Chronique : Peet – « Mignon »

Premier album solo pour Peet, le rimeur bruxellois habitué à retourner les scènes de concerts et festivals du monde d’avant avec son groupe Le 77. Un opus malin et abouti, entre mélancolie du quotidien et dérision inhérente, sur des prods retentissantes qui marquent une évolution importante dans sa carrière. 

Sur ses projets de groupe, avec ses acolytes Félé Flingue et Morgan, on le savait constamment à la recherche de la vibe la plus folle, du concept le plus décalé possible. Sur ses premiers EP solo Peate en 2017 puis Mecman en 2018, il laissait entrevoir un jeune homme plus posé, amoureux du rap, à l’aise en espagnol et très bon beatmaker. Dorénavant, Pierre Mignon se dévoile, entièrement, sur sa pochette et dans ses chansons. Quatorze pistes intimes, chaleureuses, rythmées par l’espoir, l’amour et l’amour de la simplicité, guidées par une ambition modeste mais bien réelle que seules la peur de l’échec ou la flemmardise avec un grand F pourront potentiellement contrecarrer. 

L’ancien pizzaiolo a de la suite dans les idées, à l’image de son coffret “Vinyle + CD + t-shirt + jeu de cartes + …Peet-zza” spéciale livrée dans les rues de Bruxelles le jour de la sortie de l’album. Un clin d’œil à l’un des métiers qu’il exerçait il n’y a pas si longtemps, et qui donnait le ton d’un quotidien somme toute banal sinon monotone, que le désormais rappeur à plein temps parvient à regarder avec lucidité et touches d’espoir.

« Réveillez-moi j’ai l’impression de rêver, ma passion s’est transformée en métier »

Doué d’une écriture purement déroutante, Peet façonne son propre style au fil des projets en solo ou avec son groupe Le 77, avec lequel il a parcouru déjà tout un tas de scènes et de festivals à travers l’Europe pas uniquement francophone. C’est d’ailleurs non sans fierté qu’il précise être la « première signature non néerlandophone » du label TopNotch. « J’ai grandi dans le respect, dans l’acceptation » clame d’ailleurs Peet aux côtés de son pote Zwangere Guy.

C’est de liberté, de bonhomie dont il s’agit. Mignon provoque une empathie immédiate pour l’auditeur, un sentiment d’identification instantanée facilité par des productions groovy cuivrées (« Voyager », « 17 »), subtiles (« Pierrot », « Remords ») ou carrément hip-hop (« Délire », « Plus fort », « Keke »). Un travail de composition minutieux que l’on doit à Lucci, PH Trigano, Phasm, Negdee, Beatsgrinders et Fouki.

Un (ré)confort inouï pour celle ou celui qui aime les contenus denses, tant la plume est appliquée et les détails traités avec soin. Son hommage à sa défunte mère est peut-être l’une des plus belles chansons hommage que la musique nous ait offert depuis qu’elle existe.

En bon « Flemmard de qualité », il nous rappelle parfois le jeune Doc Gyneco, parfois le Orelsan vissé à son canapé. Mais lorsque ses invités (Swing, Morgan et Zwangere Guy) passent derrière le micro, on ressent le sérieux et l’implication d’un artiste concentré dans sa démarche, passionné par sa musique. Plus qu’un bon disque, enivrant de rap, bouleversant d’humanité et savamment réalisé, c’est avant tout un discours d’épicurien assumé qui tente de tenir le coup pendant cette interminable période de privations. Merci pour la respiration et les notes ensoleillées.

Si vous avez aimé cet article, n’hésitez pas à le partager avec les petites icônes ci-dessous, et à rejoindre Le Bon Son sur Facebook, Twitter et Instagram.

Partagez:
  •  
  •  
  •  

Commentaires

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *