Quand les Soulchildren se confient au Bon Son, ça donne une grosse interview pleine d’exclus, qui devrait ravir les amateurs de rap français.

Qui n’a pas bougé la tête sur les prods des Soulchildren, à base de samples de voix modifiés, de boucles ultra efficaces, et de rythmiques à se casser le cou ? Flynt, Diam’s, Youssoupha, Sefyu, Akhenaton… La liste des MCs ayant fait appel au duo de producteurs est longue. On pense plus particulièrement à Pejmaxx (lire l’interview ici), qui a sorti son 2ème opus le 27 février, et dont les prods ont été réalisées à 100% par les Enfants de la Soul. Rencontre avec Lionel et Niko.

Les Soulchildren bonjour, pouvez-vous vous présenter pour Le Bon Son, et nous expliquer l’origine de votre blaze ?

Bonjour, en fait, notre nom vient pour une part de la Soul, musique mère du Hip Hop par excellence qui a été énormément samplée par les pionniers et d’autre part du mot « soul » qui signifie « âme » en anglais. L’âme qu’on met dans notre musique est quelque chose de central dans notre manière de travailler, c’est presque une philosophie.

On peut dire qu’il y a une « touche » Soulchildren. Comment la définiriez-vous ?

Je pense qu’il y a une touche Soulchildren. Même si il y a chez nous une volonté de toujours se renouveler et d’apporter du neuf.

Notre son est fait du mariage de beats hyperproduits aux détails très travaillés et d’ambiances texturées à base de samples et de compositions. C’est l’alliance des deux qui est la clé de l’âme, de la Soul de notre musique. C’est aussi ce qui fait que nos productions sont très actuelles mais qu’elles resteront sans trop vieillir. C’est ce qu’on espère en tout cas, que notre musique ne prenne pas de rides avec les années. Qu’on l’ écoute dans 10 ans avec le même plaisir.

Comment travaillez-vous ? Vous samplez tout, ou vous rejouez certaines prods ? Y’a-t-il une part de composition ?

Les deux. Parfois l’un sans l’autre et parfois samples et compo mélangés. La plupart du temps, quand nous utilisons un sample, nous nous efforçons de lui apporter une transformation telle qu’on ne puisse pas le reconnaitre immédiatement (en le pitchant, le découpant, avec des effets…).

La compo a aussi une part très importante. Elle peut habiller la prod, lui donner une certaine modernité. Nous recherchons toujours une mélodie « dominante », quelque chose qui soit fort et qui puisse retenir l’attention.

Vous disiez il y a 3 ans en interview que vous ne viviez pas de votre activité de beatmaking . Qu’en est-il aujourd’hui, 3 ans et des dizaines de prods plus tard ?

Même si elle nous apporte quelques revenus, nous ne vivons pas de notre musique. Nous serions heureux de pouvoir vivre de notre art même si nous avons tout les deux des métiers qui nous apportent de nombreuses satisfactions. Je suis pour ma part professeur des écoles en CM2 et cela m’apporte beaucoup. Nicko lui travaille dans une société de transport internationale.

C’est une autre composante paradoxalement importante de notre philosophie. Ne pas vivre de la musique permet de ne pas avoir à faire de concession. Nous sommes à 100% sûrs et fiers et de tout ce qui sort de chez nous. Si nous avions la pression de devoir absolument faire rentrer de l’argent, nous serions surement obligés de composer à contre-cœur. Soit en travestissant notre musique, soit en collaborant avec des artistes dont la musique ne nous parle pas. Ce qui n’est heureusement pas le cas aujourd’hui.

Vous avez fait des prods pour pleins de rappeurs français, connus et moins connus. Quelles ont été les rencontres déterminantes ?

Les rencontres les plus importantes sont celles pour lesquelles l’humain et l’artistique sont mêlés. La collaboration avec Pejmaxx est celle qui nous apporte le plus. Nous réalisons ensemble les titres, composons les instrus, enregistrons, mixons et masterisons. Nous formons un véritable groupe.

