Images percutantes et technique impeccable, le passe-passe de haut vol auquel se sont livrés les deux frères Lino et T.Killa sur « AVSH » paru le mois dernier révélait une fois de plus l’alchimie qui les unit. Après tant d’années à partager le micro sur scène ou en studio, en collectif ou en duo, à évoluer ensemble, et après un nouveau morceau en duo aussi inspiré, la question d’un éventuel album commun semble plus que légitime, pour (au moins) dix raisons.

Pour compléter la lecture, notre playlist Deezer : « Lino & T.killa : les apparitions communes »

1 – En listant la vingtaine d’apparitions communes de Lino et T.Killa entre le début des années 2000 et aujourd’hui, on se rend rapidement compte de l’absence de déchets, ce qui constitue un bon signe. Parmi les titres rares de cette sélection, nous recommandons notamment « Cliché », la reprise de « Bad boys de Marseille » par le K.Ommando Toxik, et le remix de « Sois hardcore » de Stomy Bugsy au casting incroyable.

2 – Les nouveaux couplets de Calbo ces dernières années sont très rares. En effet, ses récentes apparitions se comptent sur les doigts d’une main, entre son morceau « C’est là-bas » paru en 2013 qui devait annoncer un nouvel album, et de rares couplets aux côtés de Gio, Cyrus ou Lino. Il semblerait donc que les deux MC’s les plus aptes à se retrouver un studio pour un projet commun au sein de la fratrie soient Lino et T.Killa.

3 – Par conséquent, au vu du peu de productivité du côté de Calbo, si un album commun entre Lino et T.Killa devait voir le jour, il ne serait pas perçu comme une trahison du binôme Ärsenik, et contiendrait peut-être un morceau à trois du calibre de « Ne m’appelle plus rappeur »… Et qui sait, cela motiverait peut-être Calbo à retourner une bonne fois pour toutes en studio.

4 – Les deux rappeurs ont l’habitude de travailler ensemble. Les apparitions communes sur disque sont nombreuses, entre les featurings de Lino sur les disques du K.Ommando Toxik, les apparitions de T.Killa sur les albums d’Ärsenik et de Lino, les morceaux avec leur collectif Ghetto Star, les participations communes à des projets extérieurs (La cité rose, Sachons dire non 2012, Galactik Beat…). A cela il faut rajouter des dizaines de scènes partagées, notamment durant la décennie 2010, depuis l’amorce du retour de Lino en solo durant laquelle T.Killa intégra officiellement la formation scénique aux côtés de ses deux frères.

5 – De fait, au-delà de leur expérience commune de la scène, Lino ne s’arrête jamais vraiment de tourner, ce qui permettrait au duo de défendre correctement sur scène un éventuel album commun.

6 – ‎Maintes fois annoncé, le troisième album d’Ärsenik est censé voir le jour depuis plus de dix ans. Pour rappel, le morceau « Première catégorie » paru sur Paradis assassiné en 2005 en featuring avec Booba et Calbo était déjà destiné à ce troisième opus. Avec une texture de voix plus proche de celle de Calbo que de Lino, et provenant de la même école du rap, une livraison de Mr Bors et T.Killa pourrait satisfaire les amateurs d’Ärsenik lassés d’attendre ce troisième opus.

7 – De la même manière, les nostalgiques du K.Ommando Toxik qui attendent encore les solos respectifs de Beksoul et T.Killa depuis leur dernier projet de groupe Agents libres en 2012, pourraient trouver leur compte dans une livraison long format des deux frangins.

8 – A l’instar de « Wolfgang », un album commun entre les deux frangins ouvrirait la possibilité de terminer le très prometteur « Césarienne », paru sur l’album fantôme Radio Bitume, non-validé par Lino. Au-delà de l’absence de mastering, il semble manquer un couplet à la fin du morceau, l’instru tournant dans le vide deux minutes durant. L’enchaînement d’assonances en « seize », les coups d’œil dans le rétro de leur parcours et l’instru soulful signée Tony Dex en font un morceau à part dans le lot de leurs apparitions communes, et démontre leur capacité à sortir du seul registre du kickage sauvage entre frères.

9 – En parlant des timbres de voix, si l’osmose est grande entre la voix nasillarde de Lino et celle rocailleuse de Calbo au sein d’Ärsenik, force est de constater que la combinaison avec le timbre braillard et graveleux de T.Killa fonctionne aussi très bien.

10 – Enfin, n’oublions pas que dans Requiem, à l’accueil critique mitigé, l’hymne « VLB » et le familial « Ne m’appelle plus rappeur », les deux morceaux partagés avec T.Killa, sont à compter parmi les meilleurs de l’album.