Taipan, l’interview « 10 Bons Sons »

Taipan a depuis ses débuts proposé une musique qui lui est propre, en n’hésitant jamais à faire du sale, à aborder des questions politiques de fond de manière décalée, avec sa nonchalance, son art du contre-pied. Et au moment de faire les tests micro pour l’enregistrement de l’interview, il répond à la question sur son ravitaillement en beuh durant le confinement : « Je ne fume plus depuis deux ans ! Ça doit être la maturité ». Le mot est lâché. Le contre-pied, toujours. Retour sur près de 20 ans de carrière avec Taipan, pour aborder ses débuts avec C.H.I., Original Bombattak, Skyrock, Orelsan, LZO Records, les Rap Contenders, Youssoupha, Bomaye Musik, l’indépendance, la politique. On s’étonnera presque de ne pas avoir parlé de fumette et de son sexe avec lui. Le contre-pied on vous dit.

1 – Taichi (Taipan/C.H.I.) – « J’évite ça » (Mixtape Original Bombattak, 2001)

Là on est sur du jeune PAN, avec une voix de puceau qui fume pas encore trop de weed, avec un survet Lacoste. C’est vraiment une époque. C’est un morceau qui me touche de ouf parce que c’est première fois qu’on a eu une exposition nationale et qu’on a commencé à y croire. Bombattak, c’était notre première aventure parisienne, c’était la première fois qu’on montait à Paris. A l’époque, le CD Bombattak venait de sortir, il y avait Nakk, X-Men, 20Syl à la prod, etc. Pour nous, c’était ça la vérité. Et il y avait le numéro de Kemar à l’arrière. On s’est dit : « Viens on l’appelle ! ». On appelle, ça décroche, on reconnait de suite la voix de Mark parce qu’on écoutait les trucs de Générations depuis notre Nord-Est de la France et on se retrouve comme des cons. On discute et il me dit : « Vas-y rappe un truc ». Et après il me sort « Ben vas-y viens à Paris ». Je lui « Quoi ? ». Et il me dit « C’est bon, viens à Paris, on le fait ». On y est allé et on a posé. C’était la grande époque des mixtapes. C’était notre premier vrai morceau enregistré dans un vrai studio, dans l’ambiance du game. Ce morceau a donc une saveur particulière.

En 2004 vous sortez votre Street Tape avec C.H.I., dans quel état d’esprit étiez-vous alors ?

J’imagine qu’on devait être cons parce qu’on était de jeunes idéalistes. On avait une niaque incroyable, qu’on a toujours d’ailleurs. Mais c’était les débuts du feu ardent. On se disait qu’on pouvait en faire notre boulot. Tu vois quand tu fais de la musique, il y a des années de transition et des points de bascule. A ce moment, je me disais : « Si ça se trouve je suis rappeur en vrai ». Donc on se rend compte que c’est ce qu’on va faire. C’était des années déterminantes pour tout ce qui a suivi derrière.

Durant cette période de transition où tu te disais que vous alliez essayer de faire du rap, vous aviez participé au concours organisé par Skyrock, « Un Max de 109 ».

Alors pour « Un max de 109 », on a profité de la blessure d’un candidat (sourire), qui a annulé au dernier moment. Il se trouve que le manager qui gérait ça chez Sony nous connaissait parce qu’il gérait le groupe Etat Major de Keny Arkana, groupe dont C.H.I. avait produit des titres. Donc on a fait le remplacement mais à la base on n’avait pas du tout prévu de se retrouver là-dedans. On a du enregistrer un morceau en deux jours pour le présenter, on avait fait ça dans l’urgence la plus totale et on n’était pas du tout « Skyrocko-compatible ». On a fait ça vraiment à l’arrache et « Un Max de 109 » ça m’a pas du tout marqué affectivement comme expérience musicale.