La rencontre avec Youssoupha a été aussi très importante. C’est un artiste avec qui nous sommes certains que chaque titre sera une réussite. C’est un vrai plaisir et une vraie motivation que de parvenir à produire de bons titres pour lui.

Il existe aussi avec Flynt une proximité. Nous sommes très investis sur son deuxième album. Au niveau composition, enregistrement et réalisation.

Dans l’ensemble, les rencontres sont ce qui fait de la musique un plaisir et une découverte constante. Rencontrer et travailler avec des gens comme Akhenaton, Diam’s, Sefyu, Maître Gims (Sexion d’Assaut), Salif, la Scred Connexion, Keny Arkana, Brasco… au long de ces années a été très stimulant et très enrichissant.

L’actualité imminente c’est le deuxième opus de Pejmaxx, sur lequel vous signez la totalité des prods, pour la deuxième fois. Parlez-nous de cette collaboration exclusive, ce que ça vous apporte…

Le travail avec Pejmaxx est celui où on peut construire quelque chose sur la durée. Cela nous a permis de réaliser un album complet. Il y a beaucoup de discussions entre nous, parfois houleuses mais parce qu’on souhaite qu’elles nous mènent à l’excellence. Les albums Porte Parole et Enfant de la République (sorti de 27 février) sont d’immenses fiertés et de vraies cartes d’identité de notre musique.

L’autre actualité c’est « Noir Désir », l’album de Youssoupha, avec qui vous travaillez depuis quelques années déjà… Quelques mots sur le travail effectué sur cet album célébré par le public ?

Nous avons proposé des musiques à Youssoupha dès la fin de l’album précédent (Les Chemins du retour). Le premier titre sorti a été Menace de Mort. On a su dès le départ que ce serait un titre fort. Il y a eu Poids Plume pour la digitape qui a été remixé avec Lino, Redk et Shurik’n. Irréversible est sorti sur la fin de la conception de l’album. Sur ce titre, nous avons travaillé en partenariat sur la construction du titre et notamment la fin qui part en beat jungle.

Il était question au tout départ que nous réalisions une grosse partie de Noir Désir en entier mais il y a eu certains blocages qui ont rendu cette option impossible. Au final, Noir Désir est, je le pense, le meilleur disque de Youssoupha, celui d’une certaines maîtrise et celui de la reconnaissance du public.

Est-ce qu’il y a des rappeurs avec qui vous n’avez pas encore collaboré pour qui vous aimeriez produire ?

Oui ! En France (sinon la liste serait trop longue) : Booba en premier lieu. Nessbeal, Médine (qui a déjà posé sur une prod à nous – Apprentissage Remix), Mac Tyer, Kery James, Soprano (c’est en cours) ainsi que toute une nouvelle génération au niveau très élevé : Vald, Ladea, Fababy, Nekfeu (c’est en cours), …

Quand vous décidez de travailler avec un rappeur, est-ce que le message ou le discours qu’il véhicule rentrent en ligne de compte ?

Contrairement à ce que pensent de nombreuses personnes, la première chose qui nous accroche c’est le flow. Ensuite viennent le timbre de voix, l’attitude, et puis bien sûr le message, le discours.

Quels sont vos projets en cours, y a-t-il d autres sorties de prévues ?

Pejmaxx « Enfant de la République » le 27 février (lire ici l’article sur le jour du verdict)

Un album commun entre RedK et Soprano

Le solo de RedK

Le 2ème album de Flynt

Des titres pour Nekfeu, Scylla, Ladea, Maître Gims, Youssoupha…

Le 3ème album de Pejmaxx & Soulchildren !!!

Scylla, son 1er album

Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter ?

La longévité !

Facebook : Soulchildren

Album « Enfant de la République » de Pejmaxx : sorti le 27 février

Album « Noir Désir » de Youssoupha : sorti le 20 janvier

Photo : Koria