Le 3e Œil, l’interview « 10 Bons Sons »

Alors que Le 3e Œil sort ce vendredi 25 novembre 2022 son troisième album, nous sommes revenus avec Boss One et Mombi sur leur parcours débuté il y a plus de 25 ans. Au cours de ce riche entretien durant lequel nos deux acolytes se sont livrés avec une grande sincérité, il a été question de leur découverte du hip-hop, du rap, du rôle d’Imothep, d’Akhenaton, de la stratégie du Côté Obscur, de la FF, de la vie de groupe, du succès, de leur « traversée du désert », en passant par la Mafia K’1 Fry, leur période en maison de disques, leur retour, Jul, leur nouvel album et le secret de leur longévité.

Photo : © Nai?ri

1 – Le 3 Œil – « L’Empire du Vice » (91 93 13, 1995)

Mombi : « L’Empire du Vice ». (S’adressant à Boss One) C’est le premier morceau qu’on a enregistré avec Imothep si je ne dis pas de bêtise, c’est ça ?

Boss One : C’est avec DJ Bomb.

Mombi: Ah oui, pour la compil.

Boss One : La compil 91 93 13, avec Disiz, Fdy Phenomen, etc. C’était une période où on était sur Paris. Notre beatmaker venait de Tremblay en France, je vivais dans la même ville que lui et on s’est rencontré. Quand je suis revenu sur Marseille, j’en ai parlé à Mombi et à notre retour sur Paris, on a enregistré ce morceau. « L’Empire du vice » résumait la situation dans les cités, notamment à Félix-Pyat.

Vous pouvez revenir sur votre rencontre avec le rap puis tous les deux ?

Boss One : J’ai rencontré le rap en rencontrant des gens un peu fous, des révolutionnaires, qui avaient des coupes de dingues, qui traînaient à la station de métro du Vieux-Port, en l’occurrence IAM, mais à l’époque ils s’appelaient B-Boy Stance. J’avais une histoire familiale compliquée, j’étais en recherche d’identité et je l’ai trouvé dans la rue, avec ces gens-là, à l’âge de treize ans environ, en 1989. J’ai trouvé une sorte de famille avec ces personnes, passionnées de hip-hop, qui sont devenues des figures de cette ville, avec IAM, Faf Larage, Def Bond, K-Rhyme Le Roi, etc. Ça c’était les premières heures du rap marseillais. Après, avec Mombi, on s’est rencontré parce qu’il avait un groupe sur Félix-Pyat.

Mombi : Avec notre groupe, on faisait les guinguettes dans tous les quartiers, avec les B.Vice aussi. On commençait à avoir une petite notoriété. Je connaissais Boss One de réputation, je savais ce qu’il faisait avec son équipe parce qu’ils gravitaient autour d’IAM, son frère dansait avec le Soul Swing (groupe composé de Faf Larage, Def Bond, DJ Rebel, DJ Majestic). On s’est alors rencontrés avec Boss.

Boss One : Ma tante vivait à Félix-Pyat et j’y venais les week-ends. J’étais un fou de rap mais j’étais aussi un mordu de ballon. Mombi a commencé à me montrer ce qu’il faisait au centre social et on s’est mis ensemble. Je crois que je me suis vraiment dit que je voulais faire du rap dans la vie en voyant Akhenaton sur scène lors de la première partie de Madonna à Bercy en 1989. J’ai vu ce mec qui ne savait pas bouger sur scène, très raide, mais qui dégageait un truc de fou, il avait de la prestance, du charisme. A ce moment, je me suis : « C’est ça que je veux faire. »

2 – 3e Œil – « America », (Maxi America,1996)

Boss One : C’est sur ce morceau que rentre dans le jeu Imothep, avec Kif Kif Productions. Il faut savoir que c’est lui qui a produit le premier maxi de 3e Œil. On était un groupe émergent, avec lequel il ne fallait pas louper le coche. Il a senti le truc. Imothep avait une longueur d’avance sur tous en en vrai. C’est quand même lui qui a produit les albums phares d’IAM. Il a une intelligence… (Il cherche ses mots) Il sait te mettre en condition, clairement.

En terme de direction artistique ?

Boss One : De tout. Tu as des gens qui sont très forts, qui peuvent te mener loin, mais tu sais que ce sont des enculés en fait. D’autres vont y arriver avec une douceur, ils vont te parler et vont réussir à t’apaiser. Il n’y a rien de grave avec lui. En studio, il te met dans les meilleures conditions : celui qui fume a de quoi fumer, pareil pour celui qui a envie de manger… Il a réussi à nous faire prendre conscience qu’on avait du talent. Et avant lui, il y avait François (Kephren) qui le premier nous avait donné notre chance. Mais c’est Imothep qui a pris les risques financiers en sortant notre vinyle.

