace à la Patrouille de France ! (rires)

De là, vous enchaînez une quantité impressionnante de participations à des mixtapes comme Nouvelle Donne, Les Militants, Les Militants Hors-Serie, Hostile, Sad Hill Impact etc. parmi lesquelles, ce son : S.Kiv, Kohndo & L’Skadrille – Les derniers.

DJ Roc J : C’est pas un maxi ça ?

13or : C’est avec S.Kiv ça ! Et Kohndo. C’était un album d’S.Kiv ? En vérité il a été important pour notre carrière aussi parce qu’à un moment il nous a beaucoup sollicités. Il avait le vent en poupe, c’était les sons qui marchaient bien à l’époque… Est-ce que c’est pas d’S.Kiv qu’on connaît DJ Tal même ? Parce que DJ Tal c’était le DJ à S.Kiv, donc…  Il boostait à mort ce qu’on faisait.

Pour info, ce son est extrait de la mixtape Les Professionnels 3 de DJ Authentik.

13or : Ah ouais ? Pour moi c’était un truc euh… DJ Authentik ça ne me dit rien.

DJ Roc J : Si, il traînait avec Cream tout ça… Nique la musique de France, c’était les mêmes bails ça.

13or : Ouais, on se retrouve avec des gros rappeurs. Kohndo, c’est La Cliqua, histoire de ouf tu vois ?!

A la même période sort aussi “Cocktail explosif” avec Diam’s…

(Il coupe) 13or : et OSFA ! Moi je m’en rappelle. C’est la musique qui est traumatisante ! Le sample de Star Wars. C’est un petit maxi, c’est Adil d’OSFA qu’on connaissait bien à l’époque, il nous invite sur un titre : « Youss, venez, y’a un morceau avec Diam’s » et on y va bim bam boum ! 16 connaissait bien Diam’s déjà à l’époque.

Vous étiez donc sur la plupart des compilations importantes, mais toujours en binôme. C’était une volonté de ne pas partir en solo, même sur un titre pour une mixtape ?

13or : On était partout, on ne se faisait pas prier. « Allô, ouais y’a un truc ? Tu connais un des deux, tu fais ton projet ? On est là ! »

Mais toujours en binôme ?

13or : C’est gang life ! Les premiers solos sont datés dans Extazik sinon avant ça, aucun morceau solo. Si, des interventions à des moments différents comme le morceau « Quai 54 ». Il y en a encore un autre où j’ai pas pu venir… C’était pas Opération coup de poing ?

16ar : On était ensemble ! Ah non, j’ai fait qu’une pub !

13or : Voilà, sinon c’est la gang life !

4 – L’Skadrille – Mes repères (EP « Dangereux 2001 ») 2001

Je vous laisse choisir un seul titre pour parler de Dangereux 2001.

L’Skadrille : Wahoo !

DJ Roc J : Moi, sur ce maxi, il y a un morceau qui me les a fait contacter, c’est « Mes repères ».

(L’instru démarre)

DJ Roc J : Ahlalalala ! Ce morceau il a trop de sens !

13or : C’est tellement nous ! C’est un de nos morceaux les plus véridiques parce que c’est aussi simple que ça, on parle de nos vies, on se met à oilp sur ce morceau. On parle de nos histoires, de comment ça se passe, comment on arrive, les voyages…

16ar : C’est sincère?

13or : C’est un des morceaux dont on me parle le plus.

16ar : Moi, c’est « Mon rap ». Parce qu’en plus Booba l’a repris avec « Mon son » donc forcément les gens nous en ont reparlé.

13or : Personnalisation du rap ouais.

16ar : Moi, y’a plein de gens qui m’en ont reparlé, qui m’ont dit « Mais c’est la même chose ?! »

13or : Non, moi c’était plus traumatisant comme expérience, on avait l’impression qu’on nous avait volé, quand les mecs ont entendus « Indepedenza » d‘IAM avec le même sample que « Le rêve ».

DJ Roc J : Ah ouais ça je m’en rappelle !

13or : Les gens disaient « Wesh Youssouf ! Ils vous ont péta votre musique ! Comment ça se fait ? » Les mecs ne connaissent pas les samples, ils ne savent pas qu’ils ont repris un sample à un instant T ! Ils venaient me voir genre « Y’a embrouille ? »

16ar : J’ai une anecdote. Je vais à Marseille, au studio d’Akhenaton, il me dit « Salut frérot ? Ça va ? On a repris ton sample, Millie Jackson » Moi je ne connais rien, c’est plus 13or qui est dans le son. Je lui dis « Mais qu’est-ce tu me racontes ? » Après il m’a dit le morceau « Le rêve », et là j’ai fait « Ah ouaiiiis, d’accord » (rires)

13or : Moi j’étais pas là, mais j’avais kiffé de voir qu’Akhenaton prenait notre ceau-mor, c’est flatteur. Ça veut dire que quand il reprend le sample, il sait très bien qu’il y a un morceau qui a été fait, c’est un honneur, c’est un kif en vérité.

Pourtant, il n’y a aucun des morceaux qui est clippé sur cet album.

13or : Si, il y a « Mon rap » mais qui n’est jamais sorti parce qu’il y a un de mes petits cousins qui fume un joint dedans, à l’époque c’était pas commun (rires) C’était un de nos premiers clips. Il existe le clip mais à l’époque il n’est pas passé en télé. Mais c’était le seul clip du projet.

Un autre morceau important de votre discographie, à cette époque, c’est ce feat avec Disiz La Peste sur la compilation de DJ Poska What’s the flavor ?.

16ar : Très très lourd ! Paix à Disiz.

13or : C’est DJ Poska qui nous met en relation, c’est lui qui fait la prod. C’est lui qui le cast, nous on n’a pas demandé particulièrement de faire un morceau avec Disiz La Peste. Est-ce qu’il avait le « J’pète les plombs » dehors ? Si, si, si il était au top ! Nous on se dit « Vas-y direct » et ça donne ce morceau-là, c’est une tuerie !

