Des vétérans qui regardent dans le rétroviseur, de nouvelles têtes qui s’affirment et plusieurs albums en approche… Tour d’horizon de cet été en dix morceaux.
Wun Two – Valentine’s Hill feat. Declaime
Pour teaser son prochain album qui sortira à la rentrée, le padre du lofi, l’allemand Wun Two a sorti un deux titres : Valentines’ Hill et Windy. Pour le premier morceau, il convit le rappeur californien Declaime pour une petite balade aux accents jazzy et au refrain bien entêtant. A noter que le rappeur multiplie les collaborations en franchissant l’Atlantique puisqu’on le retrouvera le 25 septembre sur un album entièrement produit par les frenchies de Spice Programmers. Pour le reste, Alps de Wun Two, est sorti le 11 septembre. – Clément
Dan Kema – Mode feat. EarthGoHard (prod. Maxmizacion)
Totale découverte de la fin de l’été, c’est Dan Kema, artiste de Brooklyn mais originaire de Miami. Actif depuis 2021 et son premier album Sonlight, il a sorti le 28 août dernier son deuxième album studio, intitulé Villager. 9 titres aux diverses couleurs et influences, des ambiances groovy et très soul en passant par des morceaux aux drums plus tight et aux atmosphères plus jazzy, il y a à boire et à manger et un univers bien éclectique à découvrir.
Mention spéciale au morceau « Mode », en featuring avec EarthGoHard, seul morceau véritablement trap du projet. Un petit sample de violon angoissant, une 808 qui tache et c’est parti. – Clément
Nino Paid – Mirror (prod. Deyflo & Orchid2k)
Dans la famille DMV, je demande Nino Paid. Issu du Maryland, le jeune rappeur est actuellement l’un des représentants les plus pertinents de ce type de rap fait de contre-temps et de phases lourdes, directes, se chevauchant parfois. Mais comme en témoigne ce morceau, Nino Paid s’affirme aussi et surtout par son identité et son sens de l’introspection. Sur « Mirror », il témoigne de ses moments les plus difficiles entre addiction et pauvreté en posant avec émotion sur une prod’ mélancolique. Entre DMV et pain rap, Nino Paid a trouvé un mix pertinent, et surtout, nous a donné envie de le suivre, car l’authenticité est au rendez-vous. – Jérémy
Denzel Curry & Kenny Beats – Gone fishing
Après son album commun avec le collectif The Scythe, paru au mois de mars de cette année, Denzel Curry livrait cet été son deuxième album avec le producteur Kenny Beats. Sur ce disque ramassé de 9 titres, Denzel montre à nouveau tous ses talents de rappeur. La guitare distordue de « Gone Fishing » est délirante (il y a comme une citation musicale de MF Doom) et n’empêche pas Denzel d’occuper l’espace avec son flow virevoltant. Le rappeur de Carol City ignore les critiques, multiplie les références, de Mystikal à Hemingway, le tout avec des rîmes enchevêtrées. Comme toujours, l’énergie qu’il dégage est folle et à à peine 31 ans, sa discographie commence vraiment à avoir de la gueule. – Jérémy
Chuck Strangers, billy woods & Zeroh – Breaking Atoms (prod. Jesse Justice & Mekala Session)
Un peu plus d’un an s’est écoulé depuis Token of Appreciation avec Boldy James, projet qui hélas a manqué d’exposition à mon gout, ayant souffert de l’effroyable rythme de sortie de Boldy sur la période 2024-2025 (il semble que ça se soit calmé). Depuis, Chuck Strangers s’est fait assez discret avec quelques apparitions ici et là, avant de commencer à teaser son prochain projet : Glory of the King’s Hand. Album assez conséquent puisqu’il contient 17 morceaux, mais on retrouve avec beaucoup de plaisir ce bon vieux Chuck, accompagné d’Obii Say sur deux morceaux, d’une petite prod’ d’un certain Alchemist ou encore d’un excellent morceau avec billy woods et Zeroh (souvenez vous son apparition sur « Afraid of us » de Jonwayne). C’est d’ailleurs le morceau choisi ici, avec comme particularité sa durée (plus de 5 minutes) et son incroyable partie instrumentale en toute fin. – Clément
Larry June – Larry’s Dinner Pt. 2 (prod. Billy Bonez, Teeko & Todd Cooper)
Dans la catégorie des mecs qui ne réinventent jamais rien parce qu’ils n’en ont rien à cirer, Larry June se place solidement. Et à cette échelle, il n’y a plus beaucoup d’irréductibles de la G-Funk ronflante de la Bay Area qui pratique leur art avec tant d’amour. Who Coppin’ est sa seconde sortie de l’année après l’EP Spiral Staircases avec The Alchemist. Un opus qui a la structure et la direction artistique d’un véritable album, pratiquement sans rappeur pour l’accompagner derrière le micro, et avec un panel de producteurs intéressants. On vous met « Larry’s Dinner Pt. 2 » qui détonne un peu du reste de l’album. – Xavier
Meek Mill – Nightmares to Dreams (prod. Different Money, Delo & LOR)
Il y a très (très) longtemps que l’on n’avait pas entendu Meek Mill. Son dernier album a déjà 5 ans, et le boug s’est fait discret sur le plan médiatique (en tout cas suffisamment pour que cela ne traverse pas l’Atlantique) et sur celui des apparitions en featuring. Avec ce single lâché en plein milieu de l’été aux sonorités familières, il nous donne des nouvelles rassurantes. « Nightmares to dreams » est une réponse directe à « Dreams and Nightmares” qui était l’intro de son premier album sorti il y a près de 15 ans. Au-delà du clin d’œil, c’est une occasion pour faire le bilan d’un parcours glorieux, avec l’introspection nécessaire, mais aussi pourquoi pas d’annoncer la suite. – Xavier
Future – Build a bitch (prod. Allen Ritter & Dre Moon)
En grande forme ces dernières années, Future sortait un album au titre prometteur début juillet : The Real Me. Difficile, dès lors, de ne pas penser au très introspectif morceau « Hate the real me » qui clôturait brillamment Beastmode 2. Hélas pour nous, l’album n’atteindra jamais les sommets de certains disques du ponte d’Atlanta, mais le niveau moyen, presque générique, de Future reste un certain gage de qualité et on se laisse prendre au jeu à plusieurs reprises. C’est le cas de « Build a bitch » qui commence par nous servir exactement ce qu’on attend de Future dans un morceau sur sa compagne rêvée pendant plus de la moitié du morceau, avant de laisser le vrai lui prendre la parole en fin de deuxième couplet. – Wilhelm
Dark Lo & V Don – Keep Callin’
Sorti de prison l’année passée, Dark Lo revenait aux affaires cet été avec l’excellent album Made of Gold entièrement produit, sans surprise, par V Don. Le piano règne en maitre sur un disque aux accents jazzy. Comme à l’accoutumée, les productions du New Yorkais laissent au rappeur de Philadelphie toute la place pour lâcher ce qu’il a sur le cœur, ce qu’il a pu accumuler entre et hors des barreaux. Il serait regrettable de ne pas écouter le disque dans son intégralité, mais puisqu’il faut retenir un morceau, les somptueux cuivres de « Keep Callin’ » n’auront que trop résonné dans les coeurs de la rédaction pour que nous ne vous recommandions pas de vous jeter sur ce morceau. – Wilhelm
Retch feat. $ha Hef – Dayshift/Nightshift (prod. V Don)
Fort de quelques années de pause musicale, du maintien d’une empreinte digitale sans pareille et d’une sortie surprise ratée – morceaux mal nommés et dans le désordre, Retch sortait Finesse The World 2 cet été, 11 ans après le premier volume. Le seul invité sur le disque est un collègue de longue date du rappeur du New Jersey : $ha Hef – dont nous vous parlions le mois dernier et qui n’a rien perdu de sa forme. Le morceau est produit par l’infatigable V Don et la combinaison des trois hommes n’est pas sans nous rappeler les belles heures des mixtapes de New York (et sa périphérie) la décennie précédente. – Wilhelm