En plus de 25 ans de carrière, Kalash l’Afro aura réussi le tour de force de faire l’unanimité et à Marseille et à l’échelle nationale, le tout en indépendant et en venant de Berre L’Etang. Il aura croisé le fer avec de fines plumes (Lino, Salif), a influencé bon nombre de rappeurs de la cité phocéenne, et continue aujourd’hui encore son parcours en solo ainsi qu’avec Berreta. Retour sur une riche carrière en 10 titres, durant laquelle il sera question de la vie de groupe, de l’indépendance, de son envolée en solo, de la Fonky Family, de son premier album, de la reconnaissance nationale, de son plafond de verre, de R.E.D.K., de Soprano, de son retrait du game, et de son retour.
1 – Berreta – « L’estanke en déplacement » (Plein de violence, 1999)
(Il réfléchit) Ça me parle, mais je ne me rappelle plus du morceau.
C’est « L’Estanke en déplacement ».
Ah ouai… On en était au stade de maquette à cette époque. C’est le début du groupe : des jeunes qui ont envie de se lancer dans la musique. On enregistrait nos trucs comme des freestyles. On en était à nos premiers coups de pédale.
Tu pourrais revenir justement sur l’avant, c’est-à-dire comment tu es tombé dans le hip-hop ?
Avant le rap, j’aimais déjà l’écriture, j’ai toujours eu une certaine facilité pour ça. Même à l’école j’étais plus à l’aise dans les matières littéraires que scientifiques, j’aimais lire des BD. Au lycée, je traînais avec Samir / Belek du groupe Berreta, on était dans la même classe et il écoutait déjà beaucoup de rap américain, il s’intéressait au basket. De fil en aiguille, on s’est retrouvés dans un local où il y avait des micros, des platines. Au départ, c’était pour ne passer rester dehors l’hiver. (rires) De là c’était parti ! C’était vraiment juste un délire entre potes à la base. On aimait bien le rap, on est de la génération qui a beaucoup écouté IAM, NTM et c’était le moment où FF, Ärsenik arrivaient. Après Sheïr s’est greffé au truc et ensuite Skwal qui faisait des prods nous a rejoints. Berreta est né comme ça.
2 – Berreta- « L’encre est dans le chargeur » (L’encre est dans le chargeur, 2005)
Là j’ai reconnu tout de suite, c’est « L’encre est dans le chargeur », le titre éponyme de notre album. Sur ce morceau, on est dans la pleine maturité du groupe, c’est un des titres qui définit le mieux l’état d’esprit de Berreta, notre manière de voir la musique.
L’album sort en 2005 dans une période assez bouillonnante pour le rap marseillais puisqu’il y a FF, Psy4, Carré Rouge, Puissance Nord, Carpe Diem et vous. Vous évoluez pour la plupart en indépendant, loin de la galaxie IAM. Comment vivais-tu cette période-là ?
Depuis La Cliqua, Time Bomb, Ärsenik, FF, la rue avait pris la parole. Quand on écoutait IAM, NTM, Solaar, Assassin, tu avais l’impression qu’il fallait écrire de belles phrases, avoir une écriture soignée, alors qu’à l’arrivée des Lino, Luciano, tu avais un argot de quartier. On s’est donc dit qu’on pouvait rapper avec nos mots. C’est pour ça que cette période a vu éclore ces groupes qui ont évolué en indé. On avait une mentalité alternative. Il ne me semble pas que les rappeurs étaient motivés par l’appât du gain. Le premier n’était pas celui-là. Si ça arrivait tant mieux, mais il y avait une énergie de jeunes de quartier qui voulaient rapper ce qu’ils avaient à dire.
Tu disais que l’appât du gain n’était pas l’objectif, l’album est d’ailleurs sorti à une période compliquée pour le rap français et le marché du disque. Vous le ressentiez ?
Bien sûr, parce qu’on avait un retour quasiment national sur l’album mais qui ne se reflétait pas dans les chiffres. Malheureusement ce n’était pas le cas que pour nous mais pour beaucoup de groupes que tu as cités précédemment. Quand tu es indépendant et que tu n’arrives pas à rentabiliser, à réinvestir, c’est compliqué derrière. Pourtant on a eu un succès d’estime qui est indéniable. On ne faisait pas les choses pour gagner de l’argent sinon on serait devenus fous, mais juste pour parler aux gens et faire passer un message.
3 – Kalash L’Afro – « Ghettoven » (Ghettoven, 2006)
« Guettoven » ! C’est vraiment un morceau qui représente le personnage Kalash l’Afro, l’état d’esprit, autant dans l’écriture que dans la direction artistique. Ça se démarque de ce que je faisais avec le groupe Berreta. Les côtés sombre, guerrier, engagé, sont plus mis en avant.
Comment s’est passée ton envolée en solo par rapport au groupe ? R.E.D.K, qui lui aussi a amené ce truc technique à base de multisyllabiques qui était assez rare à Marseille, me disait en interview que la sienne s’est faite avec la bénédiction de Carpe Diem, au moment où son nom commençait à beaucoup tourner. Et pour toi ?
En fait j’ai toujours fait du rap en solo. Avant même de sortir la première mixtape de Berreta, je faisais des morceaux solos, donc ce n’était pas quelque chose d’illogique pour le groupe. Après, j’avais besoin de travailler beaucoup, ce qui n’était pas forcément le cas des autres membres du groupe. Quand on faisait trois ou quatre morceaux de Berreta, j’en faisais dix tout seul. Par la force des choses, j’avais des sons qui étaient prêts, que j’avais besoin de sortir tout simplement.
Après c’est vrai que lorsque l’on a sorti la Ghettoven Mixtape, qu’il y a eu un engouement, on a enchaîné avec mon album Cracheur de Flammes et on en a discuté avec le groupe, tout le monde était plus ou moins d’accord. Mais on n’a peut-être pas fait le meilleur choix, autant pour moi, pour le groupe, que pour le label. Je pense qu’on aurait dû sortir le projet du groupe avant parce que par la suite on n’a plus sorti d’album ensemble. Mais ce n’est pas dit qu’on aurait sorti un autre projet en groupe si je n’avais pas fait de solo.
« 1984, fallait que je le dise » de la Fonky Family en 2006
C’est Djel qui a trouvé ce concept assez inédit de me faire l’honneur de me demander de raconter l’histoire du groupe sur leur propre album. La FF a toujours mis des interludes. Il avait son track, il était libre et pouvait faire ce qu’il voulait. Il savait que j’avais cette capacité à faire du narratif parce qu’on bossait beaucoup ensemble. Je tiens vraiment à le remercier parce que c’est quelqu’un qui a beaucoup compté sur le fait que mon son ait circulé à Marseille. Quand il m’a proposé l’idée du morceau, j’ai accepté avec grand plaisir, c’était beaucoup d’honneur et j’ai essayé de faire le truc le plus humblement possible, je tenais à ce qu’il n’y ait pas mon blaze sur le titre. Le groupe aurait pu mettre son veto à ma participation, ça aurait été légitime, mais ils ont accepté. Comment on a construit le morceau ? On a fait un vrai travail de journalistes : je suis allé chez Djel, il m’a tout raconté chronologiquement, et j’ai pris des notes avant de remettre tout ça en rimes. Il y avait une petite pression quand même de se retrouver sur un album de la FF, je voulais que mon morceau représente vraiment l’histoire du groupe.
4 – Kalash L’Afro feat Soprano – « Armadeus et Ghettoven » (Cracheur de flammes, 2007)
Ok, c’est le morceau « Ahmadeus et Ghettoven ». On s’est connus avec Sopra dans des micros ouverts, on se croisait souvent dans les fêtes de quartier avec Aziatik, Sale Equipe, Asken. Psy4 venaient juste d’être signés à la Cosca et de faire leur morceau « La fierté au sang » sur Sad Hill Impact. Par la suite, Mej faisait une mixtape, avait entendu ce que je faisais et m’avait demandé un morceau, « Guettoven » en l’occurrence. Sopra l’avait entendu et m’avait félicité pour le titre. Il m’a ensuite invité sur la compil de DJ Mosko Street Lourd avec L’Algerino. A mon tour, je l’ai invité, vu qu’en plus il aimait bien les délires violons, opéra et ça a donné « Ahmadeus et Ghettoven ».
C’est d’ailleurs dommage qu’il n’y ait pas eu de clip ! Parce qu’on sent que c’est une vraie collaboration, avec un concept.
C’est clair, c’est dommage ! Après, notre talon d’Achille, c’est qu’on a toujours un peu négligé l’image, les visuels, les clips… On n’était pas porté là-dessus. On aimait taffer les sons, aller en studio, faire des concerts, mais ce qui gravitait autour, ça nous cassait un peu les pieds. Je ne suis même pas sûr qu’on ait clippé un morceau sur ce projet. Après il y avait aussi une question de moyens puisqu’on était indépendants, il n’y avait pas autant de clippeurs qu’aujourd’hui. Je pense qu’à l’époque on n’y a même pas trop pensé sachant que c’était compliqué.
