Le Bon Son rencontré Sëar Lui-Même pour une deuxième interview, à l’occasion du plateau Street Life (le 2 mars dernier à la Dynamo, à Toulouse). L’occasion pour nous de revenir sur la version EP de Big Punchliner, sur la version LP et physique, Reloaded à venir (sortie prévue pour le 24 juin), et de prolonger ça par un entretien avec Keenan, producteur exécutif chez L’Or Noir, puis Furax, qui jouait à la maison, venus se joindre à la conversation.

Le Bon Son : Salut Sëar, comment te sens-tu, à quelques heures de monter sur scène à Toulouse ?

Sëar : Super bien, mortel.

Tu connais un peu le public toulousain ?

Sëar : Non, mais on m’en a beaucoup parlé. On m’a dit que c’était un bon public, hip hop, chaud. On va voir ça !

Quel projet viens-tu défendre ce soir ?

Sëar : Je vais pas défendre spécialement un projet, je vais défendre plusieurs trucs. Bon Big Punchliner normal, et puis je vais essayer de mettre d’autres choses, comme « D’où j’viens », « Boom Back », des morceaux comme ça… Y’a des morceaux que les gens connaissent, d’autres qu’ils ne connaissent pas : on va leur faire découvrir Histoires sans fin, le projet qui sortira après.

Quels ont été les premiers retours sur Big Punchliner ?

Sëar : Ils ont été très bons ! Les gens aiment beaucoup « Leçon de piano », ça les a surpris.

C’est pas forcément ton registre…

Sëar : J’ai pas spécialement de registre. J’ai plusieurs facettes et ça ne sert à rien de les montrer d’un coup. Je préfère les montrer avec un vrai projet. Après les deux rétrospectives que j’avais sorties, j’avais pas sorti grand chose de nouveau, et je voulais montrer plusieurs palettes. J’ai pas de registre. Si un truc me passe par la tête je le fais. Que ce soit une histoire, un truc technique, une chose qui m’a choqué ou d’actualité. Après j’avais pas l’habitude de sortir de storytellings, du coup les gens ont été étonnés. En plus l’histoire est un peu tordue, ils se demandent si c’est vrai ou pas…

Les gens ont aussi plébiscité « Droit d’asile », « Mes gars d’Paris », le freestyle avec Neka, Furax, etc. Celui avec Gaïden, Nekfeu, ADS a interrogé. « Pourquoi Gaïden ? Pourquoi Nekfeu ? » Pour leur répondre, c’est qu’ils représentent un nouveau souffle. Ils amènent un nouveau truc. S’ils sont plébiscités c’est pas pour rien. Et puis ce sont des gens que j’aime bien, humainement, et en plus j’aime bien ce qu’ils font.

Moi je suis comme tout le monde, je regarde ce qui sort, je suis pas replié sur moi-même à faire mes sons. C’est un honneur pour moi que ces gens viennent poser sur mon projet.

Une version physique de Big Punchliner va sortir, agrémentée de 4 autres morceaux. C’est pour quand ?

Sëar : Très bientôt. C’est tout ce que je peux te dire. Ça sera annoncé en temps et en heure. Les morceaux en plus vont bien surprendre, encore une fois. Enfin j’espère…

Cette version longue, tu la considères un peu comme un album ?

Sëar : Non. Y’a des gens qui font des albums avec 10 titres, moi non. Bon on sort 4 titres en plus pour la version physique pour pas donner exactement la même chose. Mais c’est pas un album. Mon album ça sera encore autre chose. Ça sera encore plus personnel.

Tu es pour produire beaucoup de titres pour en sélectionner une partie seulement ?

Sëar : Oui. C’est aussi parce qu’on écrit beaucoup à L’Or Noir. On est beaucoup de gens qui écrivent… Du coup on fait beaucoup de morceaux, et je ne suis pas naïf, pour donner le meilleur de son travail faut sélectionner, choisir le meilleur. Y’a des compromis avec le manager (Keenan), avec l’équipe : « Celle-là on l’aime bien, celle-là on l’aime pas… » Une fois qu’on est sûr du travail de placement des morceaux, on balance.

Le projet qui suit, c’est Histoires sans fin, y’aura combien de titres, tu sais ?

Sëar : Oui je sais (sourire). Je sais pas si je vais le dire… Mais y’en aura pas mal ! Et si les gens ont été étonnés par « Leçon de piano », ils vont encore plus l’être avec ce projet ! C’est que des histoires, des reprises de choses retravaillées à ma sauce, comme le Horla de Maupassant par exemple.

Y’a pas eu de projets exclusivement de storytellings avant ça en France…

Sëar : Non, c’est pour ça que ça s’appelle « Histoires sans fin ».

Tu vas faire la pochette aussi pour celui-ci ?

Sëar : Je sais pas, mais je pense que ça va être le travail de plusieurs personnes. Si ça va sortir en physique je veux faire un beau truc, avec une belle pochette, un vrai travail. Je pense pas que je le ferai tout seul, pour créer tout un concept là-dessus. J’espère que ça vous plaira, et connaissant Le Bon Son, je pense que ça vous plaira ! (rires)

Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour la suite ?

Sëar : Plein de concerts, plein de textes, une grosse réussite pour L’Or Noir, et que le Hip Hop vive.

Sëar : ‘Mon album ça sera encore autre chose. Ça sera encore plus personnel.’

Keenan entre dans la petite cuisine qui nous sert de salle de presse…

Le Bon Son : J’en profite, l’album de Futur Proche, quand sort-il ?

Keenan : Je pense que c’est pour le printemps.

Il a pris un peu de retard…

Keenan : Oui, ils ont mis un peu de temps à mixer, et ont anticipé l’annonce du projet. Ils étaient chauds, ça faisait longtemps qu’ils avaient pas sorti de trucs. Et c’est normal, leur projet est cool, ils sont enthousiastes ! Les artistes font souvent ça…

Sëar : C’est d’ailleurs pour ça que je t’ai pas précisé de date.

Et puis j’imagine qu’il y a aussi les contraintes de l’indépendance, etc.

Keenan : Là-dessus on est plus carrés, les méthodes sont un peu plus rodées. Et on communique sur une date quand vraiment on est sur la fin du mix.

Sëar : Et c’est en ça que c’est mieux l’indépendance, parce qu’on prend le temps de tout bien réfléchir, se prendre la tête, de parler, faire des compromis, se disputer même ! Et finalement ça donne des projets comme Big Punchliner, que j’écoute encore. Y’a pas de projets à moi que j’écoute, mais celui-ci je peux l’écouter encore.

Y’a une cohérence…

Sëar : C’est un projet qui tient la route.

Keenan : Et il s’est fait rapidement. On peut parler d’un des avantages de l’indépendance, c’est qu’on peut être spontané ! Sëar m’appelle vers mai-juin et il me dit : « Je pars en tournée, j’aimerais arriver avec de nouveaux morceaux. » On réunit les morceaux, on en enregistre d’autres… Même si le projet s’est fait vite, de façon assez spontanée, y’a une cohérence. Quand Big Punchliner s’est retrouvé premier sur Amazon, on s’y attendait pas. C’est un mec qui nous l’a twitté ! C’était pour partir en concert à la base.

Et en même temps c’est pas évident de piocher des morceaux à droite à gauche et d’arriver à une certaine cohérence…

Keenan : En fait ils ont été faits dans le même laps de temps. Après y’a le projet Liberté (projet réunissant Sëar et Amnesty, sorti par ce dernier en juillet, et dont 3 titres figurents sur Big Punchliner) qu’on aime beaucoup, et on voulait pas disparaître. Et puis Amnesty est notre ami. On a mis du temps à faire ce projet (Liberté), il a eu un impact sympathique mais peut-être pas celui qu’on attendait. Et en plus ça nous permettait d’avoir une couleur en plus sur l’album.

Quand Liberté est sorti, ça a surpris. Le projet avait été peu annoncé…

Sëar : C’était pas nous qui étions aux manettes.

Keenan : Ils ont pris l’initiative, et nous-même on était pris dans d’autres trucs, comme le EP de Sëar.

Sëar : On leur a fait confiance, ils ont fait ça cool, très bien, très propre…

Keenan : Et nous, en plaçant ces morceaux, on prolonge l’histoire.

Sëar : Le truc, c’est qu’ils sont vachement aimés ces morceaux. Présidents par exemple.

Et en même temps Sëar, c’est ton premier projet qui sort depuis…

Sëar : … longtemps ! Y’a eu des rétrospectives avant. C’est le premier projet avec que des inédits. Et ça fait du bien.

Y’a peut-être aussi des gens qui attendaient depuis très longtemps ton premier projet…

Keenan : Et en même temps y’a pas de clips, on veut juste repartir en concert, on a fait ça rapidement… et les gens ont joué le jeu : le stickage organisé sur les réseaux sociaux, les tee-shirts.

Vous êtes assez proches du public via les réseaux sociaux.

Keenan : Je pense que c’est important de communiquer via les réseaux sociaux, mais en même temps le public il sait ce que c’est le marketing. Si tu lâches trop de marketing, il est gavé. Ce que je disais à Sëar et Camélia, c’est « Soyez vous-même. » Publier des sons de gens qu’ils aiment bien, pas la jouer que perso.

Sëar : Moi j’aime bien.

