Toujours à l’affût de ce que nos cousins d’Amérique peuvent produire de délicieux avec ce je ne sais quoi qui n’appartient qu’à eux, c’est avec une certaine délectation qu’on est récemment tombé sur le joli projet de LOUD. Sorti fin avril dernier, ce petit EP, seulement quatre titres, a en fait vraiment tout d’un grand. Fine fleur du rap montréalais, le rappeur de 29 ans n’en est pas à son premier fait d’arme et son passé plus qu’intéressant au sein du trio Loud Larry Ajust avait de quoi nous faire saliver avant d’appuyer sur « play ». D’autant que le clip du son « 56K », notre préféré, qui accompagnait la sortie du projet était particulièrement bien ficelé et apparaissait comme une parfaite démonstration de ce que le MC voulait nous envoyer.

C’est donc avec seulement 4 morceaux que Loud a orchestré sa plongée en solo dans le grand bain du rap québécois. Sur des ambiances vaporeuses dans la lignée de celles qu’on retrouvait sur Ondulé le dernier projet du trio, l’EP va un brin plus loin, capitalisant sur des instrus tranquilles et un flow moins agressif que celui que le rappeur nous balançait il y a encore quelques années avec LLA. 

« On rêve de marcher dans la cours des grands avec nos fake ideas, mais on peut pas rentrer dans le club avec nos espadrilles »  

– Longue histoire courte

Le projet s’ouvre avec un titre au nom évocateur : « Longue histoire courte », fidèle traduction littérale à la québécoise,  pour raconter « en bref », les déceptions et les amertumes qui ont entravé le chemin parcouru depuis l’adolescence par le MC. En quatre minutes introspectives, le rythme et le ton du projet sont donnés. LOUD y imprime un flow continu sur une prod qui sait se faire discrète, entre silences réfléchis et ambiance piano bar, mais qui soutient pourtant avec fermeté ses « seizes » acérés. Dans l’ensemble, on a l’agréable sentiment que le MC a gagné en maturité, aussi bien dans les textes que dans la musicalité. Si son flow est toujours aussi reconnaissable et son usage intuitif du franglais signe définitivement sa filiation au LLA, on aime redécouvrir son flegme et son accent sur des instrus toute en subtilité. En osmose avec les producteurs de talent dont il a su s’entourer, il trouve l’équilibre entre le plaisir et l’élégance qui sert si bien ses textes et son flow, pour un rendu éthéré mais définitivement séduisant.

« Merci pour l’attente, j’arrive jamais à l’heure mais j’arrive toujours à temps » 

– Le pont de la rivière Kwai 

Côté lyrics, il semble avoir finalement enterré son syndrome de Peter Pan pour balancer, un peu paradoxal mais très juste, une bonne dose de désillusion entre deux refrains d’autosatisfaction. Entre le récit d’un amour déçu sur une boucle mélancolique de l’excellent Ruffsound, et une adresse pleine d’un amour franc et viril à son ancien trio qu’il regarde désormais avec la mélancolie d’un homme tourné vers l’avenir, LOUD veut nous faire comprendre qu’il avance et qu’il ne se laissera freiner par rien. Cerise sur le gâteau, le titre « 56K » qui clôture le projet, emmène le tout un cran plus loin et nous régale avec classe et légèreté sur une prod signée RealMind aux sonorités moins graves que les précédentes et un texte ouvertement plus fun. 

Plus posé dans le flow mais toujours incisif dans la formule, LOUD nous cisèle là, avec une belle précision, quatre pièces d’orfèvrerie pour nous embarquer dans un univers tantôt rêveur tantôt désabusé, porté par des prods nébuleuses de très bonne facture. Avec ces petits bijoux, le rappeur nous a confirmé en toute simplicité qu’il continuait de s’imposer comme un incontournable de la scène montréalaise et plus largement québécoise. On le suit avec tant de plaisir et de facilité que lorsqu’après seulement vingt minutes, le lecteur s’éteint, on ne peut réprimer une petite frustration. Reste le sentiment que le montréalais de 29 ans en a encore sous la pédale, et nous suivrons ça de près. 

« I guess t’as raccroché trop vite, maintenant tu m’appelles sur mon new phone »

– New phone interlude