Chaque trajectoire est unique, chaque artiste a son cheminement, et il est impossible d’établir un programme à base de prérequis ou d’étapes à suivre pour marquer le rap français. Eben en est la preuve vivante, arrivé en groupe avec un disque désormais anthologique, quelques couplets incontournables à son actif, des productions à l’origine de classiques… et un premier album solo en préparation 30 ans après ses débuts. Nous n’avons pas résisté à la tentation de le soumettre à une interview « 10 Bons Sons », c’est-à-dire de le faire réagir sur 10 morceaux qu’il a rappés ou produits, depuis ses premières sorties avec 2Bal 2Neg’ en 1995 à ses dernières productions dans les années 2010, en passant par les épisodes Cercle Rouge, Kilomaître, Gomez & Dubois, ainsi que quelques featurings marquants.

1 – 2Bal 2Neg’ – La magie du tiroir (3x plus efficace, 1996)

C’est « La magie du tiroir », composé par White & Spirit, le premier maxi des 2Bal 2Neg’, présent sur notre album 3X plus efficace. C’est un morceau particulier, parce que c’est un peu celui qui a mis tout le monde dans la bonne direction vis-à-vis des 2Bal 2Neg’. En tant que premier maxi, il a donné une dynamique à tout l’album, et a un peu légitimé le fait qu’il y ait deux groupes en un. Ça a créé une certaine cohésion. C’est un très bon souvenir parce que ça a été le fer de lance de l’album.

C’est un des quelques morceaux sur lesquels on retrouve à la fois les 2Bal et les 2Neg’. Il y a pas mal de morceaux sur lesquels vous êtes séparés.

Il y en a quand même sur lesquels on est tous comme « Lève ta main », « Labyrinthe ». C’était un peu la difficulté du concept : mettre deux groupes ensemble sur tout un album aurait fait qu’on ne les aurait pas dissociés. Il y avait deux groupes distincts. Je pense qu’on a trouvé le juste milieu en donnant des morceaux aux 2Bal et d’autres aux 2Neg’. C’était aussi comme ça pour les compositeurs puisqu’il y avait deux équipes, Kilomaître et White & Spirit. Ça donnait une petite concurrence, une émulation à chaque fois qu’un un nouveau titre était enregistré. Tu as donc raison de signaler ça, et c’est parce qu’il réunissait les deux groupes qu’on avait balancé « La magie du tiroir », il nous permettait de développer nos identités respectives sur un morceau commun.

Sans dire que c’était un projet censé amener du buzz, il avait pour objectif de mettre en lumière deux groupes, de les présenter au public. Vous attendiez-vous à ce qu’il ait un tel impact, qu’il devienne un classique ?

Avec tout le respect pour les groupes qui sortaient des disques à l’époque, quand tu fais un album tu ne t’attends pas à ce qu’il devienne anthologique. Dans notre cas, cet album s’est vraiment fait dans la douleur, chacun de nous avait des difficultés dans la vie, et je pense que tous ceux qui ont écouté l’album ont ressenti l’énergie qu’on a retranscrite.  Nous étions tous dans l’urgence à cette époque-là, l’urgence de la vie.

Je me rappelle avoir lu une interview de Masta pour l’abcdr, il disait que ça avait été un vrai parcours du combattant pour faire venir poser les 2Bal qui n’étaient pas majeurs par exemple.

Ça reflète un peu l’époque durant laquelle on enregistrait cet album. On était jeunes, c’est déjà pas simple pour des disques solos, donc imagine quand tu as six ou sept personnes à réunir… Il y a eu beaucoup d’épreuves, mais on a réussi à passer toutes les étapes et faire cet album-là par nous-mêmes. C’était compliqué effectivement : les jumeaux étaient mineurs, moi j’étais à la rue…

A l’écoute des prods de l’album, on sent une certaine avance par rapport à ce qui se faisait à l’époque… Comme si Kilomaître et White & Spirit avaient compris que ce genre de samples et d’instrus allaient primer sur le reste pour la fin des années 90.

J’ai mon avis sur eux. Je pense que 2Bal 2Neg’ a été comme un déclic pour eux, et que leur compétition saine en interne a fait qu’ils sont allés chercher plus loin que ce qui se faisait dans le rap français à l’époque.

On remarque un grand retour au boom bap depuis quelques années chez toute une frange de la scène rap, et je pense que si ces prods sortaient aujourd’hui, elles ne choqueraient personne.