2 – Taipan feat Orelsan & Nessbeal – « No life remix » (Punchliner mixtape, 2009)

Avec les Casseurs (NDLR : groupe composé d’Orelsan & Gringe), j’ai toujours eu l’impression qu’on était sur la même latitude. Nous à l’Est, eux à l’Ouest, on était exactement dans le même délire et un jour l’axe de symétrie s’est replié et on s’est rencontrés. Avant qu’Orel pète avec le morceau « St Valentin », Gringe était venu chez nous faire un morceau avec des potes qui s’appellent ALS. On s’est connecté comme ça, il m’a fait découvrir Orel en me disant que ça allait me faire marrer. On s’était bien entendu et rendu compte qu’il y avait un vrai axe de symétrie dans ce qu’on faisait. On était des blancs de province, au second degré, qui faisions du rap de blancs de province au second degré. Nous pas que, mais il y avait beaucoup de similitudes, d’atomes crochus. Par la suite, Orel avait balancé cette histoire de remix. Moi j’avais fait ça pour rigoler et pareil, c’était passé.

Par la suite, C.H.I. signe chez Warner et toi tu continues ta route en solo donc ?

Alors c’est flou cette période, je m’en rappelle vite fait (sourire). Mark de Bombattak le ramène chez Warner. Moi depuis mes 20 piges, je tatouille de la prod. Donc je n’en suis pas fier au début mais je commence à faire des trucs qui me plaisent un peu comme « Balade au pays haut » et je pose sur mes propres prods. Mais je ne me considérais pas « solo ». Avec C.H.I. on est un couple libre. (rires) On peut faire une pause de six mois, se retrouver et faire cinq morceaux en une journée. Mais c’est la famille, on sera toujours unis par ça. Quand je fais mon premier album, il n’est plus estampillé Taichi parce qu’il n’y a pas que C.H.I. à la prod. Lui de son côté, il est pas mal occupé à fournir des quantités astronomiques de prods à Bombattak pour leur catalogue. Mais au final, C.H.I. est quand même pas mal présent à la prod sur le premier album. (NDLR : 12 instrus sur 16)

3 – Taipan – « Au feu à droite » (Album Je vous aime, 2010)

« Au feu à droite ». Le truc c’est que je viens du Nord-Est, d’un bastion communiste ouvrier de ouf ! Je n’ai jamais voulu être un rappeur politique, comme pourrait l’être La Rumeur qui fait ça très bien, parce que j’ai l’impression que tu forces le trait quand tu ne fais que ça. Des fois tu penses à autre chose, tu rigoles… Moi je ne pouvais pas faire que ça. En revanche je viens d’un coin où on a baigné là-dedans depuis tout petit, on a toujours entendu des légendes urbaines de patrons séquestrés, de gars qui luttent pour leurs acquis… Donc quoiqu’il arrive chez nous tu retombes sur le politique. Du coup ça se ressent dans ma musique. Je n’ai pas voulu en faire mon fond de commerce. J’ai voulu faire de la  musique qui représente la réalité : un coup tu te marres, un coup tu es triste, un coup tu parles de cul, un coup tu parles de politique. Et le morceau « Au feu à droite » montre ça.

Le titre est présent sur ton premier album produit par LZO Records, chez qui tu venais de signer. Comment s’est faite cette connexion ?

Comment on s’est capté avec Laurent ? Si je me rappelle bien, C.H.I. trainait beaucoup sur les forums 90BPM et Hiphop.com et ils se connectés là-dessus. Donc on a atterri chez LZO et c’est le premier investisseur à nous faire confiance, ce qui est archi gratifiant. Laurent était un gars qui faisait tout avec la passion, le cœur et trois bouts de ficelle. En plus, il était bon beatmaker aussi. Tu vois son blaze d’artiste c’était Lartizan et ça lui va super bien ! C’était vraiment un bon passage. Mais il y avait des limites aussi. Il était tout seul. A un moment on sent qu’on va s’étouffer dans l’œuf et qu’il va y avoir un plafond. Et on se dit avec C.H.I qu’on devrait se lancer à notre tour tout les deux, être indépendants, en dépit du respect infini que j’ai pour Laurent.

Tu ressentais une pression particulière pour ce premier album solo ou c’était juste une étape supplémentaire ?

Ben le drame de ma vie c’est que je n’ai jamais la pression. Pour rien. Et c’est peut être un truc super négatif. Je me rappelle lors d’une première partie de Youssoupha au Zénith par exemple, j’étais assez zen. Même si ça m’a joué des tours parfois. Je devrais être un peu plus stressé.