16ar : Et dédicace à lui parce que contrairement à plein de rappeurs, il ne nous a pas utilisé. En clair, il n’a pas attendu d’être pauvre pour nous utiliser, c’est quand il était riche qu’il s’est dit « On va faire un morceau avec L’Skadrille parce que je les respecte ». Je dis ça parce que je pense que certains rappeurs nous ont utilisés quand on avait la cote, pour leur premier album, etc. et ensuite ils nous ont oubliés.

Il tournait beaucoup sur les émissions spés de Skyrock la nuit, il vous a beaucoup aidé dans votre progression ?

13or : Non, pas particulièrement. Ou alors on s’en rendait pas compte.

DJ Roc J : En fait, à cette époque-là, il y a avait eu deux trois gros morceaux de L’Skadrille comme « Tueurs nés », ça mettait des frappes. C’était pas forcément des singles, mais c’était du vrai rap. Ce morceau, pour notre génération, tout le monde est parti en vacances avec !

13or : Pour les gens, ça fait partie d’Extazik ce morceau-là, il y a une grosse partie du public qui l’a découvert dessus. Disiz, ouais, c’est quelqu’un !

DJ Roc J : Ça avait été chaud parce que quand même sur cette compile, il y avait un duo entre Sniper et Diam’s ! Ils étaient à côté de gens quand même… Et c’était pas les petits qui arrivaient. Ca faisait partie des deux trois gros morceaux. Encore une fois, je ne travaillais pas avec eux, je crois que même Poska ne les connaissait pas encore. Moi, j’étais juste un DJ qui prenais les skeuds et je sais que ça c’est des morceaux dont on ne passait pas à côté.

Il y a eu aussi le « 13&16 » sur la compilation Original Bombattak.

16ar : Paix à Marc ! Un vrai gars.

13or : Il a fait partie de notre histoire. Les freestyles qu’on a faits sur Générations… C’est quelqu’un qui nous aimait beaucoup. Quand il y avait la Fonky Family, il décrochait son téléphone « Prévenez-les, dites-leur de venir dans le studio, ils vont faire un freestyle avec eux ». On venait, bim bam boum, on kickait avec eux. Ça s’est passé plusieurs fois avec plusieurs artistes. Il appréciait vraiment notre travail donc dès qu’il y avait une opportunité pour nous mettre en avant, il le faisait. Et ça, ça arrive bien après. Il nous appelle « J’ai besoin de vous pour ma compile », on déboule ! On fait ce morceau sur une prod de 20Syl, j’aimais beaucoup la musique. Je kiffais grave l’instru ! Et on s’est amusés.

Toujours en 2001, le morceau est moins connu mais tout autant efficace. (L’Arcane feat. L’Skadrille, Mo’vez Lang, SKL – Hautes tensions)

13or : Ça c’est les combinaisons historiques ! Sur le papier hein, le morceau n’a pas fait le bruit qu’il devait faire. Déjà, c’est des rappeurs d’à peu près notre âge, on se connait depuis le début. 16 il est du Val Fleury, Val Fleury – Meudon – Boulogne c’est à côté. Moi j’ai des cousins qui habitent au Pont-de-Sèvres, ça veut dire qu’on se côtoie depuis jeunes. Mo’vez Lang, c’est un groupe pour lequel j’ai beaucoup de respect et d’estime, ça va en dehors de la musique. C’est des gens qu’on a côtoyé avant la musique, et avec qui on a encore des contacts.

5 – L’Skadrille – Y’a pas de hasard feat. AP (Mixtape « Extazik ») 2003

Venons-en à Extazik donc. En 3 morceaux, tout d’abord celui-là.

16ar : Putain de morceau parce que putain de vrai gars !

Pourquoi avoir fait appel à AP qui est le moins médiatisé du groupe 113 et n’a jamais réellement développé sa carrière solo ?

13or : Parce que AP c’est humain ! A cette époque-là on aurait pu demander Mokobé avec qui je suis cousin, ou Rim’K, mais AP il y avait une telle affinité avec lui qui fait qu’on l’invite, il vient dans le fin fond du 78. L’histoire du morceau, elle est chanmée ! Pedro connaît bien les mecs de Medeline, ils lui donnent une palette de morceaux et il y a ce morceau-là, un beat rapide…

16ar : Un peu un truc à la 113, au niveau de la rapidité.

13or : Donc tout de suite on invite AP, il vient. Extazik c’est un nuage, on enregistre dans des conditions pas possibles, c’est pas dans un studio, on n’a pas d’ingé, il n’y a pas de cabine, il y a juste un rideau… Mais les choses se goupillent de manière chanmée, il n’y a eu aucune difficulté à faire ce projet-là.

Pour autant, là encore, vous ne profitez pas de la notoriété du 113 pour clipper.

13or : Nan !

DJ Roc J : Parce qu’à l’époque l’image n’est pas aussi importante qu’aujourd’hui. Ça fait une traînée de poudre, je te dis la vérité, quand tu mets le numéro derrière le dos du CD. Tu sais que j’ai des gens le dimanche matin à 10h qui m’appelaient : « Ouais un feat, ouais un concert etc. » ?! C’était un truc… Moi j’étais là pour faire le CD, mais tout sortait de leurs têtes. Il y a des morceaux qui sont ressortis, mais, le vrai premier titre, c’est « Papa rentre à la maison », tu te rappelles ?

16ar : C’était tout ça !

DJ Roc J : Après, il y a un alignement des planètes. A ce moment-là on reprend « La Cité De Dieu » ce qui leur colle complètement mais un truc de fou malade ! Personne ne l’avait repris, on est les premiers à l’avoir fait. C’était une autoroute… Il y avait AP du 113, Soprano des Psy4 qui était en train de partir en solo… C’était pas n’importe quoi.

16ar : Quand on dit « Trafic de music », c’est pour de vrai. Lorsqu’on a fait Extazik, tout est vrai. Le concept, lorsqu’on est arrivés pour reprendre le terrain, on l’a fait.

Une revanche sur Première Classe ?

16ar : Non, non, non ! On n’avait pas perdu, on vient prendre le terrain ! Il n’y a pas de revanche.