Ce que tu viens de dire résume exactement ce que je pense, ça montre que cet album-là sortait du lot à son époque, et qu’il est intemporel. Je le vois autour de moi, il y a plein de gens qui l’écoutent encore, et avec des morceaux préférés différents : « La magie du tiroir », « Poètes de la mort », « Gueudins »… C’est ce qui fait que c’est un album intemporel. Il y a des albums de cette époque-là qu’on ne calcule même plus parce qu’ils avaient une patte trop d’époque. On n’a jamais voulu faire ça. On écoutait déjà beaucoup de rap américain, et à peu près les mêmes trucs entre nous. C’était la grande épopée Wu-Tang, et on s’était dit : « Pourquoi ne pas faire du son comme eux ? ». On l’a fait dans « Poètes de la mort » par exemple. Moi j’écoutais beaucoup Mobb Deep, j’adorais « Shook Ones » qui venait de sortir par exemple. Tout ça se ressent.

J’ai vu sur les réseaux sociaux qu’on annonçait un retour de 2Bal 2Neg’ sur scène.

On veut marquer le coup pour les 20 ans, c’est D.O.C. qui l’organise et je le félicite pour ça. Ce n’est pas évident, je ne te cache pas que je me serais attendu à ce que d’autres personnes le fassent, mais c’est finalement parti de nous-mêmes. J’ai toujours d’excellentes relations avec les 2Bal, c’est comme ma famille, et chaque année on en parlait. Le seul truc c’est que comme Niro est aux Etats-Unis, on se disait que ce n’allait pas être possible. Au final c’est venu tout seul ces dernières années avec les 20 ans qui approchaient. Donc ça va se faire, c’est le 2 juin à la Bellevilloise, il y a d’autres dates qui se profilent aussi parce qu’il y a une demande du fait que les gens ont entendu qu’on se reformait. Et ils ont raison de nous appeler ! (rires) On va foutre le feu sur scène.

J’allais te demander si Niro allait être présent, mais tu m’as répondu avec ta réponse.

Il sera là, d’ailleurs la vidéo qu’on a envoyée pour prévenir qu’on revenait a été montée par lui. Il n’attend que ça, parce que ça répond à une envie de célébrer cet album. Et puis si Niro n’avait pas été là je ne l’aurais pas fait, et réciproquement.

Peux-tu nous rappeler tes apparitions antérieures à cet album ?

Il y en a eu une, ma première, par l’intermédiaire de Dan de Tikaret, qui avait sorti la première compil indé avec Moda (Moda & Dan, 1994). On allait souvent dans sa boutique, on y rappait souvent, et il nous a donné l’opportunité de nous placer sur un disque. C’est une autre époque, on parle d’un autre monde ! (rires) Mais très sincèrement, on doit à Dan ce déclic : ça m’a permis d’aller faire deux trois concerts à droite à gauche, de me faire voir…

Il y a aussi eu la mixtape de Cut Killer spéciale Ménage à 3.

Oui elle est sortie un peu avant l’album je crois.

2 – Yazid & Eben – Le prix requis  (Ma 6-T va crack-er, 1997)

C’est un morceau avec Yazid, dans Ma 6-T va crack-er. Yazid une personne que je respecte énormément. Il a ensuite fait son chemin dans le cinéma. J’adorais son discours, il était bon, il avait un passé aussi… Il y a des mecs avec qui j’ai toujours voulu faire des morceaux comme Yazid, Ekoué. Je me retrouvais dans ce qu’ils disaient. Donc quand on m’a proposé de faire un morceau avec Yazid, j’ai tout de suite dit oui les yeux fermés.

Yazid rejoindra le Cercle Rouge après « Ma 6-T va crack-er ».

Il était déjà en bons pourparlers avec Jean-François Richet parce qu’ils s’appréciaient beaucoup humainement. Et comme Jean-François Richet et White & Spirit avaient monté Cercle Rouge, ils lui ont proposé de venir poser un morceau sur la compilation du même nom sortie après. J’étais moi-même chez Cercle Rouge à cette époque, et c’est tout naturellement qu’on s’est retrouvés sur un morceau ensemble. Moi j’avais mon identité « 2Neg’ », ce qui ne m’empêchait pas de faire un solo sur un autre projet, et c’était pareil pour Niro. On ne s’interdisait rien, c’était l’ouverture, on nous appelait beaucoup pour des featurings donc on y allait. Mais c’est vrai que ce morceau-là c’est quelque chose… J’étais à la rue, c’était une époque un peu compliquée pour moi, mais à chaque fois qu’on m’appelait pour un morceau j’essayais de donner le meilleur de moi-même. Et c’était pareil pour Yazid. C’est ce qui fait que je trouve ce morceau plutôt réussi. Il y a d’autres morceaux, plus tard, pour lesquels je me dis aujourd’hui que j’aurais pu taffer un peu plus…

On te voit rapper sur scène dans « Ma 6-T va crack-er »…

C’était un tournage un peu particulier, c’était dans la boîte L’Antares je crois. Je venais d’écrire mon texte rapidement, et je ne l’avais pas bien appris, je n’avais pas eu le temps. (rires) Et on me demande de monter et d’aller sur scène ! J’étais jeune, on me parle d’un film, de cinéma, que ça va passer dans les salles… Ils ont fini par me convaincre, et je crois que j’étais dans le bon film au bon moment. Ma 6-T Va Crack-er, au-delà de la polémique, avec La Haine et d’autres films que j’oublie, sont des films qui ont amené un regard différent sur la jeunesse.

