Choisir 10 clips sur un semestre, la tâche n’est pas aisée. Encore une fois, il ne s’agit pas d’un « top » ou d’une sélection des « meilleurs » ou plus gros budgets, mais bien d’une dizaine de coups de cœur visuels. Ah non tiens, une vingtaine plutôt, car une fois n’est pas coutume, notre indécision nous a poussé à l’ouverture d’esprit. Réussis par leur composition, qu’il s’agisse d’effets de postproduction aboutis ou techniques de filmage originales, voici donc 20 efforts récompensés dans une liste toujours pas exhaustive.

Ali LaCraps – La galère (Günter & Larry x Studio LaClassic)

Titre homonyme de La Hyène sorti l’année précédente, LaCraps propose une version Montpelliéraine de la routine narrée par le Parisien. Et bizarrement, la galère se ressemble. Les frigos sont vides, les cendriers pleins, l’argent ne coule pas à flot… Mais le son est bon. Habillée par Günter & Larry, la galère de LaCraps propose, elle, un plan séquence audacieux ; filmée en noir et blanc, la plongée dans le quotidien du MC de LaClassic est immédiate et l’identification réussie.

Alkpote & Vald – Meilleur lendemain (PTPFG Production )

Si Vald a beaucoup fait parler de lui ces derniers jours avec son clip « Selfie » décliné en 3 versions, nous nous étions arrêtés un peu plus tôt cette année sur son featuring avec l’Empereur de la crasserie. 4 minutes 20 de rigolade, de trucs crados et de défonce : bienvenue au Groland du rap. Quand la folie naturelle et sincère de Vald croise la spiritualité d’AL K, Jean Moulin s’en trouve dédicacé et les images d’un week-end à la campagne sublimées.

Al’Tarba – Siberian vengeance (Emilien Malaret – KloudBox)

Le bouillant Al Tarba livre ici un beau clip, et non des moindres, pour l’une des meilleures prods de son dernier projet « Let the ghost sing ». Il parvient à poser des illustrations sur son récit sans parole, et à retranscrire une version des imaginations que l’on se crée. Un trip moderne, qui mixe volontairement des couleurs sombres en opposition à des teints plus chauds, et des images à la qualité d’archives croisées à des passages filmés en HD.

Anton Serra & Lucio Bukowski – Portraits (Morgan Mollard)

Anton en Frida Kahlo et Lucio en Vincent Van Gogh, rien que ça, ça vaut le coup ! Des efforts de maquillage et de déguisements assumés, et un jeu d’acteur plutôt correct suffisent à faire de ce clip une vidéo ludique, sympathique à regarder. Filmés en caméra quasi-immobile, les portraits des deux Lyonnais sont drôles et remplis d’auto-dérision. Ne loupez pas le making off en bonus.

Artcore State Of Mind – La Bande Annonce (les Spankid’Z)

Ils avaient déjà réalisé le fabuleux « Vautour » de Swift Guad, ils ont remis le couvert avec ASOM. Une bande-annonce qui a de la gueule ; dynamisme dans le filmage, mise en scène pour chacun des membres du crew et quelques effets spéciaux judicieux qui appuient les propos des trois MC’s alsaciens et nous permettent de faire le lien avec le jeu-de-mot. « Ma p’tite gueugueule ! »

Aspect Mendoza & Cotola – Les gens d’air (Cristobal Coloma)

Le « Action Bronson francophone » et son acolyte ramènent leur fraicheur en osant les déguisements et en déterrant les archives. Un bol d’air servi par les deux rappeurs québécois qui ont taffé et assumé le concept de leur morceau sans verser dans la parodie ou le gag de plateau télé. Leur projet commun est d’ailleurs disponible ici et le clip « Sous-estimés » également à voir.

Fhat.R – J’suis pas d’ici (Maroh)

Les clips montrant le quotidien de rappeurs du réveil au coucher fonskar se font légions ces derniers temps. Mais celui-ci, simple et efficace, outre nous prouver l’attachement du Bordelais à son banc, fait plaisir : quelques effets de montage, et surtout une envie d’évasion revendiquée en s’invitant dans pas moins de huit endroits différents. Le Bordelais, sans gros moyens financiesr, fait des efforts pour sa vidéo. On apprécie.