Pour évoquer l’album Cracheur de Flammes, j’avais l’embarras car il y a plein de super morceaux et j’ai notamment hésité avec « Vendeurs de rêves », avec Le Rat Luciano en featuring. D’ailleurs, le reste du casting est impressionnant : Berreta, Lil Saï, DJ Djel, Keny Arkana, Lino, Mystik, Sopra et Luc’ donc. Tu semblais avoir une vraie ambition d’après la liste d’invités.
Grave. J’ai vraiment profité de cette période. Je me disais que j’avais une opportunité qui ne se représenterait pas donc j’ai vraiment fait ce dont j’avais envie. C’était un énorme honneur d’inviter Le Rat, Soprano, Keny, Lino, Mystik. J’en garde d’excellents souvenirs. Je me dis que j’ai pu faire ce que j’avais à faire dans la musique.
Tu t’es mis une pression pour ce premier album ?
Pas tant que ça, non. Je savais ce que je voulais dire et faire. Cracheur de Flammes est sorti en 2007, j’avais quasiment une dizaine d’années de rap dans les jambes. J’avais une idée précise de la couleur musicale, du propos, des featurings, je savais où j’allais. C’était une énorme chance de pouvoir faire l’album que je voulais.
5- Spike Miller feat. Kalash L’Afro – « Y a qu’une vie » (One Beat, 2008)
Le morceau sur One Beat. J’ai répondu à l’invitation de Spike qui faisait ce projet ambitieux avec la même prod déclinée différemment, donc un sacré défi. Dans le même temps je ne ressentais pas trop de pression parce que je ne suis pas dans une sorte de rivalité. Si je suis satisfait du texte que j’ai écrit, du flow que j’ai pris, du thème que j’ai abordé et de la façon dont j’ai kické, ça me convient parfaitement. J’avais d’ailleurs fait un premier morceau dont je n’étais pas satisfait, un truc un peu egotrip. Le lendemain, j’en ai parlé avec Spike et j’ai changé de morceau. Voilà ce que ça a donné. Avec le temps, je trouve que c’est un titre qui vieillit très bien.
Après Ghettoven et Cracheur de Flammes, tu commences à être invité sur tout un tas de projets, à l’audience nationale, à l’image de One Beat, sur Taxi 4, par des parisiens, par Sat aussi sur Diaspora ; tu sens que tu changes de dimension ?
Oui, je sens que le regard du milieu du rap change envers moi, du public aussi, qui t’interpelle dans la vie de tous les jours ou sur internet. Mais pas au niveau du business. (Sourire) On a continué à faire notre truc, en mode débrouille.
6 – Kalash L’Afro feat. Salif – « Soulève » (Plus de seum, 2011)
(Au bout de trente secondes). Ça me parle mais je ne me souviens pas du morceau.
C’était le morceau « Soulève »…
(Il coupe la parole) « Soulève » bien sûr, avec Salif ! Grand respect à Monsieur Salif.
Un des derniers morceaux qu’il ait faits. Après celui-là, il y en a 3-4 puis il a quitté le game.
La collaboration s’est faite très simplement. Je n’aurais pourtant jamais imaginé faire un son avec Salif, même si je m’étais connecté aux meilleurs rappeurs marseillais et à Lino, Mystik sur Paris. Il était venu faire des ateliers d’écriture à La Castellane (NDLR : cité des quartiers Nord) avec des jeunes que je connaissais, qui lui avaient demandé quel rappeur marseillais il kiffait, et il leur avait dit : « À Marseille en ce moment je kiffe Kalash L’Afro ». Tu imagines à quel point ça m’avait fait plaisir. Suite à ça, on s’est dit qu’on allait essayer de le contacter. (Sourire) On s’est capté, il était chaud pour faire un morceau, on est monté sur Paris pour le faire. Il est venu en studio, on a taffé, on a posé, très simplement. Je suis très fier de ce morceau aussi, j’aime bien l’atmosphère qu’il a. Il est très représentatif de cette période-là.
A cette époque 2010-2011, tu ne franchis pas de plafond de verre, tu n’acquiers pas de nouveau statut en dépit de tous les feats que tu as pu faire. L’album Phoenix était prévu mais il ne sort pas. Est-ce que ça explique d’une certaine manière ton retrait du monde du rap ?
Bien sûr. Très honnêtement, à un moment donné on s’est essoufflé parce qu’en indé, si tu n’as pas de gros moyens, si tu n’es pas structuré comme il faut, c’est compliqué. Surtout, on ne va pas se mentir, on n’était pas des entrepreneurs. On était une équipe qui faisait de la bonne musique, on avait un bon manager qui se battait pour nous, qui faisait avancer les projets pourtant. Les difficultés se ressentent par conséquent sur ta musique, ton envie d’écrire, d’aller en studio. Mais franchement et je ne sais pas si je dis ça parce que je ne me suis jamais vraiment projeté en espérant vivre du rap, mais je ne l’ai pas si mal vécu que ça en fait. Pour en revenir à Phoenix, on avait bien bossé le truc mais ce n’était pas fou non plus parce qu’il y avait cette lassitude de ne pas franchir ce plafond de verre. J’étais arrivé au bout d’un chemin et il s’agissait d’en prendre un autre.
7 – Kalash L’Afro – « De l’autre côté de la mer » (Terre brûlée, 2015)
(Au bout de quelques secondes) C’est « De l’autre côté de la mer » ?
Oui c’est ça.
Ça me fait plaisir que tu aies choisi ce morceau qui s’est retrouvé sur un projet qui n’est pas réellement sorti. J’avais accumulé beaucoup de morceaux que je voulais sortir mais honnêtement, au bout d’un moment le business c’est devenu un peu n’importe quoi. Il y a eu un moment où j’étais écœuré. Le rap avait été récupéré, remodelé pour convenir au système. J’ai sorti ce projet sur les plateformes et on le retire deux ou trois mois plus tard parce qu’on l’avait mal taffé. Mais ce titre « De l’autre côté de la mer » est un morceau que j’aime beaucoup.
J’ai justement deux questions à son sujet. Premièrement sur la forme, tu as recours à l’autotune : quel est ton rapport avec cet outil qui a pas mal divisé quand il s’est démocratisé ?
L’autotune, c’est un outil comme un autre. On a écouté les T-Pain, DJ Khaled, Rick Ross donc on connaissait le vocoder. C’est un très bon outil si c’est utilisé à bon escient. Après c’est une question de degré, il faut savoir doser mais je n’ai jamais été contre ça, ni quoique ce soit dans la musique d’ailleurs.
Deuxième question, cette fois sur le fond. Ce morceau évoque les vacances au bled, la Tunisie et comporte deux couplets avant que la prod file. Tu t’es posé la question d’aborder dans un troisième couplet le contexte politique du printemps arabe des années 2010-2011 ?
Non pas tant que ça. Je voulais surtout évoquer dans ce morceau mon enfance, ma jeunesse, quand j’allais en Tunisie, que mes oncles et tantes nous accueillaient, égorgeaient un mouton, des poulets. Quand tu es petit, tu ne vois pas la pauvreté de ces gens-là, mais juste le côté folklorique. C’est en grandissant que tu réalises qu’ils avaient des vies difficiles. Après, printemps arabe ou pas, que ce soit Benali ou un autre, les présidents ne sont que des façades et les gens ne vivent pas mieux après le printemps arabe. Alkpote m’avait invité et on a fait un son sur le printemps arabe, avec Tunisiano, Mokless, Balti, Farage, Selim du 94, entre autres.
8 – L’ami Caccio feat Kalash l’Afro – « Squadra » (Squadra, 2020)
C’est Caccio qui rappe là, sur le morceau « Squadra ». On se connait depuis longtemps, il connaît surtout mon petit frère, il a un sacré parcours via Tous Salopards, avec Hermano Salvatore notamment. Il m’avait dit qu’il avait beaucoup écouté ma musique, ce qui est un honneur pour moi vu l’écriture du gars et sa manière de concevoir le rap. Il m’a invité à faire ce titre, qui est le morceau éponyme de l’album, l’outro en plus, c’était vraiment un honneur.