Sur les Rap Contenders

Je venais de sortir un morceau (« Koidneuf negro ») et Dony était tombé dessus. Cet egotrip lui avait plu parce qu’il y avait pas mal de punchlines. Vu que ça pouvait coller avec son format, il me propose de venir dire que je suis le meilleur sur scène face à un autre gars. Je regarde les premières éditions et j’avais trouvé ça chaud. Donc ça s’est fait. Pour mon premier battle face à Deen, c’était hyper stressant. La salle était vraiment un chaudron. Les RC c’est quand même une ambiance particulière, assez mal retranscrite en vidéo. D’habitude, les concerts de rap, toutes les deux minutes t’encourage le public à faire du bruit, là t’as pas besoin de le dire une fois ! C’est spontané, ça hurle, c’est une arène. Sur le papier, je suis confiant sur ce que j’ai écrit, mais on sent que je ne suis pas à l’aise. Tu vois que Deen a plus de maîtrise, L’Entourage s’était déjà mis le public dans la poche. J’étais en mode outsider. Après, il y a eu la signature chez Bomaye, le morceau « La rentrée des clashes ».

4 – Youssoupha feat Taipan : « B.A.O. Bouche A Oreille » (Album Noir Désir, 2012)

Youss’ c’est un puits de science ! Funky en plus, parce qu’il est archi drôle même si on ne s’en rend pas compte vu qu’il fait une musique revendicative. C’est vraiment un gars qui m’a impressionné. J’ai tellement appris à ses côtés, c’était un mentor musical. Chez Bomaye, c’était des années de ouf, un privilège. Ce morceau était un putain d’appel d’air parce que tu te retrouves sur un album qui fait platine. Mais on a fait le morceau dans l’urgence, il était sur la fin de l’album. J’avais deux jours pour faire ma partie. J’aurai kiffé avoir eu un peu plus de temps, j’aurais écrit un couplet encore plus stratosphérique. Mais des fois, c’est une bonne chose aussi de devoir être speed.

5 – Taipan : « Plus rien à foutre » (album Court-Circuit, 2012)

C’est un des morceaux dans lequel je trouve un ton qui me plait, un truc pas encore fait en France, à savoir un truc goleri mais dans lequel tu vas parler de trucs sérieux. C’était soit tu faisais Fatal Bazooka soit tu faisais un truc super conscient, il n’y avait pas vraiment d’entre deux. Ça c’était un peu du South Park en musique, on se marre mais au service d’un truc pas trop con. A la première lecture tu peux te dire qu’il s’agit juste d’un mec qui se fait sucer dans un champ mais le morceau parle de tout ce qui est relou dans la vie quand tu n’es pas en train de te faire sucer et qui représente 95% du temps. J’adore ce morceau ! Il me tient à cœur parce que j’ai trouvé un ton à part.

Bomaye Musik te fait confiance en sortant ce double album.

Avec Bomaye on sort un 10 titres en mai en digital et les scores sont super bons. Je me retrouve dans le top 3 sur iTunes. Mais avant l’époque du streaming qui paie, je suis arrivé à la mauvaise époque (rires), c’est-à-dire à la chute du disque. Et Philo, le boss de Bomaye me dit : « Pour la fin de l’été, envoie un autre 10 titres, on réunit les deux et on sort ça en physique ». Et on a fait un score honorable pour un gars qui sort de nulle part.

6 –  Zekwe Ramos feat. Alkpote, Nakk, Black Brut, Dixon, SPri Noir, Alpha Wann, Taipan : « Histoire de… remix » (Album Selecao 2.0, 2014)

Ce morceau c’est une boucherie ! Zekwe est un outsider qui n’a pas les scores qu’il devrait taper avec la plume qu’il a. Il est trop fort ! Ce remix c’est un casting de rêve ! Avant que Zek’ ne m’appelle pour le remix, je pétais déjà un câble sur le morceau original : l’instru, ce qu’il raconte, comment il le raconte. Zek’ c’est vraiment une grosse plume du rap français. J’ai vraiment la niaque quand il s’agit de poser sur ce morceau. Il m’avait prévenu du casting, ça m’avait mis le feu ! On aime la compétition !

C’est une période où tu fais beaucoup de featurings que ce soit par Greg Frite et Drixxé avec Obia pour le freestyle Can I Kick It 4, par A2H et Aelpeacha. Tu es dans le posse cut de Bomaye, tu es invité par Veerus avec Deen Burbigo, tu as conscience de franchir un palier ?

Ce sont des années où je dis « Fuck » au reste. Je sais que je ne retournerai plus jamais dans une boite d’intérim, que quoiqu’il arrive je vais me démerder pour bosser dans la musique. A ce jour, la musique n’est pas ma source principale de revenus mais je sais que tous les mois ça tombe donc j’ai un statut de mec qui en vit à moitié même si ce que je fais à côté c’est en lien avec la musique, puisque j’ai monté un studio d’enregistrement. Donc même si je ne suis pas rappeur je serai dans la musique.

Ces années 2014-2015 sont paradoxales pour toi parce que c’est aussi à cette époque où l’aventure Bomaye se termine.

A cette époque, ils se mettent à signer pas mal d’artistes. Et Bomaye reste quand même une structure assez petite, indépendante. Youss’, à juste titre, sollicite les ressources du label, ce qui est totalement normal, c’est lui qui fait rentrer les ronds. Et je sens qu’à un moment, pour chaque sortie, il va falloir jouer des coudes, il va falloir batailler pour attirer de l’attention. Je me dis quitte à batailler, autant que je monte ma propre structure. Mais ça c’est très bien fini avec eux, pas de problème.

7 – Taipan – « Chaise longue » (EP PAN, 2016)

C’est un morceau dont je suis fier parce que j’essaie de me transcender par rapport à mes acquis musicaux, que ce soit dans le choix de l’instru, dans l’interprétation, dans l’écriture même puisque je n’essaie plus de faire de la punchline. Il n’y a pas beaucoup de textes et c’est d’autant plus dur d’être percutant. La prod est magnifique, c’est C.H.I. qui l’a faite. Je sentais que je passais un cap dans la musicalité pure. C’était un pari que je m’etais fait. Quand tu fais de la musique faut toujours essayer de se surprendre sinon au bout d’un moment tu te fais chier, et tu deviens ta propre caricature.

On entrait dans une ère où les rappeurs se décomplexaient de plus en plus à pousser la petite note, avec les Kid Cudi par exemple. C’était l’urbanisation de la pop ou la popisation du rap. Dans les années 90, c’était impossible ! Au bout d’un moment, on s’est dit qu’on était con, c’est de la musique, on va se faire plaisir ! Ça a donné naissance à des musiques hybrides, tu vas chercher des mélodies, tout en gardant des placements rap, tu inventes des choses, c’est archi stimulant.

Tu sors donc le projet PAN en indé. Est-ce que ce travail en indé correspondait à ce que tu imaginais ?

C’est à la fois super épuisant et super gratifiant. Quand tu fais un clip, tout sort de ta poche, tout est sur les épaules de ta structure. En quittant Bomaye, je me suis privé d’un réseau et tu le sens. C’est la fameuse phrase de Russel Simmons qui disait que le business de la musique c’est 10% de musique et 90% de business. Quand tu démarres, faut tout reconstituer et on se sent un peu seul dans le désert. Tu vois je ne suis pas trop du genre à copiner, à faire pote avec la personne avec laquelle il faut être pote, j’ai un côté autiste.

On vit une époque où juste avec les réseaux sociaux, un mec peut être en contact direct avec son public. Il n’y a plus d’intermédiaires ! On a des outils de ouf, on en aurait rêvé il y a 15 piges. Jul malgré ses disques d’or a continué à être super direct. Ça c’est les artistes 2.0 qui ont compris ce truc. On en arrive à un point de bascule où c’est la télé qui a besoin des artistes. Dans les années 90 c’était l’inverse… Parce qu’aujourd’hui, on n’a plus besoin de personne ! Faut juste de la régularité, de la qualité. Et s’il y a des gens qui doivent t’écouter, ils t’écouteront ! Les maisons de disque viennent juste cueillir les artistes quand le fruit est mûr, elles ne font plus aucun développement, elles ne prennent plus aucun risque.