Géabé – A la Félix Faure (Sam Latchman)

Mis en images par Sam Latchman, le très bon titre de l’Ange Gabriel profite d’une réalisation aux petits oignons : des couleurs de l’automne aux mouvements délicats de caméra, l’originalité du morceau est récompensée. Truffé de petits clins d’œil et de références cinématographiques, ce clip bénéficie d’un montage simple et précis, sans fioriture. On aperçoit même Géabé rapper devant la tombe de Félix Faure, le président français que la « pompe funèbre » aura rendu célèbre. On lui souhaite de prolonger l’instant… Et de vivre, un jour, cette érection ultime.

Jah Maaz – J’ère (Mathias Arroyo Begin)

Le jeune MC québécois, Jah Maaz, s’est appliqué à démontrer à son tour que l’on peut réaliser des clips attrayants sans beaucoup de moyens mais avec de bonnes idées et des images propres. Il ère, armé d’un sabre la nuit, dans les couloirs bombés du métro ou seul sur un toit, à la recherche d’un moyen d’évacuer ses soucis. Et nous fait comprendre qu’il n’est pas le seul.

JeanJass – Viande grillée (Capsule)

Les cuivres sont doux, le ton poivré. JeanJass assaisonne son titre par un clip appétissant, réalisé par l’organisme bruxellois La Capsule. Les étapes sont soigneusement découpées, du fermier au consommateur de viande, en passant par le boucher qui câline tendrement sa bidoche et l’inconnue qui cuisine avec amour. Chaque personnage parle, comme si tout le monde prenait part à ce festin de « viande grillée ». Une netteté optimale, un délice.

Joe Lucazz – Gatsby (AllEyezOnIt Films)

Quand J.O.E nous embarque dans le 18ème, boire un verre et lire le journal, on le suit. Ambiance noir et blanc, vêtu d’un manteau long et coiffé d’un béret d’époque, « ce mec en or, Gatsby le magnifique » séduit. Même quand il « se met à rapper l’inadmissible », sa nonchalance épate et son flow coule. Le temps d’une courte balade, trop courte même.

JP Manova – Is everything right ? (Pilou Guetta)

JP Manova n’a pas débarqué qu’avec un excellent album. Il a ramené des clips travaillés et soignés, dont le bon goût régale les amateurs de vidéo-clips marquants. Notre homologue Zo de l’ABCDR, avait qualifié ce clip d’ « un des plus culotté de l’année » ; effectivement, JP prend un risque en infiltrant le milieu de la mode pour détourner les séances photos de la Fashion Week. Pari gagné, tant le rendu est fidèle à la version audio et les incrustes audacieuses. Djeep vous offre même la traduction anglaise pour que vous répandiez sa version des « Niggas from Paris » aux quatre coins de la planète.

Karlito – Illimité (Clifto Cream)

Un clip animé d’une rare densité. Clifto Cream propose une progression accélérée et en cohérence totale avec ce que rappe « le secret le mieux gardé de la Mafia K’1 Fry ». Ceux qui ont déjà signé des clips pour Jazzy Bazz (le classique « 64 mesures de spleen ») ou Big Budha Cheez parviennent à susciter notre curiosité à la découverte de la vidéo, et à nous transmettre l’énergie du Val-de-Marnais sans trop en faire. Et une nouvelle technique validée sur leur CV.

La Hyène – Hyène-story (Art & Images)

Alors certes, ce n’est pas le clip le plus original qu’il soit. Mais La Hyène, dont on n’a trop peu évoqué le rap sur Le Bon Son jusqu’ici, livre ici l’exercice où il est le plus à l’aise : un morceau sans thème particulier, un flow changeant, et une attitude qui ressort dans ce clip où il se rend sur Paris sans but apparent. Déambulant, La Hyène pose un discours d’homme « désillusionné » à travers un bilan de sa vie, et son parcours sinueux dans le rap. Elle est peut-être là, l’ellipse cinématographique.

Le Gouffre – Générique 2 fin (Bol2Record)

13’36 de rap, ça tabasse. Le Gouffre et leurs 26 invités soit 31 MC’s dans autant de décors différents. On imagine combien la tâche de rassembler toutes ces têtes sur piste a dû être ardue, mais on a encore plus de respect pour la mission impossible de les faire tourner tous devant la caméra. Ce genre de concept fait un bien fou au rap français, en attestent les plus de 250 000 vues atteintes en 3 mois. Un grand bravo aux Gouffriers et à Gary aka Bol2Record pour le montage final. Ce clip, c’est la vidéo qu’il a manqué au classique « 11’30 contre les lois racistes » ou « 16’30 contre la censure » pour marquer davantage encore leur époque.

Lomepal – La marelle (Mohamed Chabane)

Lomepal est entouré, on le sait déjà. L’équipe de professionnels réunis autour de Mohamed Chabane n’est pas là par hasard et monte un clip génial, comme souvent avec les productions visuelles du rappeur parisien. Véritable court-métrage de 3 minutes 16 de pure fiction, certains spectateurs se demandent même via les commentaires si « C’est possible un aussi bon clip en France ? » Le budget doit être conséquent, mais force est de constater que Lomepal fait de ce jeu d’enfant un véritable carnage, maîtrisé à la perfection.

Phénomène Bizness – Les nuits parisiennes (Kespey Prod.)

Un grain qui colle au phrasé de John Hash & Saïga, du gros rap qui tâche et une caméra en mouvements continus : telle est la recette de Phénomène Bizness pour mettre en relief « les nuits parisiennes ». Et ça fonctionne plutôt bien. La ride démarre de Vitry pour se terminer à Châtelet, oscille entre temps forts ralentis et accélérations régulières, donnant l’impression d’une nuit interminable dont seule la Ville Lumière a le secret. Une vraie idée des différentes ambiances selon les arrondissements, recouverts par l’obscurité.

Rezinsky – Jolie môme (Noémie Fansten & Olivier Garouste)

Un extrait de “Tchao Pantin” pour l’introduction, et Pepso Stavinsky nous présente sa jolie môme : poétique, mélodique, fine et gracieuse. La danseuse de corde est agile, les acrobaties légères et l’atmosphère parfaitement lugubre. Les réalisateurs poussent le vice jusqu’à ce qu’on ne puisse presque plus distinguer les formes et les corps à certains moments. On se laisse porter par cet hommage à Léo Ferré qui prend des airs d’émotion nocturne pleine d’admiration et d’amour pour la gente féminine. Ça fait du bien.

Sear Lui-Même – Leçon de piano (Airboobs/Albin Laffay)

Le titre de Sear était en soi déjà un excellent morceau. Mais cette leçon de piano, sous forme de court-métrage, prend plus d’ampleur encore : bien amenée, progressive, entrecoupée d’une animation sobre mais terriblement glaçante, on assiste à un récit du type « Faites entrer l’accusé » dont le refrain chantonné par des enfants met mal à l’aise. Un storytelling largement salué par les critiques Youtubeurs , qui mérite le coup d’œil et le coup d’oreille.

Swift Guad – AmStramGram (L’Indis)

Adepte des effets miroirs, Swift déroge pour une fois à la règle. Il nous narre son « mauvais conte de fées » entre sorcières de Disney et visions pessimistes d’un présent incertain. Le Narvalo en profite pour succomber aux charmes féminins et assouvit ses fantasmes de jeunesse. L’Indis, lui, réalise un clip intéressant, notamment en superposant des images documentaires tragiques lorsque Swift rappe ou en jouant avec les ombres.

A voir également :

Dooz Kawa – A l’arrière des bars

Yoshi – Up/Down

Fadah – Vers d’autres lendemains

Caballero – Relax

Zekwé Ramos – Zombies

TonyToxik – Je chante la vie

Shalik Banban – Le fond du trou

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