En faisant le bilan en fin de mois, nous nous sommes rapidement rendus compte que nous allions devoir réaliser une double édition, tant le mois de mai fut riche en sorties. Et malgré ce confort, ne retenir que 20 morceaux ne fut pas chose aisée… Aucune prétention à l’exhaustivité donc, bonne écoute !

Le 1er mai : Swift Guad – Poignée de Punchlines (Prod : Al’Tarba)

Depuis maintenant plus de trois ans, de nombreux rappeurs francophones ont répondu présent aux invitations du label belge Give Me 5, fondateur du concept Poignée de Punchlines. Aussi surprenant que cela puisse paraître, le montreuillois Swift Guad n’avait pas encore pris part à la fête. Depuis le 1er mai dernier, c’est désormais chose faite. Et de quelle manière. Afin de frapper un grand coup, Swift a fait appel à une valeur sûre du beatmaking français en la personne du toulousain Al’Tarba. Forts de leurs précédentes collaborations sur plusieurs projets, les deux compères aux univers semblables et à la complicité ambiante, nous ont offert six minutes de haute volée. Sur trois instrumentales aux sonorités distinctes produites par le membre des Droogz Brigade, Swift démontre une fois de plus avec une aisance déconcertante qu’il est sans nul doute l’un des MC’s les plus doués de sa génération. A souligner également la présence de DJ Nixon pour les scratchs, binôme d’Al ‘Tarba sur scène, ainsi que le travail de Myo Sis, réalisateur du clip qui avait déjà mis en image l’an dernier le remarquable « Xcuz My French » de Swift Guad.

Le 20 mai : Ywill – Livre d’or

Annoncé depuis déjà plus d’un an, le premier album d’Ywill est enfin sorti. Et le MC Lillois a vu les choses en grand en livrant 18 titres dans la lignée de ce qu’il a déjà pu dévoiler avec son groupe La Jonction, mais dans un registre forcément plus personnel. La plume est toujours aussi appliquée, on sent qu’aucune rime n’a été laissée au hasard, et il est en est de même pour les collaborations : seulement les proches et quelques têtes déjà aperçues à ses côtés. Le freestyle, cher à Willy, est également présent sur le projet, avec notamment une version studio de la fameuse Théorie du big bang. Pour cette sélection, nous garderons l’outro, « Livre d’or », du même nom que l’album, qui offre une bonne présentation du membre de La Jonction.

Le 23 mai : Alkpote – Amsterdam City Gang (Prod : DJ Weedim)

Alkpote ne s’arrête plus. Seulement quelques mois après l’incroyable « Ténébreuse Musique » en collaboration avec Sidi Sid, l’ultime pilier de Néochrome arrive avec un nouveau projet annoncé pour la fin de ce mois de juin qui s’appellera sobrement « Sadisme & Perversion » qui sera son 9ème projet, solo ou en collaboration. Et le premier extrait est cette ode très réussie à l’herbe grasse. Fidèle à lui-même et toujours accompagné du fidèle DJ Weedim à la production, l’aigle royal de Carthage débite des rimes à rallonge, pas toujours sensées, sur un délicieux fond d’autotune savamment dosé, prouvant qu’il fait partie des rares à maîtriser l’exercice dans ce rap en français.

Le 16 mai – Tragik feat. Wabitem – Les 100 pas (Prod : Mani Deïz)

C’est en featuring avec Wabitem que nous avons retrouvé Tragik ce mois-ci. Un featuring qui apporte une touche reggae assez inhabituelle pour le rappeur du Gouffre mais qui sonne terriblement bien : le flow agressif de Tragik trouve un accord parfait avec celui beaucoup plus musical de Wabitem. Mis en image sous la nuit nantaise, le clip qui accompagne le son est des plus classiques mais apporte la touche visuelle qu’il fallait. La prod de Mani Deïz fait le travail qu’on lui demande, le kickage de Tragik fait le reste, et nous on se languit du prochain projet de Tragik.

Le 12 mai :  Salfrom – Baise-moi (Prod : Goune)

Les équipes Crazy Motherfuckers et Coffee Grinderz ont fusionné une nouvelle fois le temps d’un LP sur lequel Stick, Goune et Bazoo croiseront le micro. La formation Salfrom qui réunit les trois MC’s n’a de nouveau que le nom, puisque les gaillards n’en sont pas à leur première collaboration, on pense notamment à l’EP Terminus paru il y a deux ans, sur lequel Bazoo rappait sur des instrus de Goune, ainsi qu’aux morceaux « Trois fromages » ou « On adore ça ». A l’écoute de ce premier extrait, il paraît évident que Bazoo, Stick et Goune sont contents de se retrouver, et qu’ils prennent un malin plaisir à redoubler de créativité dans ce concours de punchlines aussi techniques qu’indécentes. Le morceau « Godphasers » sorti quelques jours plus tard, du même nom que l’EP, a fini de nous donner envie d’écouter la totalité du projet, en confirmant ce que l’on pressentait quant à l’orientation artistique de l’EP. Godphasers devrait être disponible dans le courant du mois de juin, on sera au rendez-vous.

Le 18 mai : Malik – Je marche seul (Prod. Dub Nukem)

On n’avait plus trace d’un inédit de Malik depuis plus d’un an et sa collaboration avec Prohi-b sur le son « La guerre du feu ». Sa piste est retrouvée avec « Je marche seul », extrait de la compilation Original Gargouilles vol.2 qui rassemblera sous peu des rappeurs nantais et rochelais. Le MC aux multiples influences n’a pas changé d’un brin, ne nous offrant ni plus ni moins que ce qui fait habituellement sa force, de ses flows et placements atypiques à ses choix d’instrumentales souvent judicieux. Une production encore une fois signée Dub Nukem, toujours fidèle au poste quand il s’agit de faire groover son compère. A savourer comme il se doit, car des chansons, Malik, « à tout casser » il en fait « cinq par an ».

Le 29 mai : L’Or Du Commun – Boîte à gants (Prod. Seenus)

Au rayon des groupes discrets depuis un moment se trouve également L’Or Du Commun, si l’on excepte le récent clip de « Trèfle d’or » réalisé par Clifto Cream. Les bruxellois, que nous avions interviewé en novembre dernier, semblent depuis avoir fait le choix de l’ombre, peut-être pour consolider les acquis puis passer à une autre dimension. Loxley, Swing et Primero dévoilent une facette artistique plus personnelle et introspective que par le passé, perchés sur les sommets de l’instrumentale de Seenus.

Le 27 mai – Niro – 87

Quel rappeur peut se targuer de s’être hissé numéro 2 des ventes iTunes en 24 heures avec un album sans précommande et sans la moindre promo, sorti en pleine nuit ? Sans faire de bruit, le MC de Blois continue son bonhomme de chemin en larguant son 5ème projet en autant d’années. La recette est toujours la même : textes violents, gimmicks ultra street et empreinte vocale très marquée. Le membre de Street Lourd n’est pas là pour s’inventer un personnage et encore moins pour rigoler. Toujours armé de son splendide béret, il adresse un hymne à sa génération, celle née en 1987 et plus globalement au fait de grandir dans les 90’s avec un texte à la foi très agressif et truffé de références.

Le 2 mai : L’Argent De La Drogue – Flic cycliste

Nous en parlions déjà en octobre dernier, le collectif / club de pensée perpignanais L’Argent De La Drogue a enfin sorti son projet POPmusique, 14 titres agencés à la façon des mixtapes de la fin des années 90’s, décennie qui apparaît comme fil rouge du projet, entre faces B classiques, transitions et intros piochées tout droit dans la culture pop de ces années-là, ainsi que quelques références textuelles rapologiques soigneusement choisies. « Drive by en VTT » en est le parfait exemple, le titre étant une phase issue du titre mythique « Les bidons veulent le guidon » de Time Bomb (« C’est bidon c’est naze comme un drive by en VTT »). Un titre sur la police à rajouter à la longue liste des morceaux du genre, mais traité de façon drôle et originale, avec la métaphore du cyclisme en filigrane, et quelques phrases célèbres détournées comme « Roule plus vite que les balles », un conseil destiné aux brigades VTT des forces de l’ordre. Le reste du projet vaut vraiment le détour, et ne s’adresse pas qu’aux oreilles initiées à ces références.

Le 26 mai : Keny Arkana – Effort de paix

Ce mois de mai a été l’occasion pour Keny Arkana dont on n’avait plus entendu parler depuis quelques temps de refaire une apparition avec la sortie d’un E.P. nommé « Etat d’urgence ». Le retour de la rappeuse marseillaise s’est fait dans un contexte social assez particulier, à un moment où certains déplorent l’absence de prises de position des rappeurs concernant les luttes en cours. Cet EP est sans surprise de la part de Keny Arkana qui y déploie un discours dans la continuité de ce à quoi elle nous a habitué depuis ses débuts. Premier titre dévoilé, « Effort de paix » résume les engagements et les idées qui sont développées dans ce projet six titres qui peut s’écouter sur le site créé pour l’occasion.

Le 23 mai – Hedi Yusef – Futurs (Prod : Mellow Cuton)

Hedi Yusef, anciennement Youssef, que nous avions découvert avec le collectif Arkanson, poursuit son chemin avec un nouvel LP, PLMP (« Pas Les Mêmes Projets »), annoncé par le très bon « Futurs ». Le fond sonore a évolué, plus lent, musical et actuel qu’il y a quelques années, mais les textes sont dans la veine de ce à quoi nous avait habitué le MC Montpelliérain, empreints de poésie, de réflexion, de spiritualité… et de grosses lignes. Le projet est en écoute libre sur son BandCamp,

Le 28 mai : Mani Deïz feat. Kekro & LaCraps – Fini de jouer (Prod : Itam)

De la main à la voix, du clavier au recording, le premier album solo estampillé Mani Deïz est un très bon produit. Le Kids Of Crackling ne frappe pas fort, mais juste. Son timbre de voix clair lui permet de laisser couler un rap exprimé clairement et bien articulé dans tous les sens du terme. Côté invités, LaCraps, Paco et Ol’Zico sont les trois fidèles lieutenants qui viennent poser aux côtés de leur beatmaker habituel. Kekro, le MC Belge que nous vous avions fait découvrir l’année dernière sur notre compilation DU BON SON VOL.2, constitue l’unique petite surprise de cette guest list, sur le morceau « Fini de jouer », un de nos tracks préférés de l’album.

Le 20 mai : Dooz Kawa feat. Dah Conectah – Lagrimas

C’est avec un album intitulé Bohemian Rap Story que Dooz Kawa a ravi ses auditeurs en ce mois de mai. Squattant les têtes des ventes hip-hop lors de sa sortie, la magie Dooz Kawa a bien opéré. On y reconnaît tout du long la plume du rappeur strasbourgeois, aussi bien dans les thèmes abordés que dans la poésie qui se dégage de l’écriture et des mélodies. Le titre « Lagrima » est à ce titre révélateur du contenu de l’album. On y retrouve un autre rappeur strasbourgeois, Dah Conectah, pour un featuring qui rappe la tristesse et les larmes d’une belle manière. Pour tous ceux qui cherchent à noyer leur chagrin avec autre chose qu’une bouteille de rhum âgée.

Le 12 mai : Lucio Bukowski – Ogni giorno è la scuola (Prod : Oster Lapwass)

Le duo Lucio Bukowski / Oster Lapwass nous avait annoncé un album commun avec un premier titre prometteur en avril. Ce second titre est venu mettre tout le monde d’accord avec un Lucio Bukoswki de gala et un Oster Lapwass en chef d’orchestre de génie. Aucune erreur, le clip qui accompagne cette sortie est à lui seul un poème et mérite le coup d’œil. « Chaque jour est une école » affirme Lucio en italien, et difficile de ne pas y voir un parallèle avec notre expérience d’auditeur quand, au fur et à mesure des écoutes, on redécouvre la richesse d’une phase qui nous avait échappée. La marque des grands assurément.

Le 18 mai : Kefyr – Toupie (Prod : SlicesMakerz)

Découverte de ce mois-ci, Kefyr est un rappeur membre du collectif OneMic qui officie sur la scène lyonnaise. Sur une instrumentale dans un style très classique de SlicesMakerz, Kefyr kicke sur la folie du monde en tissant la métaphore de la  « Toupie ». Le clip est simple mais fait mouche. Il n’y a d’ailleurs rien de révolutionnaire dans ce son, mais l’écriture simple et de qualité fait en sorte que Kefyr se démarque de beaucoup de rappeurs dans le même registre. On apprécie également les scratchs qui viennent ajouter à l’ambiance old-school d’un son qui mérite sa place dans cette liste pour sa saveur boom-bap.

Le 4 mai : Dixon & Hits Alive – Gilles Seum

Après le morceau « JCVD », Dixon continue sa collaboration avec les Hits Alive avec un nouveau titre intitulé « Gilles Seum ». Sur ce track, la répétition d’images sonores et visuelles provoquent un tournis proche de l’hypnose, un déboussolement sur fond de sonorités et d’archives datées des décennies 1980 et 1990, ponctuée par les punchlines à base de grosses lignes caractéristiques du rap de Dixon. Ces ambiances chères aux deux beatmakers d’Hits Alive ont été déclinées plus largement sur leur projet Triple 6 Vol.3, annoncé par « Gilles Seum », et disponible depuis quelques jours.

Le 19 mai : Mac Kregor – Macker

Mac Kregor, ex TANDEM, s’apprête à sortir un nouvel album ! De retour avec son phrasé cru, MacKenzy frappe ce coup-ci discrètement mais sûrement. Inattendu, il nous dévoile un clip sobre, en noir et blanc, dans lequel il l’affirme ouvertement : on peut lui faire confiance. « On restructure la langue française, on s’adapte / On veut plus de de-vian à table, et pour ça, on saccage » Rendez-vous le 17 Juin pour « Cogito ergo sum ».

Le 31 mai : Lomepal – R2D2 (Prod : Stwo)

Un EP surprise nommé ODSL, c’est la bonne nouvelle concoctée par Lomepal et Stwo ces derniers jours. On avait deja saigné l’alliance parfaite des flows aériens de Lomepal et des prods planantes de Stwo. C’était sur Majesté, il y a un an. Le prince de la Future Bass et le talentueux MC du 13eme fêtent cet anniversaire de la meilleure des manières. Toujours introspectif, on a constamment l’impression que Pal est prêt à laisser ses tripes, ses sentiments, et sa verve sur le track. Beau et prenant. Alliage quasi parfait de musique électronique et de hip-hop, on vibre. À noter : le remix de R2D2 par le pope électro Superpoze. Rien que ça.

Le 24 mai : Tekilla – L’amer à boire (Prod : SLD & Gortex)

La moitié de Emtooci, Tekilla, risque de faire parler de lui en solo d’ici la fin de l’année. Il y a fort à parier que « Le Retour Du Sombre Héros » sera l’apogée du travail, du souci du (bon) sens, de l’articulation logique, et d’une sélection de prods variée et envoûtante. Images « Feuille blanche, matière grise, idées noires, mon art est tiss-mé », jeux de mots « Je crois qu’on a perdu la face, on a tous des photos de profil », et une référence à Batigoal : le compte est bon ! SLD & Gortex lui ont servi une instrumentale triste et limpide, et l’on se délecte en regardant ces rayons de soleil si rares par temps diluvien.

Le 25 mai : Ladea – Un conscient

C’est avec un plaisir non dissimulé que la nouvelle parvient sur la toile jusqu’à nos esgourdes : Ladea, la rappeuse originaire du Sud de la France, est de retour. Passé l’énervement et l’amertume de l’album avorté en maison de disques, elle envoie un titre sans effet d’annonce mais avec un contenu 100% explicite pour expliquer l’absence de nouvelles de sa part alors même que l’attente est grandissante depuis quelques années. Les « aléas de la vie personnelle et musicale » justifient ainsi son silence parsemé de quelques titres (« #FuckVous », « Je ne dors plus »…), et rassurent les mélomanes sur la qualité non amoindrie de son écriture et de son talent d’interprétation. 6 minutes et 15 secondes d’amour, de rap, et d’amour du rap.

Le 30 mai : Népal – Yolo (Prod. KLM)

« Yolo » est le premier extrait du projet double face – bleue et rouge – de Népal, 444 Nuits. Rappeur et beatmaker ne font qu’un dans ce track number five de la version bleue, et c’est tant mieux car les deux se valent et se complètent. Mélange de samples et de légères sonorités plus modernes, l’instru semble, accompagnée d’un rap au style intact, faire la synthèse de ce que Népal et KLM nous ont envoyé jusqu’iciEn attendant la parution du CD le 4 juillet prochain.

Bonus Track : Seyté & Senamo feat. V.A. – Freestyle All Shart 2 (Prod : Mani Deïz)

La sortie du clip est passée relativement inaperçue mais « Freestyle All Shart II » est sans conteste la grosse surprise du projet Trois fois rien de Senamo & Seyté & Mani Deïz. Au programme des proches du collectif bruxellois  « La Smala » mais aussi des présences surprenantes à l’instar de Saké, Char (Le Gouffre),  Eli MC, Paco, James Deano ou encore le suisse Di-meh.  Au total ils sont 30 à enchaîner entre freestyles et egotrips. Un freestyle qui donne suite au premier opus qui rassemblait tout l’entourage du collectif à l’époque. Au final un son de douze minutes qui témoigne de la puissance du projet des 3 compères.

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