Après un jeûne d’écriture de près d’un an coupé par un excellent 5h Chrono avec Geule Blansh, Sentin’l est de retour pour la suite et fin d’Entre parenthèses, probablement son meilleur projet sorti en 2012. Il s’agit donc d’une version physique (il n’existait qu’en téléchargement gratuit jusqu’à maintenant), avec une deuxième partie ajoutée, contenant des remix, des morceaux connus par quelques diggers avertis, et des inédits complets.

Si Sentin’l n’est sans doute pas le patron du rap Suisse, il en est certainement l’un des porte-étendards, tant sa manière de rapper en alliant nonchalance et efficacité rappelle les plus gros clichés sur le pays du fromage (le vrai). Blague à part, il est vrai que le Genevois semble manquer un peu de mordant, ce qui a l’inconvénient d’occulter la puissance de certaines rimes, car oui, il rime très bien. Ce contraste se voit assez facilement dans l’excellent « La petite bête » avec Fadah où le couplet de Sentin’l n’a intrinsèquement rien à envier à celui du Toulousain, mais son manque d’agressivité ou de gimmicks accrocheuses se ressent. Cependant, il ne faut pas cracher dans la soupe. Sentin’l sait écrire et sait rimer. Il l’a prouvé à maintes reprises, et semble avoir épuré son écriture après cette pause qui lui a sans doute fait grand bien, lui qui, en 2012, avait déjà trois albums à son actif à même pas 25 ans.

Bien que moins grande et moins alléchante que sur le précédent opus, la liste des invités restait attractive, et force est de constater que le bilan est plutôt mitigé. Nous avons parlé de Fadah qui n’a pas l’habitude de décevoir bien au contraire. La règle se confirme donc, et il en est de même pour son compère Melan qui est le seul à s’en sortir avec les honneurs sur le décevant « Le prix », la prod très moyenne de Itam n’ayant pas l’air de convenir à Sentin’l et Lacraps qui semblent un peu dépassés techniquement. Rajoutons Hunam, déjà présent sur le premier volume qui effecute une bonne prestation sur « FTG », et Kéroué sur le très bon « Cohérents », probablement l’un des meilleurs morceaux du projet, et cela s’arrête à peu près là au niveau des invités. « Replay » est probablement le moins bon morceau du projet, et Le P.O.R. et L’grek montrent une différence de niveau trop importante.

Dans l’ensemble, les productions de l’album sont de très bonne facture, Sentin’l n’ayant pas confié le travail à des amateurs. On retrouve évidemment l’inénarrable Mani Deiz sur une bonne partie des titres, mais également le bien trop rare Metronom sur « La petite bête », qui prouve une fois de plus qu’il est l’un des tous meilleurs tapeurs de pads de ce milieu. Sa touche si particulière dans le choix des samples faisant encore merveille, on ne peut que souhaiter de voir l’homme qui masterise 500 projets par semaine plus souvent à l’avenir. Un troisième Kid of crackling est encore présent, et s’il n’est pas le plus connu, Rakma montre bien à quel point tous les membres du collectif font partie du haut du panier en terme d’instrumental. Et c’est un plaisir de retrouver le très bon « Au feu rouge » qui tournait depuis quelques temps déjà sur les internets sur un projet. Nous citerons encore Axiom qui signe peut-être la meilleure prod de l’album avec « Lamaï ». Ses anciens projets nous l’avaient bien montré, Sentin’l excelle sur des boucles mélodieuses. On ne trouve rien de bien surprenant, mais quand on sait à quel point il est compliqué de faire des choses simples, on peut dire que c’est réussi et diablement efficace. On regrettera peut-être l’interlude d’Itam, assez moyenne et surtout beaucoup trop longue. Pour finir sur les instrumentales, Sentin’l a placé le remix de deux morceaux issus du premiers volume. Si celui d’ « Au large » par Rui Sirigado est intéressante car elle donne une toute autre version du morceau avec cette ligne de guitare seule, la version de « Si tout s’arrête » de Ben Maker n’apporte pas une lecture différente du morceau en plus du fait d’être qualitativement à des années lumières de la version originelle de Mani Deïz.

Concrètement, Sentin’l a su livrer un projet cohérent, qui s’intègre parfaitement à la première partie sortie il y a deux ans. On sent une amélioration dans l’écriture. Toujours aussi bon rimeur, il a su donner plus de sens à ses textes, et les morceaux solos sont tous de très bonne facture. Seuls quelques invités n’ont pas su se montrer à la hauteur. On regrettera également le fait que la plupart des meilleurs morceaux aient été dévoilés avant, ou étaient déjà connus (Au feu rouge, Entre temps, Cohérents, Interminable). Au final, Sentin’l n’aura pas surpris grand monde mais aura sorti un projet solide, qui s’écoute facilement si l’on aime la bonne rime et les boucles mélodieuses. A l’heure où les projets boom bap concourent pour le prix du plus fade ou du plus mièvre, on a ici du rap classique fait de manière carrée par des spécialistes du genre. Profitez, ça devient rare.

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