DJ Roc J : Extazik, il y avait énormément de talent dans le labo. Je me rappelle de « Ghetto 16 » quand il l’a fait, de « La danse de la violence » de 13or… C’est le premier titre qu’on fait. On s’appelle, on se dit qu’on fait une mixtape. Ecoute bien : il écrit un texte chez lui pendant une semaine, tu ne connais pas sa manière de travailler mais c’est un mec qui prépare sur sa musique, il vient, c’est comme s’il va cogner la musique ! J’arrive au truc, je lui dis “Arrrrrrrête ! Alchemist, il a produit pour Dilated People, une instru… elle est folle !” Je la mets dans le truc, c’est l’instru de « La danse de la violence »… Sincèrement, il y a une magie à cette époque-là. Pour ma part, j’ai pas fait une meilleure mixtape. Franchement, l’intro, les scratchs, les trucs… J’ai fait d’autres choses tu vois, mais sincèrement je pense pas avoir été… C’est comme un ingénieur qui a été vraiment précis au millimètre près.

13or : Moi c’est mon disque préféré.

16ar : Il a fait du sale !

Le morceau avec Tandem est aussi inédit.

13or : « Dis aux majors » ? Ouais. C’est un morceau qui date de… On l’a enregistré à l’époque de Première Classe. Il n’est jamais sorti nulle part, et on le met dessus.

Donc c’est pas un pied-de-nez à PC ?

13or : Nan ! Inconsciemment. Normalement les bandes de ce morceau-là, elles leur appartiennent. Mais fuck, on demande aucune autorisation, on le met sur notre jet-pro. C’est eux les producteurs de ce morceau-là.

DJ Roc J : Y’avait un truc… « Le fabuleux destin » mon frère !

13or : Y’avait quelques piques, oui. Et même 16 il dit « Euh… Jacky… » T’sais, on leur en veut même pas ! Ils ont pas fait le taf, c’est eux qui sont passés à côté des choses. L’histoire prouve que, ils ont flairé parce que derrière on fait Extazik ça pète, derrière on fait Nos vies ça pète. Les mecs à un certain moment, ils disent « On avait ça entre les mains, on n’a pas su l’exploiter ».

DJ Roc J : J’aurais été dégouté !

13or : Tous les jours. On n’avait pas les moyens qu’ils avaient hein ! On a fait, on ne savait pas où ni comment le disque allait sortir. Il sort, il explose tout. Tu te rends compte, avec une force de frappe comme la leur, s’ils avaient sortis ce disque-là, je peux te dire qu’à l’époque on aurait fait l’or.

Vous savez combien vous en avez vendus ?

DJ Roc J : 12 000.

16ar : 80 000 €.

DJ Roc J : Je peux te dire qu’en indé, on était bien. Dis-toi qu’on a coproduit la tournée Indépendance Tour, on a produit notre disque Nos vies

De qui vient l’idée de l’Indépendance Tour ?

13or : On nous appelle, il y a un projet qui est en cours. C’est Tefa et Masta qui nous appellent, qui nous disent « On a un projet, on veut faire ci, on veut faire ça, on vous voit bien. Est-ce que vous êtes chauds ? Mais par contre il y a un billet d’entrée qui est de tant. Est-ce que vous êtes prêts pour ça ? » On est solides, on le fait.

Pour combien de dates ?

13or : Il y en avait une dizaine. On le fait, et attention, il faut savoir que cette tournée, elle est importante par rapport au tournant qu’on va prendre. Nous, on la fait pour faire une tournée. On ne sait pas les répercussions que ça va avoir derrière. On y va, on fait toutes les dates comme si c’étaient les dernières dates, on revient. Dernière date à l’Elysée Montmartre, on nous dit que les mecs de Warner veulent nous voir. Nous on ne savait pas, on ne l’a pas fait pour ça. Et de là on signe l’album en licence chez Warner, tout en sachant qu’on avait déjà commencé à produire notre album, on avait besoin de personne hein ! On allait faire comme Extazik. L’histoire prouve que, on avait raison sur le premier truc, on l’aurait fait. Je ne sais pas comment on l’aurait envoyé, mais on l’aurait fait. Mais du coup Warner s’est associé à nous, et voilà on sort “Nos vies” derrière. C’est vraiment des trucs qui se goupillent.

6 – L’Skadrille & Tandem – Dis aux majors (Mixtape « Extazik ») 2003

« Dis aux majors » c’est aussi en clin d’oeil au titre du Ménage à 3, non ?

13or : C’est 16 qui a écrit le refrain. Est-ce que même la référence tu…

16ar : Si si si ! C’est ça ! Les magiciens.

13or : Moi j’étais un bousillé. 3x plus efficace, c’est un disque que je connais par cœur. C’est des tueurs les mecs ! Moi, c’est comme ça que je fonctionnais et encore aujourd’hui quand je veux faire un skeud, il faut prendre 3 disques à un certain moment. A nos débuts, avant de faire Mack 01, c’est 3x plus efficace, La Cliqua et un troisième, je ne sais plus c’est lequel. Mais c’est des disques références, des indépendants qui cassent tout, tu vois ? Et c’est des mecs que tu côtoies et que t’es amené à croiser. Moi, ce qui a rendu le truc possible, c’est quand j’étais petit, je suis parti voir MC Solaar au Zénith et je vois Sages Poètes en première partie. Il faut savoir que Sages Poètes c’est des mecs du quartier de mon cousin, des mecs que je voyais tous les jours. Solaar c’est un mec de la télé, tu te dis que c’est pas accessible. Quand tu vois que c’est des mecs qui galèrent, comme toi, que tu vois au quartier, comme toi, tu te dis « Hé, je peux le faire en vérité ! »

Vous étiez bousillés de cinéma aussi à cette époque ? Parce qu’il y a de nombreuses références à La Cité de Dieu, au Fabuleux destin d’Amélie Poulain etc.

13or : C’est des trucs qu’on regardait. Moi, La Cité de Dieu, je l’ai découvert juste avant de sortir Extazik. Sinon, j’avais pas regardé le truc mais ça m’a traumatisé, ça m’a mis une gifle !

DJ Roc J : La Cité de Dieu c’était le nouveau Scarface. Et puis c’était deux renois. Après, j’aime pas rentrer dans des considérations comme ça, mais malgré tout L’Skadrille ça devait plus se sentir représenté par La Cité de Dieu que par Scarface, on ne va pas se mentir.

13or : Et Scarface avait été tordu avant qu’on sorte.

DJ Roc J : Ouais, aussi, mais il y a aussi l’histoire que c’est des ti-peu. La scène où il lui dit « Viens, t’as oublié ton flingue » et bam, il le bute… Excuse-moi mais… C’est juste ça.

13or : C’est la vista !

DJ Roc J : C’est « Venez les anciens, on est des gros rappeurs, on va vous tirer dessus ! » Y’a pas de problème. Au final, on vend tout ce qu’on a produit, je pense que c’était 1 500 et on est appelés par Musicast à la fin de l’été. On nous fait un repressage, et là, la pochette elle change.

13or : Parce qu’ils nous ont dit que c’était pas possible de mettre cette pochette-là. Du coup ceux qui ont la pochette avec Ze Pequeno dessus, c’est une pièce vraiment rare.

DJ Roc J : Ouais, elle est super rare. C’est pas le même mix en plus, on avait rajouté des freestyles. Et pourquoi on l’avait fait ? Parce qu’il y avait une réédition sur le coffret de La Cité de Dieu, le vrai film, et on nous a dit « Universal vont nous tomber dessus, c’est terminé ». Je m’en rappelle encore, on était à Générations, je vous l’ai dit, je me suis dit « Wahhh le truc de ouf, le jour où on devait envoyer tout le pressage »… Et donc cette réédition qui sort, ça continue à faire son petit bout de chemin mais tu vois c’était pas comme s’il y avait des clips, des trucs et tout. Et là Tefa avec Maurice de Dooen Damage nous appelle, parce que Maurice manageait Tandem. On va au rendez-vous dans un truc à Montreuil, on nous propose la tournée, et là, on se dit « Ouais, cool et tout » mais ils nous proposent un truc qui n’était pas complètement ce qu’on voulait. On était une équipe : il fallait qu’on bouge avec tout le monde, ou c’était personne.

13or : Ahhhh ouais ! Ils demandaient en « équipe réduite ».

DJ Roc J : Et on est partis.

A combien du coup ?

13or : Que les deux rappeurs !

DJ Roc J : Mais nan, mais Indépendance Tour, tu sais ce que c’était ? C’était 30 personnes sur la route. Avec Angelo de Live Nation. Il y avait un billet d’entrée de 7 000€ donc chacun devait mettre 7 000€. Chacun met 7 balles, on part. Sinik, il sort son album, il fait 50 000 en 3 mois. Normalement, on se dit que ça va être un peu la tête d’affiche. Mais c’était pas comme ça. Eux avaient un tel buzz dans la rue, que je m’en rappelle, à Marseille, je crois que c’était la première date, on est arrivés, peu de préjugés mais quand même… Et ça s’est très vite détendu. Tu sais c’était quoi l’histoire ? Chaque soir, on tournait. Un qui commençait premier, l’autre le lendemain etc.

16ar : Et à l’Elysée Montmartre on les a niquéééééés !

DJ Roc J : On a terminé ! Avec le tirage au sort, on s’est retrouvés à la fin !

13or : Et même Sinik, quand même, il a eu une démarche, tu vois ? Parce qu’il aurait pû dire « Tu me casses les couilles, c’est moi qui vend le plus à l’instant T, moi je passe en dernier à chaque fois ! » Mais il s’est prêté au jeu. En même temps, aussi, on avait plus de background que lui en vérité. On avait des disques bien avant qu’il soit né, il a dû nous écouter lui aussi.

DJ Roc J : C’est ça la vérité ! Il les estimait énormément artistiquement.

« Je les connais très bien, ils sont très gentils, ils ont un grand sourire, mais manque de respect… Il y avait une phrase qu’on aimait beaucoup ‘On respecte tout le monde comme on baise tout le monde’ »
DJ ROC J à propos de L’Skadrille

A Nantes, c’était Tandem en dernier. Je me souviens de l’arrivée du duo, de dos, capuchés, avec l’inscription sur le sweat « J’baiserai la France jusqu’à ce qu’elle m’aime »…

DJ Roc J : Tu vois, il y avait quand même des gros buzzs ! Ce qu’il faut que t’imagines, c’est qu’on part en tournée avec deux autres groupes qui ont chacun leur album dans les bacs. Nous on vient avec une mixtape, ça c’est l’Skadrille ! Je te dis la vérité: sur scène, ça n’a même pas rigolé !

Vous aviez un positionnement moins caille-ra que Tandem.

DJ Roc J : Ben c’est ce que tu crois !

16ar : Tandem c’était bon !

13or : Les gens, ils nous disaient « On se rend compte que, vous, c’est pas surjoué ».

DJ Roc J : Nous on avait le sourire quand même.

13or : Voilà !

16ar : Assumé !

DJ Roc J : Ça veut dire c’était la street assumée.

16ar : Ceux qui font du biff et qui rigolent.

DJ Roc J : C’est en ça qu’on ressemblait à 113. Ils ont fait « Ce soir on sort », dans Extazik tu avais « Tell me » qui est un des plus gros titres. Encore aujourd’hui on nous en parle. L’Skadrille c’était… je sais pas comment t’expliquer…

13or : Nous, c’est plus te-trai. Parce que nous on n’avait les codes des vrais caillera, des trucs comme la funk. Quand t’as ces codes-là, je pense que tu ressens que c’est un autre délire, c’est une autre manière de faire.

DJ Roc J : En fait, c’est pas des mecs caillera, c’est des mecs issus des quartiers populaires avec les bons et les mauvais côtés. Je les connais très bien, ils sont très gentils, ils ont un grand sourire, mais manque de respect… Il y avait une phrase qu’on aimait beaucoup « On respecte tout le monde comme on baise tout le monde » (NDLR : extrait de « Pleure pas » de Rohff) Voilà, c’est exactement ça !

13or : Et puis, comme je disais toujours, il faut se méfier de ceux qui rigolent tout le temps. Ou même ceux qui veulent te faire sourire, parce que la réalité, elle est peut-être plus dure que ceux qui font les énervés tout le temps. Et les mecs ils le sentaient. On a géré des situations dans des concerts, en face de nous. Comme t’a dit 16, on avait les populations les plus difficiles, et ça passait parce qu’on se reconnaissait.