Quand tu fais ton label, tu comprends toutes ces choses-là et j’apprends encore. Je suis de plus en plus satisfait de la musique que je fais. Je me sens vraiment mieux dans les morceaux que je viens de sortir que ce que je faisais il y a un an. Mais quand tu es en indé, tu dois bosser sur tout ce qu’il y a autour de la musique alors que je ne m’en souciais vraiment pas auparavant.

8 – Taipan – « Bédo, bonne femme et sirop pour la toux » (EP Parlons Beuh, 2017)

Comment s’est faite la connexion avec Just Music ? Je crois que c’est par Deen… Oui, on a fait un feat et on parlait d’éventuels beatmakers pour faire le morceau. Au final notre morceau n’est pas fait par Just Music mais ils ont fait d’autres morceaux sur l’album Court-Circuit.

Alors c’était un album concept sur un de mes sujets de prédilection mais maintenant je pense faire un peu plus de la musique de mon âge. Pourtant, je faisais plus de la musique sérieuse à 20 ans que par la suite où j’ai fait des choses grivoises, que je ne renie pas d’ailleurs. Même si dans mes derniers morceaux il y a des « Boulaleuleu » qui trainent, on n’est jamais à l’abri d’une rechute, mais (il cherche ses mots), j’arrive quand même à un âge… Tu vois mes meilleurs amis ont des gamins, ça leur arrive d’écouter ma musique avec eux. A un moment, tu penses différemment, même si une rime à la con peut toujours débarquer. Mais je fais un peu plus gaffe.

A un moment tu as craint de t’enfermer dans ton personnage ?

Je pense que ça s’est fait naturellement. J’ai toujours été spontané. Je racontais ce que j’étais et maintenant je raconte ce que je suis. Les choses ont changé, parce qu’à présent je vis à Paris, que j’ai monté ma structure avec Karim, qu’on a du taf, qu’on est dans le jus, que j’ai arrêté de bédave. On change, on mûrit.

9 – Taipan : « Fiché S » (EP PAN 2,2018)

Faut savoir que je viens du Nord-Est de la France, à la frontière luxembourgeoise et je connaissais un mec au Luxembourg, un gentil gars, poli, respectueux, qui faisait du rap là-bas. Et quelques années après, j’apprends qu’il fait le jihad, en Syrie. Si tu avais aligné 100 mecs et tu m’avais demandé qui aurait pu faire le jihad, c’est le dernier mec que j’aurai sélectionné ! Je n’y croyais pas. Puis il faisait la Une de tous les journaux luxembourgeois… J’ai donc voulu faire un morceau qui prend à contre-pied de tous les préjugés que tu peux avoir sur les jihadistes, à savoir que c’est des arabes vénères, de cité, fondamentalistes. Lui c’était un portugais, gentil, réservé. Il ne cochait aucune case de tous les clichés BFM. Je voulais montrer que le mec qui pète les plombs et va faire cette connerie là, c’est peut-être pas celui que tu croyais. Cette histoire m’a touché de ouf. Même si c’était pas mon pote, on s’est retrouvé dans les mêmes concerts, on s’était croisé plusieurs fois. Donc ouais, ce morceau me tient à cœur parce que c’est la vie me l’a inspiré.

Tu nous dis un mot du clip, du scénario…

Pour le clip, je ne voulais qu’apparaitre vite fait, un peu à la Hitchcock. (sourire) On a pris un acteur professionnel pour jouer le rôle de Kevin. Celui qui fait le formateur de jihadistes, c’est Karim, mon associé avec qui on a monté le label, même s’il est aussi acteur. On a vraiment scénarisé le clip, c’est aussi pour ça que je n’ai pas voulu interpréter le rôle principal et puis être en featuring sur ton propre clip je trouvais ça marrant.