Ce maxi produit par Kif Kif en 1996 correspond à la première étape de votre aventure avec la nébuleuse Côté Obscur puisque par la suite on vous retrouve en 1997 sur Sad Hill de Kheops, vous faites la première partie d’IAM, vous êtes en 1998 sur Si Dieu Veut de la FF, notamment. Comment avez-vous vécu cette mise en orbite rapide ?

Mombi : Tout avait commencé lorsqu’Akhenaton nous avait invités sur le remix de la « Face B ». Puis on est rentrés dans la nébuleuse et se sont enchaînés tout un tas de projets. Mais c’est allé très très vite.

Boss One : En fait, il fallait être au bon endroit au bon moment. C’est tout. Eux croyaient en nous. Tout s’est enchaîné rapidement en effet. En 1997, ils décident qu’on doit être sur leur tournée. Donc ça voulait dire qu’ils avaient une idée derrière la tête. En l’occurrence, ils voulaient nous signer. Avant ça déjà, ils avaient mis FF sur « Bad Boys » et pour partager le pseudo-gâteau, les membres d’IAM se sont dit que la Fonky avait été mise sur orbite grâce à « Bad Boys », donc il fallait travailler sur 3e Œil. C’est pour cette raison que FF n’a pas fait la tournée d’IAM et qu’on l’a faite nous, alors qu’à la base on devait se partager la tournée. Mais vu que FF allait préparer son album, IAM s’est dit que le groupe allait bientôt avoir sa propre tournée. On a donc fait la première partie de la tournée d’IAM en étant mis en avant différemment, avant de faire à notre tour notre album, de signer… La tournée des Zénith s’est très bien passée, ils ont vu que ça fonctionnait, ils ont eu leur confirmation. Mais c’étaient des visionnaires, ils savaient. Les projets se sont alors enchaînés, Sad Hill, Chroniques de Mars, Taxi, notre album…

Tu disais qu’il fallait être là au bon endroit au bon moment, est-ce que vous vous disiez qu’il ne fallait pas se louper, qu’il fallait absolument faire de bonnes prestations ? Au risque de se mettre une pression supplémentaire…

Mombi : On n’avait pas le temps de gamberger et on savait où on voulait aller. On faisait confiance à notre instinct.

Boss One : Le stress je l’évacue et je considère que ce n’est pas à moi de l’encaisser. Pour ce nouvel album par exemple, c’est à Audrey, Alban, aux producteurs, toutes les personnes autour du projet, que je laisse le stress. Parce que notre part du travail a été faite, au niveau artistique. Alors oui, à l’époque on a été au bon endroit au bon moment, mais tout nous est tombé dessus et on passait les étapes les unes après les autres. En fait, on ne contrôlait rien, si ce n’est l’artistique. Et puis, ils nous ont signés parce qu’ils savaient ce qu’on était capable de faire. Tu sais, on nous avait mis dans une case « petits frères d’IAM ». Sur le moment, tu ne le comprends pas car tu as besoin d’émancipation, mais en vrai de vrai, avec du recul, bien sûr que oui. Une personne qui ne connaît pas le rap, un journaliste grand public, se dit qu’IAM fait du rap conscient, que le groupe nous produit et qu’on fait du rap conscient donc forcément on est leurs petits frères. A cette époque, on s’offusquait, mais en fait, il n’y a rien de péjoratif, mais tu ne le comprends qu’après.

3 – Fonky Family, 3e Oeil, Faf Larage, K-Rhyme Le Roi, Freeman, Akhenaton : « Le retour du Shit Squad » (Chroniques de Mars, 1998)

Mombi : (Rires) Un grand moment musical. C’était une bande potes qui se retrouvaient dans une compil, par le biais de Tonton, qui avait envie de regrouper les rappeurs qui se trouvaient autour de lui. Ils avaient déjà fait le titre « Je roule avec le Shit Squad » sur Ombre est Lumière et là c’est « Le Retour du Shit Squad ». Quand on a fait ce morceau, jamais on n’aurait pu imaginer qu’il devienne l’hymne d’une jeunesse, d’une génération même. Jusqu’à aujourd’hui, on m’en parle encore. C’était vraiment un des plus beaux enregistrements qu’on ait faits, dans l’ambiance, le délire. C’était tellement évident, tellement marrant, le morceau représente notre jeunesse, pleine de fougue, que tu ressens dans le projet.

Boss One : Moi je n’étais pas prévu sur ce titre. J’ai débarqué au studio pour la session de Mombi, je voyais les autres enregistrer et comme je te disais tout à l’heure, Imothep te mettait dans les meilleures conditions. Alors qu’au départ j’étais très réfractaire, je me disais : « Qu’est-ce que je vais foutre sur ce morceau, je ne fume pas ? », il me disait : « Mais t’inquiète Boss, tu fais ce que tu veux sur le titre ». J’ai réfléchi et j’ai donc décidé de dire que je ne fume pas, alors que je ne suis entouré que de fumeurs, à part Faf et K-Rhyme. Le studio, c’était vraiment un coffee shop. (Rires) Je crois qu’on a fait ce titre sur trois jours, on était tous présents, on se soutenait les uns les autres et c’est pour ça qu’il y a eu cette magie.

Mombi : Peut-être qu’on a influencé des jeunes à fumer, donc on pourrait avoir cette pointe de culpabilité, mais sans nous, ils auraient fumé quand même. On leur a juste donné l’envie d’écouter un son et de fumer dessus.

Boss One : A partir de ce titre, je ne dirais pas qu’il y a eu une forme de fanatisme, mais presque. Marseille était devenue la ville où il fallait être.

Un peu comme les Français qui allaient à New-York et qui racontaient leur voyage à ceux restés en France, ceux qui allaient à Marseille, racontaient leur trip à leur retour chez eux.

Boss One : Tu sais ce qui me mine, c’est que cette ville n’a pas su reconnaître le vivier dont elle disposait. Ailleurs, on aurait remis la médaille d’honneur aux représentants qui l’ont fait briller. Avoir IAM, FF, 3e Œil, Faf, Sopra, SCH, Naps, etc, et ne rien faire de ces personnalités, ça me dérange.

En 2013, Marseille a été « Capitale européenne de la Culture » et rien n’avait été mis en place en terme de programmation rap. Le rendez-vous avait été loupé.

Mombi : Exactement.

Boss One : Avec tous les noms que je t’ai cités, comment est-ce possible que dans une ville comme celle-ci il n’y ait toujours pas de festival destiné au Hip Hop ? Mon ami, mon frère Demi Portion a un festival à Sète, mais Marseille non. Notre ami Diez à Bordeaux a son festival, à Paname il y a le Scred Festival. Ça va peut-être changer parce qu’il y a une nouvelle génération au pouvoir.

4 – Le 3e Oeil – « La vie de rêve » (Taxi, 1998)

Mombi : Ce morceau a changé nos vies. Cette chanson a fait basculer le 3e Œil d’un groupe de rap à un groupe grand public. Jusqu’à aujourd’hui, ce titre, si on ne le joue pas sur scène, le public dira que le concert est nul. (Rires) « La vie de rêve », c’est le titre phare du groupe, qui nous a fait devenir ce que nous sommes aujourd’hui. Aux manettes, c’était encore Akhenaton.

Boss One : Je me rappelle comment on a fait ce morceau, le jour où on l’a enregistré. D’ailleurs, je me rends compte que je me livre plus aujourd’hui, sur ma vie dans le hip-hop et sur les autres. J’ai fait un chemin, parce qu’on a toujours un ego, mal placé ou pas en tant qu’artiste. On a du mal à parler des autres même si ça n’a jamais été notre problème à nous. Mais je parle beaucoup d’Akhenaton en ce moment parce que c’est important de dire la place qu’il a eu dans notre histoire. Je me revois avec Mombi chez Akhenaton pour la conception du morceau. Et ça revient à quand je l’ai vu en 1989 lors de la première partie de Madonna. Là je me revois chez lui, en me disant « Je serai comme lui, j’aimerais faire comme lui ». Je me revois quelques années plus tard dans sa maison, avec la piscine, le studio. Il nous avait invités chez lui, c’était la première fois qu’on y allait. On écrivait, puis on allait se prélasser à la piscine, ce qui nous semblait très très loin de notre quotidien. Lors de cette session d’enregistrement, je me suis promis qu’après ça, il fallait qu’on soit écouté. Et c’est comme ça que c’est parti. La conception du morceau a été fluide grâce à la magie du mec. Il nous avait fait écouter d’autres prods mais ce qui a fait la différence, c’est l’intro.

Mombi : D’ailleurs, on l’avait déjà ce titre, on le jouait sur scène. Et Akhenaton nous avait dit qu’il le voulait pour le film. Il a fait un certain nombre de prods jusqu’au moment où il en a sorti une en nous disant : « Normalement, celle-là devrait être pour vous ». Comme s’il nous faisait un costume sur mesure ! La prod nous allait en effet parfaitement et il ne s’est pas trompé.

Boss One : L’avantage, c’est qu’on n’avait quasiment pas écouté les autres titres, et tant mieux parce que ça nous aurait peut-être mis une pression.

Mombi : Rappelle-toi, c’est nous qui avions enregistré en premier ! Il était encore en train de faire l’habillage du film et il voulait qu’on fasse la musique de fin. On lui avait dit oui sans savoir où on allait. Il nous avait dit que Luc Besson lui avait proposé de faire la B.O. de Taxi. Juste le nom de Besson, c’était déjà énorme. En plus, à cette époque, ils étaient en train de tourner le film dans notre quartier, ils avaient fermé les routes, etc. Même le jour du clip, on ne s’attendait pas à autant de moyens, de camions, les cascadeurs, les maquilleuses, les loges, la fameuse Testarossa. On nous avait expliqué comment ça allait se passer pour la conduite de la voiture, les travellings. Nous on ne comprenait rien. C’était tellement énorme ! En plus, pour notre premier clip…

Boss One : A partir de la sortie du film au cinéma, tu bascules dans une autre sphère. Tu passes dans le monde des grands en fait. Tu ne peux plus mettre un pied dans la rue. Pour les gens, tu n’as plus les mêmes problèmes qu’eux puisque tu es dans la lumière.

A quel point vous avez changé ou votre entourage vous a reproché d’avoir changé ? Et à quel point votre entourage a changé ? Parce que ce morceau correspond à une bascule dans votre carrière.

Boss One : C’est très compliqué à vivre, parce que psychologiquement il faut être fort. Quelques temps après en plus, on sort notre album et en concert, les gens du quartier se pointaient devant la salle en disant : « Je suis leur pote, faut que je rentre ». Pour eux, c’était légitime qu’ils ne payent pas, qu’ils rentrent tous… Ils ne comprenaient pas que ce n’était pas possible, donc pour eux tu as changé. Tu es alors obligé de faire des choix, au bénéfice des plus proches, des plus « méritants » qui se sont battus pour que tu existes, ceux-là il ne faut pas les oublier. Après, tout le reste dira que tu as changé… Malheureusement, c’est vrai, tu changes. Parce que tu changes de sphère. Au lieu d’être dans le quartier H24 avec eux, tu n’y es que deux heures dans la journée, parce qu’entre-temps tu as des impératifs, des déplacements à Paris, ils voient un chauffeur te récupérer, avec de la sécu… Forcément ceux qui ne font rien de leur vie, ceux qui étaient au RMI et qui te voient briller deviennent envieux.

Ta réussite les renvoie à leur échec.

Boss One : Exactement. On nous disait qu’on avait changé, mais en vrai, tu es obligé. Un Ninho, il ne peut pas dire qu’il n’a pas changé, ce n’est pas vrai. Dadju c’est pareil. Même Alonz’, il ne peut pas dire qu’il n’a pas changé. Par contre, il est proche des gens, proche de ses gens, il essaie de faire des trucs à son image. Forcément la lumière ça brûle donc faut savoir la gérer. C’est pour ça qu’une Diam’s en est arrivée là, qu’aujourd’hui elle a trouvé une paix qui n’était pas évidente quand elle était en haut de l’affiche. Un Nekfeu aussi ça ne doit pas être facile pour lui.

5 – Le 3e Œil : « Hymne à la racaille » (Hier, Aujourd’hui, Demain, 1999)

Boss One : « Hymne à la racaille ». Je pense que c’est un des titres voire le titre phare de cet album, pour moi. Il résume assez bien l’état d’esprit dans lequel on était à cette époque-là, qui est encore réel aujourd’hui. Il représente aussi assez bien l’état d’esprit des gens qui nous ressemblent, de la classe ouvrière, fils de prolétaires. Rien que le titre était explicite.

Mombi : Des gens le voyaient de manière péjorative, sans même avoir écouté le morceau, alors que ceux de la rue se sentaient représentés.

Boss One : Que ce morceau n’ait pas été clipé, c’est un de mes plus grands regrets.

C’était « La Boomba » qui avait été choisi pour sortir en single clippé.

Mombi : (Il coupe) Laisse tomber… Si tu veux qu’on reste copains, ne parle plus jamais de ce clip. (Rires) La maison de disques n’était pas fute-fute. On était dans un label chez Columbia, de Sony Music, mais pas au meilleur étage. Maintenant je peux le dire. On était dans un label qui était très international et à l’époque chaque label voulait avoir son groupe de rap. Notre D.A. était un mec de la night, il aimait sortir avec Stomy Bugsy, il avait signé Nadyia et nous considérait juste comme des petits jeunes. Il nous envoyait faire des interviews avec des grands médias qui ne comprenaient rien à notre musique.

Boss One : On n’a pas pu faire grand-chose contre ça. On a fait le clip de « La Boomba » mais après on voulait enchaîner avec un autre.

Mombi : A l’époque les clips coûtaient cher et ils avaient mis le paquet sur celui-là, avec un gars du cinéma, ils avaient privatisé l’aéroport du Bourget, ils ont mis les moyens, mais pas comme il faut. Dans le même temps, tu as Laurent Bouneau qui joue un autre morceau alors que tu as ce clip qui commence à tourner…

Boss One : On a subi certains choix parce qu’on ne savait pas à cette époque comment faire. On ne s’est pas imposés quand on s’est retrouvés avec un « La Boomba » qui était un truc assez egotrip pour montrer qu’on savait rapper, mais en vrai de vrai ce n’était pas celui-là qui nous représentait. Comme pour « Hymne à la racaille », je ne comprends pas qu’un « Scrute le terrain » n’ait jamais eu de clip.

Mombi : Même « Amitié gâchée ». En même temps on n’a pas été aidés parce que dans notre album Hier, Aujourd’hui, Demain, beaucoup de gens attendaient le morceau « La vie de rêve », qui venait de sortir. Mais à cause de problèmes d’ego de certaines personnes qu’il y avait avec nous, ils trouvaient que ça faisait « réchauffé » de remettre ce morceau déjà sorti.

Boss One : Pour parler clairement, on était en conflit dans le groupe sur cette question. Ce morceau avait beaucoup marché. Le fait de le remettre dans l’album, ça en faisait vendre.

Mombi : Chill nous a dit : « Mettez-le-de-dans ! Ça va vous booster l’album. »

Boss One : Une personne de l’équipe n’était pas d’accord, encore une fois pour une question d’ego, parce qu’elle n’a pas participé au titre, donc elle voulait qu’il y ait une nouvelle version. Le problème, c’est qu’avec une nouvelle version, tu perds les gens en l’appelant « La vie de rêve Gran Turismo ». Quand tu as une magie sur un titre, tu ne peux pas faire de remix aussi bon.

Mombi : C’est le même morceau hein, mais ce n’est pas le même morceau. Qu’est-ce que tu veux ? Il avait fait 90% de l’album, il n’a pas voulu lâcher l’affaire pour un titre fait par Akhenaton. De 200 000 albums, on aurait pu monter à 300 000 ventes.

Sur ce titre et beaucoup d’autres, jusqu’au dernier album avec le titre « Mémoire » d’ailleurs, et contrairement à IAM et FF, vous faites du « rap de fils d’immigrés », qui vous rapproche plus de groupes comme La Rumeur ou Less du Neuf.

Mombi : Mais il n’y a pas beaucoup de gens qui le comprenaient. Vu qu’on était marseillais et de la même période que FF, les gens voulaient qu’on fasse du FF, du rap de rue. Peu de gens comme toi ont eu cette écoute. Nous on faisait du rap de fils d’immigrés, mais les gens l’ont compris très tard. C’était dû au fait qu’on nous comparait toujours. Et puis, il ne pouvait pas y avoir deux groupes marseillais qui explosent, pour Paris.

6 – 113 feat Boss One : « Les regrets restent » (Les Princes de la ville, 1999)

Mombi : Ah, le morceau du 113 avec le frère !

Boss One : Paix à son âme, c’est DJ Mehdi qui m’appelle en me disant qu’il réalise l’album du 113 et qu’il voit bien ma voix sur le projet. J’ai dit OK. Ça représentait bien l’époque : contact direct, pas besoin d’intermédiaires. C’était une belle reconnaissance de nos pairs aussi. Je monte sur Paris et puis on a fait ça. Je connaissais bien la Mafia K’1 Fry, notamment Rim’K et AP. C’est moi qui ai proposé la thématique et le titre. Quand tu arrives sur un projet qui est déjà pratiquement bouclé, c’est normal qu’ils manquent un peu de fraîcheur. Mehdi nous a concocté l’instru, ç’a été fluide. Ils m’avaient fait écouter quelques titres, je savais que ça allait exploser leur histoire. C’était un vrai moment de partage, j’ai beaucoup apprécié les bonhommes et jusqu’à aujourd’hui, c’est la famille. Mehdi a beaucoup beaucoup œuvré pour la Mafia K’1 Fry.

Mombi : C’était le catalyseur qui réunissait tout le monde, il avait la vision, était très professionnel. En plus, il faisait d’autres choses que du rap. Il était vraiment en avance sur son temps.

Boss One : La touche un peu funk, electro, c’était Mehdi. Sans lui, 113 n’en seraient pas là, c’est sûr. Je le compare un peu à Sya Styles. C’était un peu le magicien. Tu ne pouvais pas t’énerver avec Mehdi. Tu peux te prendre le bec avec un Kery, un Rohff, mais pas avec lui.

Revenons sur cette connexion Mafia K’1 Fry / 3e Œil, puisque Rohff est présent sur Hier, Aujourd’hui, Demain sur le titre « Comoria », vous êtes sur le « A l’ancienne » d’Intouchable, il y a donc « Les regrets restent » sur le 113, vous êtes sur la compil de Kery Savoir et vivre ensemble, Rohff est de nouveau sur votre nouvel album. On peut parler d’histoire de famille ?

Mombi : En fait, l’état d’esprit c’était le même. On était des jeunes avec la même vision du rap, un truc de potes. Ce n’étaient pas des parisiens, c’étaient des banlieusards. Des mecs d’Orly auraient pu vivre à Marseille comme des mecs de Félix Pyat auraient pu vivre là-bas.

Boss One : Ce qui nous liait vraiment, c’était le fait d’être africains, d’être comoriens, comme Rohff, Mista Flow. Le fait d’être de Marseille facilitait aussi le contact. Beaucoup d’entre eux étaient fans à l’époque de l’OM. En plus, c’est une ville portuaire, donc l’histoire y fait aussi. Sans parler du fait que les Vitriots sont des braqueurs, il y avait la French Connection ici. Ils venaient souvent sur Marseille, comme nous on allait chez eux. Il y a aussi une histoire avec d’autres personnes que nous, comme avec mon frère, comme avec Soso Maness qu’on avait monté pour le projet avec Intouchables. Ils prenaient une bagnole et descendaient sur Marseille pour trois jours et finalement ils restaient un mois, parce que c’est une ville accueillante.

Tu parlais tout à l’heure de reconnaissance de vos pairs et je me suis amusé à recenser les featurings que vous avez faits à cette époque. Vous êtes sur le Shurik’N, avec la famille quoi, sur deux titres de la compil Sur un air positif, sur IPM, Opération Freestyle, L’Hip Hopée, Sachons dire non, Intik. Là, vous vous dites que vous avez franchi un palier ?

Boss One : Oui, bien sûr. Et c’est parce qu’ils se sont pris « La vie de rêve ». Ils se sont dit : « Il faut compter avec eux », qu’on avait quelque chose. Pour parler d’Intik, eux c’était un coup de cœur. On avait dépassé les frontières aussi. Dans les pays du Maghreb on était reconnus, au Canada, en Suisse, en Belgique, en Afrique, au Sénégal, au Mali, les Comores on n’en parle pas… Donc oui, on avait franchi de vrais paliers et quand tu parlais de Marseille, tu parlais de FF, de 3e Œil. Certains étaient plus sensibles à notre rap, même si au niveau de la masse FF était plus bankable. On avait ce succès d’estime.

Passons au septième morceau.

Boss One : On dirait qu’on en a fait 12 !

7 – Le 3e Œil : « Marquer l’époque » (Avec le cœur ou rien, 2002)

Mombi : « Marquer l’époque »

Boss One : Je trouve que c’est un très bon titre, qui arrive après coup. Parce qu’on avait déjà marqué l’époque. Avec le morceau de Taxi on l’avait déjà fait. « Marquer l’époque » est un bon titre, intéressant au niveau de la prod, mais au niveau des paroles je ne trouve pas ça fou, peut-être un peu trop egotrip. Artistiquement, je pense qu’on aurait pu le pousser un peu plus loin, notamment au niveau de l’écriture. Il est assez ouvert, peut-être trop et il n’a pas eu l’effet escompté.

C’était votre tentative de single ?

Boss One : Pas forcément, pas sur ce titre-là. L’instru était intéressante, il avait d’ailleurs été joué sur Skyrock. Mais si je devais retenir un titre, ce ne serait pas celui-là. C’est un bon titre d’album mais s’il fallait faire un top 5 de notre discographie, il ne serait pas dedans.

L’album sort en maison de disques après l’aventure Côté Obscur, et il n’a pas eu le même accueil que le précédent, en dépit de quelques bons titres. Comment vous vivez ce semi-échec ?

Mombi : Tout est relatif quand on dit semi-échec. Quand on regarde les chiffres, ils ne sont pas vilains. Mais l’album n’a pas été assez mis en avant. La façon dont il a été travaillé a faussé les données. En plus les gens sont restés bloqués sur le premier et c’était compliqué d’arriver avec un autre plus différent. Je ne dirai pas semi-échec, je dirai qu’il a été mal travaillé.

Boss One : Si je suis dur avec nous, je dirais qu’on s’est un peu reposés sur nos lauriers. On ne s’est pas embourgeoisés parce que ce n’est pas le terme, mais on se disait que ça allait marcher. Le premier, on l’avait fait à l’arrache et c’est ce qui avait plu. Pour celui-là, on était dans des conditions optimum où tu te laisses un peu vivre. Tu sais ça fait 30 ans qu’on est ensemble et ça fait 30 ans qu’on tait la vérité. Cet album on le fait avec de très bonnes conditions, mais on est dans une espèce de guéguerre où on va faire des choix artistiques qui ne vont pas être validés par la maison de disques mais aussi ceux avec qui on travaille. Tu es à mi-chemin entre l’envie d’être ce que tu es et ce qu’on veut te faire faire, donc c’est complexe. Le morceau « Des kilomètres de rimes », c’est un titre dans lequel je me reconnais assez bien, au niveau de la conception, de l’écriture, de la thématique. Je trouve que sur quelques titres on s’est peu perdus. Parce qu’il fallait faire un album. Pour moi, tu fais un premier album, tu as le succès qui va avec, tu en fais un deuxième, ça peut être un semi-échec, mais tu peux confirmer avec un troisième album, ça s’est beaucoup vu. Mais on n’a pas pu faire de troisième album. Ce deuxième album a fait ce qu’il a pu au niveau des chiffres.

8 – Le 3e Œil : « Soldat » (Soldat, 2021)

Mombi : « Soldat ». Ce morceau est assez représentatif du groupe. On s’est toujours sentis comme des journalistes de la rue et des soldats de cette musique. On a un côté militant, on a toujours dû lutter pour faire ce qu’on voulait et c’est vrai qu’il n’y a plus beaucoup de gens qui s’engagent dans cette musique. On se sent obligé de faire du rap en prenant position, on est un peu la voix des sans-voix. C’est pour ça qu’on a fait ce titre pour notre retour, vingt ans après, c’est dans notre ADN.

Ce retour se fait vingt ans après votre dernier projet, certains parleraient même de traversée du désert, même si entre-temps, vingt et un morceaux et featurings sont sortis. Comment avez-vous vécu ces années d’absence ? Parce que c’est assez inédit une telle parenthèse.

Mombi : Déjà la rupture avec Sony Music a été très compliquée. On s’est retrouvés bloqués quelques années, pour nous rendre les contrats ç’a été difficile. C’est un peu comme si on nous avait coupé l’électricité alors qu’on ne l’avait pas voulu. Après, on a construit nos vies de famille, on est devenus pères, on a évolué. On a essayé de monter des structures aussi, mais on n’était pas assez forts, on n’avait pas les compétences. Néanmoins, on a toujours suivi le mouvement. Et puis, le rap a changé. On a fait notre bonhomme de chemin jusqu’à ce que ça nous reprenne, qu’on tombe sur une bonne personne comme Alban, qui a cru en nous, qui nous a redonné l’envie. On faisait des dates aussi et on voyait que le public était orphelin quelque part. Il y a toute une génération qui ne se reconnaît pas dans ce qui se fait dans le rap et ça nous a poussés à revenir.

9 – Lino, Vincenzo, Calbo, Sat L’Artificier, Tunisiano, le 3e Œil : « Amour et Paix » (Clasico Organisé, 2021)

Mombi : Ah ! Un morceau qu’avec des mecs que je kiffe ! Avec lesquels on n’a pas forcément eu le temps de faire de featuring ensemble, que ce soit Ärsenik ou Tunisiano. C’était un plaisir. En plus, on ne s’est pas retrouvé entre deux générations… C’était un très bon choix de Jul.

Boss One : Pour moi, ce morceau est dans le top 3 de ce projet.

Je pense que c’est le meilleur.

Boss One : Jul lui-même le place parmi ses préférés de cet album. Toutes les personnes du casting ont répondu aux attentes. Ce projet n’a pas peut-être pas le succès de 13 Organisé parce que c’était un premier et c’est toujours pareil, le premier reste le premier. Un deuxième c’est toujours plus compliqué, tu ne sais pas sur quel pied danser. On parlait tout à l’heure de Taxi, le premier était meilleur que le second. Sur ce titre-là, il a su y faire au niveau du mélange. Nous, clairement, on n’est pas intervenu sur le choix des artistes. Il nous a dit : « Je vous voie bien avec untel, untel, untel ». Après, il t’envoie des instrus et le choix est difficile à faire parce qu’on est quarante, qu’on a tous des sensibilités différentes. Au final quand on se met d’accord sur une, il n’y avait que deux-trois trucs à modifier. D’ailleurs, Stefbecker c’est un monstre ! En plus, il est dans la lignée des titres qu’il produit pour Jul tout en faisant une prod qui nous ressemble, et c’est fort ! Et puis, l’entrée de Lino… (Il écarte les bras) C’est du Lino, que dire ? Je ne veux pas faire de préférence mais je trouve que Lino et Tunisiano ont été à la hauteur du bordel. Tout le monde a été bon hein, façon c’est un titre fou, pour moi, un super morceau.

Après la sortie de votre EP, cette reconnaissance de Jul, un plus jeune qui est au top, vous a donné une force supplémentaire dans votre démarche de retour pour la préparation d’un éventuel album ?

Mombi : Non, ça tombait juste bien, d’autant qu’on avait déjà commencé à travailler sur l’album.

Boss One : En vrai, on aurait pu faire un triple album parce qu’on a travaillé un long moment pour ce projet. La finalité est ce qu’elle est mais le EP, l’album, ont été travaillés en même temps. Stratégiquement, on ne pouvait pas revenir juste avec un album après vingt ans. Il fallait que les gens se réhabituent à entendre nos voix donc forcément tu proposes un petit format avant d’envoyer l’album.

La transition est toute faite vers le morceau suivant !

10 – 3e Œil : « Renaissance » (Renaissance, 2022)

Boss One : L’intro de l’album. Ça allait de soi que si tu l’appelles ainsi, le morceau éponyme devait refléter ton état d’esprit du moment. Il fallait dire pourquoi on revenait, quel était le but, pourquoi on a mis autant de temps et qui nous sommes, fallait se présenter. On devait donc mélanger tout ça pour en faire un titre. C’était donc voulu qu’il n’y ait pas de refrain et que ça débite. Pour ceux qui ne nous connaissent pas, il fallait qu’ils sachent qu’on sait rapper, mais il fallait aussi que ça ait du sens, que ça nous reflète, que ça soit cohérent avec notre parcours, nos envies, notre manière de voir les choses. On voulait faire aussi pas mal de croisements, chose qui s’est un peu perdue. Le clip devait lui aussi être à notre image, simple, sans chichis.

Sur l’album, la mise à jour est réussie, en terme de prods, de flows, les références vont plaire aux connaisseurs, vous respectez les codes de l’album (une intro patate, des interludes, un posse cut, un storytelling) que les anciens vont apprécier. Mais est-ce que vous pensez plaire à un autre public que celui qui vous écoutait par le passé ? A savoir que cet ancien public a peut-être arrêté d’écouter du rap.

Mombi : On a fait ce qu’on savait faire, en sachant que notre public n’écoute peut-être plus de rap. Mais si tu veux plaire aux jeunes, tu vas t’engouffrer dans un truc qui ne va pas te ressembler. Tu vas essayer de faire le jeune alors que tu ne l’es pas. On peut faire du rap sans forcément faire ce qui se fait aujourd’hui, tout en s’adaptant à l’époque et en restant soi-même. Je pense qu’on est restés nous-mêmes et qu’on va toucher ceux qui sont censés dans leur tête. Ça m’étonnerait qu’on écoute 3e Œil quand on a envie de tout casser. On touchera aussi ceux qui nous écoutent via leurs parents qui nous écoutaient à l’époque.

Boss One : On a fait un album qui je pense n’est pas ciblé. Mr et Mme Tout-Le-Monde peuvent l’écouter. Ce n’est pas un album qui est trop spé pour être mis dans une case, une niche. Ce n’est pas un album très grand public. Il est fait pour tout le monde, dès l’instant que tu veux découvrir. C’est là où la promo doit faire son job, pour qu’on arrive dans les foyers. Je suis assez confiant. Tu vois pour le deuxième album, on n’était pas très clairs sur des choix. Pas sur celui-là. Sur cet album, on a des titres tellement forts que pour moi, ce seront des classiques. Un « Billy », je sais qu’il va plaire, parce qu’il est fait différemment. Keny Arkana aurait pu faire « Voyou ». Quand on fait un morceau avec Alonz’, un autre public nous découvre. En fait, il y a à boire et à manger pour tout le monde. Je te dis, je suis assez serein. La pression est toujours sur ceux qui investissent. Je suis confiant et je n’aurai pas honte de ce projet. Il n’y a pas un titre que j’enlèverais. Le titre avec Sat, je trouve qu’il est monstrueux ! Quand Alban Ivanov intervient, c’est inattendu. « L’hymne à la racaille remix » est violent ! Tu as des gens qui diront : « Pourquoi Naps et Timal ? ». Mais est-ce qu’ils les ont entendus rapper ?

Vous sortez donc votre troisième album, qui vient marquer 25 ans de carrière. Le groupe a connu des hauts, des bas. A un moment on parlait de projets solos, notamment pour toi Boss One. Il y a une longue pause, de 2002 à 2019. Mais le groupe existe toujours. C’est quoi le secret de votre longévité ?

Mombi : Tu sais, quand je marche dans la rue, on m’appelle autant « 3e œil », « Boss One » que « Mombi ». Au final, je suis membre du groupe, ce n’est pas mon individualité qui compte. Et puis on n’est pas tous les jours ensemble et je pense que ça joue aussi beaucoup. Mais on des frérots, au-delà de la musique, on est comoriens. On n’est pas un faux duo, ça devait se faire, c’est comme ça et pas autrement.

Boss One : Au début on était quatre puis on s’est retrouvés à deux, tout en étant entourés de DJ Soon, de Djel. On s’est recentrés en fait. On est des grands garçons, on a mûri. Tout n’a pas été beau, tout n’a pas été facile, mais rien qui ne nous a empêché de rester ensemble. Il y a eu des projets d’album solo, on ne va pas mentir. Mais on n’a jamais atteint un point de non-retour où on ne pouvait plus se blairer. Chacun a ses forces et ses faiblesses, ses torts, ses raisons. C’est comme dans un couple. Les attentes de chacun peuvent être différentes et ce n’est pas pour autant qu’on n’est pas sur la même longueur d’onde.

Mombi : On sait les qualités de l’autre, comment il faut agir avec lui. On est différents aussi, c’est ce qui fait la beauté du truc.  Ça a beau faire trente ans qu’on se connaît, j’ai l’impression qu’on a formé le groupe hier !

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