Il est jeune et ambitieux, parfois arrogant, toujours lucide. Bavard aussi, et développe ses arguments avec la même aisance qu’il pose ses mots sur les prods de ses acolytes JeanJass & Le Seize. Rendez-vous pris avec Caballero avant son passage au Petit Bain sur Paris au début du mois. C’est bientôt Noël, c’est cadeau.

Présente-toi en quelques mots pour les lecteurs du site Le Bon Son.

J’ai une sorte de crew avec Ysha, ça s’appelle « Les Corbeaux ». C’est mes amis proches de toujours, on s’appelait déjà comme ça entre nous pour rigoler, parce qu’on se piquait les joins avec des sortes de bec. Des délires qui sont nés entre potes. Après, je suis rentré dans le rap, et ça a chauffé d’autres gens dont Ysha et Carlos. Carlos n’a pas continué, il m’aide beaucoup plus dans ce qui est impression de t-shirt, studio… Après, il y a plein de potes qui supportent, me font de la pub. Mais sinon je suis solo.

Question simple sur ton blase : Caballero, c’est ton prénom ?

C’est mon nom de famille, je suis d’origine espagnole à 100%, né là-bas. On est venu en Belgique après avec mes parents et mon petit frère. Je signais mes textes dans ma chambre. C’est venu naturellement, c’est sorti comme ça, ne me demande même pas pourquoi.

« C’est surtout essentiel pour essayer de faire de l’argent. A un moment, quand tu donnes autant dans la musique, il faut que ça te le rende un minimum.»

Peux-tu nous parler de la connexion Fixpen Singe, triptyque entre nantais, parisiens et bruxellois ?

Ça s’est fait très naturellement. Tout le monde est un peu éloigné, mais on a créé sans le vouloir une sorte de nébuleuse avec pleins de MC’s. Je connaissais Lomepal, qui connaissait déjà très bien Vidji et Kéroué. Du coup je les ai rencontrés, je les ai côtoyés. De toute façon, je les connaissais déjà via leur musique.

On a parfois eu du mal à te situer sur la scène bruxelloise. Il y a eu des confusions sur ton appartenance ou non à La Smala notamment…

Oui, c’est vrai, il y a eu beaucoup de confusions par rapport à moi. De plus en plus on commence à mieux comprendre où je me situe.

Pour refermer la parenthèse sur La Smala, ils m’ont transmis une question pour toi : qu’est-ce qu’est la Wax ?

Ah ils sont marrants (sourire) ! C’est simplement un concentré de THC, une sorte de shit superpuissant. Du 90% de THC. Pour tous les gros fumeurs de bédos qui pensaient qu’il fallait fumer 30 joints pour à la fin de journée avoir un peu une déf’ sympa, y’a ce nouveau truc qui est apparu. Tu fumes ce truc et on dirait que tu fumes tes premiers joints quand t’avais 14 ans. Voilà, c’est un truc qui m’amuse beaucoup.

C’est un thème récurrent dans tes sons…

Ouais, c’est un truc que j’aime beaucoup le THC. Moi, j’ai deux évacuations : mon THC et mon rap. Le fait d’être super violent dans la musique, ça me permet de ne plus l’être dans la vie tous les jours. Avant, étant jeune, j’étais plus négatif, plus violent, plus casse-cou, mais c’est sûr qu’avec le temps tu te rends comptes que si tu libères cette haine, après tu sors de la cabine et t’es plus léger, plus relaxé. C’est mes deux trucs que j’aime par-dessus tout.

« Il faut éduquer un public pour que, eux se donnent le choix d’avoir une différente palette de musique. »

Un autre aspect ressort à l’écoute de tes textes : tu es un amoureux du rap, mais beaucoup moins des rappeurs. Je me trompe ?

C’est parce que c’est facile et marrant ! La Fouine ou Booba, c’est facile, tout le monde le sait, même eux ils doivent le savoir… En fait, je m’éloigne de plus en plus de ça. Plus le temps passe, plus je me dis que les gens font ce qu’ils veulent. Ça divertit, et il en faut. Le réel problème, c’est pas leur existence, c’est la place qu’ils prennent. Je comprends qu’il y ait pleins de gens qui soient axés sur le « sortir le samedi soir et montrer que t’as de l’argent dans la zone VIP avec des grosses bouteilles», donc si ça les divertit d’entendre ça, je ne suis pas un nazi, je ne vais pas les exterminer. En même temps, je fais mon truc et si je veux m’exploser à la beuh six jours de suite dans un studio, j’aimerais bien qu’ils ne me jugent pas comme moi je fais l’effort. C’est un problème de société, les gens n’ont pas de culture musicale, c’est tout un énorme travail à faire.

En tant que rappeur belge, comment en es-tu venu à te faire connaitre dans l’Hexagone ? Et y’a-t-il eu un décalage entre ton « éclosion » belge et ton « explosion » française ?

Je ne sais pas gros ! A 17, 18 ans tu commences le rap, souvent très jeune car c’est une passion de jeunesse, les gens te disent « C’est vraiment stylé ! Tu devrais le foutre sur Youtube… » et après ça se fait tout seul. Quand j’ai commencé à faire du bruit à Bruxelles, il y avait déjà des petits fouineurs de Paris qui m’avaient déjà remarqué avec les réseaux sociaux. Il n’y a plus aucune barrière. Le truc, c’est que c’est des Parisiens qui m’ont contacté d’abord. J’ai dit « Nickel ! En plus j’aime beaucoup ce que vous faites, ça tombe super bien. » J’ai pris mon premier covoit’, on s’est rencontrés, on a fait des sons et voilà, ça a pris en même temps à Paris qu’à Bruxelles plus ou moins. Et puis après dès que c’est à BX et à Paris, c’est une belle vitrine. Je pense qu’aujourd’hui ça se fait comme ça : tu lâches le truc et ça prend ou ça ne prend pas.

Pour toi, ça prend.

Ça a pris, oui. Je ne peux pas dire que non, parce qu’en soi je ne ferais pas autant de concerts, même si c’est jamais assez.

Es-tu un gros kiffeur de scène ?

(Hésitant) Si je suis un kiffeur de scène ? Mouais… C’est surtout essentiel pour essayer de faire de l’argent. A un moment, quand tu donnes autant dans la musique, il faut que ça te le rende un minimum. Si tu me vois être autant productif, autant faire des scènes partout, ce qui est très positif pour l’image que je donne musicalement, c’est parce que c’est comme des combos dans Street Fighter : plus t’en donnes, plus les points deviennent grands.

« J’ai appris que quand tu veux faire retenir quelque chose à quelqu’un, si tu peux être trash ou à côté de ce qui se fait, les gens vont plus te retenir. »

Le rap est-il devenu ton taf ?

Tu ne peux pas avoir un taf à plein temps et faire du rap à côté. Moi, je me donne du temps encore et je fais mes trucs de mon côté pour avoir un peu d’argent, de quoi survivre, mais ça me ramène pas du tout assez d’argent. Là, on est encore dans la course pour essayer de voir si dans deux ou trois ans grand maximum, ça m’aura permis de vivre. On va encore donner à fond, mais à un moment, si ça me rapporte pas d’argent, comme tu le comprendras, je ne peux pas le faire toute ma vie.

Tu es à un tournant avec « Le pont de la reine » alors…

Ce projet-là c’est aussi une façon d’éduquer un public. Si les gens aiment majoritairement La Fouine ou Booba – je ne critique pas hein – il faut bien faire comprendre que nous on existe aussi, qu’il y a un autre type de musique. Si vous avez kiffé notre délire, et vous voulez qu’on survive, il faut soutenir les artistes. Sinon, tu vas écouter du Booba et La Fouine toute ta vie à la radio, et les artistes indépendants vont mourir. Il faut éduquer un public pour que eux se donnent le choix d’avoir une différente palette de musique. Il n’y a pas de secret, c’est l’argent qui régit le monde.

Tu es franc dans ton discours et t’adresses à ton public avec sincérité mais aussi arrogance. Ça fait partie de ton personnage ?

Oui ça fait partie de mon personnage. J’ai appris que quand tu veux faire retenir quelque chose à quelqu’un, si tu peux être trash ou à côté de ce qui se fait, les gens vont plus te retenir. Le plus grand exemple de nos jours, médiatiquement, c’est Dieudonné. Il fait des trucs tellement choquants que tu ne peux pas faire autre chose que l’écouter et te dire « Merde, c’est incroyable ! » Après, c’est sûr que tu te fais des ennemis. Mais bon, on va s’amuser au moins. Je ne sais même pas si je vais rester très longtemps dans le rap.

On l’a dit, ton rap est imprégné d’arrogance. C’est essentiel pour toi de te montrer sous ce visage-là ?

C’est essentiel parce que j’aime bien le montrer. C’est une sorte de compétition. Le fait de prouver tout le temps que j’évolue… C’est très marrant parce que tu peux jouer avec plein de trucs dans l’egotrip. Il y a ce côté arrogant où tu dis que toi t’es le meilleur, mais en le disant tu mets en place pleins de métaphores, pleins de double sens, des longues rimes, des placements très inédits… Et c’est ça au final qui t’en met plein la vue et plein les oreilles surtout.

Ce personnage, c’est un kif ?

C’est naturel. C’est mes influences… (il cherche) D’une certaine façon, j’ai compris qu’il faut faire ça. J’ai écouté du Eminem toute ma vie, des rappeurs totalement exubérants, qui ont des chaînes jusque-là… Si tu te démarques par ta folie, par quoi que ce soit, c’est un plus aussi. Après, moi, je ne me mets pas devant une feuille en me disant « Bon, voilà mes plans. Il faut que je devienne un peu plus fou, il faut que j’insulte plus… » Ça se fait naturellement.

« Le fait d’être super violent dans la musique, ça me permet de ne plus l’être dans la vie tous les jours. »

Pour en revenir au projet « Le pont de la reine », sorti le 1er Décembre, c’est ton premier album ?

C’est un EP, j’ai pas envie de l’appeler album. Je dirai album quand le format sera plus long, et où je me casserai encore plus la tête. Il a mis du temps mais en même temps il y a eu Fixpen Singe entre, un mini-projet mais surtout une grosse tournée. J’écrivais et trouvais mes prods en pleine tournée. Cet été, j’ai tout réenregistré. Après, il faut attendre le mix, le mastering, faut aller dealer des distributions…

Parles-nous du clin d’œil au Queensbridge et du contenu de l’album.

C’est l’idée très générale, je l’explique dans l’intro, c’est bien pour ça que je l’ai mis là. Entre chaque couplet, y’a un petit passage où je parle un peu et j’explique les différents aspects et significations du « Pont de la reine ». Le principal, c’est sûr, c’est le Queensbridge parce que c’est les sonorités que j’aime le plus, que ce soit du QB des 90’s ou de maintenant. New-York, vraiment, c’est ce que j’aime le plus, ce côté Nas, Mobb Deep, Big L, toutes ses conneries… enfin, des conneries ! Deuxièmement, je ne vais pas m’enfermer là-dedans. C’est aussi une métaphore, c’est le pont que je dois traverser, c’est mon aventure à moi. Le pont de quelle reine ? La reine, c’est mon rap, ma musique. Je ne sais pas si j’arriverai au bout, je suis en plein milieu. C’est une étape de ma vie, je fais cette traversée et on verra où ça me mène. Ça pourrait aussi être une ligne du temps, vu que c’est une aventure : je rencontre des nouvelles tendances, ça m’intéresse, je marche, là je vois que la trap est en train de naître aujourd’hui, ben j’écoute, je mets une oreille… C’est très imagé, QB etc., mais les gens vont avoir une surprise en l’écoutant parce que « Mérité » ou « Relax », ne sont pas des titres QB. C’est aussi un désavantage parce qu’en Europe, les gens sont très très fermés. Parce que j’ai fait un « C’est aussi simple que ça », ils croient que je vais faire toujours du piano/violon. NON ! Il ne faut pas m’enfermer dans une case, pour moi c’est négatif. L’art, c’est de la création, toujours des nouvelles idées, aller plus loin.

Ce morceau, justement, a beaucoup tourné. Tu peux revenir sur la connexion avec Mani Deiz ?

Je suis très fier de ce morceau. Je revenais d’Espagne. L’été je vais tout le temps en Espagne, c’est très calme, ambiance très familiale, parfait pour écrire dans ce genre d’endroit relax. J’avais pleins de textes, des prods que j’aimais bien, et justement pour ce texte il me fallait vraiment une prod. J’aimais bien ce que faisait Mani, donc je lui ai demandé par Internet. Il m’a envoyé deux ou trois prods, j’ai fait mon choix. J’ai enregistré mon truc, je lui ai envoyé, il m’a dit « Ça tue », parfait, on est tous contents, ça sortira sur mon prochain projet. C’est un morceau réussi, point de vue du morceau en soi et parce que ça a pris de l’ampleur.

Tu parlais d’une aventure sur ton pont, et des rencontres. Peux-tu revenir sur les rencontres avec Le Seize et JeanJass ?

Oui, c’est des potes. J’ai rencontré JeanJass avant Le Seize ; c’était le cousin d’un pote rappeur. Quand je commençais, il avait vraiment kiffé. Ce mec – le pote- m’a ramené dans des scènes, sur un feat, et à une radio j’ai croisé Jass. Et Le Seize, c’est la même chose un peu. On kiffait ses prods. Beatmaker et MC aussi. C’est mes deux seuls invités, je leur laisse beaucoup de liberté donc c’est un projet à trois. Ils ont de très bonnes idées, ils ont pris beaucoup d’initiatives eux-mêmes. Ils m’ont aidé à finaliser les morceaux, les arrangements de prods… C’est pas moi uniquement le créateur de ce projet.

Mot de la fin ?

Merci à toi, merci au Bon Son. J’espère que ça m’amènera le plus loin possible !

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