Lors du tournage il y a eu des scènes véridiques. Si tu regardes à un moment il y a une baston dans la boîte parce que des mecs dansent, et c’est une vraie scène ! Il y a eu une bagarre générale, Jeff était tout content de filmer, il disait : « J’ai du vrai là, j’ai du vrai ! » (rires) J’ai passé un super moment, et c’est un super souvenir. Quand tu es jeune, que tu es dans un groupe montant, et qu’on te dit que tu vas jouer dans un film… C’est magnifique.

Sur cette compilation on retrouve des titres d’anthologie du rap français, notamment venant de rappeurs qui sortaient du cercle proche de White & Spirit. Je pense aux X-Men, à Passi…

Je pense qu’ils ont eu le flair, qu’ils ont appelé les bons artistes au bon moment. Je regardais Mike et Fabien, ils avaient une manière de travailler très particulière, ils avaient cette touche que les rappeurs aimaient avec un côté mélancolique. Ils ont réussi à créer une alchimie entre leur musique et l’univers des rappeurs, et ça se ressent quand tu écoutes l’album. J’ai fait des compilations, et je peux te dire que c’est dur de ressentir une alchimie comme ça, c’est-à-dire appeler le bon artiste pour le bon son. Ils savaient exactement qui ils voulaient.

3 – Eben – Noir et blanc (Cercle Rouge, 1998)

En fait ce morceau-là est particulier pour moi. Au départ personne ne voulait l’instru, alors que moi elle m’a parlé tout de suite. Ça a commencé comme ça. Je leur ai dit de la faire tourner pour que je puisse écrire. J’ai écrit et posé le morceau en une nuit. Il devait faire jour quand je l’ai terminé. Je n’ai pas vraiment réalisé ce que j’écrivais pour ne rien te cacher, mais je savais exactement où j’allais. J’ai tout écrit d’une traite, je n’ai pratiquement rien corrigé. J’ai galéré pour le poser par contre. A un moment tu as la fatigue, il est tard… Et White & Spirit me poussaient, ils me disaient de garder le micro : « C’est trop bien ce que tu as écrit, c’est ce qu’il faut dire ! » Plus j’écrivais, et plus ils étaient convaincus que ce morceau allait parler aux gens, alors que moi, comme d’habitude, je ne me posais pas la question de savoir s’il allait marcher ou pas.

On a fini de le poser, Cercle Rouge est sorti, et un jour je croise Jean-François Richet qui me dit que Laurent Bouneau a surkiffé mon morceau et qu’il va le jouer. Ça m’a fait plaisir, je me suis dit que si on pouvait passer dans sa radio c’était bien pour la promo, on ne se posait pas la question de Skyrock ou pas Skyrock. Mais je ne comprenais pas encore ce qui m’arrivait. Je commence à faire deux ou trois concerts et des mecs viennent me serrer la main en me disant : « Ton morceau c’est une boucherie atomique. Tu ne te rends pas compte de ce que tu as créé : tu as défendu les blancs, tu as défendu les noirs… » Je ne comprenais pas ce qu’ils me disaient ! (rires) Pour moi j’avais écrit un morceau, c’était tout. Je peux même te dire qu’au moment des dédicaces, juste un tout petit peu avant, je savais que j’allais terminer le morceau comme ça, point. Je savais où j’allais mais je n’imaginais pas les conséquences que ça allait avoir.

Pour beaucoup de gens ça reste ton classique en solo.

Je ne suis pas tout à fait d’accord avec toi. Pour moi mon classique c’est 2Bal 2Neg’, ce n’est pas un titre à part. Pour moi 2Bal 2Neg’ c’est autant moi que Niro, que G-Kill… Après pour le public on utilisera la bannière du groupe, mais c’est aussi des individualités. Je pense que la réussite de l’album est due au fait que chacun a donné toute sa personnalité pour que ça fonctionne. J’ai tout mis dans chaque morceau que j’ai écrit, tu vois ce que je veux dire ?

Après, médiatiquement oui, « Noir & Blanc » est le morceau pour lequel j’ai eu le plus de retours. C’est vrai que c’est un thème qui n’avait jamais été abordé dans le rap, c’est surtout ça qui a parlé au gens. Certains venaient me voir en me disant qu’avec ce morceau ils se sentaient enfin à leur place dans le rap, que ce n’était plus seulement un biz de renois même si cette situation en arrangeait certains. C’est de la musique, il n’y a pas de couleur pour ça. Le rap est fait pour tout le monde.

