Nous avons lu l’ouvrage « Regarde ta jeunesse dans les yeux » de Vincent Piolet, qui raconte l’histoire des pionniers du rap français durant la décennie 80. Voici quelques raisons d’aller vous le procurer.

1 – L’hommage à une poignée d’activistes

Ce livre, en premier lieu, donne la parole à de nombreux activistes hip-hop ayant officié dans les années 80. Hommes de l’ombre ou figures reconnues, Vincent Piolet s’est appliqué à mettre en lumière les pionniers du genre, relatant leurs rôles et parcours respectifs. Un devoir de mémoire bienvenu quand on sait que nombreux sont ceux pour qui l’histoire du rap français se cantonne aux années 90, et qui ignorent qui sont EJM ou Lionel D.

2 – L’exhaustivité

La richesse des témoignages et leur organisation (chronologique / disciplinaire / géographique) font de cet ouvrage un récit assez exhaustif des évènements, qui ne se contente pas de relater les quelques incontournables tels que le terrain vague de La Chapelle, le Rap City Tour, l’émission H.I.P.H.O.P. ou le Deenastyle sur Radio Nova, mais qui revient également sur des évènements ou des lieux dont on se rappelle moins comme la salle Le Chat à Châtillon, réservée aux initiés.

3 – La place accordée à toutes les disciplines

En parlant d’exhaustivité, ce livre raconte le rôle des différentes disciplines indissociables les unes des autres qui forment la culture hip-hop. Break, graf, DJing, rap… Leur évolution pendant les 80’s est décrite dans le détail, et permet de rappeler que le mot « culture » n’est pas usurpé quand on parle de hip-hop.

4 – Les récits des folles escapades des frenchies aux States

Qui n’a pas entendu parler des premiers voyages au pays de l’Oncle Sam d’Akhenaton, Kheops ou même Booba ? Ici l’auteur est allé chercher quelques personnages moins connus du grand public, mais qui ont côtoyé la poignée de pionniers du hip-hop au début des années 80 à New-York et L.A. Des trajectoires singulières, voir complètement folles (avec une mention spéciale pour Alex Jordanov dont le récit de ses seules aventures mériterait une adaptation sur grand écran), qui rappellent le rôle que quelques frenchies ont pu jouer dans le développement de cette nouvelle culture de l’autre côté de l’Atlantique.

5 – Comprendre le contexte de l’émergence du hip-hop

Actuellement, même s’il reste des progrès à faire quant au traitement du hip-hop dans les grands médias, il a quand même sa place dans le paysage médiatique et audiovisuel français. Vous l’aurez compris, « Regarde ta jeunesse dans les yeux », grâce à un gros travail de recherche et de documentation, permet au lecteur de se faire une image du contexte médiatique et social de l’émergence du hip-hop en France, à une période où le rock détenait le monopole de la contre-culture dans les médias, et que le décalage entre ces derniers et le mouvement hip-hop faisait percevoir les activistes au mieux pour des OVNI, au pire pour des imposteurs. Les nombreuses citations de différents médias permettent de constater le chemin parcouru depuis.

6 – La passion au premier plan

Sans discours moralisateur, ce qui ressort de la première moitié de l’ouvrage est cette absence d’industrie ou de revenus liés au hip-hop. Sa pratique relève seulement de la passion et de l’envie de se faire un nom au travers de la compétition. Une démarche favorisant l’innovation et la prise de risque, enlevant une part de calcul qu’on a pu observer par la suite, et qu’il est bon de mettre en avant, quelle que soit l’époque. Cet état d’esprit ne s’est pas totalement perdu cependant, quand on voit la diversité et la qualité de la scène indépendante (et pas uniquement) actuelle.

7 – Les anecdotes

Qui dit témoignages dit anecdotes. Les origines du tatouage sur le crâne de Joey Starr ou l’impropable participation (avortée) de Sheek des Nec + Ultra à la campagne « Stop le tag » ne sont que des exemples parmi la mine d’anecdotes incroyables dont regorge ce livre.

8 –  Les prémices des grands collectifs

NTM, le Secteur Ä, la Mafia K’1 Fry… Des références pour de nombreux amateurs de rap français (et nombre de nos lecteurs), qui après la lecture de ce bouquin en sauront plus sur les facteurs qui ont fait de Saint-Denis, Sarcelles, Vitry-Sur-Scène et d’autres villes de grandes terres de hip-hop.

9 – La force des témoignages

De par la pertinence du choix des intervenants et le travail d’investigation de Vincent Piolet, les témoignages recueillis apportent un réel plus à une histoire du rap français dont on connaît déjà un peu les grandes lignes. L’état d’esprit des gens, le contexte, les ambiances, la compétition… Les récits des différents acteurs permettent de faire ressentir à ceux qui ne l’ont pas vécue l’atmosphère qui régnait, et donnent un peu de vie aux photos d’époque qui reviennent souvent.

10 – Le style d’écriture

L’auteur, à peine né lorsque le hip-hop faisait ses premiers pas, partage avec le lecteur le résultat de ses recherches, et ne se déclare donc pas comme un expert qui aurait tout vu, avec le style pompeux qui pourrait accompagner ce statut. Appréciable pour les lecteurs qu’il embarque dans son aventure.

Regarde ta jeunesse dans les yeux : disponible depuis le 20 mars.

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