Après la France, les Etats-Unis, le Royaume-Uni et le Québec, voici notre dernière rétrospective de l’année qui vient de s’écouler, avec une sélection de 10 morceaux provenant de régions autres que les 4 zones géographiques déjà traitées. Une façon de rappeler que le hip-hop est partout, et qu’il a, de toute évidence, encore de belles années devant lui…

Bushido & Shindy feat. Ali Bumaye – Über alles (Allemagne)

En véritable briseur de nuques, Bushido rappe avec brio les mots bruts de la rue et exprime un quotidien violent, qui malgré son âge et la notoriété qu’il s’est construit, ont encore l’odeur d’authenticité. Avec son compère Shindy, ils ont proposé un format inédit dans le paysage rapologique allemand, à savoir un album aux sonorités tantôt très « boom-bap », tantôt « trap », tantôt proposant même les deux formats pour la même chanson. Et cette piste, à laquelle se suffit peut-être déjà une boucle aussi angoissante qu’enivrante, est le bijou du duo de beatmakers de renom : Djorkaeff et Beatzarre. En n’oubliant pas d’inviter son dernier protégé Ali Bumaye, particulièrement vulgaire et crade sur ce track, la « Ghetto Literatur » a trouvé son hymne. Antoine

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Lil Supa – The Cypher Effect Mic Check (Prod’ Backbeat) (Venezuela)

Lil Supa est sans nul doute le nouveau fer de lance du hip-hop vénézuélien depuis le décès de son compère Canserbero survenu il y a tout juste un an. Né à Caracas mais résident à Maracay, il a pu au cours de cette année exporter sa musique à travers le monde en offrant des concerts à New York, Tokyo, Luxembourg et même Paris. Nous avons choisi de vous présenter ce freestyle enregistré à Tijuana pour “The Cypher Effect”, plateforme internet dont l’objectif est de promouvoir la communauté hip-hop à travers le monde. Sur celui-ci, il nous délecte d’une punchline qui a fait le tour de l’Amérique du Sud: “Tú quieres fama kimosabi ? Messi no ganó el balón de oro sin Xavi” (“Tu cherches la gloire mon pote? Messi n’aurait pas gagné le ballon d’or sans Xavi”). Jordi

Original Juan – Tipos listos (Prod’ El Gordo del Funk) (République Dominicaine)

La musique a toujours était très présente dans la vie d’Original Juan. En effet, son père faisait partie des groupes traditionnels dominicains  “Los inolvidables” et “La gran manzana”. Au début des années 90,  Juan a posé ses valises à Saragosse en Espagne, accompagné de sa mère. C’est dans la rue qu’il a passé une grande partie de sa jeunesse à affiner son style de “kickeur” avec ses compagnons de route, ses “tigres” comme il aime les surnommer. En 2013, il a sorti son premier projet solo intitulé “Rap N’Roll” et cette année le très remarqué Dominican Most Wanted. Sur celui-ci, il a collaboré avec des rappeurs d’envergure nationale comme Kase-O ou Sharif. La grande majorité des productions ont été réalisées par le beatmaker Gordo del Funk, lui aussi originaire de la capitale aragonaise. Sur ce titre intitulé “Tipos listos” (“Mecs rusés”) il utilise le sample du morceau “Shiller” de Ratatat. A l’aide d’un flow nonchalant, Original Juan nous expose  les valeurs qui lui sont chères telles que la sincérité et l’humilité, sans oublier comme souvent de lancer des piques aux “wack” MC’s. Jordi

SIDO feat. Olexesh – Löwenzahn (Allemagne) 

Sido, le rappeur Berlinois le plus connu du pays, a livré son sixième album solo en 2015. Et c’est peut-être l’un des plus riches, l’un des plus ouverts qu’il ait produit depuis ses premiers projets au début des années 2000. Le trentenaire a sorti les « dents de lion » sur ce featuring avec Olexesh, ramenant le flow efficace qu’on lui connait sur une grosse production qui sonne terriblement hip-hop. Un retour imagé sur son passé de lascar, errant dans les différents quartiers de la ville, en quête d’un avenir meilleur qu’il finira par s’offrir grâce à une ambition de félin déterminé à montrer les crocs dans cette jungle urbaine de 891 kilomètres carrés. Antoine

KCMG – Eskill (Prod’Shockbeats) (Espagne)

Après “Como me pongo” sorti en 2014, le Mc de Barcelone  nous a gratifié de l’excellent projet Kidnakilla sur lequel il a collaboré avec le producteur Shockbeats, lui aussi basé en catalogne (Prat de Llobregat). KCMG est clairement influencé par le rap américain. Il est doté d’une technique assez rare  ainsi que d’un brin de folie devenu sa marque de fabrique. Preuve en est ce morceau “eskill” sur lequel il fait preuve d’une grande habileté, bien aidé par un beat plein de punch. A noter que Swet, l’un des meilleurs DJ de la scène hispanique, est présent sur cette chanson pour les scratchs. Jordi