Keenan : On s’est rendus compte que Sëar était super prescripteur. Il fait gagner des likes aux MC’s en publiant des sons d’illustres inconnus ! Camélia aussi. Et puis on a kiffé faire le truc en collaboration avec des sites, des pages qui sont des challengers comme Sëar peut en être un. Avec L’Or Noir, gérer la distrib’ de La Source de 1995 ou d’Inception de Deen Burbigo, c’était plus évident parce qu’ils avaient fait un gros travail d’installation avec leurs vidéos, les réseaux sociaux… Ils ont une fan base solide et ont fait de bons EPs. Pour Sëar ou Pand’Or, c’est plus un challenge on va dire. Et tu sens que tu as un public qui veut du bon son, de la qualité. C’est pas contre les artistes plus « grand public », parce que quoi qu’on dise, ils ont une intelligence des réseaux sociaux, et des choix artistiques intéressants. Parce que si c’était si facile de vendre avec ce genre de musique, on serait nombreux à le faire…

L'Or Noir - Le Bon Son

Keenan : ‘Y’a des indés partout : des indés organisateurs, des magasines, sites, etc.

En tout cas, c’est cool qu’il y ait des sites avec une ligne éditoriale un peu différentes comme vous, ou d’autres. Avec des concepts : les 10 Bons Sons chez toi par exemple. Et puis on voit qu’entre les différents médias il y a une bonne ambiance, un peu comme dans le rap indé. Aujourd’hui y’a des collaborations dans tous les domaines, regarde sur un plateau comme ça (Street Life, ndlr), y’a pas de promoteur indépendant autonome. Et ce soir on va être sold out. Y’a un vrai renouveau dans le hip hop actuellement.

Comment vous êtes-vous retrouvés sur ce plateau ?

Keenan : C’est parti de 10vers.

Sëar : Moi je m’entends bien avec Furax, c’est quelqu’un que j’aime beaucoup. On s’est rencontrés la première fois à Paris, et ce jour-là, le premier jour, on a fait un morceau ! (rires)

Et un duo avec Furax ?

Sëar : On va le faire, on est en train de le préparer là. On était justement en train d’en parler, on verra bien…

Keenan : Et la scène toulousaine elle est super active ! Et les groupes sont solidaires, ils se tirent pas dans les pattes. C’est aussi vrai pour plein d’autres villes, comme Rennes par exemple… Ça prouve qu’il se passe quelque chose !

Furax entre à son tour dans notre « salle de presse ».

Le Bon Son : Salut, je suis pas venu te questionner parce que j’imagine que l’album est pas encore prêt, et qu’on gèrerait un truc vers sa sortie…

Furax : J’allais te dire les mêmes conneries que la dernière fois en fait…

Il avance quand même ?

Furax : Toujours en train d’enregistrer.

Tu as dû le réenregistrer ?

Furax : J’ai tout réenregistré. Mais ça m’embête pas, j’ai changé 2, 3 trucs.

Y’a de l’attente…

Furax : Moi, je l’attends ! Les gens l’attendent oui, ils sont impatients, ils m’envoient des messages tous les jours. Donc je le dis : « Y’a pas de date ! » Dès que j’aurai le CD en main, je dirai : « Ça sort tel jour. » C’est l’indépendance.

Keenan : Avant que t’arrives on disait que c’était une des meilleures périodes. Y’a des indés partout : des indés organisateurs, des magasines, sites, etc.

Furax : Ouais c’est pas mal en ce moment.

Certains disent qu’on est en train de vivre un deuxième âge d’or…

Keenan : Moi je pense que ça y ressemble.

Sëar : Je suis bien d’accord avec ça moi !

Furax : Ça dépend ! Moi quand je regarde ce qu’il y a… Pendant l’âge d’or les mecs on les voyait à la télé : les IAM, les NTM… Aujourd’hui, ce qui passe à la télé et à la radio, c’est pas l’âge d’or pour moi.

Sëar : Je parle pas de ça, je parle de nous, de ceux qui sortent du creuset !

Furax : Bien sûr, y’a plein jeunes qui arrivent.

C’est vrai que la différence, c’est la partie visible de l’iceberg… À l’époque, sur Skyrock, y’avait du bon en playlist.

Furax : C’était le top, tu voyais du Oxmo, Ärsenik…

Keenan : Mais regarde, y’a 3, 4 ans t’avais pas de concerts comme ça sold out. Avec un promoteur indépendant.

Furax : Internet ça joue beaucoup aussi…

Keenan : C’est vital même. En tout cas j’aime bien cette période.

Furax : On se régale, on a quand même galéré avant… Ça fait combien de temps ? Aujourd’hui on kiffe un petit peu, ça va pas durer 10 ans non plus… Ce soir on va se faire plaisir, moi j’aime quand ça fout le bordel, quand c’est l’enfer dans la salle…

Effectivement, voici ce qu’on a pu observer un peu plus tard dans la soirée…

Big Punchliner Reloaded : sortie le 24 juin. Précommande : iTunes / Fnac.

Lire aussi : Sëar Lui-Même – l’interview « Big Punchliner »

Sëar Lui-Même - Big Punchliner Reloaded - Le Bon Son

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