10 Bons Sons en mars 2026

Entre confirmations attendues et découvertes encore en sous-marin, ces dernières semaines ont offert un panorama riche d’un rap francophone toujours aussi vivant, imprévisible et exigeant. Tour d’horizon de ce qu’il ne fallait pas manquer.

Le 4 mars : Huitballe – Freestyle Banque de France (prod. Tices)

Découverte toute fraiche, c’est Huitballe, actif depuis 2024 et qui a distillé quelques morceaux tout au long de l’année dernière. Notamment l’EP La diagonale n’est pas à vendre avec un featuring avec Mike Shabb ou encore sur le projet Noises Breaking Silence du très bon producteur GOTNOTIME aux côtés de Joaqm. « Freestyle Banque de France » est comme son nom l’indique un freestyle, parfait pour découvrir le flegme et la plume du rappeur, zonard, prolo qui « ne parle que de drogue comme un article de Vice ». D’ailleurs on le retrouvera bientôt pour un EP produit entièrement par GOTNOTIME – Clément

Le 6 mars : H JeuneCrack – Dogme95

H JeuneCrack donnait ce mois-ci une suite à son EP 1er mouvement. Sur cette deuxième carte de visite, il montre à nouveau l’étendue de sa palette, particulièrement sur ce morceau où il met en scène la construction de sa propre production. « Dogme95 » s’ouvre sur une nappe aérienne avant de s’enrichir au fil de ses commentaires : « d’ailleurs, ce serait peut être mieux avec un clap en fait ». Ce work-in-progress est ludique et amusant et se répercute également dans les textes où le jeune prodige lâche des ébauches de thèmes, aspiré par son flux de pensée, où son ex paraît tenir une place particulière. Voilà un morceau surprenant. – Jérémy

Le 12 mars : Billy Bats & SuperValBeats – 247CLN

Personnalité emblématique du rap toulousain, Billy Bats est actif depuis déjà 25 ans. Si le grand public ne connaît pas forcément son nom, il est cependant reconnu dans le milieu, notamment pour ses collaborations marquantes avec des artistes et des beatmakers reconnus (lire notre interview 10 Bons Sons), mais surtout pour ses talents de découpeur tout-terrain. Porté par l’instrumentale nerveuse de SuperValBeats, il prouve sur « 247CLN » (« 24/7 c’est la night« ) que le temps qui passe n’altère en rien la qualité de son flow ni la précision de ses rimes. – Olivier

Le 13 mars : Ry’s feat. Jacques de Sample – Cheveu sur la soupe

Comme aux détections on enchaine les découvertes. Cette fois ci c’est Ry’s, qui a sorti l’an dernier Lucha Libre, un EP 7 titres quasiment autoproduit en intégralité avec notamment en featuring Esmo ou encore ce bon vieux luXe Timeless. De quoi découvrir l’univers du rappeur, entre boombap élégant, samples bien diggés et trap tout aussi qualitative. Entre temps le rappeur lyonnais a sorti un autre morceau sur les réseaux, peut être pour teaser une suite à Lucha Libre. En tout cas on attend de pied ferme. – Clément

Le 15 mars : Guezess – Welcome to Red Rock (prod. I.N.C.H)

Pile au milieu du mois de mars, Guezess publia le dernier EP de sa trilogie Red Rock initiée en 2024. Dès le premier morceau, le black cowboy tape du poing sur la table. Sur une production sombre aux ambiances de western du beatmaker I.N.C.H, habitué de nos colonnes depuis plus de dix ans, le MC bordelais revendique un rap contestataire et renvoie au premier plan les différentes luttes, quelles soient sociales ou antiracistes. Il fustige aussi le passé et l’héritage colonialiste de la belle endormie. Le tout mis en valeur par un flow calme et maîtrisé, agrémenté de punchlines qui comme à chaque fois font mouche. Un sans faute pour ce morceau. Bien décidé à continuer sur sa lancée, il enchaîne avec la sortie ce vendredi 2 avril d’un nouvel opus intitulé Les enfants terribles, en collaboration avec le producteur Tha Trickaz. En cette année 2026, tout semble aligné pour que le travail de Guezess soit enfin reconnu à sa juste valeur. – Jordi

Le 18 mars : Sameer Ahmad feat. Gal – Le Pain Nu (prod. Pumashan)

Le rappeur montpelliérain incarne à nouveau son personnage de Jovontae pour nous annoncer un format long du duo Un Amour Suprême qu’il forme avec son autre avatar Ezekiel. Le temps d’une instrumentale incroyablement minimaliste et pourtant ô combien groovy de Pumashan, Sameer Ahmad convie son homologue de Tanger, Gal, pour un concours de nonchalance, de lazy flow et d’écriture remplies d’arabesques. Après le premier extrait du projet Umami, « Le Pain Nu » nous donne vraiment envie d’écouter le retour du duo schizophrénique né dans la tête du rappeur d’origine irakienne. A noter que le morceau est accompagnée d’une magnifique cover, encore une, de Romain Tellechea. – Rémi

Le 20 mars : Rocé – Café serré

Annoncé par des singles disséminés au cours des derniers mois, ce nouvel album de Rocé ne déçoit pas. En même temps, Rocé a-t-il jamais déçu ? Sur « Café serré », ses influences jazz s’expriment à nouveau, vingt ans déjà après son Identité en crescendo où intervenait le grand Archie Shepp. Son flow syncopé et son ton posé font mouche dans une ambiance tranquille mais sourcilleuse.  Les allers-retours entre l’anecdotique et le profond s’entrecroisent avant de laisser place à une longue outro jazz qui régale. Du rap de force tranquille. – Jérémy

Le 24 mars : Euteïka – Pic à glace (prod. Toonz)

En voilà un qui avait quelque peu disparu des radars. La dernière fois que nous vous avions parlé d’Euteïka, c’était en mars 2023 et nous n’étions pas mécontents d’apprendre que le rappeur cagoulé s’apprêtait à livrer un 9 titres pour le changement de saison. Dès l’intro du projet, nous avons retrouvé ce qui nous plaît chez Euteïka : une voix, une écriture, de la rime, de la punch, une prod soignée. Si « Pic à glace » a tout du style libre où il balance son puzzle de mots et de pensées, les autres titres valent l’écoute. Bien sûr, vous ne vous ambiancerez pas cet été sur sa musique, mais Euteïka fait du bon son (dommage d’ailleurs qu’il n’ait pas pu faire de clips car le bougre avait l’habitude d’en faire d’excellents). –Chafik

Le 25 mars : Stick – Mémoires d’un salfrom’ 3 (prod. Goune et Stick)

Après avoir annoncé sur ses réseaux qu’il allait recentrer ses futures productions sur son Bandcamp et sa page Youtube afin de quitter les grandes plateformes de stream qui ne correspondent pas à sa vision du rap (et on peut le comprendre), Stick sort le premier extrait de son futur projet Xénoglossie. « Mémoires d’un salfrom’ 3 » dans la droite lignée des deux premiers volets, nous replonge dans l’enfance et l’adolescence du rappeur toulousain sur une production, pleine de guitares électriques mélancoliques, signée de lui-même et son acolyte Goune. Noire, sombre, impudique, la figure de proue du label Crazy Mother Fucker n’a pas l’air d’aller toujours très bien, mais il nous l’explique tellement bien qu’on est toujours extrêmement content de l’entendre. Puis c’est pas tous les jours qu’un rappeur big up mon Larzac natal. – Rémi

Le 26 mars : Bavaz – Chien fantôme (prod. Nordinomouk)

Quand Bavaz intitule un morceau « Chien fantôme », il fait évidemment référence au film de Jim Jarmusch « Ghost Dog ». Comme dans ce chef d’oeuvre du 7ème art, il y décrit un personnage solitaire, pratiquant son art avec discipline, et accordant une forte importance à une forme de code de l’honneur. Les touches plus personnelles ici ou là telles que « cercle vicieux, le rap le rend malade, puis le rap le soigne » font rapidement comprendre à l’auditeur que c’est bien de lui-même qu’il parle à la 3ème personne. Quant à l’instrumentale au beat imparable et au sample soulful à souhait déniché par Nordinomouk, elle renvoie également au magistral soundtrack de ce grand film. Après plusieurs longues pauses, d’anciens projets effacés des internets et un changement de blaze, on pouvait craindre que le retour de Bavaz ne soit que temporaire. Mais force est de constater que depuis quatre ans, il crache un feu aussi régulier que dévastateur pour la concurrence. – Olivier

Partagez:

Commentaires

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *