L’album « L’or du commun » de Fayçal est sorti le 10 Juin 2013. Il était temps de faire une chronique sur cette petite merveille auditive. Fayçal n’en était pas à son coup d’essai. Fort de ses deux albums précédents (Murmures d’un Silence  en 2006 et Secrets de l’oubli en 2009), cet album est en parfaite continuité avec ceux-ci : une qualité d’écriture à faire pâlir la grande majorité de nos littérateurs, un flow limpide qui permet de mettre en valeur le texte et des instrumentales aux sonorités diverses et variées qui arrivent à créer un univers riche de diversités.

L’univers de Fayçal, d’apparence assez hermétique, n’est pas un univers inaccessible à celui qui sait ouvrir un livre, apprécier la beauté du quotidien et s’émerveiller tout en gardant un œil critique. Ainsi, Portrait de l’époque, son très critique concernant l’hypocrisie de cette époque du bling-bling et de l’apparence qui est la nôtre, côtoie Quelques rimes sous le soleil avec Demi-Portion, son d’apparence plus légère mais qui y fait écho par son éloge de l’authenticité, thème récurrent de cet album.

L’authenticité est d’ailleurs ce qui semble réunir les rappeurs qui apparaissent sur l’album : Demi-Portion, Nasme et Le C-Sen, K-Teb et Littledemo, Mysa et L’indis. La discrétion de ces MC’s n’a d’égale que la qualité de leurs plumes, comme le rappelle d’une manière performative Requiem pour encre fine avec Mysa et L’indis, éloge de l’écriture dans laquelle le rap se confond avec la poésie. C’est sur un thème semblable traité dans Le charme de nos chimères que l’on retrouve Nasme et Le C-Sen : écrire et rapper y devient une boussole permettant de garder le cap dans un monde où la réalité est bien souvent trop difficile à supporter pour qui y cherche le bonheur. C’est d’ailleurs ce désir inextinguible de bonheur et d’authenticité que K-Teb et Littledemo sur Comme une soif nous donne à penser, bonheur qui semble tenir à tellement peu de choses et qui pourtant se dilue perpétuellement dans cette soif que nous n’arrivons pas à étancher.

Qui dit authenticité dit forcément une certaine intimité. C’est un sentiment étrange qui nous saisit à l’écoute de cet album : celle d’une familiarité avec son auteur, d’avoir découvert quelque chose et avoir appris à le connaître. Ecouter un album de Fayçal, c’est nécessairement se poser un certain nombre de questions avec lui et être amené à réfléchir sur ce que nous sommes et sur le monde dans lequel nous vivons. Avec Mes points d’interrogations, c’est dans l’intimité d’une conscience torturée que nous pénétrons. L’aspect décousu du questionnement trahit le flux d’une conscience qui ne cesse jamais de penser, jamais de questionner. Pourtant, celle-ci tranche nettement avec Mélodie d’un jour de juin où est fait l’éloge de la quiétude et de la douceur bordelaise du mois de juin. Fayçal nous y montre que l’agitation autour de soi n’a jamais nuit à la pensée poétique, elle en est bien plutôt la condition. Des sons comme Spleens et premières, Jugements de valeurs ou Ninjutsu participent du côté intimiste de l’album : c’est le récit d’un homme qui devient ce qu’il est au travers de ses doutes et de ses espoirs. La force de Fayçal est de parler de lui sans jamais sombrer dans l’égotrip. De cela peu ont la possibilité de s’en vanter.

Car Fayçal sait également se mettre à la place des autres pour écrire, comme c’est le cas dans Trajectoires, où il met en scène des personnages dont la vie a été brisée par un destin qui n’a de pitié pour personne. Mais s’il sait décrire la vie de personnages qui pourraient être vous comme moi, il écrit également pour ces amis. Le sourire de Kitano est destiné à VII, rappeur et producteur bordelais dont le son retrace l’amitié.

De toute manière, à celui qui doute encore de la qualité de l’écriture de Fayçal, faites écouter Lettres de Noblesses. Peut-être n’y a-t-il pas de meilleure introduction à Fayçal que ce premier son de l’album : la richesse du vocabulaire permet des assonances et des allitérations en harmonie avec une instrumentale pêchue. La noblesse prend alors un pluriel dans ces Lettres de noblesses où Fayçal y démontre, s’il en avait besoin, que la forme peut vivre du fond sans devoir être sacrifiée. C’est un dernier Baroud d’honneur qui vient clôturer magnifiquement un album poétique qui est définitivement hors du commun.

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