16ar : Anecdote. On a été dans un concert, et ça criait « Nique ta mère, nique ta mère, nique ta mère » et ça faisait que ça. Pit Baccardi rentre sur scène, il prend des trucs qui tombent à côté. Il arrête le concert.

DJ Roc J : Dunkerque !

16ar : Il dit « Stop ». Maintenant c’est à nous de rentrer. On entend « Nique ta mère, nique ta mère »… Youss et moi on se connait. On commence, en deux secondes “Whoaaaa !” Comme dans Les Lascars !

DJ Roc J : Avec Tandem, je n’ai jamais senti ça. On était très proches d’eux, on a les mêmes âges. Ils étaient dans un truc quand même assez différent.

13or : Musicalement, on n’avait pas envie de dégager les mêmes choses qu’eux parce que nos personnalités étaient différentes. La vie, elle est assez compliquée. On sait ramener la dureté, mais on ne va pas ramener que ça. C’est ce qui a fait la différence. Avec notre groupe, on s’en sort avec notre premier album disque d’or, Tandem n’ont pas eu cette chance. On ne dégageait pas les mêmes choses.

On enchaîne brièvement avec ce titre : L’Skadrille – Méfiance

16ar : Fat Taf ! D’ailleurs on n’a pas été payés, rendez-nous les lovés !

C’était qui Ludo ?

13or : C’est un mec à l’époque qui gravitait autour de Première Classe, à mon avis c’est un gars de chez eux qu’ils connaissent. Et voilà, il a fait son premier projet. C’est lui qui a fait toutes les prods. Sur le projet, le premier morceau qui sort c’est « Rap sauvage » de Tandem. Ils nous appellent pour faire un titre, on y va et bim bam boom ! Je l’écoute souvent celui-là encore !

7 – L’Skadrille – Panam All Starz feat. Sniper, Haroun, Mano Kid Mesa, G-Kill, Sinik, Diam’s, Salif, Zoxea, Tandem, Rim’k & AP (Album Sniper “Gravé dans la roche ») 2003

Puis vient ce classique national.

13or : « Panam All Starz » ! C’est un morceau qu’il fallait faire, on était dessus. Ça fait partie de l’Histoire. Et même musicalement, c’est le grand frère de « Bons moments » même si ça n’a rien à voir au niveau de la thématique. Sniper, à l’époque, j’écoute pas spécifiquement, ils nous invitent sur le projet, moi je découvre Sniper à ce moment-là. Des gars simples, des crèmes. Encore aujourd’hui, Aketo, je suis en contact avec lui. La dernière fois que je suis venu dans ce café-là même, j’étais avec lui et Julien. C’est là que L’Skadrille et Sniper ça commence. Ils nous ont invités sur ce morceau-là, tu vois moi je ne savais même pas qu’ils connaissaient notre groupe. Ça, ça veut dire « J’aime bien ce que tu fais » en vérité. Et voilà, on y va, on fait ce couplet-là. Maintenant, quand les gens ne se rappellent pas de mon groupe, je dis « Tu vois le morceau Panam All Starz ? Tu vois le couplet des Yvelines ? C’est nous ! » Et les mecs ils disent « Naaaan ! Mais je connais trop bien en vérité ! » Encore aujourd’hui celui-là on en parle. Il y a eu plein de petits frères de ce morceau-là mais il n’y en a aucun qui arrivera à cette hauteur-là.

C’était aussi le premier gros délire autour de l’identification dans le rap par départements. Est-ce que vous savez si vous étiez le premier choix ou si Sniper avait pensé à d’autres représentants du 78 comme Expression Direkt ?

DJ Roc J : Nan c’était le premier choix !

13or : Premier choix ! Parce qu’à cette époque-là, La Fouine était pas encore là, Express D c’est les grands frères, c’était un peu dépassé. A l’époque où ils l’ont fait, c’était nous quoi ! De toute façon, les mecs qu’ils ont invité de chaque département, c’était eux à ce moment-là. A ce moment T, là, ils ont pris les meilleurs.

« Maintenant, quand les gens ne se rappellent pas de mon groupe, je dis “Tu vois le morceau Panam All Starz ? Tu vois le couplet des Yvelines ? C’est nous ! »
13or

Une grosse concurrence à la vue des autres invités. Vous saviez avec qui vous alliez croiser le mic en allant enregistrer ?

13or : Je crois même pas. Je crois qu’on a que croisé 113 le jour où on venait enregistrer. Je crois, hein. On n‘était pas au courant. Tu sais, après, à cette époque-là tu ne regardais pas qui il y avait. Même pour un morceau comme ça, ça ne mettait pas une pression supplémentaire. On se la mettait, bim bim.

DJ Roc J : Je comprends. Son plus gros challenger, ça reste 16. Fallait qu’ils se fassent kiffer, tu vois ce que je veux dire ?

Il n’y a pas eu de tentative de clip ?

13or : Non, jamais.

DJ Roc J : Non, non.

13or : Mais j’ai kiffé la musique ! Cette instru-là, quand je l’ai entendu j’ai fait « Wahoooo ! »

DJ Roc J : Tu sais d’où il vient ce morceau ?

13or : C’est qui qui l’a fait ? Il a disparu.

DJ Roc J : C’est Jo le balafré ! L’idée en fait c’était sur un disque de Ruff Ryders.

13or : Ouaiiiiis je vois très bien quel titre “tain-nain-nain, ta-nain-nain-nain” (Ils chantonnent tous les deux) Tu vois, un morceau où il y a tout le monde : Jadakiss, ils invitent Snoop, y’a le couplet des mecs de la West Coast. C’est sur les compiles de Swizz Beatz même exactement. Une tuerie ! Et y’a cette voix « Ho ho ho »… Je kiffe la musique, j’écris sur place.

DJ Roc J : Jo était très proche de Tefa et Masta, il avait beaucoup produit à l’époque pour Tandem. Beatmaker très chaud.

Encore en activité il me semble.

13or : Ah ouais ? Jo le balafré ?