A la même époque sortent les « 16’30 contre la censure » aussi chez Cercle Rouge, pour lesquelles tu lâches un couplet mais également l’introduction.

Ils m’ont appelé parce que je n’avais pas figuré sur le 11’30, ils voulaient absolument que je sois dans le 16’30, du coup je leur ai dit : « Donnez-moi un bon bout alors, je veux ma place. » (rires) Ils me font écouter les rappeurs qui ont posé, j’aime beaucoup, en plus il y avait beaucoup d’amis dedans, de la qualité… Mais en écoutant le morceau j’ai trouvé qu’il manquait quelque chose au début, un truc patate, qui réveille le truc, donc je leur ai dit de me laisser passer derrière le micro. J’étais hyper sanguin à cette époque-là, dès que je sentais une vibe il fallait me laisser faire. C’est ce qu’ils ont fait, et ça a dynamité le début. Mais c’est surtout mon couplet qui pour le coup est un classique selon moi.

Tu rentres de manière très percutante effectivement.

C’était un couplet très énervé oui, parce que tout est lié. Ça me touchait personnellement, et je suis beaucoup plus fort dans ces cas-là. À cette époque la censure était énorme, ça passait très mal auprès des médias, malgré le fait que le rap était de plus en plus écouté. C’est ce qui fait que je suis très content de ce morceau.

Comment se termine l’aventure avec Cercle Rouge ?

Je ne veux pas trop rentrer dans le détail, c’est des trucs assez personnels. Je devais faire un album avec eux qui ne s’est pas fait, et ensuite j’ai bossé avec Kilomaître. C’est tout. Mais je vois encore White & Spirit, régulièrement, on en a beaucoup discuté. J’avais un album pratiquement prêt avec Cercle Rouge qui n’est jamais sorti, dedans il y avait Akhenaton, Sniper, Moïse des Tribal Jam… J’ai eu un album de prêt chez Kilomaître qui n’est pas sorti non plus. (rires)

Il faut les sortir, les donner au public !

Le problème c’est que quand je redemande les morceaux aux gens ils n’ont plus les DAT. Ce n’était pas l’époque du numérique sinon les morceaux seraient là.

4 – Fabe, Eben & Mokodaf 2 – 24 heures (Première Classe Volume 1, 1999)

Ce morceau-là aussi est particulier, parce que comme je te disais je vivais dans la rue à cette époque, ça n’allait pas bien. Un soir je sors d’un concert, Fabe vient me voir en me disant que je ne pouvais pas vivre dans la rue, et il m’a tendu la main, tout simplement. Il m’a dit : « Je fais beaucoup de concerts, viens chez moi, tu peux rester. » Il m’a donc logé à l’époque où il sortait ses skeuds, et que nous préparions nos premiers morceaux avec 2Bal 2Neg’. Puis à un moment Première Classe m’a proposé de faire un son avec Fabe, et leur projet fait partie des meilleures compils du rap français. Un super souvenir.

D’un point de vue extérieur, ce morceau respecte bien le concept des Première Classe, à savoir des combinaisons pas forcément évidentes, alors qu’en fait vous vous connaissiez bien.

Je ne veux pas parler au nom de Première Classe, mais dans le rap français tout le monde se connaissait. Les rappeurs qui sont sur la compil je les connaissais tous ou presque. Par contre ce n’est pas Fabe qui m’a dit « Viens on fait un morceau ensemble », même si pour lui c’était une évidence parce que je faisais du rap conscient. Pour moi Fabe était la conscience même du rap français, ce qu’il disait était énorme. Donc la boucle s’est bouclée avec ce morceau à l’initiative de Première Classe.

Je trouvais qu’il avait une écriture de fou, je le voyais écrire devant moi quand j’étais chez lui, c’était un truc de malade mental. Et avec le recul c’est un honneur d’avoir vécu avec lui et d’avoir vu comment il taffait. C’est un mec génial, quand j’habitais chez lui je voyais beaucoup Koma, j’étais dans leur quartier, et j’ai un gros respect pour la Scred Connexion. Ils n’ont pas lâché d’ailleurs. Ils continuent de représenter que ce soit dans le graff, sur disque, avec leur boutique, leur festival… C’est magnifique.

5 – 2Neg’ – L’hymne du 94 (Niroshima – Chef d’orchestre, 2000)

Je l’avais oublié ce morceau tiens… Niroshima 1, « L’hymne du 94 » avec Niro.

Comment se fait-il qu’il n’y ait pas eu d’album des 2Neg’ ?

C’est un peu compliqué. L’album des 2Neg’ aurait dû voir le jour, il était pratiquement signé. Le problème c’est qu’à cette époque White & Spirit travaillaient sur l’album de Mystik, et ils nous ont dit que juste après lui c’était notre tour. Mais la sortie de l’album de Mystik a pris beaucoup de temps et moi j’étais dans l’urgence, et comme je trouvais que ça prenait de trop de temps ça ne s’est finalement pas fait. Je ne voulais pas attendre un an et demi pour sortir un album.

Quelques années plus tard, sur le volume 2, on t’entend poser aux côtés d’un certain Fresh…

On était tous en studio en fait, avec que des gens que j’appréciais, et dedans il y avait Kaaris. (rires) Du coup ce morceau est particulier pour moi avec le recul. C’est les débuts du futur Kaaris, et il rappait dans la vibe de l’époque. Je l’apprécie, et je n’ai pas d’ennemis dans le rap français, tant que les gens marchent et qu’ils arrivent à s’en sortir tant mieux.

6 – Sniper – Faut de tout pour faire un monde  (Du rire aux larmes, 2000)

Ça fait partie des premières prods que j’ai lâchées… J’étais en studio avec Kilomaître qui traînaient beaucoup avec Sniper, qui eux-mêmes cherchaient des prods. Bachir est venu à la maison, il a écouté les instrus et a pété une durite. Il a pris les deux qui l’intéressaient pour les morceaux « Il faut de tout pour faire le monde » et « Aketo VS Tunisiano ». Avant ça j’avais juste fait quelques prods à droite à gauche, c’était mes débuts dans la composition. C’est pour ça que ces morceaux sont un peu particuliers pour moi.

C’est le début d’une longue collaboration avec Sniper.

Plus avec Kilomaître je dirais.

Vous collaborez aussi sur Mission Suicide, sur « Niquer le système » avec Bakar, « La Trilogie » de Tandem…

Oui, je vois ce que tu veux dire. Disons qu’il y avait beaucoup de groupes qui suivaient Kilomaître. Ils étaient très proches de Sniper, de Diam’s, de Tandem… Il y avait pas mal de groupes qui formaient une sorte d’ossature de collectif, on se retrouvait donc ensemble sur pas mal de projets. Pour moi Tunisiano était un tueur à gages. Les autres aussi, mais j’avais une préférence pour Bachir.

7 – Dadoo & Eben – Les ripoux (Mission Suicide, 2001)

Ce morceau était sur la compil Mission Suicide. A cette époque-là je venais d’avoir ma petite fille, j’écrivais des morceaux en lui donnant le biberon, et je remarquais que je n’écrivais que des trucs assassins. J’ai eu un déclic, comme beaucoup de rappeurs ont pu avoir, qui m’est arrivé au moment de la pochette de Mission Suicide. Au moment où on a mis un couteau dans la bouche du mec, je me suis dit que j’en avais marre, que j’avais besoin de rire. Cette prod c’est un anglais qui l’a faite. J’étais avec Dadoo dans un appart qu’on nous avait passé, on n’avait jamais fait de morceau ensemble, et on voulait faire un truc hardcore au début. Puis on a entendu la prod, on a explosé de rire. On a commencé à écrire, Tefa était là, et on a sorti ça. J’en avais besoin à ce moment-là de ma vie. C’est important de rire aussi, de parler d’autre chose. J’en suis très fier pour plein de raisons, ce morceau m’a permis de voir d’autres horizons, de faire plein d’autres choses.

Derrière tu fais l’album Gomez et Dubois avec Faf La Rage.

En fait ce morceau avec Dadoo a explosé en France. C’était un changement pour moi : on passait à la télé tout le temps par exemple. Puis des gens nous ont proposé de faire l’album. L’idée est venue de maisons de disques, et moi j’ai dit que j’étais chaud, mais Dadoo ne voulait plus le faire. Faire un morceau comme ça lui disait bien, mais pas un album, et je l’ai compris. Mais quand on me l’a proposé à moi on m’a dit que sans moi dans le personnage de Gomez ça ne se ferait pas… Mais j’étais chaud de toute façon.

Au tout début on a fait appel à Disiz parce qu’il avait fait « J’pète les plombs », mais même s’il aurait kiffé le faire il était sur son album et a dû décliner. Puis on a proposé à Faf, il a accepté, et c’est un de mes meilleurs souvenirs d’enregistrement d’album. Tout était bien, clair, limpide. On a eu du mal sur les deux ou trois premiers morceaux. Ce genre d’album ce n’est pas le typique disque de rap en termes d’écriture. Là il faut trouver un angle d’attaque pour ne pas choquer les gens qui vont t’écouter, et en même temps te mettre dans la peau de tes personnages. C’est très compliqué. C’est comme dans un film, tu joues tes personnages. Je pense que la suite logique c’était un film.

On nous a donc contactés pour faire un film, au départ on devait jouer nous. On a eu rendez-vous chez Besson, avec une assistante parce qu’il était en Chine, mais avec le temps nous n’avons pas eu de retours. Puis un autre producteur est venu nous voir, et c’est lui qui a fait le film, avec d’autres acteurs, et ça a pété.

Ce projet t’a-t-il ouvert les portes à d’autres médias ?

Moi je venais du rap hardcore, je rappais contre la censure, et d’un coup les portes se sont ouvertes. Donc ça a été une expérience nouvelle, et c’est bien de faire ton art, mais s’il peut être promotionné à un moment c’est bien aussi. Très sincèrement je ne cracherai jamais sur ce projet-là parce qu’humainement ça s’est bien passé, et on a été au bout de nos personnages dans les émissions qu’on a faites. On avait fait la fête de la musique retransmise sur France 2, costumés devant cent mille personnes, on est aussi allés chez Ardisson qui avait surkiffé le projet. Le seul truc c’est que j’aurais aimé qu’on dise un jour : « C’est Eben et Faf La Rage derrière leurs perruques. » Mais au final je ne regrette rien. On a essayé de faire rire les gens, sans être des comiques, et d’en vivre par la même occasion. Pour moi c’est positif.

8 – Lino – Paradis Airlines (Paradis Assassiné, 2005)

C’est « Paradis Airlines » ça, une prod composée chez un ami marseillais. Deux prods à moi sont parues sur l’album de Lino. J’avais déjà placé pas mal de prods à droite à gauche, donc Lino a fait une demande d’écoute. Il a finalement pris cette prod qui est certainement une de mes plus belles prods, si ce n’est la plus belle à l’heure d’aujourd’hui.

Chez les fans de Lino ce morceau est sur le podium, et la prod y est pour beaucoup quand on lit les forums…

Je pense aussi. Déjà c’était un honneur de bosser pour Lino. C’est comme Youssoupha, il a une approche de l’écriture particulière que j’apprécie énormément. Il est dans le game depuis le début, comme moi. Tout le monde aurait répondu à l’appel pour bosser avec Lino, et c’est tombé sur moi parce que mes prods étaient de qualité. C’est vraiment un morceau que j’adore.

Tu as donc fait cette prod spécialement pour Lino ?

Oui, j’ai répondu à un appel d’offre. D’ailleurs, des chanteuses françaises et américaines sont ensuite venues me demander cette instru là, plein de gens voulaient reposer dessus. A l’époque je bossais aussi avec Canibus, j’avais fait deux prods sur un de ses albums, et il aurait voulu celle de « Paradis Airlines ». Lino a vraiment déchiré l’instru et le morceau a parlé aux gens. J’en suis très content.

9 – Tonio Banderas – Boycott (Boycott, 2007)

Tonio est un ami de longue date, c’est quelqu’un que j’aime beaucoup. Je voulais bosser avec lui parce que je trouvais qu’il avait une très belle écriture, très revendicative. On était tout le temps ensemble donc je lui ai proposé de faire son album, une première pour moi puisque je le réalise aussi. J’ai fait les trois quarts des prods, et je trouve que c’est un très bel album. Il n’y avait pas trop internet encore et c’est dommage parce que les gens se seraient rendus compte que l’album était lourd.

Sur cet album tu apparais sur un morceau en featuring, et c’est une des dernières fois qu’on t’entend rapper si je ne me trompe pas.

Oui. Suite au décès de mon petit frère, il s’est passé quelque chose de très particulier : je n’arrivais plus à écrire, c’est comme si on m’avait coupé les deux bras. C’est très bizarre. Mon deuil s’est fait dans le silence, je n’ai pas pu le coucher sur une feuille blanche. J’ai essayé d’écrire mais je n’y arrivais pas. J’ai rencontré FDY Phenomen à ce moment-là, et je pense que ma seule façon de m’exprimer était de faire des prods, je n’avais plus le goût de l’écriture.

Un album solo de ta part est annoncé, c’est bien un disque sur lequel tu vas rapper ?

Ah ben oui, je vais rapper sur tous les morceaux !

Je pose la question dans le sens où on ne t’a plus entendu prendre le micro depuis près de 10 ans… C’est une sacrée annonce quand même.

Il m’a fallu 11 ans pendant lesquels je n’ai plus rien écrit. J’estime maintenant être suffisamment dans l’urgence pour pouvoir balancer des morceaux. Avant je n’étais pas prêt. Je vois des rappeurs balancer des albums tous les ans à coups de 20 morceaux, c’est bien joli mais à un moment l’impact de tes sorties s’effrite, et puis après on ne va plus les entendre pendant trois ou quatre ans. Alors que moi je ne l’ai pas fait exprès de ne pas écrire pendant toutes ces années, sachant que je n’ai jamais eu autant de demandes pour rapper sur des projets – avec des albums lourds dans le lot – et j’ai toujours refusé. Je ne pouvais pas : dès que je prenais un stylo, ce qui sortait était pourri.

Qu’est-ce qui a provoqué le déclic vers ce retour à l’écriture ?

