Vendredi 23 juin. Alors qu’on annonce la fin de la canicule sur les trois quarts du pays et des chutes de températures de près de 10°C, ce n’est pas le cas de Marseille et du festival Marsatac qui se tient durant le week-end au Parc Chanot, au pied du Vélodrome. La soirée s’ouvre sous le signe de la transpiration et des boissons fraîches, preuve en est avec les longues files d’attente aux stands de bières dès l’ouverture des portes à 19h30. Si la programmation du festival contient des noms prestigieux tels que Birdy Nam Nam, De La Soul ou House Of Pain, le véritable évènement pour les marseillais est la reformation du groupe phocéen Fonky Family le temps d’un concert. En mars dernier, l’annonce de leur présence faisait grand bruit et les places partaient comme des petits pains. Nombreux sont ceux qui ont fait le déplacement depuis toute la France, frustrés de ne pas avoir compté parmi les privilégiés présents lors de leur concert de soutien à Pone, il y a un an et demi à l’Espace Julien. Il faut dire qu’avant cette date, la FF n’était plus apparue ensemble depuis 2007. Avec une capacité de 7000 personnes et un créneau d’une heure et demie, les organisateurs de Marsatac ont clairement pris note de l’attente autour de l’événement.

Une fois le set d’House Of Pain terminé, une foule compacte commence à se masser dans la salle. L’attente est électrique, des chants de supporters de l’OM partent tout seuls, des pogos se déclenchent avant même le début des hostilités, et tout le monde sans exception mouille déjà sa chemise. Des tee shirts noirs et blancs arborant le sigle aux deux F croisés ont été spécialement conçus pour cette date, et une bonne partie de la foule en est affublée. A 23 heures, Djel lance les hostilités sur son perchoir avec l’intro de Si Dieu veut, avant une arrivée simultanée de Sat, Menzo, Don Choa et Le Rat Luciano sur le morceau « Cherche pas à comprendre ». Le public, déjà bouillant, se déchaîne et se maintiendra dans cet état jusqu’à la fin du set. De bout en bout, Sat jouera les maîtres de cérémonie, quand Don Choa se chargera lui de chauffer la salle.

On assiste à une succession de classiques du groupe, issus de leur trois albums et des hors-séries, laissant la part belle aux morceaux issus d’Art de rue. « Tout c’qu’on a », « Marginale musique », « La nuit », « Filles, flics, descentes », « Dans la légende »… Sur « Si je les avais écoutés », Sat réussit à faire rapper intégralement son couplet au public, confirmant la présence de nombreux connaisseurs au sein de l’auditoire. Au rayon des morceaux hors album, moments forts de la soirée, on retrouve « L’amour du risque » dont une partie sur la prod de « Shook Ones part. 2 » (en hommage à Prodigy de Mobb Deep décédé quelques jours plus tôt), la deuxième version des « Bad boys de Marseille », introduite par la première, et bien évidemment « Le retour du Shit Squad » en équipe, avec Faf Larage, le 3ème Oeil et K-Rhyme le Roi. L’interlude de Djel fait la part belle à de nombreux morceaux du premier album tels que « La furie et la foi », « La résistance », « Loin du compte » ou « Tu nous connais ». On comprend alors, avec quelques regrets, qu’ils ne seront pas joués en live… Puis, au travers d’une dédicace toute en pudeur, et sans détailler l’évolution de sa maladie, le groupe rend hommage à Pone, grand absent de cette soirée.

« Sans rémission », en fin de show, voit débouler les quatre MC’s accompagnés d’une vingtaine de proches pour un grand bordel sur scène. Après une feinte de départ, « Art de rue » clôt le spectacle, et confirme son statut de morceau le plus populaire du groupe. Seul bémol, et pas des moindres : la qualité du son, souvent saturé, rendant parfois les paroles incompréhensibles. Compensé par le fait que les paroles étaient connues par la majorité du public, le phénomène n’affecta finalement pas l’état de communion entre le groupe et le public. Cette heure et demie de déchaînement total aura en tout cas démontré qu’au-delà de l’impact laissé par la décennie discographique de la Fonky Family sur le rap français, l’essence du groupe est indissociable de la ville de Marseille. Si Djel, Don Choa, Le Rat, Sat et Menzo se sont réunis ce soir-là, c’est avant tout pour faire plaisir aux habitants de leur ville d’origine.

Texte et photos : Olivier et Manu

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