DJ Roc J : Ouais, il bosse. Il est là encore. Il bossait avec un arrangeur qui s’appelait Elio, qui a fait le tube de Diam’s qui a tout pété (NDLR “La boulette”). Elio était super fort. L’assemblement des deux, ça faisait du sale avec de la mélodie, ils étaient trop violents ces mecs-là.

Viennent ensuite « L’art de la misère » avec Rim-K sur Talents Fâchés 2, « Sud side » sur l’album de Manu Key.

DJ Roc J : Ça c’était un gros morceau !

13or : De fou ! Manu Key qui nous invite sur un projet. Manu Key, pareil, c’est un mec qu’on a l’habitude de croiser en studio, via Mokobé, via la Mafia K’1 Fry. Il nous invite pour ce titre-là, musique westside, voilà on se fait plaisir. Le clip derrière…

« J’m’en bats les couilles de serrer des mains, je préfère serrer des meufs »

13or : Phrase clef ! (rires)

DJ Roc J : C’était très L’Skadrille ce titre.

13or : Manu Key nous a laissé le champ libre.

DJ Roc J : Manu, en même temps, c’est ce qu’il voulait. C’était un ancien… On avait bien kiffé !

8 – L’Skadrille – Nos vies (Album « Nos vies ») 2005

2006, l’album sort.

13or : Ca, pour moi, c’est la même chose que « Mes repères ». C’est nous. C’est ce qu’on vit à l’instant T, comment on peut parler l’un de l’autre. Y’a un morceau de 16 en solo qu’il a fait où il parle de notre histoire (La vie continue) c’est un morceau qui me donne la chair de poule, quand il parle de notre rencontre, il parle de moi en disant que c’est « le frère tant attendu »… Quand j’ai écouté ce morceau-là c’est… c’est des tranches de vie, et ça c’est plus fort que tout. Et même, je pense que si on n’a pas accédé encore à un statut au-dessus, c’est qu’on est trop véritables. Et ce game-là, il se joue par nécessité, ça veut dire que t’utilises les gens, tu les broies, et tu les laisses. Et nous on ne sait pas faire ça. Ça veut dire qu’on allait faire des guests avec des gens pas spécialement bons en rap mais qu’on appréciait humainement. Le rap aujourd’hui c’est ça : « Je regarde ce que tu vas m’apporter ».

16ar : Roc J, je trouvais qu’il était pas très fort en scratchs. Hormis les liens humains, ensuite, il m’a prouvé qu’il savait faire ça. En fait, il y a une sorte de galvanisation. Si tu lui dis directement « T’es trop fort », il en restera là. C’était pas le but hein ! Mais avec le recul, je comprends qu’il faut être ce qu’on est. Comme ça, au moins, on fait avancer les bails.

13or : On s’est tous fait avancer, il faut le dire !

DJ Roc J : Moi, aujourd’hui, je suis complètement dans le game : je suis à la radio, je tourne avec des artistes etc. Déjà, d’une, ils ne m’en ont jamais voulu, et ils ont toujours compris l’intérêt que j’avais à faire ce que je devais faire.

16ar : J’étais jaloux ! Mais je ne lui en ai pas voulu.

DJ Roc J : Ce qui est important de dire aujourd’hui, ça pourrait paraître que je suis avancé, je suis dans le game; mais c’est ces deux-là qui m’ont tout apporté ! Je te dis la vérité. Quand on a sorti Extazik et quand on a sorti Nos vies, j’ai tellement charbonné que j’ai rencontré tout le monde : du manager de Diam’s au tourneur Angelo (NDLR : Angelo Gopee, actuel DG de Live Nation France). Ça a été ma plus grosse école, je ne pourrais pas dire autre chose.

C’était mal perçu que tu travailles avec plusieurs artistes ?

DJ Roc J : Non, mais après il faut savoir garder les priorités.

Tu bossais avec qui ?

DJ Roc J : Ils ont fait leur morceau « Bons moments » avec Sniper, et moi en fait, je les connaissais d’avant. Mais ce truc-là a fait qu’on s’est beaucoup rapprochés, et eux se sont séparés de leur DJ à un moment donné (NDLR : DJ Boudj). J’ai aussi fait Sniper, Kenza Farah, Kayna Samet, L’Algérino, Rohff… Tu peux être compétent dans un truc, mais si tu n’as pas les bonnes personnes autour de toi, tu n’iras nulle part. Je te dis, Sébastien Catillon (NDLR : ex Directeur Artistique du Label UP Music, Warner France) j’ai été lui parler et défendre leur album, et j’ai pu le faire parce qu’ils avaient du talent, que j’avais Nos vies entre les mains, et qu’il y avait « Bons moments ».

13or : On arrive à un moment, où, une carrière d’artiste, elle se résume par le tube que tu peux avoir. A toute cette période-là, avant de sortir, on n’avait pas de tube dans le sens radiophonique du terme. A un moment, on s’assoit on dit : « Comment on va faire des be-tu ? » On écoute ce qui fonctionne en ce moment : Sniper ça fonctionne bien, Mokobé, c’est un hitman, c’est lui qui a réalisé la plupart des morceaux. Tu vois, on s’est entouré de ces personnes-là et on a visé juste avec le premier titre, c’est pas facile ! On l’a fait écouter à certaines personnes qui ont dit « C’est nul ! » Notre DA à l’époque de Warner, on lui fait écouter « Bons moments », il nous dit : « C’est pas un tube les gars ! »

DJ Roc J : Non, c’est pas ça qu’il dit !

13or : C’est quoi qu’il dit ?

DJ Roc J : La vérité sur « Bons moments », en fait, le patron du label Seb Catillon nous reçoit. Je lui fais écouter « Bons moments », il me dit « Ça tue, ça tue, ça tue ! Mais on ne peut pas arriver avec un feat. » Il me fait une tirade pendant une demi-heure que c’est pas possible. Il a été faire écouter à un certain Monsieur, qui lui a dit « Moi, je rentre ça, je pars là-dessus ». Il est revenu, il a fait comme si de rien n’était. Et même, pour te dire, tu sais ce qu’il nous a fait ? Il nous a convoqués un vendredi, je m’en rappellerai toujours, il nous a posé un contrat, il nous a dit « Lundi, c’est signé ! » Quand il a fait écouter le truc, et que Bouneau il a dit « C’est bon »…

13or : A l’époque, c’est la seule alternative. Voilà, on a eu raison.

16ar : De toute façon, on a toujours été nous, et on sera toujours nous, L’Skadrille, donc on s’en fout. On a toujours fait ce qu’on avait à faire, c’est pour ça qu’on est respecté. Maintenant, on a signé à Universal en édition. Il voulait qu’on utilise les beats de ses potos, nous on a dit : « On va pas utiliser les beats de tes potos, parce que justement on les sent pas ». Après, nous, comme on porte nos couilles, on a dit « Bah vas-y nique ta race ! » Il nous a montré du doigt et nous a dit « Vous êtes sûrs ? », on a dit « Oui, nique ta race, rends nous nos contrats ». C’est comme ça que ça s’est passé, il faut dire la vérité bien fort ! Et c’est là que c’est parti en couilles, pour nous, L’Skadrille…

9 – L’Skadrille – Le festival du poulet (Mixtape « Extazik City ») 2006

2006, il y a Extazik City avec notamment ce morceau « Le festival du poulet ». C’était important de faire un morceau consacré à la police ?

DJ Roc J : Ça c’est un morceau Skadrille !

13or : Pas spécifiquement. C’est une thématique de notre quotidien, c’est bien d’en parler. On réfléchissait aux différentes thématiques qu’on pourrait exploiter et celle-là elle est venue à ce moment-là. Des fois, c’est la musique qui fait le truc… C’est la musique qui m’avait inspiré.

16ar : Il y a aussi un cliché : on n’aime pas les keufs, c’est un cliché, parce que tu sais que 13or et moi on est plus intelligents que ça. Mais effectivement, même si c’est un cliché, l’autre jour j’étais à Asnières, je vois que les petits ouvrent un truc d’eau, comme aux Etats-Unis. Ils se baignent, ils kiffent, ils s’amusent et tout. Une voiture passe, ils s’amusent un peu avec les voitures, mais ça fait rigoler tout le monde. Une voiture vient, essaie de foncer sur un petit, déjà ça c’est bizarre. Maintenant les condés, ils viennent. J’étais juste à côté d’eux parce que je regardais la scène. J’ai vu un caillou arriver, et après eux je les ai vus : flashball, sur des petits comme ça. Des enfants.

Vous êtes parents ?

13or : Oui !

16ar : Moi non. Mais tu vois ce que je veux dire ? C’est une conception d’esprit. Ils sont à côté hein, et « Pah pah pah » ils tirent sur eux. Ça veut dire qu’en clair, eux ils s’amusent, mon fils ou mon petit frère auraient pu prendre une bastos dans la tête ?! Pour ce genre de truc… Alors effectivement, dans ce cas-là, j’aime pas les keufs !

13or : Et puis comme il a dit, on est assez intelligents pour ne pas être confrontés à ce genre de choses. Parce que, moi, quand il y a les keufs, je parle pas avec eux. « Donne moi ton permis », je lui donne mon permis. Je discute même pas avec eux parce que je sais que ça sera une discussion stérile. Il n’y a rien à échanger avec ces gens-là. C’est une réalité pour nos frères, pour nos sœurs. C’est une réalité ici, dans une certaine mesure, aux Etats-Unis dans une autre mesure. C’est très compliqué, les rapports avec la police et c’est comme ça qu’on l’a exprimé.

Vous avez des souvenirs de confrontations ou tensions fortes, notamment pendant les émeutes ?

16ar : Ce qui nous a sauvés c’est « Bons moments ».  Vu que nous on calme, pendant les émeutes, du coup ça correspond très bien.

13or : C’était ça le contrepied. Le contexte dans lequel « Bons moments » il arrive, c’est les émeutes et il y a deux re-noi qui arrivent et disent « Il y a aussi des bons moments dans la té-ci ». Ça tombait pile-poil. On ramène un certain sourire sur la réalité de Bouna & Zyed qui se font électrocuter. C’est pas qu’on veut positiver les choses, c’est qu’on arrive avec un délire joyeux. Mais cette réalité-là, on la connaît, on est au courant, on sait comment ça se passe mais on veut apporter autre chose. Parce que cette réalité-là, l’auditeur, peut-être qu’il la connaît encore mieux que moi, il a peut-être pas envie d’écouter et d’entendre ce qu’il vit au quotidien, il a envie de planer un petit peu donc on t’apporte un peu de soleil.

De là, à nouveau plusieurs apparitions comme celle de 16ar sur Patrimoine du Ghetto avec Sefyu, celle de 13or sur « Coup de poing et tendresse » aux côtés de Manu Key et 6 Coups MC, ou les titres en grosse équipe « Destin » avec Eben, Pit Baccardi et G-Kill, et « TGI » avec Sefyu, T.Killa, Dicidens, Heckel & Geckel. Vous acceptiez toutes les demandes pour des featurings et participations à des compilations ?

DJ Roc J : Je ne suis vraiment pas comme ça. Moi, je suis la personne qui va te dire « Est-ce que t’as un intérêt ? » Eux, ils étaient peut-être un peu plus sentimentaux.

13or : Ouais, on a dû refuser quelques trucs, tu vois ? On en a accepté beaucoup plus. On n’était pas des rappeurs dans le « Nan, nan, nan ». Il y a des trucs qu’on a refusés parce qu’on ne connaissait pas les gens.

Est-ce qu’il vous est arrivé de refuser des sons ou compilations, et de regretter par la suite ?

16ar : Non, parce que quand on y est, on l’assume. Lorsqu’on y va, on sait qu’on y va. On s’en fout du résultat.

13or : De ouf ! C’est pour ça que les répercussions des morceaux, moi je m’en rendais pas compte puisqu’on allait, on faisait et puis après c’était oublié. Moi je pensais déjà au morceau d’après.

Est-ce qu’il vous est arrivé de regretter de poser un couplet un peu léger, ou choisir une prod à l’arrache ?

DJ Roc J : Est-ce que t’as déjà écouté un couplet un peu léger de L’Skadrille ?

13or : Ouais, ça doit arriver que tu regrettes parce que rien n’est jamais parfait. Il y aura toujours des trucs à améliorer mais quand on repart du studio c’est qu’on est quand même satisfaits.

16ar : On n’était pas dans cet état d’esprit. On était très très scolaires.

DJ Roc J : Et puis le rap, il faut arrêter… Quand t’es bon, t’es bon. Quand t’es au studio, t’as pas besoin de 15 heures pour rapper, c’est ça la vérité.

10 – L’Skadrille – Coup de fouet (Album « Un flingue et des roses ») 2008

2008, on arrive à votre dernier album à date. Dans quelles conditions le sortez-vous ?

13or : En fait, plus on avance dans les statuts, dans les réels statuts musicaux, plus… moins ça me plait. Quand on était en totale indépendance, j’étais archi épanoui. Quand on arrive en licence, je suis encore assez épanoui. Mais dès que je leur donne les clefs, ça ne va plus. A cet album-là, on est en contrat d’artiste, ce dont j’avais toujours rêvé depuis le début de ma carrière. Tu vois, pour moi, c’est un aboutissement. De se retrouver dans un grand groupe comme Warner… Et le disque n’est pas défendu comme il faut. Peut-être que dans la musique, on aurait pu faire autre chose, mais, dans cette manière d’appréhender la musique, ben je ne m’y retrouve pas. Le mec, il est là de 9h du matin à 17h, il n’ira pas au carton pour ton skeud, tandis que nous, c’est ce qu’on faisait au quotidien. Nos meilleurs VRP c’était 16, Roc J et moi. Quand il y avait un truc à faire à 1h du matin, Roc J avait son téléphone, on allait apporter le morceau à Couvre-Feu. On allait faire ce qu’il y avait à faire. Quand tu te retrouves en maison de disques, c’est pas la même chose. On s’est dit « cainri », on va faire juste de la musique, on les laisse s’occuper de tout et voilà. Après, je ne pense pas qu’il y ait que ça, mais ça a fait partie du truc qui a fait que Des roses et des flingues ben… Après, moi j’ai un certain désamour du truc, des mecs de maisons de disques…

Avec le recul, est-ce que vous appréciez cet album autant que les autres ?

16ar : Ouais, largement plus ! Non, pas plus que Nos vies, autant. On a toujours été un peu en avance. Maintenant, quand je le réécoute, je comprends : parce qu’on est en avance, on nous comprend pas. C’est pas un manque d’humilité, c’est juste de l’analyse. Je l’ai ré-écouté, ré-écouté, ré-écouté…

DJ Roc J : Il est mieux produit. En termes de qualité je te parle. Et puis on n’était pas dans les mêmes conditions. Tu vois, moi j’aime pas remettre la faute sur les autres, mais je pense qu’on était dans un label où il y avait de grosses priorités. Il faut savoir qu’on était chez UP Music où il y avait Sniper et Kery et malgré tout, c’était des gros vendeurs. Je pense qu’un morceau comme « Soldat universel » ou « Prières » auraient pu largement se retrouver sur des gros réseaux, je pense à Sky ou même NRJ.

13or : De manière temporelle, ce disque-là, il arrive à une période chelou du rap. La dirty south commence à arriver, c’est une période charnière. Moi, c’est le disque que j’écoute le moins de toute notre disco.

16ar : Des morceaux comme « Gens du voyage » ou « Deux roses », c’est une dinguerie !

« Le rap est un art, donc personnellement, on va voir ce que je vaux tout seul. Et effectivement, avec le recul, je vaux plus quand je suis avec 13or »
16ar

Pour revenir brièvement sur vos deux carrières solo, qu’est-ce qui explique qu’elles aient démarré si tardivement et qu’en tirez-vous chacun ?

13or : C’est tout simplement l’envie je pense. On n’avait pas l’envie de faire des projets solo,  on avait besoin de prouver des choses en groupe, on les a faites. Pour ma part, l’expérience solo, c’est que j’ai besoin de me prouver des choses seul.

16ar : Pareil pour ma part !

Et ce changement de blase, quand 13or devient GhettoYouss ?

13or : C’est une de mes lubbies. C’est un surnom qu’on me donne, j’ai envie de changer de nom. C’était autre chose, justement, je voulais cliver les deux. Après, avec le recul, c’était pas spécifiquement une bonne idée mais comme je dis à chaque fois je préfère me casser les dents sur mes idées que faire quelque chose où je vais pas être à 100% sur le moment T. Ça m’a servi d’expérience. Et les solos, pour notre part, ça sera jamais plus fort que le groupe.

16ar : Bah pareil en fait. On se dit « Le rap est un art, donc personnellement, on va voir ce que je vaux tout seul ». Et effectivement, avec le recul, je vaux plus quand je suis avec 13or que quand je suis tout seul. C’est logique, mais il fallait tenter des expériences tu vois ? C’est-à-dire, se confronter à soi-même.

Si vous deviez garder un seul son de L’Skadrille, ça serait lequel ?

16ar : « Le rêve » !

DJ Roc J : « Mes repères » !

13or : Oh la la la, un titre… Ils ont déjà dit mes préférés donc je vais dire “Nos vies”.

Je vous laisse conclure…

13or : Bientôt des nouvelles choses, en solo, en groupe… Voilà, c’est pas terminé. Extazik 3, on le cogite depuis certaines années, mais il va arriver, on va le faire ! En délire très énervé, on va le faire.

DJ Roc J : Je vous promets que si Extazik 3 existe.

16ar : (Il coupe) Il va faire très très mal !

13or : Il existera ! C’est juste une question de patience…

Si vous avez aimé cet article, n’hésitez pas à le partager avec les petites icônes ci-dessous, et à rejoindre Le Bon Son sur Facebook, Twitter et Instagram.

Partagez:
  •  
  •  
  •  

6 commentaires

  • Bonne interview, parmi les passages appréciés celui sur Disiz. Si un jour vous vient l’envie de lui proposer le format 10 bons sons de sa carrière, ce serait bien une spéciale sur Disizenkane où l’on retrouvait entre autres L’Skadrille.

    Peace

  • Illisible pr moi, dommage. Même si il parlent tour à tour, faut regrouper les dires de chacun sinon on se perd entre les lignes. Putain mais quel groupe!

Commentaires

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *