10 Bons Sons US en mars 2020

Le 30 mars, Bill Withers, soulman et grand fournisseur de samples pour notre cher genre musical, nous a quittés à l’âge de 81 ans. Rest in peace.

Da$h – Burnt Fingers (Prod. Budd Dwyer)

On a de bonnes raison de penser que le confinement n’est pas un problème pour notre ami Da$h, qui vit probablement dans une cave depuis de nombreuses années, à en croire la production qu’il nous offre. Et comme on est dans le thème, le MC du New Jersey nous a livré un nouvel opus depuis son trou, un peu moins d’un an après 5 Deadly Venoms, un dernier EP très réussi avec Vdon. L’ambiance sur Walk the Plank est cependant moins anxiogène et claustrophobe que sur ce dernier EP justement. Mais comme le montre le morceau extrait, il n’a pas perdu son goût immodéré pour les morceaux succins rapidement expédiés et un nihilisme à toute épreuve. On est également sur quelque chose de plus violent comme le suggère une cover sur laquelle le titre donne l’impression d’avoir été écrit avec du sang. Malgré ces quelques changements, nous ne recommandons toujours pas l’écoute de Da$h dans le noir avec une arme à feu à portée de main. – Xavier

Grafh – Anonymous (Prod. DJ Green Lantern)

Une carrière longue de vingt ans et une quantité affolante de mixtapes n’ont pas entamé l’appétit de Grafh. Avec Oracle III, le MC du Queens clôt une trilogie débutée en 2004, et laissée en plan depuis 2008. Autant dire une éternité dans l’histoire très resserrée du rap, quand bien même il n’a pas chômé dans l’intervalle. Et si son rapprochement récent avec l’école Griselda (qui se remarque au niveau de la tracklist) aurait pu nous tenter c’est finalement un morceau solo que nous avons choisi d’extraire. « Anonymous » fait en effet belle montre de sa science de la rime et des placements, au cours d’un long couplet sans refrain comme on les aime, sur une production sur-mesure de la toujours excellente lanterne verte. – Xavier

Sada Baby feat. Mvd Dj – Heavy Press

Il y a déjà un moment que le trublion Sada Baby agite la scène de Detroit, quelque peu en marge des autres têtes d’affiches de sa génération que sont Peezy, Icewear Vezzo ou Payroll Giovanni. S’il peut être comparé à Icewear pour sa voix criarde et ses montées de tension au fil d’un même couplet, il s’en distingue de par l’humour qui parsème souvent ses couplets. S’il a sorti en ce mois de mars Skuba Sada 2 ainsi que sa version deluxe, les meilleurs titres de cette mixtape n’étaient pas des inédits, et dataient même de plusieurs mois pour certains. Ce qui n’est pas le cas de « Heavy Press », sorti au tout début du mois avec Mvd Dj, et qui synthétise bien l’étendue de la palette de Sada. – Xavier

Young Dolph – Tatted (Prod. Zaytoven)

Un mois de mars plein de rebondissements pour notre rappeur favori de Memphis. Alors qu’il avait décidé d’arrêter le rap pour se consacrer pleinement à son fils, un nouvel album avait été annoncé quelques semaines plus tard, sous prétexte que son fils de le renierait s’il arrête le rap. Si ce nouvel album n’a pour l’instant pas vu le jour à notre connaissance, il nous a quand même offert ce très bon morceau, où il sublime la production très générique de Zaytoven. Rien de bien révolutionnaire au demeurant, mais c’est toujours un plaisir d’avoir de ses nouvelles. – Xavier

Bishop Nehru – Too Lost (Prod. DJ Premier)

L’éternel rookie Bishop Nehru dévoile un premier morceau de son quatrième album à venir, Nehruvia: my disregarded thoughts qui devrait voir le jour le 8 mai 2020. Pour cet extrait, Bishop Nehru ballade son spleen lancinant sur une prod’ signée Primo. Boom-bap évident, petites notes de piano, scratchs habituels, violons éternels; on se croirait en 2013 avec la première mixtape d’un certain Joey Bada$$, Summer Knights.
Bishop Nehru explore ses propres abysses et ses propres doutes, entre bien et mal. Un ange sur chaque épaule, celui de gauche parle trop fort disait l’ourson. – Clément

Evidence – Unlearning (Prod. Graymatter)

Ça fait un petit moment qu’on n’avait pas entendu parler d’Evidence. Pour l’entendre derrière le micro il fallait remonter en 2018 pour son très bon opus Weather Or Not tandis qu’il nous livrait en novembre 2019 un projet entièrement instrumental.
Le voilà donc de retour avec un jolie titre aux effluves très lo-fi. Le texte et le clip racontent la même chose; le rappeur de Dilated People nous entraîne dans son laboratoire, avec ses vinyles, ses machines et nous partage son quotidien : entre créations musicales, mélomanie et fumées verdâtres. Il fait brièvement le point sur sa vie et poursuit inévitablement son propre chemin, tracé depuis quelques années déjà. – Clément

Conway The Machine & Alchemist – Calvin

Il faut battre le fer quand il est chaud dit-on. Conway semble prendre l’adage très au sérieux et ne laisse quasiment pas filer un trimestre sans sortie. Il semble d’ailleurs s’être installé durablement dans nos colonnes et nous rend visite à chaque occasion. Ce mois-ci, il n’est pas seul : le mythique Alchemist séjourne à ses côtés. Alors que le projecteur luxueux du Bon Son joue Paid In Full, les deux acolytes échangent. Entre les apparitions de SHoolboy Q et Cormega – quel plaisir, alors qu’Alan installe une ambiance austère, un triplet flow jaillit de nulle part. Mesdames et messieurs, voici Calvin. – Wilhelm

Jadakiss feat. John Legend – I know (prod. Supa Dups & JG)

Il aura fallu près de 30 ans de carrière et la perte de son meilleur ami à Jadakiss pour sortir un album solo à sa hauteur. Ignatius, empreint de deuil, porte le nom de celui qui en a inspiré la direction artistique. Kiss a tenu à faire le disque que son compagnon attendait, entre les blueprints déjà établis (« Hunting Season » en tête de liste) et ce que le MC de Yonkers a méticuleusement bâti. Si la guérison est propre à chacun et que les étapes qui l’accompagnent n’ont rien d’universel, on fait face à un homme apaisé. Une illustration de choix du disque est sûrement I Know, hommage poignant renforcé par un refrain du bien nommé Jean la Légende, à écouter cigare au bec et larme à l’œil. – Wilhelm

Chris Crack – Bae to Blocked (prod. Budgie)

Alors que sa dernière sortie remonte à 9 mois, l’excentrique chicagoan ne semble pas décider à changer sa recette. Les morceaux très courts et spontanés sans structure alambiquée sont la spécialité du bonhomme et, comme souvent, il est question de relations amoureuses. On oscille essentiellement entre bons mots et petites touches d’humour. La production ultra soul de Budgie et permet une liberté musicale parfaite à Chris Crack qui ne boude jamais son plaisir quand il a l’occasion de chanter. Mais, bien que la formule demeure, on n’a rarement une impression de déjà vu et, là encore, « Bae to Blocked » ne bouleverse pas nos habitudes. – Wilhelm

Lil Durk feat. G Herbo – Chiraq Demons (prod. Deezy)

Lil Durk est hyper actif. Depuis déjà quelques printemps, il s’est assagit et s’épanouit dans un rap très mélodieux où il est, soit dit en passant, un gage de qualité. Presque aussi régulièrement, lorsqu’il invite ses camarades plus sauvageons, ses démons reprennent le dessus. Cette fois-ci, c’est avec G Herbo, un homme nouveau, que l’allumette est craquée. Petit Herbert, dont nous vantions l’excellent PTSD tout récemment, semble également voguer vers d’autres horizons. Mais pour l’heure, les deux hommes s’offrent une deuxième jeunesse et déversent le feu sacré comme Prométhée naguère. Profitons de l’occasion pour vous recommander « All Love », toujours du boss d’OTF, qui illustre la musicalité précédemment mentionnée. – Wilhelm

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