10 Bons Sons US en mars 2026

Aux États-Unis, le mois de mars évoque souvent une série de rendez-vous bien installés dans la culture populaire : la cérémonie des Oscars, la Saint Patrick, la March Madness (tournoi de basket universitaire) ou encore l’ouverture de la saison de la Major League Baseball. Et pendant ce temps-là, le rap US continue de tracer sa route. Florilège en 10 Bons Sons.

Juvenile feat. Mannie Fresh – Lenny Kravitz (prod. Mannie Fresh & Raymond Auzenne)

Ce nouvel opus de Juvenile, légendaire rappeur de la Nouvelle-Orléans, offre quelques moments de grâce malgré une deuxième partie en demi-teinte. On aurait aimé y retrouver une plus grande présence de Mannie Fresh, avec qui l’alchimie fonctionne toujours autant, trente ans après leurs débuts ! Sur « Lenny Kravitz », Juvenile survole la rythmique synthétique survoltée de son compère. Toujours charismatique derrière le micro, il multiplie les variations de flows et d’intonations dans un égotrip volage des plus efficaces. C’est un plaisir de retrouver ces deux là à ce niveau. – Jérémy

Mike WiLL Made-It feat. Ludacris & Teezo Touchedown – D33P3R

Après les albums de Metro Boomin et de TM88 parus l’an dernier, c’est au tour de Mike Will de sortir un disque principalement centré sur des artistes d’Atlanta. La belle surprise, c’est que ce dernier a convié Ludacris, dont la présence se fait rare, plus de dix ans après la sortie de son dernier album. Mike Will lui a adjoint les talents vocaux de Teezo Touchedown qui surfe parfaitement sur cette production aux accents futuristes. Luda, lui, n’a rien perdu derrière le micro : sa diction est toujours aussi parfaite, son sens de l’accélération reste présent. « D33P3R » est l’un des quelques bonbons qui composent le très hétérogène R3SET de Mike Will. – Jérémy

Denzel Curry & The Scythe feat. Juicy J – Phony (prod. BeautifulMvn, Oogie Mane, IlyKimchi & Iloveit!)

Un projet particulièrement intéressant que celui-ci. Actuellement en tournée européenne avec les Deftones, groupe de métal de son état, Denzel Curry s’est parallèlement associé à une flopée de rappeurs et rappeuses (Ferg, Bktherula, TiaCorine, KeyNyata) auxquels s’ajoutent une multitude d’invités pour former le collectif The Scythe, avec un titre d’EP tout à fait évocateur, Strictly 4 the Scythe. Et même si l’imagerie peut évoquer du punk hardcore, il s’agit bien de rap dans la pure tradition sudiste que l’on retrouve sur les 8 titres du collectif, comme en atteste le titre « Phony », où l’on retrouve un Juicy J plus horrorcore que jamais. – Xavier

Ghais Guevara – Jouissance, the Wealthy (prod. Child Actor)

Rappeur et activiste ouvertement communiste, Ghais Guevara ne marche plus à visage couvert comme son nouveau nom de scène l’indique (une bonne partie de sa discographie est sortie sous le nom de Jaja00). Avec Goyard & The Kayfabe Reveal, le MC philadelphien reprend le fil de son alter ego, Goyard Ibn Said, titre de son précédent album, auquel il ajoute le concept de « Kayfabe reveal », soit le moment où un catcheur « brise » le 4ème mur et sort de son personnage fictionnel. Rappeur conscient s’il en est (jusqu’à citer Deleuze et Guattari), Ghais Guevara livre ainsi une suite d’une richesse politique et philosophique rare dans cette musique. On vous propose de démarrer avec « Jouissance, The Wealthy », antagoniste fictif de la révolution amorcée par Goyard dans le disque précédent. – Xavier

LICE (Aesop Rock & Homeboy Sandman) – Who sent you ?

Avec deux albums parus en 2025, Aesop Rock est même parvenu à trouver du temps pour son side project Lice, un binôme qu’il forme avec Homeboy Sandman. Les deux hommes ne s’étaient pas réunis depuis 2017, on croyait le projet enterré, et pourtant, paraissait ce mois-ci leur quatrième EP Miami Lice : Season Four. C’est « Who sent you ? » qui ouvre le bal avec une ligne de basse entêtante. Les plumes des deux hommes sont affinées, les textes sont emplis d’allitérations, de jeux de mots et de clins d’œil contestataires. Les flows survoltés suivent la rythmique syncopée concoctée par Aesop Rock. Ça sonne comme une récréation pour les deux rappeurs, et pourtant, le niveau reste très élevé. – Jérémy

Whose, Vel Nine, Sirrealist, Lord Sko & LIFEOFTHOM – Martyr’s Gift

Sur une prod soulful qui mêle vibraphone et saxophone « Martyr’s Gift » réunit Whose, Vel Nine et Sirrealist, épaulés par des passages solides de Lord Sko et LIFEOFTHOM. Un morceau rafraichissant qui fleure bon les beaux jours.
D’ailleurs on a pu retrouver le duo Vel Nine et Sirrealist plus tôt dans le mois avec un EP 5 titres, le volume 1 d’une série qu’on espère très longue. – Clément


Cult Of The Damned – Ext. Car Park – Night (prod. Spectacular Diagnostics)

4 années qu’on n’avait pas eu le droit à l’entièreté de Cult Of The Damned. Le groupuscule crépusculaire anglais remet le couvert en 2026 avec l’annonce de l’album Simony, prévue pour le 17 avril prochain. En attendant, “Ext. Car Park – Night” réunit BeTheGun, Lee Scott, King Grubb, Black Josh, Tony Broke, Salar, Sly Moon, Bill Shakes, Sleazy F Baby et Sniff, plus macabres que jamais, dans une esthétique toujours aussi unique : quelque part entre horrorcore et punk sous acide, sur une prod’ tout droit sortie d’un slasher. Vivement l’album. – Clément

Chief Keef – Only For The Night

Introduite par un extrait de ce qui semble être un échange entre Chief Keef et son fils, un piano un joli sample de voix plus tard enrichi par des choeurs, « Only For The Night » ressemble très pour trait à une chanson introspective, largement basée sur sa paternité, et concoctée par Sosa lui-même pour plus d’intimité. C’est en tout cas ce qu’on peut croire jusqu’à la deuxième ligne rappée par le natif de Chicago, après laquelle il se laisse aller au fil de ses pensées. Le morceau est par ailleurs extrait du très appréciable Skeletor, également sorti le mois dernier. – Wilhelm

Starlito & Bandplay – Walk Away

Collaborateurs de longue date, Starlito et Bandplay revêtaient le bleu de chauffe pour nous livrer non pas un mais deux albums inspirés des sonorités country, Not The Country You Know et Not The Country You Know – The Last Call. Le titre est d’autant mieux choisi qu’Au Bon Son, on n’y connait rien en Country. Si le second a particulièrement retenu notre attention, les deux valent largement le coup. Les rythmes de guitares qui puent le sud des États-Unis et les refrains chantés se mêlent à merveille aux couplets de Starlito et aux rythmiques bouncy de Bandplay qui, décidément, rebondissent aussi bien sur des basses électriques que sur des sub-basses. – Wilhelm

42 Dugg & Peezy – GIA (prod. WristyBoi)

Déjà une mixtape dans les pattes cette année, 42 Dugg et sa voix aussi éraillée que nasillarde reviennent aux affaires, nous presse le temps d’un refrain fleuve et d’un couplet très court pour tapisser le terrain à la voix caverneuse et au splendide couplet de Peezy. Les deux rappeurs de Détroit semblent s’amuser comme des fous tant lors d’une partie de bowling endiablée que sur une instrumentale d’apparence terriblement banale : boucle de violon et rythmique trap. Il y a, à n’en pas douter, une leçon a en tirer. – Wilhelm

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