Mecna – Non Dovrei Essere Qui (Italie)

Un peu de douceur, venue d’Italie. Mecna, figure montante du rap transalpin, vient de San Giovanni Rotondo, dans la région des Pouilles. Mecna, c’est une voix qui lui permet de chantonner voire chanter sur certaines de ses chansons, pour un rap soft, léger, parfois lent et procurant un sentiment d’apaisement sur des instrus globalement minimalistes. Telle est la couleur de son projet Laska sorti en Janvier 2015. « Non dovrei essere qui » parle de la difficulté de se faire une place dans le milieu hip-hop, d’être accepté par ses pairs” et c’est l’album qui parle plus généralement d’amour. Et comment être plus crédible que parler d’amour en italien ? Antoine

Elom 20ce – Vodoo Sakpata (Togo)

C’est au cœur du berceau de l’humanité et plus particulièrement au Togo que l’on a décidé de vous plonger pour ce tour du monde. Fort de ses racines ancestrales et d’une culture hip-hop revendicatrice, Elom 20ce nous livre un rap d’une clarté sans précédent. Le clip de “Vodoo Sakpata” en est la preuve, tant dans son imagerie que dans son message. Fer de lance du dernier album de l’activiste, il y décrit la triste réalité africaine dans un élan à la fois mystique et urbain. A noter qu’Elom n’en est pas à son coup d’essai, son premier album Analgezik réunissait Geraldo (45 Scientific), Crim, Shabazz, Epolar, Engone Endong, Nzaou Rob, Crown (Grim Reaperz) et Ultrason. Pour vous connecter à la vibe africaine, ça se passe iciBlaise

Rapper School – Descarga (Pérou)

L’avantage de rapper en espagnol, c’est la grande audience potentielle que cela peut permettre de toucher. Le groupe péruvien Rapper School, fort d’une notoriété grandissante et d’un demi-million de fans sur Facebook, traverse les frontières à chaque nouvelle sortie, au rythme d’un projet par an environ. La sortie de 2015 fut un album instrumental gratuit intitulé “Descarga” (“Téléchargement”), contenant un morceau rappé du crew actif depuis 1999. Les membres du collectif semblent connaître le rap français, preuve en est avec cet instru contenant des scratchs de deux grands classiques, ou bien ce solo de Warrior sorti pour Noël et son sample tiré du soundtrck d’Amélie Poulain. Au-delà de leurs boucles efficaces, ce qui fait la force de Rapper School c’est aussi la musicalité des morceaux, que ce soit dans les flows ou les refrains, ainsi qu’un rap ancré dans leur réalité, loin des clichés du rap US que peuvent parfois se contenter de relayer certains groupes d’Amérique du Sud. Et pour ceux qui souhaiteraient en écouter davantage, nous vous conseillons de commencer par leur titre phare Pase lo que pase sorti en 2012. Olivier

Pielroja – Diaografía (Prod’ Asier) (Colombie)

2015 a été une belle année pour ce rappeur colombien. En effet, après son premier EP Fatfellaz publié en 2012, son deuxième projet solo intitulé El último Pielroja (“Le dernier peau rouge”) a vu le jour durant l’ été. Très actif dans le milieu underground de Barcelone, ville où il est installé depuis de longues années, il a été également  convié en novembre dernier à participer au festival “Hip-hop al parque” de Bogotá, accompagné par le talentueux MC et beatmaker M. Padrón (Iles Canaries). Il a pu y  défendre son projet sur scène devant des miliers de personnes.  Dans cette  chanson “Diaografía”, il raconte son quotidien dans le centre ville de la capitale catalane et plus précisément dans le quartier populaire du Raval, anciennement surnommé “Barrio chino”. Nous souhaiterions souligner le travail de Lion Cage Films pour le clip. Ce duo de réalisateurs a collaboré récemment sur de nombreux projets audiovisuels pour des artistes hip-hop de la région. Jordi

Frank White  (Fler) – Der Asphalt glänzt (Allemagne)

Fler, troisième King du podium Berlinois, n’a pas non plus chômé en 2015. Ce n’est pas un ni deux mais bien TROIS projets que Patrick a sorti : Keiner kommt klar mit mir, Weil die Strasse nicht vergisst et Der Staat gegen Patrick Decker.  L’asphalte brille, sous une vulgarité sans égal, le rappeur ponctuant presque chacune de ses rimes par une insulte ou un placement expressément familier. Détracteurs, concurrents, flics, tout le monde y passe dans cet énième règlement de compte typiquement allemand. La production chantante de Iad Aslan ferait presque office de chant mortuaire, chez un MC qui propose une palette de plus en plus large, s’essayant même à la trap sur l’album WDSNV. Conseil pour les chercheurs de pépites : Der Staat gegen Patrick Decker est le projet regroupant les meilleurs morceaux de sa discographie ainsi que des inédits datés du milieu des années 2000, un régal. Antoine

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