C’est un tout. Il y a l’urgence déjà, mais c’est surtout que ce qui se passe dans le rap français ne me convient pas. Je ne prétends pas résoudre les problèmes du rap français, mais je pense que les gens qui contrôlent ce milieu-là l’ont bien analysé, et ils se confortent dans ce qu’ils font. Ils ont oublié une grande partie du public, certains trentenaires notamment. Je pense qu’il y a un besoin de retravailler comme avant, qu’on reprenne la plume et qu’on dise des choses aux gens. Ça ne peut pas continuer comme ça.

Tu trouves que c’est plus pauvre lyricalement ?

Ce n’est pas que moi qui trouve que c’est comme ça, c’est tout le monde ! Je pense que même ceux qui écrivent ça doivent rigoler en écrivant, ils doivent se dire : « Je sais que je ne dis rien, mais je suis dans la tendance, je vais essayer de choquer. » Je ne suis pas dans ce délire-là, mais ça ne veut pas dire que je n’aime pas la trap attention. J’aime bien ça, j’en ai même composé. Ce n’est pas la trap qui me dérange, mais la manière dont les gens en font. Il manque une alternative.

On parlait du retour du boom bap tout à l’heure, tu ne te retrouves pas dans certaines choses quand même ?

Si bien sûr. Quand je vois un mec comme Demi Portion, numéro 1 au top album avec un vrai discours, ça me fait du bien de fou. FDY Phenomen, Lino, Kery James, Nasme, Sëar… Les gens se sont dits : « Enfin, ça kicke ! » C’est la direction que moi je valide. Il faut que les anciens reviennent. Sans revenir à du boom bap des années 90, mais du classique quoi, du lourd ! (rires)

Faire un beat de trap c’est possible en 5 minutes, je peux te le faire devant une caméra. C’est simple : tu as une rythmique, tu mets un arpeggio, tu rajoutes un sub, une basse, et c’est fini. Des gens comme White & Spirit, Kilomaître à l’époque, Mani Deïz, Cabz, Math Mayer ou Cody Macfly aujourd’hui… j’appelle ça des compositeurs. Il y a une différence entre un beatmaker qui va faire de la trap et un compositeur pour moi. C’est comme rapper et poser sur de la trap ce n’est pas le même taf pour moi. Rapper des beats à 70 ou à 60 BPM ça m’énerve, d’ailleurs c’est simple je n’y arrive pas, j’ai essayé mais ça fait parodique.

Je reçois des sons pour mon album, j’ai des mecs qui m’envoient des intrus à 70, des belles prods en plus. Mais je leur réponds que moi c’est à partir de 80, et après tu peux augmenter. Je ne veux pas faire des trucs somnifères. Et ce qui m’énerve aussi dans la trap, c’est que ça a ouvert la porte au glauque. Plus c’est glauque et plus les gens valident. Quel est le but de leurs clips ? Montrer qu’ils peuvent mettre 50 meufs dans leurs clips, ou des AK 47 ? Ce n’est pas ma vision du monde, loin de là. Je ne dis pas que ça n’existe pas, mais ça ne me concerne pas.

Est-ce que ce qu’on entend aujourd’hui n’est pas le reflet de l’évolution de notre société, qui se veut plus individualiste et libérale qu’il y a 20 ans ?

La société a évolué oui, mais on n’est pas obligé de faire et de dire n’importe quoi. Les rappeurs ont peut-être changé de mentalité, mais ce qu’ils racontent ce n’est pas leur vie. Ils ont évolué en pompant les américains, mais on n’est pas des américains. C’est de la fiction, ça me dérange énormément. La plupart des trucs je les trouve bien faits, mais le discours ne suit pas. Après j’écoute certains trucs en trap, PNL, SCH, ils ont leur délire, Booba aussi, mais en règle générale la trap me parle moins.

Pour revenir à l’album, c’est ton premier disque finalement.

Exactement, tu fais bien de le noter. 2Bal 2Neg’ a 20 ans, je suis dans le rap depuis le milieu des années 80, j’ai écrit mon premier texte à 12 ans… J’ai traversé le temps, mais bizarrement je ne fais mon premier et dernier album solo que maintenant. Bon comme on dit, il ne faut jamais dire jamais, mais c’est clair dans ma tête depuis un bon moment. Vis-à-vis du public je me vois mal partir sans avoir sorti un projet. Après si les gens répondent présent on verra, mais à l’heure actuelle je ne compte en faire qu’un seul.

Il faudra s’attendre à quoi dans les thématiques ?

Du dur, du social. C’est un album sur lequel j’ai besoin de parler aux gens. Je respecte ceux qui n’en parlent pas, mais moi je ne peux pas revenir si je ne parle pas de social. Vu ce qui se passe à l’heure actuelle c’est impossible : des tueries dans des cafés, ce qui se passe à Calais… On ne vit pas, même sous ce gouvernement soit disant de gauche. Si tu rajoutes un impôt de plus à certaines personnes, elles se retrouvent à la rue !