Ce morceau sort en 2020, en 2019 Relo t’invite pour le remix de « Marseille en vrai », en 2021, c’est Jul qui te convie pour le Clasico Organisé, soit une période où la middle school du rap marseillais met du respect sur ton nom. Cette reconnaissance, qui confirme ton succès d’estime durant les années 2000, ne fait-elle pas de toi un roi sans couronne ? Aux côtés notamment d’un R.E.D.K., avec lequel vous avez pas mal de points communs je trouve…
Je ne me permettrais pas moi de dire que je suis un roi sans couronne, mais c’est vrai que beaucoup l’ont dit et ne comprennent pas qu’on n’ait pas pu aller plus loin dans la réussite commerciale. Tu prends R.E.D.K. et c’est un bon exemple. On fait partie de ces rappeurs qui ont un certain discours, une certaine direction artistique qui n’est plus vendeuse. Aujourd’hui, le rap comme je te l’ai dit a été récupéré, il est plus servi comme une pop urbaine. A un moment donné, le rap très écrit, réfléchi, qui demande une écoute, une concentration, n’intéressait plus tant que ça. Dans les belles périodes, les gens sont prêts à écouter des choses profondes, dans les mauvaises, le public veut du divertissement. Je peux comprendre qu’on ne soit pas voué à être des artistes qui marchent commercialement. Est-ce qu’on aurait dû chercher à le devenir ? Peut-être. Est-ce qu’on n’a pas su le faire ? Peut-être.
Quand je parle de rap, tu comprends de quoi je parle. Le rap qu’on a connu, qui était brut, politisé, est redevenu underground. Pourtant à une époque, le rap pur et dur vendait beaucoup de disques, avec FF, avec Ärsenik, avec IAM, avec NTM, avec Assassin, maintenant, ce n’est plus le cas. Soit on l’accepte en se disant qu’on ne sera jamais des artistes commerciaux mais des saltimbanques qui mettent des projets en ligne pour aller à la rencontre du public, mais si tu veux faire des streams, des ventes, il ne faut pas faire du rap comme je l’entends.
9 – Kalash L’Afro – « Qui on est ? » (Ikki, 2025)
Ok, « Qui on est ? » du dernier EP. Tu vois, que tu prennes un morceau de Ghettoven ou ce titre, c’est toujours du journalisme rapologique (sourire), avec un état des lieux. Avant on pouvait entendre que les gens ne savaient pas, n’avaient pas accès à l’information, maintenant, on sait. On n’a plus cette naïveté de dire : « Si on savait, on aurait pu agir… ». On sait, mais on ne fait pas car on ne peut rien faire de toute façon. Tout part en couille en fait, plus qu’avant et ce n’est pas faute de l’avoir annoncé. C’est un peu un cri d’alarme.
Tu as sorti le projet Ikki en 2025 ; pendant presque 10 ans il n’y a pas eu de projet estampillé Kalash l’Afro. Pourquoi ce retour ?
Tu sais j’ai toujours aimé le rap et c’est une drogue. Mais à un moment, j’ai été écœuré, par tout ce qu’il y a autour. Je commençais à ne plus kiffer écrire, aller en studio… A ce moment-là, ça m’a fait du bien d’arrêter de faire de la musique et d’avoir une vraie vie sociale. Je me suis levé un matin et je suis parti chercher du taf. J’ai bossé comme tout le monde, pendant des années. J’ai évolué dans mon boulot, je me suis affirmé socialement. De 20 à 30 ans, je n’ai quasiment fait que de la musique. C’est bien au bout d’un moment d’avoir une stabilité. Je ne me voyais pas avoir des gosses et ne pas être stable. Je peux prendre des risques pour moi, mais pas pour mes gosses. Ça m’a fait du bien d’être dans la vraie vie et de me construire. Après ça, après la naissance de mon deuxième enfant, j’ai eu envie de reprendre la musique et j’y suis revenu avec beaucoup beaucoup de plaisir. Je pense que ça s’entend.
10 – Berreta – Street Fighter (2026)
Là c’est un morceau Berreta. Actuellement, je suis plus sur le projet Berreta que sur le volume deux de Ikki, en lien avec les 20 ans de notre premier album. On a fait 7 titres et là on taffe les visuels. Ikki volume deux, j’ai 3-4 morceaux, mais je l’ai mis en pause pour Berreta. On a eu énormément de plaisir à faire ce projet. C’est dans ces moments-là que tu te dis que l’histoire est comme elle est. Aujourd’hui on est des grands garçons, des pères de famille, on kiffe se retrouver, on est en bonne santé. La réussite est peut-être là. Si ça avait marché par le passé, peut-être qu’aujourd’hui on serait en froid.
Et pour en revenir à Ikki, tu réfléchis au volume deux?
Après le projet Ikki volume un qui était assez écrit, réfléchi, avec une couleur assez sombre, dans le volume deux, j’ai envie d’amener un peu plus d’egotrip, de technique. Le volume deux sera davantage dans cette veine que le volume un.
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