Que la paix soit sur vous. La paix n’est pas un combat étranger à Ali, tant ce mot est présent dans ses textes depuis ses débuts sur disque. Déjà en 2000, sur Mauvais Oeil, il déclarait dans “L’effort de paix” : “Entretiens l’endurance et le cran pour l’insurrection. Préserve la paix pour la résurrection.” Et si le slogan “Que la paix soit sur vous” apparaît comme un fil conducteur tout au long de cet album, c’est l’adjectif “apaisé” qu’on aurait envie d’employer pour décrire la posture du MC originaire d’Issy-Les-Moulineaux. Sur la pochette, son visage, la lumière et le choix de la couleur dominante laissent penser que nous allons avoir droit à un album lumineux, raccord avec le titre de l’opus. Le vert, couleur traditionnelle de l’islam, évoque aussi une connexion avec la nature, présente dans le discours de spiritualité que prône Ali (comme sur “Lotus” par exemple, ou sur les petits bruitages que l’on peut entendre en tendant l’oreille).

L’autre grosse impression qui se dégage de cet ensemble est l’harmonie. Laissant une grande place à l’introspection, le discours est cohérent de l’intro à l’outro, voir redondant (les mots “paix”, “harmonie”, “apaisé” sont omniprésents). Si le discours pourrait paraître un peu simpliste dans la bouche de quelqu’un d’autre, il sonne particulièrement juste scandé par Ali, aidé par le ton sentencieux qui le suit depuis ses débuts. On pense notamment à “Suprême mélodie” et au crépitement de son sample de piano, ou “Salam” magnifiquement orchestré par MkZoo. Et ce ne sont pas moins neuf beatmakers qui sont venus assurer la partie instrumentale de l’album, avec lesquels Ali n’avait pas encore collaboré à l’exception de DJ Stresh. Donc exit Géraldo, et place à MkZoo, Crown, Junkaz Lou, Ouz’One, Astronote, Mr Stroke, 7 Degrees et Stanza. Les prods, à base de boucles mélodieuses, laissent tout le champ nécessaire à Ali pour délivrer son message de façon claire et intelligible. Comme à son habitude, sans être particulièrement innovant, l’ex-Lunatic s’applique à garder ses rimes sur l’intégralité d’un couplet.

C’est plutôt du côté des featurings “rap” que résident les véritables surprises de cet opus. Malgré leur nombre relativement restreint (trois), les contributions d’Exs, Hifi et du Rat Luciano constituent un vrai plus dans cet ensemble. Dans une interview vidéo de la fin des années 2000, Salif mentionnait les mois de détention de Booba en soulignant le fait qu’Exs et lui avaient passé beaucoup de temps avec Ali, mais on ne s’attendait pas à retrouver le membre de Nysay pour une connexion  au sommet entre deux ex-membres du Beat 2 Boul. Exs démontre que malgré les années “On ne s’oublie pas” et signe un couplet en totale harmonie avec l’ambiance dégagée par l’album.

Déjà présent sur Le Rassemblement et Chaos et Harmonie, on retrouve le duo Hifi / Ali avec plaisir pour un morceau sur la perte de l’ “Innocence” inhérente au temps qui passe, et si nos calculs sont bons, cela va bientôt faire 20 ans qu’ils croisent le mic ensemble (à quand l’album commun ?), au gré de leurs sorties respectives. Quant au Rat Luciano, le peu de choses que l’on a pu entendre de sa part ces dernières années pouvait laisser craindre un duo déséquilibré, mais il constitue finalement une très bonne surprise et un des titres les plus enlevés de l’album. Ce morceau ravive un peu l’attente autour d’un éventuel nouvel opus du MC Marseillais, particulièrement inspiré pour l’occasion. Une énergie bienvenue comme sur “Dialogue” et son solo de guitare électrique (sur une prod de Grim Reaperz), dans un ensemble globalement plus lent, plus “apaisé”.

En observant le rythme de sortie d’Ali, on se rend compte qu’il sort un album tous les cinq ans : Mauvais oeil en 2000, Chaos et harmonie en 2005, Le Rassemblement en 2010 et Que la paix soit sur vous en 2015. Avec pour chaque nouvelle sortie une part plus grande accordée au spirituel, son dernier album apparaissant comme un point d’orgue dans cette évolution. Et la question, inévitable, que l’on se pose à l’issue de ces 14 titres est donc : y aura-t-il un nouvel album d’ici 2020 ? Si oui, sous quelle forme ? Sachant que l’opus se termine sur : “Être pacifié ne m’a pas rendu passif”…

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