C’est mon pote Alexandre Radicchi, qui avait déjà fait le clip de « Crame 1 Gramme », qui est à la réal. Pour le scénario, c’est du brainstorming, on s’appelle, on se donne des idées, on écrit les plans avec ce qu’on aimerait bien voir. On avait essayé d’écrire au maximum en amont, de storyboarder. Et après tu as toujours la magie du jour J : on a tourné ça à Liège, parce que Alexandre Radicchi en est originaire, dans une entreprise qui vend du sable. Mais on a été bénis des dieux : le jour du tournage, il faisait un temps magnifique, avec un ciel bleu éclatant. Quand tu regardes le clip, t’as l’impression qu’on est en Syrie alors que pas du tout ! On a eu une chatte… Avec trois nuages, le clip ne fonctionnait plus pareil.

10 – Taipan « Bill Cosby » (2020)

Tu vois sur internet, quand les gens te donnent leur avis, faut qu’il soit dans un extrême ou dans un autre. Soit on t’adore soit on te déteste. Et c’est un peu ce qui est arrivé à Bill Cosby. Il avait un statut d’homme parfait, de père de famille modèle, alors que si tu as un minimum de gamberge tu sais que personne n’est comme ça. Son image s’est effondrée et il est devenu le pire fils de pute de la Terre. Même là tu repars sur un autre extrême, aussi faux que le premier. Le gars a des qualités, des défauts, il n’était pas parfait, il a fauté. Donc ce morceau c’est un peu une rédemption de la nature humaine, on n’est pas si gentil que ça mais on n’est pas si méchant que ça.

Depuis quelques mois, tu balances régulièrement des morceaux, pour faire monter la sauce et revenir avec un format particulier ?

Là j’essaie de me faire plaisir en sortant un morceau par mois, tout en mettant de côté des bûches pour l’hiver. Dès qu’il y a un truc qui me tient à cœur, je le garde pour sortir un truc solide en fin d’année que ce soit en vinyle, en physique, histoire de marquer le coup.

On arrive vers la fin de l’interview en 10 Bons Sons, s’il en manquait un ce serait lequel ? Ou aurais-tu fait un autre choix que les morceaux que je t’ai proposés ?

Il y a un morceau qui me tient particulièrement à cœur, mais qui est sombre, donc c’est tant mieux qu’on n’en ait pas parlé c’est « Bonne année » pour les morceaux anciens. Un de mes préférés que j’ai fait récemment c’est « Au bout de la nuit ». Depuis que j’ai 20 piges, ma journée commence vers 12/13h et je me couche vers 6/7h du mat’. Au bout d’un moment tu te dis que tu vis en décalage avec les gens. Même si la nuit a son charme. Je ne sais plus qui avait dit ça mais on peut comparer la journée à un lac perturbé qui s’apaise dans la nuit. Il y une ambiance la nuit, une énergie super peace pour créer.

On est en période de confinement, comment ça se passe pour toi notamment au niveau de la création ?

Le confinement, j’appelle ça un lundi, pour moi il n’y a rien qui change. Mais ça m’a redonné envie de faire du rap politique, même si c’est dur de commenter l’actualité à chaud. Si on doit parler de ce sujet, faut dire que le gouvernement a géré ça comme des bras cassés. Mais ce sont des gars qui sortent des grandes écoles, ils savent ce qu’ils font… Même au niveau de l’économie mondiale, j’ai l’impression que ce virus est une aubaine pour masquer la chute de la bulle financière. Mais c’est l’après qui m’angoisse, que va-t-il se passer après les deux mois de confinement ? Je ne m’attends pas à ce que ce soit fini dans un mois cette connerie. Même si je ne veux pas être alarmiste, j’ai l’impression qu’on se dirige vers un épisode de Mad Max ! Ça ne sent pas bon…

Dernière question, quel est le bon son que tu écoutes en ce moment ?

Alors les derniers trucs que j’ai vraiment saignés… Il y a D Smoke, le gars qui est sorti de l’émission Rythm + Flow de Netflix. C’est là que tu vois que les cainris sont forts : ils te font un format de beauf pour au final en faire sortir une pépite, ils te rendent marketisables de purs artistes. Sinon en ce moment je suis sur le Childish Gambino, l’album est super chaud, le mec est un génie !

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