Cet album est terminé ?

J’en suis à la moitié. Et je peux te donner le nombre de titres : il y en aura onze, sans parler d’intro ou d’outro. 11 titres pour les 11 années durant lesquelles je n’ai rien dit.

Quand aura-t-on droit à un premier extrait pour savoir ce qu’est devenu le rappeur Eben ?

Déjà il y a le concert le 2 juin à la Bellevilloise. Après je veux sortir l’album en novembre donc ça va être assez rapide, je pense faire tourner un son d’ici juin. Quand je te dis que je suis dans l’urgence c’est que je sais à peu près quand je vais le sortir, et je vais le peaufiner. Je ne veux pas le sortir à la va vite, je prends mon temps pour l’écriture. Les gens qui me connaissent dans le rap français savent que j’écris très rapidement, mais là j’ai envie de prendre mon temps et de dire des trucs bien précis sur ce qui se passe à l’heure actuelle : dans la musique, dans le social, dans la vie de tous les jours, sur la jeunesse… Je pense qu’il faut raisonner les gens sur certains trucs, maintenant je ne sais pas si ça aura un écho quelconque, mais au moins je l’aurai fait.

10 – FDY Phenomen – Une affaire personnelle (Qui peut tuer la rage d’un assassin ?, 2011)

FDY Phenomen c’est ma moitié dans ce business-là. Sans lui je serais encore au fond du trou, on est tout le temps en train de se parler. Il a un parcours un peu différent du mien, mais on se rejoint sur tellement de choses… Il a un vrai parcours : il a roulé avec Disiz, Secteur Ä, B.O.S.S… Je trouve que c’est un vrai artiste, il a un don d’écriture incroyable et ce morceau-là est tiré de son album Qui peut tuer la rage d’un assassin ? que j’avais produit, et depuis on s’entend bien. Quand moi je n’arrivais pas à écrire il le faisait pour moi grosso modo. Quand je l’écoutais c’était comme si moi je l’avais écrit. Ça a été une super aventure et d’ailleurs je peux t’annoncer que le prochain album est terminé, je suis encore producteur dessus. Un très bon album, très particulier parce qu’on a voulu varier les ambiances, c’est différent de ce que je veux faire moi. On peut mettre du world, comme de la trap, du classique… C’est de la musique. Je valide son discours à fond.

C’est FDY qui t’a donc maintenu dans la musique.

Oui, et si je me lance dans un nouvel album solo c’est parce que FDY et Maj Trafyk m’y ont poussé. Je m’exprimais à travers la composition, et un jour FDY m’a dit de prendre le stylo, donc j’ai gratté, et il m’a demandé pourquoi je ne le posais pas, et ça a donné un morceau. Et Maj Trafyk, en l’entendant, m’a dit : « C’est parti, on fait ton album, qu’est-ce que t’attends ? »

Et via Facebook, je me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup de gens comme moi, déçus par ce qui se passait dans le rap, et ils m’ont petit à petit redonné l’envie d’écrire. Et c’est bien beau de parler, mais à un moment il faut agir, et c’est ce que je suis en train de faire. (rires) Cet album-là je ne le fais pas pour les ventes, c’est plus une affaire personnelle, tu parles à un passionné.

Comment s’est fait la connexion avec Maj Trafyk ?

J’ai vécu en Guadeloupe en fait, pendant deux ans. J’avais une émission de radio, une émission de télé aussi, je passais sur RFO, je faisais les plateaux de rap et donc j’étais assez populaire à l’époque là-bas. Et le jour où Fdy m’a présenté son équipe sur Paris, il y avait Maj Trafyk dedans qui m’a raconté être venu me voir en concert en Guadeloupe quand il était jeune, à 14 ans. Ce qu’il a de particulier c’est qu’il sait tout faire : chanter, faire du ragga, kicker… J’ai commencé à faire des morceaux pour lui, et de fil en aiguille j’ai fini par produire son album qui va sortir, il en est à la moitié. Il est vraiment complet, et ce n’est pas pour rien qu’il a été approché par beaucoup de gens. S’il ne pète pas je serai vraiment déçu.

Ces rencontres-là m’ont conforté dans le fait qu’il y avait des gens comme moi, qui souhaitaient proposer une alternative. J’ai donc mon album qui arrive, ma compilation nommé Légendaire que je fais avec mon frérot Stelio Nostalgique, l’album de  Maj Trafyk, le nouveau de DFY Phenomen, et j’espère vraiment que d’autres anciens vont revenir, c’est nécessaire. Et bien sûr 2Bal 2Neg’ en concert à la Bellevilloise le 2 juin, pour célébrer les 20 ans de 3 X plus efficace !

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