Tout droit sorti de Montreuil : Cenza’N The House

Difficile de savoir ce qu’a fumé Cenza au moment de se lancer dans 2019. Inutile pourtant d’insister pour qu’il fasse tourner : l’homme est généreux. Lassé, peut être, de tourner un peu en rond dans un style vindicatif un brin vieillissant, qu’il maîtrise sans toujours renouveler, CZ a déposé fin janvier une petite bombe prête à faire exploser nos idées préconçues sur sa production. Avec ses effluves californiennes, cette fois, la dope du Montreuillois a de quoi faire franchement décoller, et pas que les nostalgiques de la patte Death Row. S’il est vrai que l’Uzine a toujours assumé ses influences « old school », ils nous avaient toutefois plutôt habitués à des sonorités piochées ça et là sur la Côte Est. Jugées plus sérieuses, plus à même de porter un message politico / social revendicatif ? En tout cas, avec ses 15 morceaux, intro, outro et interlude, Tout droit sorti de Montreuil est un album concept complet, répondant dans le format aux lois sacrées d’un Hip-Hop historique, et faisant écho dans la forme à ce que le genre a pu offrir de plus croustillant, il y a de cela quelques décennies, sur la côte Pacifique. Alors, sortez la chasubles jaune et violette, le coca rouge et la talkbox, c’est Jean Moulin love. Bienvenue à Montreuil beach…

« Comment ça on perce pas à Montreuil alors qu’on vient de Montreuil ? » – Comment ça ?

Bon, ok, on force un peu le trait. Mais entre les références – nombreuses -, les influences des prods – évidentes -, et la pochette un peu trop ensoleillée pour être réelle…- on nous la fera pas -, difficile de penser à la coïncidence. Vintage complètement assumé, donc, l’opus de Cenza n’en est pas vieillot pour autant. Le MC kicke méchamment et nous offre une opportunité de l’écouter vraiment. Est ce que les messages passent mieux quand l’auditeur se sent réchauffé par le doux soleil californien ? Le discours de Cenz semble bien plus audible sous ce format. Mêmes les thèmes abordés, peut être un peu plus légers et variés, sont manipulés, ici sur des rythmes caressants et des beats tranquilles, là sur des instrus vives, piquantes et des caisses aiguisées, contribuant à rendre l’écoute très accessible. En donnant l’impression de s’être peut être davantage focalisé sur la musique que sur le discours, Cenza ouvre la porte à une sincérité, une simplicité et une (auto) dérision plutôt bienvenue dans sa discographie. Les prod entraînantes autorisent d’un coup un second degré assumé et pertinent, qui soutiennent parfaitement l’ambition du Montreuillois.

« Ma ville je l’aime, elle m’a donné un HLM » – Elle

Aux manettes de la plupart des titres, Cenza n’a pas eu peur de prendre des risques calculés pour produire son opus. Le bonhomme abuse du treble et de basses simples mais diablement efficaces, et se montre assez convaincant dans cette exploration. Mieux, il a souvent su lâcher la main à Beubtwo pour les titres parmi plus réussis du projet. Hypnotique mais dark quand il veut nous faire décoller sur « là haut », suave et planant autour d’« elle », lourd et plaintif pour apporter de l’impact derrière « nan nan », l’homme est joueur et semble s’amuser comme un gosse avec les idées de son acolyte. Une petite collaboration avec Tony Toxik vers la fin du projet, un brin moins vintage, mais toujours dans le thème, finit de donner à CZ les ailes pour survoler cette ville en tranquille cours de gentrification.

Tantôt charmeur et romantique sur « Elle », Cenz devient un guide bonhomme et réaliste sur « Montreuil city G’z », mais reste tout simplement un témoin très observateur décrivant sa zone et sa vie tout au long du projet. Et c’est bien là que cet album trouve toute sa force : dans son côté « local ». Il y a ainsi seulement deux featurings sur l’album, mais où le mic n’est partagé qu’avec des locaux. Bien sûr, ses compères de l’Uzine posent sur « 93 ligne 9 », et s’accommodent plutôt assez bien du beat californien, mais c’est surtout la collaboration avec Prince Waly sur « Prendre la ride », qu’on retient. Car les deux MC signent ici sans doute le meilleur morceau du projet. Sur une prod pépère élaborée par ses soins, l’énergique Cenz roule en tandem avec le flow chill de Waly, pour ce qui ressemble à un petit Montreuil-tour très agréable en low rider.

« Les MC’s ont découvert la west coast grâce à GTA » – Ma gueule

Dans un monde où le 12 titres offrant sa dose de chansonnette et de trap réglementaire fait loi, le MC montreuillois nous envoie une dose aussi inattendue que chargée, straight out un Montreuil presque romantique dans lequel on se sent désormais bien accompagné pour se balader.

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Sarah Haere

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